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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Enfants Valises

16 Septembre 2013, 08:32am

Publié par Fr Greg.

Le documentariste Xavier de Lauzanne a filmé le quotidien d’une classe de jeunes venus en France via le regroupement familial : un bijou, en salles depuis mercredi.

 

MAKING OF

Ce film a pour titre mystérieux « Enfants valises », c’est-à-dire des jeunes arrivés en France dans le cadre du regroupement familial, et qui doivent s’initier, à l’âge compliqué de l’adolescence, à un nouveau cadre scolaire, de nouveaux codes, de nouveaux rapports familiaux, bref, se réinventer totalement.

L’Education nationale a créé des structures pour ces quelque 40 000 jeunes par an, venus de pays francophones ou pas, légalement ou pas (l’école de la République a pour obligation d’accueillir tous les jeunes de moins de 16 ans) qui passent par un « sas » avant de rejoindre le tronc commun de l’Education nationale. Ici une classe Français langue écrite renforcée (Fler).

Un an dans une classe de région parisienne

Xavier de Lauzanne a posé sa caméra pendant un an dans une de ces classes d’accueil en région parisienne, et nous fait vivre les joies et les peines, les douleurs et les espoirs, les drames aussi, de ce groupe d’adolescents qui n’aspirent qu’à une chose : une vie « normale ». Ce qui n’est pas simple.

Il l’a fait sans jugement, sans « problématiser », sans enjoliver ou noircir une situation complexe, humainement et socialement. Son ambition, explique-t-il, est d’abord de montrer des individus confrontés à l’exil, parfois la séparation de proches les ayant élevés.

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Mardi soir, j’animais un débat dans une salle parisienne pour la première du film dont Rue89 est partenaire. Plusieurs riverains du site étaient présents.

L’enseignante, premier visage de la France

Mais surtout, cette soirée a réuni pour la première fois depuis le tournage, qui remonte déjà à cinq ans, une partie des élèves et leur enseignante, Julie L.

Les enfants du film sont devenus de jeunes adultes, et ils n’ont qu’un mot à la bouche : « Merci. » Merci d’abord et surtout à leur enseignante qui a été le premier visage de la France pour eux, le visage d’une France qui donne sa chance à des jeunes comme eux, chargés de tant de handicaps.

On les comprend : on la voit dans le documentaire d’un dévouement exceptionnel à la cause de l’intégration de ces enfants venus d’ailleurs, au point de passer des heures, chez elle, à téléphoner pour leur trouver des stages chez des artisans du coin...

Quarante mille enfants, ce n’est pas rien, et, à écouter l’enseignante, on peut s’inquiéter de la pérennité de ce système d’accueil et de la tendance croissante à placer ces enfants d’entrée de jeu dans les classes générales.

La « peur » des autres

En réponse à une question sur leurs rapports avec les autres élèves de l’établissement, un des jeunes présents au débat a expliqué qu’au début, ils avaient « peur » – c’est son mot – de ne pas avoir les codes, le vocabulaire, d’être « différents ». Ce passage par la classe de Julie les a aidés à prendre confiance en eux avant de se confronter à la société française.

Ce film a été réalisé avec trois bouts de ficelle, par la force d’un documentariste qui a déjà consacré plusieurs films à l’enfance et à l’éducation, et à la détermination d’une minuscule équipe.

Et il est distribué dans quelques salles, d’où il disparaîtra très vite sauf bouche à oreille rapide et massif qui, seul, lui donnera la visibilité qu’il mérite dans un système déterminé par les chiffres.

Et la télé publique ?

C’est là que la télévision et l’Education nationale ne jouent pas leur rôle. Aucune chaîne de télé n’a voulu acheter ce documentaire, en particulier aucune chaîne publique dont on aimerait penser qu’elles auraient à cœur de montrer une tranche de vie de notre société, émouvante, stimulante.

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Quant à l’Education nationale, elle devrait elle aussi s’emparer de ce film et le montrer à tous, élèves, enseignants, parents d’élèves. Il est au carrefour de plusieurs problématiques importantes de notre société, montre le rôle crucial de l’éducation et les moyens nécessaires pour faire face à un défi humain, social et nécessairement politique.

Cet appel ne sera sans doute pas entendu par les institutions. Reste l’initiative individuelle, celle d’enseignants ou d’associations qui peuvent faire vivre un film... 

 

 Pierre Haski

http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/09/12/les-enfants-valises-disent-merci-a-lecole-republique-245640