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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La crise du milieu de vie (4ème partie)

14 Avril 2012, 03:40am

Publié par Father Greg

3341020993 a97869bf61Le tournant du milieu de la vie nous place devant l'exigence de la connaissance de soi. Celle-ci peut, en même temps, nous aider à venir à bout de cette crise. Lorsque la grâce de Dieu nous a touchés et a mis sens dessus dessous l'édi­fice de nos systèmes de pensée et de vie, la chance s'offre à nous de nous connaître nous-mêmes, non pas superficiellement, mais jusqu'au fond de notre âme, là où se trouve caché notre être véritable. Pour Tauler, aller vers la connais­sance de soi, c'est faire un virage vers l'intérieur, se pencher sur le fond de son âme. Cette prise de conscience est d'abord bien douloureuse, car elle fait découvrir sans ménagement toute l'obscurité et la méchanceté, toute la lâcheté et la fausseté - qui s'y cachent ; on préfère donc l'éviter. Tauler dépeint en termes saisissants l'état d'esprit de ceux qui esquivent la connaissance de soi :

 

Mes enfants, à votre avis, d’où provient-il que l’homme n’arrive à pénétrer au fond de lui-même d’aucune façon ? En voici la cause : mainte peau épaisse, horrible, aussi épaisse que le front d'un bœuf, a été étendue par-dessus, et ces peaux lui cachent si bien son intériorité que ni Dieu ni lui-même ne peuvent plus y pénétrer : les peaux ont poussé par-dessus. Sachez que certaines personnes peuvent bien avoir trente à quarante de ces peaux, épaisses, grossières, noires, comme des peaux d'ours (189).

 

Constamment, nous pouvons vérifier que certaines personnes sont imperméables. On peut bien essayer de leur faire remarquer des défauts, elles n'entendent pas. On peut, avec bienveillance, tenter de les rendre attentives à des comportements qui font une impression pénible, mais c'est en vain. Elles n'ont aucune disposition pour reconnaître leur véritable état. En utilisant l'image de la peau de bœuf, Tauler veut signifier que ces personnes sont si peu en liaison avec leur propre réalité qu'il est impossible, même à Dieu, de percer l'épaisseur de cette peau. Leur intériorité leur est cachée, inaccessible aussi bien à eux-mêmes qu'à Dieu. Elles n'apprennent rien non plus à travers les expériences que Dieu leur envoie, positives ou négatives. Elles sont devenues absolument rigides. Elles interprètent ce qui leur arrive dans le sens d'une confirmation de leurs idées. Elles ont le regard perçant pour débusquer les faiblesses des autres, mais restent aveugles à leurs propres fai­blesses. En psychologie, cet aveuglement s'appelle projection. Puisque j'ai projeté mes faiblesses sur l'autre, je ne peux plus les voir chez moi, je suis aveugle vis-à-vis de mon propre état. Cela se mani­feste alors par des réprimandes à l'égard des autres, par la multiplication des critiques et des condamnations. Pour Tauler c'est « une caractéris­tique des faux amis de Dieu que de condamner les autres, sans jamais se condamner soi-même. Les vrais amis, en revanche, ne condamnent personne, sauf eux-mêmes ».

 

La connaissance de soi est donc généralement ressentie comme bien désagréable. Elle nous arrache tous nos masques et met à découvert tout ce qui est en nous. C'est pourquoi il est très com­préhensible que, le plus souvent, on préfère l'es­quiver. Mais voici que, dans la crise du milieu de la vie, Dieu lui-même prend les choses en main et conduit l'homme à se connaître soi-même. Pour Tauler, le fait que l'homme commence à se connaître tel qu'il est manifeste l'action de l'Esprit Saint en lui. Sous l'influence de l'Esprit, l'homme est progressivement entraîné dans la tourmente, il est ébranlé jusqu'au fond de lui-même. Et l'Esprit dévoile ce qui est inauthentique en lui.

Nous pensons devoir protéger l'être humain contre le choc du milieu de la vie. Au contraire, Tauler y voit l'œuvre de l'Esprit Saint et pense qu'il faut nous laisser ébranler par lui pour pou­voir faire une percée jusqu'à notre fond, jusqu'à notre propre vérité. Il faut tranquillement laisser s'effondrer sur nous la tour de notre suffisance et de notre pharisaïsme et nous abandonner totale­ment à l'œuvre que, dans cette tourmente, Dieu opère en nous :

Mon bien cher, laisse-toi couler, couler à pic jusqu'au fond, jusqu'à ton néant et laisse s'écrouler sur toi, avec tous ses étages, la tour (de ta cathédrale de suffisance et de pharisaïsme)! Laisse-toi envahir par tous les diables de l’enfer !

Cette parole de Tauler est bien courageuse : se laisser envahir par les diables de l’enfer, en faisant confiance à Dieu pour qu’il nous guide à travers la tourmente !

                                   La crise du milieu de vie, d'Anselm Grün