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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L’analyse philosophique et la croissance humaine

13 Février 2012, 04:06am

Publié par Father Greg

3332237133 7a7238c721     L’analyse philosophique est commandée par l’interrogation du pourquoi. C’est cette interrogation qui commande le discernement entre ce qui est premier et ce qui est relatif. La philosophie n’est donc pas une simple description phénoménologique de la réalité vécue. Elle analyse la réalité existante, au-delà du vécu, grâce à l’interrogation, pour découvrir ce qu’elle est dans ce qu’elle a de premier, son principe, sa cause propre. Puis, à la lumière de la découverte des principes et des causes propres, elle revient à la réalité expérimentée pour saisir comment ces principes se réalisent et comment la réalité se développe et s’exerce. Il ne s’agit pas alors d’une description, mais d’une connaissance philosophique, ordonnée, de la réalité existante, à la lumière des principes et des causes propres découverts par indiction. Par exemple, ayant l’expérience de la connaissance ou de l’amour, nous ne pouvons-nous contenter de décrire ce que nous vivons. Mais le philosophe s’interroge : qu’est-ce que connaître ? Qu’est-ce qu’aimer ? Il s’agit alors de découvrir ce qui détermine la connaissance ou l’amour : ce que nous connaissons, qui nous aimons. Aimer, c’est être attiré par une personne, par un bien réel qui est cause de notre amour. Et c’est dans l’exercice qu’une complexité extraordinaire apparaît. Si, du point de vue pratique, le « comment » est essentiel, du point de vue de la connaissance philosophique, nous ne pouvons le comprendre qu’en ayant d’abord saisi ce qu’est la réalité dont il s’agit. Comprendre la manière d’être, le conditionnement, l’exercice d’une activité humaine, suppose d’avoir découvert ce qu’est cette réalité, ce qui la finalise. Comment l’homme vit-il ? Autrement que l’animal, parce que l’homme n’est pas un animal.


            Socrate déjà le remarquait : comment prétendre gouverner les autres, si nous ne savons pas d’abord qui est l’homme ? Nous ignorons ce qui est bon pour l’homme si nous ne savons pas qui il est. On ne peut prétendre dicter aux hommes leur façon de vivre en leur imposant des lois arbitraires. La loi est au service des hommes, pour les aider à atteindre plus aisément leur fin, leur bonheur, ce qui exige de se demander ce qu’est l’homme. Le philosophe cherche donc à connaître ce qu’est l’homme et pourquoi il vit : sa finalité profonde, ce en vue de quoi il est, ce en vue de quoi il vit. Puis, dans cette manière, il regarde la croissance humaine : comment atteindre cette fin, comment conquérir le bonheur, à travers tel conditionnement et telle lutte ?


            La philosophie ne se contente donc pas de dire ce qu’est l’homme ou quelle est sa finalité. Elle doit faire l’effort d’aller jusqu’au « comment », d’éclairer jusqu’à la complexité de l’exercice concret des opérations humaines. Car la recherche inductive des principes propres est ordonnée à la connaissance de la réalité, de l’homme existant dans ce qu’il a de plus concret. Et c’est la connaissance philosophique qui donnera la lumière la plus pénétrante et la plus réaliste sur cet exercice, et non la phénoménologie ou les sciences dites exactes ou humaines qui ne font que décrire le conditionnement en dehors de la lumière de la détermination et de la finalité. La philosophie seule a l’intelligibilité parfaite de l’exercice et de la croissance car l’intelligibilité du devenir suppose la découverte de la fin. (…) Du point de vue philosophique, il faut donc bien saisir la distinction et l’unité des deux recherches du « qu’est-ce ? » et du « comment ». La quête de la sagesse implique de se demander ce qu’est l’homme et pourquoi il vit ; elle permet alors d’éclairer de la façon la plus profonde l’exercice concret de notre vie humaine, à travers toute sa complexité. Car la sagesse est éminemment spéculative et éminemment pratique.


                                          Marie Dominique Goutierre, L’Homme face à sa mort.