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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Ils n'ont plus de vin...

20 Janvier 2013, 01:29am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples.  Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont pas de vin. »  Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. » 

 

Au début de l’Évangile de Jean, il y a Cana; premier signe, arch, archétype des autres signes, qui fait que tous les autres seront comme sur le modèle de celui-là. Eh bien, c’est un signe auquel d’abord on ne comprend rien !  

 

Dieu s’incarne, il assume un corps, une nature humaine et... il va à un mariage?! Là, Il ne dit rien. Il transforme de l’eau en vin. C’est beau mais, qu’est-ce qui est intelligible là-dedans ? Dieu source ce de toute intelligence, lui qui est la Sagesse, n’est pas très explicite !

 

Les paroles de Jésus -qui sont le sommet de tout évangile- disent 2 choses : ‘Femme’ et ‘mon heure’.

Femme – à sa mère?- "Femme" c'est celle qui dispose et achève: celle qui ‘complète’ ce que l’homme ne peut faire par lui-même. Elle  celle qui permet à l’homme d’aller jusqu'au bout de ce pour quoi il est fait.

L’heure de Jésus, c’est la croix. La demande de Marie le met donc face à son don ultime, à la lutte dans ce qu'elle a de premier. C’est donc une demande que Jésus éclaire d’une manière nouvelle quand à ce qu’elle est pour lui et qui les mets au cœur de la lutte.

 

 Ce qui est au cœur de la lutte, ce qu’il y a de plus urgent, c’est… « qu’ils n’ont plus de vin ! » Le plus urgent ce n’est pas de nous purifier de nos fautes, de nous aider, ou d’apporter des règles de conduite, l’urgence c’est 'le vin': renouveler notre désir, maintenir la joie, redécouvrir l'attente d’un don qui nous dépasse.

 

C’est pour cela que ce signe est premier, il manifeste ce que Jésus est venu apporter -lui-même- et comment il veut se donner : par notre désir qui hate et achève.

 

La grande misère de tout homme, la grande lutte actuelle, c’est qu’on a tout réduits à notre taille, à notre mesure, selon nos raisonnements, nos générosités ; et que l’on ne croit plus en celui qui se fait époux ; on ne croit plus qu'on est aimé ! On n’est plus en attente d’un amour qui nous dépasse.  L'enjeu le plus urgent de notre vie, c’est de renaitre tous les jours à l’heure de Jésus ; aujourd’hui, c’est comme tous les jours,  le jour des noces !

 

Et pour renaitre à cette heure, il faut pour chacun –et c’est la vraie réponse aux attentes de certains- être « la femme » c’est qui porte pour tous l’attente de ce don, celle qui prie. Parce que prier, ce n’est pas communiquer des infos à Jésus pour en obtenir un résultat. On n’apprend rien à Dieu ! Prier, c’est laisser le désir de Dieu s’emparer de notre cœur. C’est s’ouvrir à ce que Dieu veut nous donner. La prière c’est la miséricorde de Dieu qui veut qu’on porte tout avec lui ; c’est Lui qui veut nous mettre à la taille de son don. C’est Dieu qui vient nous adapter à lui !  

La prière, c’est laisser Dieu creuser en nous un désir toujours plus grand. Pourquoi ? Pour le laisser se donner à nous, pour qu'il soit en nous source d'un amour toujours nouveau.

 

Et c'est cela Cana: ce renouveau dans l'amour. Cela c'est bien l'enjeu de notre vie. Parce que l’amour est bien ce qu’il y a  de plus vital et de plus complexe pour nous. Il est à la fois sensible, passionnel et spirituel. Et, parce qu’on est toujours dépassé lorsque l’on aime, on a vite fait de le ramener à notre prudence, à nos raisonnements, à notre générosité, à notre efficience, à une joie sensible, à laquelle succède vite la tristesse… Et aujourd’hui notre amour n’est plus très frais en nous, il est un peu faisandé, terni. On n'aime plus, on gère! On ne vit plus, on survit !! Et on est souvent désabusé parce qu’on a cru que cela pousserait tout seul et sans luttes ; comme si ce n’était pas une quête bien plus importante que celle d’acquérir des compétences…

 

Et la réponse de Jésus, à cette question complexe, c’est... du vin ! Pourquoi ? Qu’y-a-t-il de commun entre le vin, un mariage et l’amour divin ? C’est que aimer, c’est toujours être face à un autre que l’on n’a pas fait, qui nous dépasse, qui nous oblige à sortir de nous-même ; L’amour, c’est en nous l'effet de la présence  de celui qui nous attire, et qui, comme un poids nous porte vers lui. Aimer c’est accepter de dépendre et choisir de dépendre d’une manière préférentielle, d’un autre qui nous agrandit.

 

C’est l’enjeu de notre vie : revenir et se remettre tous les jours face à l’absolu qu’est l’autre, qui s’impose dans son altérité, et qui dans sa bonté est source pour moi ; C'est ce choix intérieur qui n'a pas d'autres raison que l'autre dans sa bonté : ‘je t'aime, et mon choix n'a pas d'autre raison que toi’. C’est redécouvrir l’absolu de la personne de l’autre au-delà de sa manière d’être, au-delà de ce qu’il fait.

 

L’amour n’est pas une question de communication ou de langage approprié, ou de gestions de ses émotions ou pire d’être en relation ; tout cela c’est encore notre logique cartésienne qui veut mettre la main sur l’autre. Parce qu’on ne veut pas pâtir ; on ne veut pas que l’amour nous écorche et nous fasse souffrir. On ne veut pas naitre de nouveau tous les jours. On veut rester à sa taille : rabougri, étriqué, médiocre, raisonnable, prudent, gentil, crétin souriant... plutôt que d'attendre la promesse de Dieu: « on nommera ta contrée « mon épouse », car le SEIGNEUR met en toi sa préférence et ta contrée aura un époux. Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t'a construite t'épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »

 

Alors il faut que le vin coule, que cette rencontre se fasse et se refasse ; et d’abord sensiblement : il n‘y a pas d’abstraction dans l’amour ! qu’on ne soit plus une terre désolé, mais celui qu’Il appelle sa préféré. Celle à qui il se donne, comme le vin, d’une manière substantielle !

 

Fr Grégoire.

 

 

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