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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'œuvre de Dieu ? (III)

1 Février 2013, 02:28am

Publié par Fr Greg.

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La foi en Jésus, fruit de l'œuvre du Père             

 

Le chapitre 6 de l'Evangile de Jean nous donne une lumière précieuse sur l'œuvre du Père. Lors de la multiplication des pains, Jésus opère un « signe » particulièrement éloquent : « A la vue du signe qu'il avait opéré, les gens dirent : "C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde" » (Jn 6, 14). Malheureusement, ils semblent bien ne pas reconnaître ce signe précisément comme « signe », c'est-à-dire comme un témoignage en faveur de Jésus, mais simplement comme un «prodige» dont ils entendent profiter en mettant la main sur Jésus. Celui-ci est obligé de s'enfuir. Le lendemain, on le trouve dans la synagogue de Capharnaüm :

 

Ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain tout votre soûl. Travaillez, non pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme, car c'est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau » (Jn 6, 25-27).

 

Nous reviendrons plus tard à l'invitation faite par Jésus à « travailler ». Examinons pour l'instant la suite du dialogue entre Jésus et les Juifs : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » (Jn 6, 28). Il semble que le verbe, comme c'est le cas dans d'autres textes du Nouveau Testament (15), signifie ici un effort moral et que l'expression « les œuvres de Dieu » doive être comprise comme un génitif objectif : les Juifs déclarent être disposés à opérer des œuvres bonnes ; ils sont donc sujets de ces œuvres qu'ils pensent entreprendre pour plaire à Dieu.

 

La réponse de Jésus au verset 29 est capitale pour la compréhension de l'œuvre du Père : « L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. » Dans cette réponse de Jésus, au contraire du verset 28, le génitif « œuvre de Dieu » est à entendre en un sens subjectif (genitivus auctoris) : c'est Dieu qui réalise une œuvre dont le terme final, introduit par la conjonction ïva, est l'acte de foi des croyants en Jésus (16). Nous trouvons là une confirmation de ce que nous avons vu plus haut : l'œuvre du Père consiste à conduire les hommes vers Jésus et à susciter en eux l'adhésion de foi par laquelle ils seront sauvés. C'est pourquoi Jésus peut dire un peu plus loin : « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés par Dieu. Quiconque entend renseignement du Père et s'en instruit vient à moi » (Jn 6, 44-45).

 

Nous sommes ici au cœur de la conception johannique de l'acte de foi. Au lieu d'être envisagé en premier lieu comme un acte personnel du croyant qui choisit librement d'adhérer à la parole de Jésus, l'acte de foi est vu par Jean dans la lumière du Père : cet acte est le fruit dans l'homme de bonne volonté de l'œuvre du Père qui l'attire et le conduit à Jésus pour recevoir de lui la vie. Les œuvres que le Père donne à Jésus d'accomplir (les signes) sont entièrement ordonnées à cette œuvre principale qu'est la foi du croyant. C'est ainsi, semble-t-il, qu'il convient de comprendre la différence entre les œuvres (au pluriel) et l'œuvre (au singulier).

 

Face aux Juifs, Jésus répond donc qu'il ne s'agit pas en premier lieu de faire des œuvres, si bonnes soient-elles, mais plutôt de permettre à l’oeuvre du Père de porter son fruit salvifique qui est la foi en Jésus.

 

On pourrait se demander s'il n'y aurait pas dans le texte une discrète polémique de Jean contre des disciples de Paul qui exagéraient la dialectique foi-œuvres. La réponse de Jésus ne vise pas à dénier l'importance des œuvres bonnes faites pour Dieu ni à les opposer dialectiquement à l’oeuvre de Dieu, mais à rappeler que l'œuvre que Dieu réalise est toujours première par rapport aux œuvres que les hommes entreprennent et qui en sont un fruit (17). Les versets 28-29 sont donc particulièrement importants pour une théologie de la foi et du rapport entre la foi et les œuvres (18).

 

II serait intéressant ici de regarder la manière dont les autres écrits johanniques nous présentent la foi, manière qui est en pleine harmonie avec ce que nous voyons dans le quatrième évangile. Selon la première Epître de Jean : « Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Car tel est le témoignage de Dieu, que Dieu a rendu à son Fils : celui qui croît au Fils de Dieu a ce témoignage lui » (1 Jn 5, 9-10). Le croyant possède en lui le témoignage du Père faveur de son Fils. C'est aussi pourquoi l'Apocalypse parle des chrétiens comme de « ceux qui ont le témoignage de Jésus. » (19)

 

FR. ALAIN-MARIE

Aletheia. Ecole St Jean.

 

 

(15). Cf. par exemple Rm 2, 10 ; 13, 10 ; Ga 6, 10 ; He 11, 33.

(16). Cf. G. BERTRAM, article « ëçyov, èçyàÇojACd », dans TWNT, II, p. 639.

(17). Cf. le commentaire pertinent de R. H. Lightfoot : « Granted this form of  service or work, namely belief, all other works would follow, being included m this one work and its results » (cf. St. John's Gospel. A Commentary, Oxford, Oxford Clarendon Press, 1956,p.159).

(18). Au lieu de restreindre, comme on le fait souvent, la discussion du problème de la relation foi/œuvres aux Epîtres aux Romains et aux Galates, d'une part, et à l'Epître de Jacques, d'autre part, ne conviendrait-il pas davantage de prendre un point de vue plus élevé, celui de Jean, précisément ?

(19). Cf. Ap 12, 17. Voir aussi Ap 6, 9 où il ne faut pas traduire : « pour le témoignage qu’ils avaient rendu », mais littéralement : « pour le témoignage qu’ils avaient ». Le témoignage rendu par les martyrs est un fruit du témoignage du Père qu'ils ont accueilli en eux.