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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Dire cette vie qui habite le corps...

24 Septembre 2011, 05:15am

Publié par Father Greg

 

 

jpg_mains_rodin.jpgL'artiste est celui à qui il revient à partir de nombreuses choses, d'en faire une seule, et à partir de la moindre partie d'une seule chose, de se faire un monde. Il y a dans l'œuvre de Rodin, des mains, de petites mains autonomes qui sans faire partie d'aucun corps sont vivantes.

 

Des mains qui se dressent irritées et méchantes, des mains dont les cinq doigts hérissés paraissent aboyer comme cinq gueules d'un chien des enfers. Des mains qui marchent, des mains qui s'éveillent, des mains criminelles, des mains à l'hérédité chargée, et d'autres qui sont fatiguées, qui ne veulent plus rien, qui se sont couchées dans un coin comme des bêtes malades qui savent que personne ne peut les secourir. Mais les mains sont déjà un organisme complexe un delta ou conflue quantité de vie venue de loin, pour se déverser dans le grand fleuve de l'action. Il y a une histoire des mains, elles ont effectivement leur civilisation à elles leur beauté particulière; on leur reconnaît le droit d'avoir une évolution propre et leurs propres désirs, leurs sentiments, leurs lubies et leurs préférences. Or Rodin sachant par l'éducation qu'il s'est donné que le corps n'est tout entier composé que des théâtres où se joue la vie-une vie capable à chaque endroit de devenir individuelle et  grandiose -a le pouvoir de conférer à n'importe quelle portion de cette vaste surface vibrante , l'autonomie et la plénitude d'un tout. De même que pour lui le corps humain n'est un tout  que pour autant une action commune (interne ou externe) mobilise tous ces membres et toutes ces énergies, de même pour lui les différentes parties de corps différents s'ordonnent aussi inversement en un seul organisme, lorsqu'elles sont jointes ensemble par nécessité intrinsèque.

 

1387044874_9aa449fac1.jpgUn main qui se pose sur l'épaule ou la cuisse d'autrui ne fait déjà plus tout à fait partie du corps dont elle est venue; avec l'objet qu'elle effleure ou empoigne, elle forme une nouvelle chose, une chose de plus qui n'a pas de nom et n'appartient à personne; et c'est de cette chose, avec ses frontières bien déterminées, qu'il s'agit dorénavant. Cette découverte est le fondement du groupement des personnages chez Rodin; c'est d'elle que résulte la façon inouïe dont les figures sont liées les unes aux autres, la cohésion des formes, et leur manière de ne pas se lâcher, à aucun prix. Il ne part pas des figures qui s’enlacent, il n'a pas de modèles qu'il dispose et arrange. Il commence aux endroits où le contact est le plus fort, qui sont autant de sommets de l'œuvre; il attaque à l'endroit où naît quelque chose de nouveau, et tout le savoir de son instrument, il le consacre aux mystérieuses manifestations qui accompagnent le devenir d'une chose nouvelle. Il travaille quasiment à la lueur des éclairs qui jaillissent en ces points, et, de tout le corps il ne voit que les parties qui en sont éclairées (…)

 

On a le sentiment que des surfaces en contact, des ondes partent là dans les corps tout entiers, des frissons de beauté, de pressentiment et d'énergie (…)

 

                                                                                  Rainer Maria Rilke  « Auguste Rodin »

 

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