Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Des pauvres, vous en aurez toujours parmi vous....

3 Novembre 2011, 05:10am

Publié par Father Greg

 

t-Bettler.jpegDepuis le gouffre de cette Parole, aucun homme n’a jamais pu dire ce qu’est la Pauvreté. Les Saints qui  l’ont épousée d’amour et qui lui ont fait beaucoup d’enfants assurent qu’elle est infiniment aimable. Ceux qui ne veulent pas de cette compagne meurent quelquefois d’épouvante ou de désespoir sous son baiser, et la multitude passe de « l’utérus au sépulcre » sans savoir ce qu’il faut penser de ce monstre ;

 


Quand on interroge Dieu, il répond que c’est Lui qui est le Pauvre : ego sum pauper ; quand on ne l’interroge pas, il étale sa magnificence. La Création paraît être une fleur de la Pauvreté infinie ; et le chef d’œuvre suprême de Celui qu’on nomme le Tout Puissant a été de se faire crucifier comme un  voleur dans l’ignominie absolue.

 

Les Anges se taisent et les Démons tremblants s’arrachent la langue pour ne pas parler. Les seuls idiots de ce dernier siècle ont entrepris d’élucider le mystère. En attendant que l’abîme les engloutisse, la Pauvreté se promène tranquillement avec son masque et son crible .  Comme elles lui conviennent les paroles de l’Evangile selon saint Jean ! « Elle était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde . Elle était dans le monde et le monde ne l’a point connue. Elle est venue dans son domaine, et les siens ne l’ont pas reçue. »

 

Les siens ! Oui, sans doute. L’Humanité ne lui appartient-elle pas ? Il n’y a pas de bête aussi nue que l’homme et ce devrait être un lieu commun d’affirmer que les riches sont de mauvais pauvres.

Quand le chaos de ce monde en chute aura été débrouillé, quand les étoiles chercheront leur pain et  que la fange la plus décriée sera seule admise à refléter la Splendeur ; quand on saura que rien n’était à sa place et que l’espèce raisonnable ne vivait que sur des énigmes et des apparences ; il se pourrait bien que les tortures d’un malheureux divulguassent la misère d’âme d’un millionnaire qui correspondait spirituellement à ses guenilles, sur le registre mystérieux des répartitions de la Solidarité Universelle.(…)

 

Les riches ont horreur de la Pauvreté parce qu’ils ont le pressentiment obscur du négoce piaculaire impliqué par sa présence. Elle les épouvante comme le visage morne d’un créancier qui ne connaît pas le pardon. Il leur semble, et ce n’est pas sans raison, que la misère effroyable qu’ils dissimulent au fond d’eux-mêmes pourrait bien rompre d’un coup ses liens d’or et ses enveloppes d’iniquité, et accourir tout en larmes au-devant de Celle qui fut la Compagne élue du Fils de Dieu !

 

                                                           Léon Bloy,  La femme pauvre.