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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Esquisse (II)

6 Décembre 2011, 05:03am

Publié par Father Greg

 

 

Olevano_the_Town_and_the_Rocks_1827.jpgL'évidence est si impérieuse qu'elle habite le pinceau. Le travail lui- même est source de découvertes. Torrent aride ou tumultueux, il emporte, de surprises en surprises, ce paysage nouveau né des difficultés de la technique, des caprices de la matière, des impatiences ou des longs entêtements du peintre.

 

La simplification n'est pas le fruit d'un a priori, geste aussi vain que le verbiage justificateur qui l'accompagne. On ne cherche pas avant tout à simplifier pour être à la mode, pour « faire de l'abstrait ». La vraie simplicité explose dans un silence. Elle naît d'un élagage patient et maîtrisé. J'entends encore mon maître fulminer : « Pour dépouiller, il faut avoir quelque chose à dépouiller ! » Si le silence ne peut être le fruit que de l'amour, l'espace dans le tableau ne peut vivre que de l'invisible palpitation d'une présence des choses. Quelle plénitude abandonne la montagne Sainte-Victoire dans la seule limpidité d'une ligne ; quelle force dans le gris décliné d'un mur de Nicolas de Staël ! Le peintre s'y cache, labouré d'avoir été toute une vie mendiant de la lumière.

 

La peinture est faite de temps et de lumière... De ces longs temps d'incertitude qui mûrissent l'œuvre, de ces temps de désert ou de recherche sans but apparent, de ces temps de patience qu'exige la matière. Fulgurance et éternité. La vraie lumière naît d'un temps que l'on ne compte plus. La lumière de Rembrandt, ourlant un plissé de nuit, et que l'on devine plus qu'elle n'éclate, est modulée avec l'insistance d'un regard aiguisé. Elle surgit de vertigineux affrontements avec l'ombre, alors que Tintoret la sculpte et la drape, tournoyant abîme qui fait éclater le mystère. Captée et analysée par Vermeer, elle poudroie dans de subtiles couleurs qui emprisonnent le temps.

 

La lumière « retravaillée » n'est plus le premier éblouissement. Elle est remodelée. Elle devient comme l'architecture du tableau et la durée qui la compose lui donne alors une autre densité, cette fragile épaisseur d'une immobile succession. L'instant du tableau lui est antérieur. Il contient le si long geste du peintre. Mais il dure encore et renaît sans «'épuiser dans chaque vrai regard qui le reçoit. C'est l'instant qui se déroule, comme au delà de la durée, musique figée dans le silence. Les siècles n'éteindront jamais le halo qui cerne le regard du vieillard de Rembrandt. Est-ce encore un trait ou est-ce l'intangible rencontre de la lumière ?

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n14

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