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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La conscience du réel et ... le réel !

24 Mars 2012, 04:02am

Publié par Father Greg

 

 

van-gogh_wheat-field-with-cypresses.jpgIl y a dans la condition d’être conscient un perpétuel malaise. Au moment où je perçois une chose, j’éprouve qu’elle était déjà avant moi, au-delà de mon champ de vision. Un horizon infini de choses à prendre, entoure le petit nombre de celles que je peux prendre pour de bon. Un cri de locomotive dans la nuit, la salle de théâtre vide où je pénètre font apparaître, le temps d’un éclair ces choses de toutes parts prêtes pour la perception, des spectacles donnés à personne, des ténèbres bourrées d’être.

 

 

            Même les choses  qui m’entourent me dépassent à condition que j’interrompe mon commerce habituel avec elles et que je les retrouve, en deçà du monde humain ou même vivant, sous leur aspect de choses naturelles. Un vieux veston posé sur une chaise dans le silence d’une maison de campagne, une fois la porte fermée sur les odeurs du maquis et les cris des oiseaux, si je le prends comme il se présente, ce sera déjà une énigme. Il est là aveugle et borné, il ne sait pas qui il est, il se contente d’occuper ce morceau d’espace, mais il l’occupe comme jamais je ne pourrai occuper aucun lieu. Il ne fuit pas de tous côtés comme une conscience il demeure pesamment ce qu’il est, il est en soi. Chaque chose n’affirme son être qu’en me dépossédant du mien et je sais toujours sourdement qu’il y a au monde autre chose que moi et mes spectacles. Mais d’ordinaire je ne retiens de ce savoir   que ce qu’il faut savoir pour me rassurer. Je remarque que la chose, après tout a besoin de moi pour exister. Quand je découvre un paysage jusque-là  caché par une colline, c’est alors seulement qu’il devient pleinement paysage et l’on ne peut pas concevoir ce que serait une chose sans l’imminence ou la possibilité de mon regard sur elle. Ce monde qui avait l’air d’être sans moi, de m’envelopper et de me dépasser, c’est moi qui le fais être. Je suis donc une conscience une présence immédiate au monde et il n’est rien qui puisse prétendre à être sans être pris de quelque façon dans le tissu de mon expérience. Je ne suis pas cette personne, ce visage, cet être fini, mais un pur témoin, sans lieu et sans âge qui peut égaler en puissance l’infinité du monde.

 

C’est  ainsi que l’on surmonte ou plutôt que l’on sublime l’expérience de l’Autre. Tant qu’il s’agit que des choses, nous nous sauvons facilement de la transcendance. Celle d’autrui est plus résistante. Car si autrui existe, s’il est lui aussi une conscience, je dois consentir à n’être pour lui qu’un objet consenti, déterminé, visible en un certain lieu du monde. Or comment pourrais-je oublier cette attestation intime de mon existence, ce contact de moi avec moi, plus sûr qu’aucun témoignage extérieur et condition préalable pour tous ? Nous essayons donc de mettre en sommeil l’inquiétante existence d’ «autrui »

                                  

                                               Merleau-Ponty,  Sens et non-sens.

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