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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'homme qui n'adore pas? Il plante des choux et élève des canards...!

4 Octobre 2013, 08:52am

Publié par Fr Greg.

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"C'est un fait, l'homme qui n'adore pas s'occupe de planter des choux et d'élever des canards : voilà ce dont il s'occupe, et de faire que ces choux produisent le plus d'argent possible, et que les canards également soient bien vendus. Et donc sa finalité reste un bien-être humain temporel, et puis c'est tout ! Et qu'il faut secouer très fort cet homme-là pour qu'il puisse découvrir qu'il y a en lui quelque chose de beaucoup plus profond, si on peut le secouer ! Si on ne peut pas le secouer, on demande à Dieu de le secouer : c'est ce qu'on doit faire, si on aime ses frères.

C'est insupportable de voir des gens qui n'adorent pas, c'est insupportable de voir des gens qui limitent leur horizon humain à planter des choux et élever des canards : c'est insupportable, si j'ai tant soit peu le sens de la grandeur, de la dignité de la personne humaine, et donc je fais tout ce que je peux pour le secouer. Et si je ne peux pas, parce que quand même, je ne peux pas faire cela à l'égard d'un chef d'état, c'est difficile de le secouer, il y a la police autour ! Alors, on demande à Dieu de le secouer, et cela je crois qu'on doit le faire, c'est la prière qu'on fait pour les chefs d'état, quand ils ont besoin d'être secoués, parce qu'on est dépendant d'eux, on fait partie d'un pays auquel on est lié avec eux. On peut rien, mais qu'ils soient au moins des êtres humains dignes comme être humain. Je prends tous ceux que nous pouvons connaître, et qui ne pensent qu'à une seule chose : la gloire humaine ou l'argent, ou les deux ensembles !

 

Alors, qu'est-ce que c'est que l'acte d'adoration ? Quelle expérience avez-vous de l'acte d'adoration? (...) Un pays devrait avoir ce souci de l'éducation religieuse, autrement, il va à sa chute ! Cela, on le verra au terme : comment l'éthique religieuse devient gardienne de l'éthique humaine, tout court. Là, on relève le défi de Marx: 'la religion opium du peuple'. Alors que c'est l'inverse : la religion, éveil du peuple, éveil éthique du peuple, qui permet à l'homme de garder sa dignité. Je crois que, sans éthique religieuse, c'est très difficile pour un homme de garder sa dignité : il aura peut-être une certaine dignité matérielle, il se sera forgé une éthique stoïcienne. L'éthique stoïcienne était religieuse : elle implique un aspect religieux, au moins dans le stoïcisme ultime et dernier.

Alors l'acte d'adoration, c'est l'acte par lequel, consciemment, librement, je reconnais ma dépendance radicale à l'égard de celui qui est mon créateur, de celui qui a créé mon âme spirituelle. Et quand je dis : il a créé, je dois préciser qu'il crée actuellement mon 'âme spirituelle' (ce par quoi le corps est un corps humain, vivant et qui est 1 avec lui, substantiellement), ce qui est, en moi, source de vie, source d'être,  et parce qu'il crée en moi mon âme spirituelle qui m'est donné gratuitement, je dois reconnaître cela  et le remercier, si je suis un être humain correct. C'est une incorrection terrible que de reconnaître qu'on a une âme spirituelle qui nous a été donnée gratuitement et qu'on ne remercie pas le donateur et qu’on n’a aucun souci de savoir qui il est ! C'est une insouciance impardonnable, puisque c'est le don majeur de ma vie. C'est cela qui donne à toute ma vie humaine sa dignité la plus profonde, qui fait que ma vie humaine a quelque chose d'unique : ma vie humaine a vraiment une grandeur que seule, elle peut posséder. Je reconnais ce don et je remercie celui qui me l'a donné : ne pas le remercier, c'est de l'ingratitude, ce n'est pas humain. Ne pas le remercier pour être soi-disant plus tranquille, pour avoir davantage ma petite vie en main et la mener comme je veux, c'est quelque chose qui n'est pas correct, c'est quelque chose qui, loin de m'ennoblir et de me permettre d'être authentique et vrai ; c'est quelque chose qui me referme sur moi-même et qui m'empêche d'aller plus loin. Et je suis responsable de cela dans la mesure où j'ai pris connaissance et conscience qu'il y a un créateur et que ce créateur m'a créé, que maintenant Il me crée. Je suis responsable d'accepter ou de ne pas accepter cet acte qui consiste à remonter à la source de mon être, non pas d'une manière spéculative, mais d'une manière pratique. Et là, je peux me rappeler très bien ce que dit Péguy : cette manière si forte dont Péguy montre que tout le monde descend le fleuve et très peu remontent à la source...et l'adoration est une manière pratique de remonter à la source, à la source de ma vie, de mon être. Voyez, je crois qu'il faut beaucoup insister sur cette négligence, cette insouciance, cet acte négatif «je ne veux pas le savoir », qui est une attitude commune aujourd'hui chez la plupart des gens. Ils se sont endormis. Je fais de la philosophie actuellement et donc je dois reconnaître que c'est difficile aujourd'hui de faire une éthique religieuse à cause de cet engourdissement, pour des tas de raisons, cette laïcisation, mais dès que j'ai compris l'existence d'un être premier, je dois aller jusqu'au bout des exigences de cela.

Voyez, la philosophie n'est pas une apologétique, la philosophie n'est pas une adaptation, non, l'adaptation vient après, la philosophie est une recherche de vérité, et de vérité pratique, et de vérité spéculative ; et au point de vue pratique, je peux dire, si j'ai découvert l'existence d'un être premier que nous appelons Dieu et qui est notre créateur, que l'acte premier de vérité de tout mon être, c'est de reconnaître cette dépendance radicale à l'égard de Dieu."

MD Philippe. Cours d'éthique. 21.11.91