Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'œuvre de Dieu ? (II)

31 Janvier 2013, 01:22am

Publié par Fr Greg.

 

Fort_Vimieux_1831.jpg

 

L' ŒUVRE DU PERE DANS L'EVANGILE DE SAINT JEAN

 

Le substantif (travail, œuvre) est employé 27 fois dans l'Evangile de Jean contre 10 fois dans les évangiles synoptiques. Quant au verbe (travailler, œuvrer), il est employé 8 fois dans l'Evangile de Jean contre 6 fois dans les évangiles synoptiques. On voit donc déjà que ces deux termes sont beaucoup plus employés par Jean que par les autres évangélistes.

 

Le premier emploi de dans l'Evangile de Jean apparaît en Jn 4,34. Aux disciples qui le pressent de manger, Jésus répond : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre ». Jésus se présente donc comme celui qui a été envoyé afin d'accomplir l'œuvre du Père. Le discours à Nicodème a déjà lié Renvoi du Fils au salut de l'humanité :

 

Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n'est pas condamné ; qui ne croit pas est déjà condamné car il n'a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu (8).

 

On voit dans ce texte comment, d'une part, le salut consiste en l'accueil du don de la vie éternelle, d'autre part, comment on accède au salut par la foi dans le Fils unique de Dieu. Nous verrons justement le lien étroit établi par Jean entre l'œuvre de Dieu et la foi en Jésus.

 

Le travail du Père et celui du Fils

Au chapitre 5 de son évangile, Jean nous rapporte la guérison de l'infirme de la piscine de Béthesda, guérison opérée le jour du sabbat. Après avoir guéri l'infirme, Jésus lui ordonne de prendre son grabat et de marcher. Aux Juifs qui objectent qu'il n'est pas permis de porter un grabat le jour du sabbat 9, Jésus répond : « Mon Père est à l'œuvre jusqu'à maintenant et moi aussi je suis à l'œuvre (10) » Cette affirmation de Jésus est à comprendre en lien avec l'interprétation juive du repos sabbatique que nous avons vue plus haut : du temps de Jésus, les Juifs avaient déjà compris que Dieu continue nécessairement d'être à l'œuvre le jour du sabbat ; ils ne devraient donc pas s'étonner que Jésus lui aussi soit à l'œuvre. Jean mentionne que cette affirmation de Jésus fut comprise par les Juifs comme une prétention insoutenable d'être l'égal de Dieu. Le long discours de Jésus en Jn 5, 19-47 vise à lever le scandale et à justifier l'affirmation de Jésus en montrant la totale dépendance de l'œuvre de Jésus à l'égard de l'œuvre du Père :

 

Amen, amen, je vous le dis, le Fils ne peut faire de lui-même rien qu'il ne voie faire au Père: ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore que celles-ci ; vous en serez stupéfaits (Jn 5, 19-20).

 

En quoi consistent donc ces œuvres que le Père montre au Fils ? Jésus dit qu'il s'agit d'une œuvre vivificatrice : « Comme le Père en effet ressuscite les morts et les rend à la vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut [...] Comme le Père en effet dispose de la vie, ainsi a-t-il donné au Fils d'en disposer lui aussi (11) ». Le travail de Dieu lors de la création de l'homme avait consisté à modeler le corps de l'homme et à lui donner vie ; l'œuvre vivificatrice du Père, à laquelle le Fils est pleinement associé, consiste à redonner vie à l'homme qui a perdu la vie par le péché.


Cette œuvre du Père est rendue manifeste à travers les signes accomplis par Jésus. Selon la théologie johannique des signes, en effet, les « miracles (12) » de Jésus, avant d'être des œuvres de miséricorde envers des personnes dans une situation de détresse, sont principalement des signes qui l'accréditent comme l'envoyé du Père : « les œuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m'a envoyé 13 ». Le témoignage des ces œuvres devrait conduire à la foi en Jésus en dépit des difficultés à comprendre ses paroles : « le Père qui demeure en moi accomplit les œuvres. Croyez-m ‘en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Du moins, croyez-le à cause des œuvres 14. » Ces œuvres sont si éloquentes qu'elles doivent suffir pour emporter l'adhésion de foi. C'est pourquoi Jésus peut dire à l'égard de ceux qui refusent de croire en lui : « Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, moi et mon Père» (Jn 15,24).

 

FR. ALAIN-MARIE

Aletheia. Ecole St Jean.

 

(8). Jn 3, 16-18.

(9). Cf. Jr 17, 21 : « Ainsi parle Yahvé : Gardez-vous bien - il y va de votre vie - de transporter un fardeau, le jour du sabbat, et de l'introduire par les portes de Jérusalem. »

(10).Jn5,17.

(11). Jn 5, 21.26.

(12). Nous employons ici le mot « miracle » parce que c'est la parole consacrée en français, mais il faut tout de suite faire remarquer que ce mot... n'existe pas tel quel dans le Nouveau Testament ! En effet, ce que nous appelons « miracle » est, en fait, appelé dans le NT par divers termes : « puissance » (ô'ùvau.iç), « prodige » (ïéçaç) et surtout, chez Jean, « signe » (o-nuelov). Cf. J.-P. CHARLIER, Signes et prodiges. Les miracles dans l'évangile. Lire la Bible n°79, Paris, Cerf, 1987.

(13). Jn 5.36.

(14). Jn 14. lOc-11.