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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La foi s'enracine dans le désir naturel de Dieu (II)

5 Décembre 2012, 03:46am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Indubitablement, à partir de ce désir profond, qui cache même quelque chose d'énigmatique, on ne peut pas accéder directement à la foi. 

En fin de compte, l'homme connaît bien ce qui ne le rassasie pas, mais il ne peut imaginer ou définir ce qui lui ferait expérimenter cette félicité dont il porte la nostalgie au coeur. On ne peut pas connaître Dieu uniquement à partir du désir de l'homme. De ce point de vue reste le mystère: l'homme reste chercheur d'absolu, un chercheur à pas petits et incertains. Et pourtant, déjà l'expérience du désir, du «cœur inquiet», comme l'appelle saint Augustin, est très significative. Elle nous dit que l'homme est, au fond, un être religieux (cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, 28), un «mendiant devant Dieu». Nous pouvons dire avec les mots de Pascal : « L'homme dépasse infiniment l'homme ». Les yeux reconnaissent les objets lorsqu'ils sont éclairés par la lumière. D'où le désir de connaître la lumière elle-même, qui fait briller les choses de ce monde et avec elles allume le sens de la beauté. 


C'est pourquoi nous devons considérer qu'il est possible, même à notre époque, apparemment si réfractaire à la dimension transcendante, d'ouvrir un chemin vers l'authentique sens religieux de la vie, qui montre comment le don de la foi n'est pas absurde, n'est pas irrationnel. Il serait très utile à cet effet, de promouvoir une sorte de pédagogie du désir, à la fois pour le chemin de ceux qui ne croient pas encore, et pour ceux qui ont déjà reçu le don de la foi. Une pédagogie qui comprenne au moins deux aspects. 


Tout d'abord, apprendre ou réapprendre le goût authentique des joies de la vie. 

Les satisfactions ne produisent pas toutes en nous le même effet: certaines laissent une trace positive, sont capables de pacifier l'âme, nous rendent plus actifs et généreux. D'autres en revanche, après la lumière initiale, semblent décevoir les attentes qu'elles avaient suscitées et laissent parfois derrière elles l'amertume, l'insatisfaction ou un sentiment de vide. Eduquer dès le plus jeune âge à savourer les joies vraies, dans tous les domaines de la vie - la famille, l'amitié, la solidarité avec ceux qui souffrent, le renoncement de soi au service des autres, l'amour pour la connaissance, pour l'art, pour la beauté de la nature -, tout cela signifie exercer le goût intérieur et produire des anticorps efficaces contre la banalisation et l'aplatissement aujourd'hui répandus. 


Les adultes aussi ont besoin de redécouvrir ces joies, de désirer les réalités vraies, se purifiant de la médiocrité dans laquelle ils se trouvent englués. Il deviendra alors plus facile de laisser tomber ou de rejeter tout ce qui, en apparence attractif, se révèle en fait insipide, source de dépendance et non de liberté. Et cela fera émerger ce désir de Dieu dont nous parlons.

 

Un deuxième aspect, qui va de pair avec le précédent, est de ne jamais se contenter de ce qui a été réalisé. Justement, les joies les plus vraies sont capables de libérer en nous cette saine inquiétude qui conduit à être plus exigeants - vouloir un bien plus grand, plus profond - et en même temps de percevoir avec de plus en plus de clarté que rien de fini ne peut combler nos cœurs. Ainsi, nous apprendrons à tendre, désarmés, vers le bien que nous ne pouvons pas construire ou acquérir par nos propres forces; à ne pas nous laisser décourager par les difficultés ou les obstacles qui proviennent de notre péché. 

 

À ce propos, nous ne devons pas oublier que le dynamisme du désir est toujours ouvert à la rédemption. Même quand il s'aventure sur des chemins égarés, quand il suit les paradis artificiels et semble perdre la capacité d'aspirer au vrai bien. Même dans l'abîme du péché, ne s'éteint pas dans le cœur de l'homme cette étincelle qui lui permet de reconnaître le vrai bien, de le savourer, et donc de commencer un chemin d'ascension, auquel Dieu, par le don de sa grâce ne fait jamais manquer son aide. Tous, du reste, nous avons besoin de parcourir un chemin de purification et de guérison du désir. Nous sommes pèlerins vers la patrie céleste, vers ce bien plein, éternel, que rien ne pourra plus nous arracher. 


