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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La crise du milieu de vie (1ère partie)

29 Mars 2012, 03:18am

Publié par Father Greg

La-crise-du-milieu-de-vie.jpegDans la crise du milieu de la vie, il ne s’agit pas seulement de se situer par rapport aux nouvelles données physiques et psychiques, de s'adapter à la diminution de ses forces corporelles et intellectuelles, et d'intégrer à son existence les nouveaux souhaits et désirs qui font souvent irruption à ce moment-là. Il s'agit bien davantage d'une crise existentielle qui se situe à un niveau plus profond et dans laquelle se pose la question du sens global de ma vie : pourquoi est-ce que je travaille tant, pourquoi est-ce que je m'épuise, ne trouvant même plus de temps pour moi ? Pourquoi, comment, dans quel but, pour quoi, pour qui ? Vers la quarantaine, les questions de ce genre émergent de plus en plus souvent et elles viennent semer le trouble dans la conception de la vie qui était la nôtre jusqu'ici. La question du sens est bien une question de nature spirituelle. Le milieu de la vie ouvre avant tout une crise du sens et donc une crise spirituelle. Et en même temps, il offre la chance de trouver un sens nou­veau à sa vie

 

La crise du milieu de la vie bouscule toutes les données de l'existence pour les trier et les ordonner de manière nouvelle. Du point de vue de la foi, c'est Dieu lui-même qui est à l'œuvre. Il ébranle le cœur humain pour le rompre et l'ouvrir à Lui, pour le délivrer de toutes ses illusions. La crise comprise comme œuvre de la grâce : voilà un point de vue qui n'apparaît guère dans l'abon­dante littérature publiée sur cette période de la vie, or c'en est pourtant un aspect essentiel. Pour le croyant, cette crise n'est pas une agression qui l'assaille de l'extérieur et contre laquelle il lui faut engager sa foi comme simple force d'appui, mais c'est Dieu en personne qui agit sur l'homme ; cette crise est donc aussi le lieu d'une nouvelle rencontre avec Dieu, d'une intense expé­rience de Dieu. Elle représente une étape décisive sur le cheminement de notre foi, un carrefour où nous décidons d’utiliser Dieu en vue d’enrichir notre vie et de nous réaliser nous-mêmes, ou d’accepter l’abandon à Dieu et de lui remettre notre vie.

Aussi cet ouvrage voudrait-il encourager à redécouvrir le chemin religieux comme chemin de salut, comme remède à ces blessures infligées par l'existence, qui font si mal, en particulier dans la crise du tournant de la vie. Il ne s'agit pas d'un retour en arrière, d'une négation de tous les apports de la psychologie, mais d'un cheminement au cours duquel, en toute connaissance des aspects psychologiques, nous nous laissons guider en dernier ressort par la croix, est aussi un chemin de maturation et de guérison au plan humain ; qui sont au centre de l’enjeu ; il importe au contraire d’ouvrir notre vie à Dieu afin qu’il puisse agir sur nous et manifester sa force dans notre faiblesse. L’enjeu n’est pas la réalisation et la glorification de l’homme, mais la glorification de Dieu en toute chose. Et l’un des modes de la glorification de Dieu, c’est l’homme dans sa santé et sa maturité qui, à sa mort, est revêtu de la nouvelle vie de la résurrection afin que la vie de Jésus soit manifestée dans notre existence mortelle (2Co 4, 11).

 

Dans ses sermons, Tauler parle assez souvent de la quarantaine. Dans la vie d’un homme, le quarantième anniversaire représente un tournant :

L'homme peut faire ce qu'il veut, s'y prendre comme il veut, il n'atteint pas la paix véritable, il ne devient pas un homme du ciel, selon son être, avant d'avoir atteint la quarantaine. Auparavant, il est accaparé par toutes sortes de choses, ses pen­chants naturels l'entraînent de-ci de-là ; et ce qui se passe en lui est bien souvent sous leur domination, alors qu'on s'imagine que c'est tout entier de Dieu ; avant cet âge, il ne peut atteindre la paix en vérité et en plénitude, ni être pleinement du ciel. Ensuite l'homme devra attendre dix ans encore, avant que l’Esprit Saint, le Consolateur, lui soit communiqué en vérité, l’Esprit qui enseigne toutes choses.

 

La succession des années n'est pas sans importance dans le cheminement spirituel. Pour Tauler, le but de ce dernier, c'est d'accéder au « fond de l'âme ». Cette notion a donné lieu à maintes disputes de spécialistes. …On ne peut pénétrer dans le fond de l'âme par ses forces propres, ni par des efforts ascétiques, ni par l'accumulation de prières. Ce n'est pas en faisant, mais en laissant faire que l'on peut entrer en contact avec son fond le plus intime. Mais, dans la première partie de sa vie, l'être humain est surtout accaparé par son action propre. Il aimerait obtenir des résultats, non seulement dans les domaines profanes, mais aussi dans la sphère religieuse. Il voudrait progresser sur le chemin vers Dieu par l’effort et l’entraînement spirituel…. Dieu fait le vide en nous par des déceptions, il nous dévoile notre vacuité par nos défaillances, il nous façonne à tra­vers les souffrances que nous devons assumer. Ces expériences de dépouillement se multiplient vers le milieu de la vie. C'est alors qu'il importe de nous laisser dessaisir par Dieu de tous les efforts spirituels reposant sur nos propres moyens, pour nous laisser conduire par Lui à tra­vers le vide et la sécheresse de notre cœur, jus­qu'au fond de notre âme, où nous ne rencontrons plus nos propres images et nos propres senti­ments, mais Dieu lui-même en vérité. D'après Tauler, l'enjeu du milieu de la vie c'est donc de nous laisser vider et dépouiller par Dieu afin d'être revêtus du vêtement neuf de sa grâce. La crise est de ce fait le moment du choix décisif: resterons-nous repliés sur nous-mêmes ou accep­terons-nous de nous ouvrir à Dieu et à sa grâce ?

 

                                   La crise du milieu de vie de Anselm Grün