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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'art, une nécessité intérieure qui s'impose comme devant être réalisé...

28 Septembre 2011, 05:14am

Publié par Father Greg

 

 

20047-594.1290703334.thumbnail.jpg Il en est ainsi de toutes les impressions : une impression que je ressens, en tant que je la ressens est mienne, une impression que je désire en tant que je la désire est mienne. Ce qui seul n’est pas mien en une impression quelconque, c’est la loi par laquelle je ne puis passer à une autre sans passer par des impressions intermédiaires, étrangères à la fois à celle que je ressens et à celle que je désire ressentir, étrangères les unes aux autres sinon par ceci même que chacune d’elle succède à telle autre, étrangères chacune à n’importe quelle impression.

 

(…) Ce monde se définit par la loi même qu’il m’impose ; si d’instant en instant je suis sans cesse hors de moi-même, c’est que je me heurte à un monde où tout est hors de tout. Si je me dirige vers ce que je désire au lieu d’y être déjà, si ce que je suis ne peut-être lié qu’indirectement à ce que je veux être, c’est que j’ai à surmonter un monde où tout est étranger à tout, où rien n’est lié à rien, où rien n’est dirigé vers rien ; où n’importe quoi peut être en revanche par une action, mais indirectement, lié à n’importe quoi, non pas pourtant par n’importe quel intermédiaire. La seule loi d’un tel monde, c’est la juxtaposition. Ainsi c’est seulement par l’épreuve du travail que me sont donnés, et toujours ensemble, temps et étendue, le temps comme condition, l’étendue comme objet de mon action ; la loi du travail enferme, quant à mon action, qu’elle dire, quant au monde qu’il s’étende. 

 

Concernant cette existence qui m’est étrangère, si je la considère en elle-même, je ne puis rien savoir au-delà ; il n’y a rien même pour moi à chercher au-delà. Mais ces couleurs, ces odeurs, ces impressions émouvantes à l’occasion desquelles toujours m’est donnée l’étendue, encore faut-il que je les perçoive, c'est-à-dire que je rapporte chacune d’elles à l’étendue pour les constituer toute en un monde.

Simone weil, le temps, p 108