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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'art, lumière qui dévoile...

7 Avril 2011, 08:13am

Publié par Father Greg

 

 

 

A3224.jpg La période actuelle est hélas marquée par des phénomènes négatifs au niveau social et économique, mais aussi par une baisse de l’espérance, une certaine défiance dans les relations humaines, ce qui accroît les signes de résignation, d’agressivité, de désespoir. De plus le monde dans lequel nous vivons risque de changer de visage à cause de l’action parfois déraisonnable de l’homme. Celui-ci, au lieu d’en cultiver la beauté, exploite avec inconscience les ressources de la planète au profit d’un petit nombre et en détériore souvent les merveilles naturelles. En dehors de la beauté, qu’est-ce qui peut redonner de l’enthousiasme et de la confiance, encourager l’esprit humain à retrouver le chemin, à lever les yeux vers l’horizon, à rêver une vie digne de sa vocation ? Chers artistes, vous savez bien que l’expérience du beau, du beau authentique, ni éphémère ni superficiel, n’est pas quelque chose d’accessoire ou de secondaire dans la recherche du sens et du bonheur, parce que cette expérience n’éloigne pas de la réalité, mais, au contraire, amène à une confrontation serrée avec le vécu quotidien, pour le libérer de l’obscurité et le transfigurer, pour le rendre lumineux, beau.



En effet une fonction essentielle de la vraie beauté, déjà indiquée par Platon, est de donner à l’homme une "secousse" salutaire qui le fait sortir de lui-même, l’arrache à la résignation, à l’arrangement du quotidien, le fait souffrir aussi, comme un dard qui le blesse, mais qui le "réveille" justement ainsi, en lui ouvrant à nouveau les yeux du cœur et de l’esprit, en lui donnant des ailes, en le poussant vers le haut. L’expression de Dostoïevski que je vais citer est certes hardie et paradoxale, mais elle fait réfléchir : "L’humanité peut vivre - dit-il - sans la science, sans pain ; il n’y a que sans la beauté qu’elle ne pourrait plus vivre, car il n’y aurait plus rien à faire au monde. Tout le secret est là, toute l’histoire est là". Le peintre Georges Braque lui fait écho : "L’art est fait pour troubler, la science rassure". La beauté frappe, mais c’est justement ainsi qu’elle rappelle l’homme à son destin ultime, le remet en marche, le remplit d’une nouvelle espérance, lui donne le courage de vivre complètement le don unique de la vie. Evidemment, la recherche de la beauté dont je parle ne consiste en aucun cas en une fuite dans l’irrationnel ou dans le simple esthétisme.


Trop souvent, toutefois, la beauté qui est vantée est illusoire et trompeuse, superficielle et éblouissante jusqu’à l’étourdissement. Au lieu de faire sortir les hommes d’eux-mêmes et de les ouvrir à des horizons de vraie liberté en les attirant vers le haut, elle les emprisonne en eux-mêmes et les rend encore plus esclaves, privés d’espérance et de joie. Il s’agit d’une beauté séduisante mais hypocrite, qui réveille la soif, la volonté de pouvoir, de possession, de domination de l’autre ; elle se transforme bientôt en son contraire et prend les visages de l’obscénité, de la transgression ou de la provocation pour elle-même. Au contraire, la vraie beauté ouvre le cœur humain à la nostalgie, au désir profond de connaître, d’aimer, d’aller vers l’Autre, vers l’Au-delà de soi. Si nous acceptons que la beauté nous touche intimement, nous blesse, nous ouvre les yeux, alors nous redécouvrons la joie de la vision, de l’aptitude à percevoir le sens profond de notre existence, le Mystère dont nous faisons partie et dont nous pouvons tirer la plénitude, le bonheur, la passion de l’engagement quotidien...

 

Benoit XVI, lettre aux artistes, 2009.


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