Il ne s'agit donc pas d'étouffer le désir qui est dans le cœur de l'homme, mais de le libérer, de sorte qu'il puisse atteindre sa vraie grandeur. Quand, dans le désir, s'ouvre la fenêtre vers Dieu, c'est déjà un signe de la présence de la foi dans l'âme, la foi qui est une grâce de Dieu


Saint Augustin, encore lui, disait : «Avec l'attente, Dieu élargit notre désir, avec le désir, il élargit l'âme et en la dilatant, la rend encore plus capable» (Commentaire sur la première épître de Jean, 4,6). 

Dans ce pèlerinage, sentons-nous frères de tous les hommes, compagnons de voyage aussi de ceux qui ne croient pas, de ceux qui sont en recherche, de ceux qui se laissent interroger avec sincérité par le dynamisme de leur désir de vérité et de bien. 

 

Prions, en cette Année de la foi, pour que Dieu montre son visage à tous ceux qui le cherchent d'un cœur sincère.

Benoit XVI

© Liberia Editrice Vaticana

 

 

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François Boucherit 06/12/2012 11:41


Bonjour,


Je fais miennes ces paroles de David : "Je ne suis rien, mon peuple n'est rien, ce n'est pas par nous-même que nous avons le pouvoir de t'offrir ces dons. Nous avons tout reçu de
toi, et nous ne pouvons t'offrir que ce qui nous vient de toi." (1 Chron 29,14).


En célébrant une année de la Foi, on risque de l'intellectualiser et de faire de celle-ci le produit de notre pensée.


"Mes frères, à quoi cela sert'il à quelqu'un de dire:"J'ai la foi", s'il ne le prouve pas par ses actes? Cette foi peut-elle le sauver? Supposez qu'un frère ou une soeur n'aient pas de quoi se
vêtir ni de quoi manger chaque jour. A quoi cela sert-il que vous leur disiez : "Au revoir, portez-vous bien ; habillez-vous chaudement et mangez à votre faim", si vous ne leur donnez pas ce qui
est nécessaire pour vivre? Il en est ainsi de la foi : si elle ne se manifeste pas par des actes, elle n'est qu'une chose morte." (Jacques 2 14-17)


"Montre-moi comment ta foi peut exister sans actes ! Quant à moi je te prouverai ma foi par mes actes" (Jacques 2, 18). "Comment Abraham, notre ancêtre, a-t-il
été reconnu juste par Dieu ? A cause de ses actes, parce qu'il a offert son fils Isaac sur l'autel. Tu le vois, sa foi et ses actes agissaient ensemble : sa foi est parvenue à la
perfection en raison des actes qui l'accompagnaient. Ainsi s'est réalisé ce que dit l'Ecriture :"Abraham eut confiance en Dieu, et Dieu le considéra comme juste en tenant compte de sa foi." Et
Dieu l'appela son ami. Vous le voyez donc, un être humain est reconnu comme juste par Dieu à cause de ses actes et non pas uniquement à cause de sa foi." (Jacques 2,21-23)


François Boucherit


Théologien biblique laïc


 


 


 


 


 


 


 


 

Fr Greg. 07/12/2012 10:07



"En célébrant une année de la Foi, on risque de l'intellectualiser et de faire de celle-ci le produit de notre
pensée."


 


C'est un jugement qui me semble un peu rapide, gratuit et très abstrait car général et semble cacher une certaine amertume
ou...??


Quand à la citation de St Jacques, elle peut induire en erreur si on identifie la foi et sa manifestation dans nos actes;
bien sur que croire que Jésus m'est donné implique de tout faire pour le recevoir, mais la foi est d'abord un don qui s'impose, qui nous divinise au dela de notre coopération...