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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Illusion...d'être quelqu'un de bien !!!

22 Mars 2012, 04:30am

Publié par Father Greg

 

 

Jean-Marc-Potdevin.jpeg Le cercle vicieux est celui dans lequel on se déteste soi-même, mais à notre insu : il est en effet intolérable pour notre propre orgueil de nous savoir misérable, donc on se cache notre propre réalité intime. Et pour mieux se mentir à soi-même et s’en abrutir, désespérément nous nous construisons la fiction de nous-mêmes – l’illusion d’être quelqu’un de bien – qui permet de fuir cette réalité qu’on connaît pourtant si bien inconsciemment pour en avoir arpenté les arcanes sinueuses pendant des années.

 

 

Les subterfuges du mensonge qui permettent cette dissimulation, on les connaît aussi : la vitesse, l’activisme et l’illusion. Grâce à la vitesse, en raccourcissant les secondes, le paysage vu de la fenêtre estompe les détails du chemin. Via l’activisme, l’agitation effrénée qui pimente nos minutes à coup d’adrénaline permet de nous faire croire qu’en brassant plus d’air on avance plus vite. L’illusion enfin, qui nous présente un faux bonheur sous la forme d’idoles de réussite, de vaine gloire, de puissance, de reconnaissance, de fortune, de séduction qu’on cherche à atteindre en se trompant lourdement de cible (j’ai appris plus tard que le mot péché en hébreu signifiait : « se tromper de cible », c’est-à-dire ici se tromper de bonheur). On a soif de cette apparente « eau fraîche » des biens les plus désirables du monde, qui ne désaltère rien, asséchant en fait l’individu jusqu’à sa mort.

 

Le processus de décomposition est trivial pourtant, et le piège grossier. Ce cocktail d’acides euphorisants finit par ronger l’âme en la corrodant. Sa surface se couvre d’une épaisse couche d’oxyde, qui la ternit et l’obscurcit progressivement sous cette tyrannie de l’ego-roi (un de nos ennemis intimes les plus puissants), enlaidie jour après jour par les serpents qu’on la force à avaler pour faire taire ses aspirations secrètes à la lumière et à la paix intérieure. Lorsqu’elle se trouve presque totalement étouffée et couverte de cette épaisse couche de poix de nos turpitudes, sa lumière intérieure ne parvient plus à rayonner, ne réchauffe plus rien, et la domination du tyran intérieur n’a désormais plus beaucoup de limite. C’est le syndrome dit du »cœur de pierre », en fait, c’est juste la couche d’oxyde qui donne cette apparence pierreuse, et non du vrai cœur de pierre… couche épaisse et impénétrable qui alourdit et sclérose l’âme emprisonnée en son sein.

Évidemment, le cercle boucle magnifiquement sur lui-même car sans ce peu de clarté intérieure, on se reconnaît plus sombre et détestable encore. Il faut donc, telle une drogue, augmenter la dose de dopamine, la dose d’activité vainement glorieuse et de vaniteuse reconnaissance extérieure, pour chercher à contrebalancer la désormais trop faible lueur du cœur, et retrouver un semblant de réconfort que l’on cherche bien malheureusement au plus mauvais endroit : à l’extérieur de soi.

 

            Tard je t’ai aimée, Beauté, si antique et si nouvelle ;

            tard je t’ai aimée.

            Et voilà, tu étais dedans et moi dehors,

            Et c’est là que je te cherchais,

            En me ruant, difforme, vers ces belles formes que tu as faites.

            Tu étais avec moi, mais moi je n’étais pas avec toi.

(St Augustin, les Confessions, X, 27)

 

   Jean-Marc Potdevin,  Les mots ne peuvent dire ce que j’ai vu.

http://www.editions-emmanuel.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=297