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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'éclipse de l'âme ou l'oubli de la personne.

20 Février 2014, 08:41am

Publié par Fr Greg.

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Laura Bossi, neurologue italienne, spécialiste de l'épilepsie, s'étonne de ce qu'elle appelle poliment « l'éclipse de l'âme ». En effet, aujourd'hui, l'âme n'a plus sa place dans nos sociétés. Ce qui explique, selon elle, notamment, notre incapacité à « penser » l'animal. Pourquoi cette incompréhension du vivant ?  « On a coupé l'homme de la nature, on l'a constitué en règne autonome. Et l'on a oublié ainsi qu'il est aussi un être vivant parmi des êtres vivants.

 C'est un fait, dans nos sociétés dites développées, l'homme est le maître d'un monde qui, par la technique, ressemble de plus en plus à une machine homéostatique, et le vivant est devenu une chose, un "gisement économique", livré à l'agriculture ou à l'abattage industriel. »

En décidant que l'homme n'a pas d'âme et que Dieu est mort, tout en croyant encore à son immortalité ce qu'il n'accepte pas, l'être humain aurait construit aussi sa propre tragédie. C'est pourquoi, toujours selon Laura Bossi, notre monde a tant besoin de médecins. De médecins de l'âme.

Le constat de départ de l’auteur, neurologue, est sans appel : « A l’aube du troisième millénaire, l’âme est oubliée. Les poètes et les artistes, par une curieuse substitution, n’accordent plus de l’importance qu’à son double, le corps, soma, qui autrefois signifiait le corps inanimé, sans vie, le cadavre. Les philosophes semblent croire qu’il s’agit là d’un sujet passé à l’histoire, juste bon pour les anthologies. Les psychanalystes, quant à eux, n’osent même plus nommer le sujet de leurs études. Dans le Dictionnaire de la psychanalyse de Roudinesco et Plon (1997), pas d’ « âme » entre « ambulatorium » et « american psychiatric association », pas de psyché entre « psychasthénie » et «psychiatrie ». Les théologiens, enfin, peut être soucieux de ne pas passer pour des dualistes démodés, ou las simplement de controverses centenaires, paraissent désormais gênés par ce mot : ils lui préfèrent celui de personne(…) L’âme s’est ainsi absentée des modernes ouvrages et des dictionnaire de théologie chrétienne (note : Dictionnaire de la théologie, Eicher 1998 ;Dictionnaire critique de théologie, Lacoste 1998 qui réunit en une seule entrée âme, coeur, corps) et même de liturgie catholique des morts ».

C’est « l’éclipse de l’âme ».

Et dans le même temps, « les biologistes travaillent sur le vivant, les adeptes des neurosciences étudient la conscience et ses relations avec le corps (mind-body problem). Les médecins « réanimateurs » essayent de définir le moment précis du passage entre la vie et la mort. Les accoucheurs s’interrogent sur l’âme de l’embryon. Les savants s’appliquent à construire des créatures douées de vie ou d’intelligence artificielle. Les juristes et les experts de bioéthique statuent sur la personne humaine et sur les difficiles questions soulevées par les avancées de la science : manipulations génétiques, clonage et techniques de procréation, greffes d’organes. »

Une fois ce paradoxe constaté, Laura bossi dresse un recueil des théories et modèles sur l’âme, du point de vue des philosophes de l’antiquité à nos jours, des théologiens, des anthropologues, des psychanalystes, médecins et scientifiques. Sont aussi abordés par la suite de grands thèmes humanistes tels que l’individuation de l’homme et son rapport à l’animal, la question de la mort, notamment des états de mort clinique ou états végétatifs, de l’euthanasie, de la bioéthique, toujours mis en lumière par de nombreuses références historiques.

Ouvrage très bien pensé et écrit, facile d’abord et richement illustré de surcroit, à recommander pour qui veut faire un tour d’horizon exhaustif de l’histoire de l’âme. Remarquons enfin que la dernière phrase du livre se situe bien dans notre problématique : « (…) Il semble décidément que la maladie ait dépassé le cas singulier et qu’elle s’étende, telle une épidémie, au genre humain tout entier. Quel médecin de l’âme aujourd’hui nous en guérira-t-il ? ».