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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Tout les jours, redécouvrir la proximité de Celui qui nous devance et qui se fait notre Lumière !

20 Septembre 2012, 00:05am

Publié par Fr Greg.

Une homélie à travailler et à méditer !

La vérité demande d’être constamment redécouverte : on y entre qu’en acceptant cette pauvreté d’être face à un autre qui nous devance et qui est toujours plus que ce que nous en connaissons ! Comment peut-on se réjouir de la vérité et ne pas prétendre « avoir » la vérité ? Comment être possédé et guidée par elle ? Comment ne pas être un obstacle à la découverte de la lumière ? Comment ne pas se faire sa mesure, son schème, son modèle idéal qui tue toute quête et rencontre nouvelle de Celui qui est la Lumière … ?  

 

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Selon notre foi, l'Eglise est l'Israël qui est devenu universelle, dans lequel nous devenons tous, à travers le Seigneur, les enfants d'Abraham; l'Israël devenu universel, dans lequel persiste le noyau essentiel de la loi, libre des contingences du temps et du peuple. Ce noyau est tout simplement le Christ Lui-même, l'amour de Dieu pour nous et notre amour pour Lui et pour les hommes. Il est la Torah vivante, il est le don de Dieu pour nous, dans lequel, aujourd'hui, nous recevons tous la sagesse de Dieu. En étant unis au Christ, dans le «marcher-avec» et «vivre-avec» avec Lui, nous apprenons nous-mêmes comment être des hommes dans le droit chemin, nous recevons la sagesse qui est vérité, nous savons vivre et mourir, parce qu'Il est Lui-même la vie et la vérité.


Il convient donc, à l'Eglise, comme pour Israël, d'être remplie de gratitude et de joie. «Quel peuple peut dire que Dieu lui est aussi proche? Quel peuple a reçu ce don?». Nous ne l'avons pas fait nous-mêmes, nous l'avons reçu. La joie et la gratitude pour le fait que nous savons que nous avons reçu la sagesse de la vie bonne, qui est ce qui doit caractériser le chrétien. En effet, dans le christianisme des origines, c'était cela: être libéré des ténèbres, d'aller à tâtons, de l'ignorance - que suis-je? pourquoi suis-je? comment puis-je continuer? - le fait d'être devenu libre, d'être dans la lumière, dans l'ampleur de la vérité. C'était cela, la prise de conscience fondamentale. Une gratitude qui irradiait tout autour et qui ainsi unissait les hommes dans l'Église de Jésus-Christ.


Mais dans l'Église aussi, il y a le même phénomène: des éléments humains s'ajoutent et conduisent ou bien à la présomption, au triomphalisme qui vante soi-même au lieu de louer Dieu, ou bien à la contrainte, qu'il faut enlever, briser et écraser. Que devons-nous faire? Que devons-nous dire?


Je pense que nous sommes à ce stade, où nous voyons dans l'Eglise seulement que ce qui est fait par nous-mêmes, et que la joie de la foi nous est gâchée; que nous ne croyons plus et n'osons plus dire: Il nous a montré qui est la vérité, ce qu'est la vérité, il nous a montré ce qu'est l'homme, il nous a donné la justice de la vie juste droite. Nous nous préoccupons uniquement de nous louer nous-mêmes, et nous avons peur de nous laisser lier par des règles qui sont un obstacle dans la liberté et dans la nouveauté de vie.


Si nous lisons aujourd'hui, par exemple, dans l'Épître de Jacques: «Vous êtes engendrés par une parole de vérité», qui de nous oserait se réjouir de la vérité qui nous a été donnée? Il nous vient tout de suite la question: mais comment peut-on avoir la vérité? Ceci est de l'intolérance! Les notions de vérité et d'intolérance ont aujourd'hui presque complètement fusionné entre elles, et ainsi, nous n'osons plus croire à la vérité ou parler de la vérité. Elle semble éloignée, elle semble quelque chose auquel il vaut mieux ne pas recourir. Personne ne peut dire: j'ai la vérité - c'est l'objection que l'on avance - et à juste titre, personne ne peut avoir la vérité. C'est la vérité qui nous possède, c'est une chose vivante! Nous n'en sommes pas les propriétaires, mais nous sommes saisis par elle. 

