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Jeanne d'Arc est devenue cette icône qui parle à tous les Français

14 Janvier 2012, 04:37am

Publié par Father Greg

 

 

 

Ste-Jeanne-d-arc--1412--2012.jpgQuatre siècles d’oubli suivront  la mort de Jeanne. Le procès dit en réhabilitation qui eut lieu en 1456 n’a fait en vérité qu’annuler sa condamnation. Charles VII ne voulait pas que l’on dise qu’il tenait sa couronne d’une hérétique. C’est l’unique raison pour laquelle il demanda au pape Calixte III d’organiser un procès en nullité de sa condamnation. Mais une fois ce point acquis, il s’empressa de disperser une seconde fois ses cendres au vent de l’oubli. Et tous les monarques à sa suite. Sans doute Jeanne fut-elle la dernière à croire pleinement au sens sacral de la monarchie, à « la force mystérieuse de ce préjugé sublime », pour reprendre les mots de Léon Bloy. Nous entrerions ensuite dans l’ère du réalisme et de l’instrumental dont la République serait le plus logique couronnement. Quant à Pie II, successeur de Calixte III sur le siège de Pierre, il écrivit vers 1460 : « C’est là une chose qui doit être confiée à la mémoire, même si dans la postérité il faille lui accorder plus d’admiration que de foi », préférant pour les siècles à venir couronner de lauriers plutôt que d’épines le pauvre cœur de Jeanne.

 

Ce n’est donc que par un paradoxe apparent qu’il est revenu à un historien républicain et libre-penseur, Michelet, de la ressusciter. Et nous ne serons qu’à moitié surpris de voir que ce sont les anticléricaux, les premiers, qui ont fait d’elle une sainte, quand longtemps encore la plupart des catholiques la considéreront comme une héroïne sulfureuse. Les uns et les autres, pour ne plus savoir unir le ciel et la terre, se combattant à fronts renversés et à coups d’images fragmentaires. Ainsi Joseph Fabre, député radical, propose-t-il dès 1884 d’instituer une fête nationale en l’honneur de Jeanne d’Arc, à la date du 30 mai, au motif que Jeanne était « la sainte de la France » et qu’on célébrait toujours les saints le jour de leur mort ! Et Gambetta, auteur du célèbre slogan « le cléricalisme, voilà l’ennemi », de se payer le luxe de se dire « dévot de Jeanne ». En 1869, l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, tente de réagir à ce mouvement en proposant au Vatican de la canoniser. Mgr Touchet mettra toute son ardeur à le relayer. Il trouvera une oreille attentive en la personne de Pie X, qui la béatifiera le 18 avril 1909, mais il faudra attendre le 16 mai 1920 pour que le Vatican la porte enfin de ses caves à ses autels. (…)

 

 

À peine quelques semaines après sa canonisation, l’Assemblée nationale vote, le 24 juin 1920, l’instauration d’une journée de fête en l’honneur de Jeanne d’Arc, chaque deuxième dimanche de mai. L’« Union sacrée » de la Grande Guerre est passée par là. Tous les combattants, ouvriers, bourgeois, paysans, curés, instituteurs, de droite comme de gauche n’ont-ils pas traversé les « orages d’acier », une petite image de « la fille au dur corsage » sur le cœur ? Maurice Barrès qui, avec Joseph Fabre, n’avait cessé de soutenir ce projet voyait son rêve se réaliser : « Il n’y a pas un Français dont Jeanne d’Arc ne satisfasse les vénérations profondes. Chacun de nous peut personnifier son idéal en Jeanne d’Arc. Elle est, pour les royalistes, le loyal serviteur qui s’élance à l’aide de son roi ; pour les césariens, le personnage providentiel qui surgit quand la nation en a besoin ; pour les républicains, l’enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies ; les révolutionnaires eux-mêmes la peuvent mettre sur leur étendard en disant qu’elle est apparue comme un objet de scandale et de division pour être un instrument de salut. Aucun parti n’est étranger à Jeanne d’Arc et tous les partis ont besoin d’elle. Pourquoi ? Parce qu’elle est cette force mystérieuse, cette force divine d’où jaillit l’Espérance. »

 

Pauline de Préval, Extraits de Jeanne d'Arc, la sainteté casquée, 12 janvier 2012