Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Du désespoir à l'adoration (II)

29 Octobre 2011, 04:22am

Publié par Father Greg

 

ange6.jpgQuel est le secret du Salut ?

Appeler au secours. L’orgueil refuse d’appeler au secours – c’est le seul combat dans la vie d’un homme. Dès que vous êtes humble, vous êtes sauvé. Même si vous ne le savez pas. Le pauvre est celui qui appelle au secours, qui ne cherche pas à avoir des garanties, ni des certitudes dans sa poche.

Mais l’orgueil se mêle de tout, même à l’humilité ?

L’humilité se mesure à la confiance : pour avoir confiance, il ne faut pas se regarder, mais regarder uniquement Dieu, et ce qu’il veut faire.

On parle de « la joie du Salut ». Quelle joie y-a-t-il dans la Croix ?

Encore un mystère ! L’Eglise chante le Magnificat le soir du Vendredi saint, la sainte Vierge aussi. Elle a reçu au pied de la Croix une tornade de paix qui lui a permis de tenir debout. Comment faisait-elle ? Je ne sais pas. Je fais confiance. Elle m’invite à la suivre : « Entre dans cette joie que tu ne comprends pas » -je ne vais  pas refuser... La  paix, c’est la grâce des grâces, le don de Dieu, un cyclone plus fort que toute tempête.

On a parlé de la « douceur insupportable » du Christ et de la Sainte Vierge au pied de la Croix…. Le Christ n’a pas « surmonté », il n’a pas serré les dents, il s’est laissé désarmer, complètement. Quand on penche les yeux sur l’abîme de cette douceur, c’est bien plus vertigineux que la Croix elle-même… C’est un vertige qui attire.

Etre contemplatif, c’est se laisser attirer par ce vertige ?

En quelque sorte. On croit trop souvent que la contemplation chrétienne est une sorte de dialectique ascendante qui s’élève du monde et monte vers Dieu, à la façon de Platon. Non. C’est la contemplation vécue par Dieu Lui-même, bouleversé dans ces entrailles devant le spectacle de notre misère, et s’abaissant vers nous dans le mouvement inouï de l’Incarnation.

Il n’y a jamais eu qu’un seul contemplatif : Jésus-Christ. Il a contemplé nos ténèbres dans la lumière de la gloire de Dieu, notre dureté dans la lumière de la douceur de Dieu, notre détresse dans celle de la miséricorde… et Il en est mort.

Sa victoire sur les ténèbres, Il l’a obtenue en refusant jusqu’au bout de se défendre, en contemplant ses bourreaux avec ce regard de douceur insupportable que le Père Kolbe offrait encore aux bourreaux d’Auschwitz et qui les obligeait à le supplier de ne pas le regarder ainsi, de ne pas les contempler de cette contemplation qui est déjà la victoire de Dieu.

Qu’appelez-vous les « contemplatifs inconscients » ?

Les « pauvres de Yahvé » - ils sont innombrables – écrasés sans rien y comprendre par la cruauté des puissants et le poids d’un monde endurci. Ils traversent une vie de galère en faisant inconsciemment ce que tous les contemplatifs « officiels » devraient faire consciemment : se tourner vers la Croix du Christ. Elle seule donne un sens à la vie en nous engloutissant progressivement dans le mystère pascal, à travers la pratique quotidienne – parfois douce et souvent dure - de la charité fraternelle.

S’il vous restait une heure à vivre, qu’en feriez-vous ?

Je supplierais, comme d’habitude. Ma vie, c’est accepter de perdre pied, et me laisser aspirer dans le gouffre de la supplication confiante.

Perdre pied ?

C’est la condition obligatoire de la confiance. Pour suivre Jésus-Christ, il faut fermer les yeux, accepter de partir à l’aventure, de « perdre son âme », de tout quitter – emportés dans un mouvement où nous sommes certains d’être débordés, de ne plus avoir pied. Or, cela, nous le refusons. Nous voulons bien courir, mais nous ne voulons pas voler. Nous disons « Non, pas tout de suite… ».

N’êtes-vous pas trop radical ?

Je crois que Dieu l’est plus que moi. La flamme de la vie divine – « Je suis venu allumer un feu sur la Terre… Acceptez-vous que cela aille jusqu’au feu ? » -, si les chrétiens lui ouvraient leur cœur, serait assez violente pour tout emporter. Nous, nous voulons bien aimer Dieu, mais à condition que cela n’aille pas trop vite, pas trop fort, que ce ne soit pas trop déroutant.

En résistant ainsi, nous nous rendons la vie plus difficile et plus âpre : nous faisons des prouesses épuisantes pour éviter de devenir des saints !

Que faire ?

Demander inlassablement la Lumière, pour que l’Esprit Saint nous montre de quelle manière nous répugnons à nous laisser faire. J’aime beaucoup l’histoire d’Alphonse Ratisbonne, ce fils d’un banquier juif qui fut converti par une apparition de la Saint Vierge : il a accepté de voir, du jour au lendemain, toute sa philosophie balayée.

Au fond, notre drame, c’est cela : acceptons-nous que notre idée de la vie soit fichue par terre ? Et de repartir de zéro en disant : « Je n’ai rien compris » ?

Nous n’aimons pas être désarçonnés…

Nous nous cramponnons à un idéal de nous-même, une image de marque. C’est n’est pas sur les points où nous croyons être coupables que nous sommes le plus coupables, mais sur ceux où nous croyons que nous ne le sommes pas.

Ce que saint Jean écrit à l’ange de Laodicée dans l’Apocalypse, c’est à nous qu’il écrit : « Tu n’as pas vu que tu es pauvre, dépouillé, nu, et tu n’as pas voulu te présenter ainsi à moi ; tu as voulu faire comme si tu étais habillé ». Eh bien ! c’est une indélicatesse. Nous sommes misérables à une telle profondeur qu’il faut une intervention spéciale de Dieu pour nous le montrer. Si nous n’en voulons pas, Dieu n’y peut rien : il est timide….

« Au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour », dit saint Jean de la Croix – mais nous serons jugés sur la délicatesse de l’amour plus que sur son intensité, car l’intensité, c’est l’affaire de Dieu, mais la délicatesse, c’est la nôtre.

MD Molinié. O.P

Commenter cet article