 

C'est seulement si nous nous laissons guider et animer par elle que nous restons en elle, ce n'est que si nous sommes avec elle et en elle, pèlerins de la vérité, qu'alors elle est en nous et pour nous. Je pense que nous devons réapprendre ce «ne-pas-avoir-la-vérité». De même que personne ne peut dire: j'ai des enfants - ils ne sont pas notre possession, ils sont un don et comme don de Dieu, ils nous sont donnés pour un devoir - pareillement nous ne pouvons pas dire: j'ai la vérité, mais la vérité est venue à nous et pousse. Nous devons apprendre à nous laisser mouvoir par elle, à nous faire conduire par elle. Alors, elle brillera à nouveau: si elle-même nous conduit et nous pénètre.


Chers amis, nous voulons demander au Seigneur qu'il nous fasse ce don. Saint Jacques nous dit aujourd'hui dans la Lettre: vous ne devriez pas vous limiter à écouter la Parole, vous devez la mettre en pratique. Ceci est un avertissement sur l'intellectualisation de la foi et de la théologie. C'est l'une de mes craintes en ce moment, quand je lis tellement de choses intelligentes: qu'elle devienne un jeu intellectuel dans lequel «nous nous passons la balle », où tout n'est qu'un monde intellectuel qui n'imprègne ni ne forme nos vies, et qui donc ne nous introduit pas dans la vérité. Je pense que ces paroles de saint Jacques s'adressent justement à nous comme théologiens: non seulement l'écoute, non seulement l'intellect - faire, se laisser former par la vérité, être guidé par elle! Prions le Seigneur pour que cela nous arrive, et qu'ainsi la vérité devienne puissante sur nous, et qu'elle conquiert de la vigueur dans le monde à travers nous.



L'Église a placé la parole du Deutéronome - «Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l'invoquons?»- au centre de l'Office divin du Corpus Domini, et lui a donné ainsi un sens nouveau: Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous? Dans l'Eucharistie, ceci est devenu pleine réalité. Certes, ce n'est pas seulement un aspect externe: quelqu'un peut rester auprès du tabernacle et, en même temps, loin du Dieu vivant. Ce qui importe, c'est la proximité intérieure! Dieu nous est devenu si proche qu'il est lui-même un homme: ceci doit nous déconcerter et nous surprendre encore et encore! Il est si proche de nous qu'il est l'un d'entre nous. Il connaît l'être humain, le «goût» de l'être humain, il le connaît de l'intérieur, il l'a éprouvé avec ses joies et ses souffrances. Comme homme, il est proche, voisin, «à portée de voix» - si près qu'il m'écoute et que je peux savoir: il entend ma voix et l'exauce, même si ce n'est peut-être pas comme je me l'imagine.

Laissons-nous remplir à nouveau de cette joie: Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous? Si proche qu'il est l'un de nous, au point de nous toucher de l'intérieur. Oui, d'entrer en moi dans la Sainte Eucharistie. Une pensée qui peut être déconcertante. Sur ce processus, saint Bonaventure a utilisé, une seule fois, dans ses prières de Communion, une formulation qui secoue, qui effraie presque Il a dit: Mon Seigneur, comment a-t-il pu te venir à l'esprit d'entrer dans les latrines sales de mon corps? Oui, Il entre dans notre misère, il le fait avec conscience et il le fait pour nous pénétrer, pour nous nettoyer et pour nous renouveler, afin que, grâce à nous, en nous, la vérité soit dans le monde et le salut se réalise. 


Demandons pardon au Seigneur pour notre indifférence, pour notre misère qui nous fait penser seulement à nous-mêmes, pour notre égoïsme qui ne cherche pas la vérité, mais suit sa propre habitude, et donne peut-être souvent l'impression que le christianisme n'est qu'un système d'habitudes. Demandons-lui d'entrer, avec force, dans nos âmes, qu'Il se fasse présent en nous et à travers nous - et qu'ainsi la joie naisse aussi en nous: Dieu est ici, et il m'aime, Il est notre salut! Amen.

Benoit XVI, 05.09.2012.