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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La crise du milieu de vie (5ème partie)

15 Avril 2012, 03:47am

Publié par Father Greg

desiree-dolron-1La connaissance de soi est mise en train par l'Esprit Saint. L'homme doit cependant y contri­buer de manière active. Tauler indique différents moyens susceptibles de l'aider à cette prise de conscience. Il explique comment l'homme doit observer et examiner soigneusement ses faits et gestes, ses pensées et souhaits préférés, ainsi que les faiblesses particulières de sa nature. L'observation de soi requiert de l'entraînement :


La méthode recommandée ici par Tailler est la « visualisation », la représentation imagée que la psychologie actuelle utilise comme technique de connaissance de soi : on laisse monter les images de son imagination, du fond de soi, de son inconscient, et on les observe. Souvent, on peut alors découvrir quelles sont les véritables racines et les bases de nos pensées et de nos actions. À l'aide de cette tech­nique, comme Tauler le préconise, nous devons sans arrêt nous interroger sur les motifs ultimes de notre comportement, nous demander si nos références sont en nous-mêmes ou si elles sont en Dieu. Nous cramponnons-nous à des réalités extérieures, à notre succès, à nos rôles, à notre fonction ou à notre pro­fession, à nos propriétés, aux formes de notre piété ou à notre renom de bon chrétien ? Il faut que nous découvrions quelles sont nos idoles. Et dès que nous les avons découvertes, nous devons essayer de nous en détacher. Nous devons lâcher toutes ces réalités auxquelles nous nous agrippons pour nous laisser faire uniquement par la volonté de Dieu.

 

À côté de la connaissance de soi,  Tauler parle encore d'un autre moyen pour surmonter la crise du milieu de la vie : le détachement. Il n'a pas en vue un détachement et un calme stoïciens qui ne se laissent ébranler par rien, mais la capacité de se détacher de soi. Pour Tauler, le détachement représente ce que la Sainte Écriture appelle le renoncement, l'abandon de sa propre volonté pour s'en remettre à la volonté de Dieu. Il a un aspect dynamique et représente une progression vers Dieu.

 

Pour que l'homme puisse être changé en bien, il faut qu'il renonce à beaucoup de choses. Du côté du mal, de l'entêtement, de l'autoritarisme. Mais aussi du côté du bien, dans la mesure où celui-ci freine le progrès. Car le bien peut être l'ennemi du mieux et devenir un handicap pour l'homme sur le chemin vers Dieu. Tauler illustre cette idée par l'image de la fiancée à qui on retire ses anciens vêtements et qui est lavée « pour être ensuite revêtue par le divin fiancé de nouveaux vêtements d'autant plus somptueux » (198). En parlant d'anciens vêtements, Tauler ne pense pas seulement à ceux qui sont souillés par le péché, mais aussi à ceux qui sont « encore bons et que l'on retire à la fiancée uniquement parce qu'ils sont vieux » (198). Il veut dire que les bonnes pratiques et les vertus de base doivent à présent être relayées par une pratique meilleure et une plus haute vertu.

 

Beaucoup de personnes connaissent une crise spirituelle au milieu de leur vie parce qu'elles éten­dent au domaine religieux l'esprit de conquête qui leur avait permis de réussir leur vie profession­nelle. Elles sont constamment à l'affût de nou­velles expériences religieuses, comme si elles vou­laient amasser un trésor spirituel. Aridité et déception dans la prière sont des avertissements pour que je mette un terme à cette recherche avide d'expériences du divin, pour que je renonce à mon désir de possession et que je devienne tout simple devant Dieu. Il s'agirait en somme de m'abandon­ner totalement à Dieu sans exiger de lui sans arrêt des dons tels que la tranquillité, le bien-être, la sécurité, la jouissance spirituelle.

 

Le détachement suppose aussi qu'on soit prêt à souffrir. Être détaché ne signifie pas être tranquille et jouir de sa tranquillité, au contraire, c'est consentir à ne plus être maître de sa propre tran­quillité et à se laisser mener par Dieu dans la tourmente. « La paix véritable ne peut-être engendrée que par les épreuves de la purification, dans la tourmente » (216). C’est pourquoi il importe de supporter la tourmente et les souffrances qui l’accompagnent :

Reste présent à toi-même et ne prends pas la fuite, souffre jusqu'au bout et ne cherche pas autre chose ! Non pas comme ces personnes qui cher­chent toujours la nouveauté pour échapper à la tourmente dès qu'elles sont dans cette pauvreté intérieure. Ou encore elles s'en vont gémir et inter­roger des maîtres, ce qui les égare encore davan­tage. Reste dans ton état sans hésitation ; après les ténèbres viendra la clarté du jour, le soleil dans tout son éclat (217).


Tauler y revient sans cesse : l'homme n'a pas le droit d'échapper à la tourmente, il doit patien­ter. Il ne peut s'en sortir par ses forces propres. Il ne peut rien faire d'autre qu'attendre que Dieu lui-même lui fasse traverser la tourmente jusqu'à une nouvelle maturité spirituelle. Et il faut qu'il ait confiance ; Dieu ne le laisse pas s'enfoncer dans la tourmente sans nourrir pour lui un dessein positif. C'est dans cette disposition d'esprit qu'il doit être prêt à lâcher les rênes et à se laisser prendre par la main. Dans la crise du milieu de la vie, il s'agit en somme d'une passation de pou­voir intérieure. Ce n'est plus moi qui dois me diriger, mais c'est Dieu. Car c'est bien Dieu qui est à l'œuvre dans la crise, et je ne dois pas lui faire obstacle, afin qu'il puisse accomplir son œuvre en moi.

 

                                               La crise du milieu de vie, d'Anselm Grün