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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Des Hommes et des Dieux...

26 Octobre 2010, 21:06pm

Publié par Father Greg

 TESTAMENT DE CHRISTIAN DE CHERGÉ

Quand un A-DIEU s'envisage...                                   testament-dom-christian-cherge-L-1

S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui -
d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant
tous les étrangers vivant en Algérie,
j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille,
se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.
Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie
ne saurait être étranger à ce départ brutal.
Qu'ils prient pour moi :
comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?
Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes
laissées dans l'indifférence de l'anonymat.
Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre.
Elle n'en a pas moins non plus.
En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance.
J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal
qui semble, hélas, prévaloir dans le monde,
et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.
J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité
qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu
et celui de mes frères en humanité,
en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint.
Je ne saurais souhaiter une telle mort.
Il me paraît important de le professer.
Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir
que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.
C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la "grâce du martyre"
que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,
surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.
Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain idéalisme.
Il est trop facile de se donner bonne conscience
en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.
L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.
Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu,
y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile
appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église,
précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans.
Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison
à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :
"qu'Il dise maintenant ce qu'Il en pense !".
Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.
Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu,
plonger mon regard dans celui du Père
pour contempler avec lui Ses enfants de l'Islam
tels qu'ils les voient, tout illuminés de la gloire du Christ,
fruit de Sa Passion, investis par le Don de l'Esprit
dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion
et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.
Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,
je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière
pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.
Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie,
je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui,
et vous, ô amis d'ici,
aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs,
centuple accordé comme il était promis !
Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais.
Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi. 
Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,  
en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !  
Incha 'Allah !

Alger, 1er décembre 1993

Tibhirine, 1er janvier 1994

Christian

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Fr Greg 27/10/2010 13:59



Né en
1937 dans une famille de militaires, Christian de Chergé passe une partie de son enfance à Alger où son père est commandant au 67e régiment d’artillerie d’Afrique. Jeune
officier en Algérie en 1959, un musulman, Mohamed, père de dix enfants, lui sauve la vie au cours d’une embuscade. Le lendemain matin, Mohamed est retrouvé assassiné. À Christian qui
lui avait promis de prier pour lui, Mohamed avait répondu : « Je sais que tu prieras pour moi. Mais vois-tu, les chrétiens ne savent pas
prier ! » Christian n'oubliera jamais son ami: « Dans le sang de cet ami, j’ai su que mon appel à suivre le Christ devrait
trouver à se vivre, tôt ou tard, dans le pays même où m'avait été donné le gage de l'amour le plus grand. »


Ordonné prêtre en
1964, il choisit en 1969 d’entrer au monastère de Tibhirine (Abbaye Notre-Dame de l'Atlas), en Algérie, où il arrive en  1971 après un noviciat à l'abbaye d'Aiguebelle.


Plus
tard, Christian de Chergé redécouvrira sa vocation au cours d’une nuit mystique, une « Nuit de feu », en plein Ramadan, le 21 septembre 1975, où se noue dans la chapelle du
Monastère une prière commune entre un chrétien et un musulman.


Sa vie
durant, il n'aura de cesse d'approfondir cette unité entre croyants. Il étudie et médite les sourates du Coran relatives à «Jésus, fils de Marie », aux « Gens du Livre »
et aux chrétiens, compare les termes comme celui de la Miséricorde et du «  Miséricordieux », « Ar rahman », et « Rahma »). Il travaille sur un des principaux
noms d'Allah, le Dhikr et sur la parabole des Vierges folles et des Vierges sages. Il cherche à percer la clef du mystère de la place de l'Islam dans le « Mystère du
Salut », refusant l'idée d'une religion « scandaleuse ». Il soulignera enfin les « infidélités » des chrétiens à vivre l'Évangile.