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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La maladie, chemin d'initiation...

22 Février 2011, 17:19pm

Publié par Father Greg

 

" J'ai écrit un livre sur les âges de la vie. J'ai tenté de montrer ces métamorphoses de l'être au cours de la vie. Il est évident que tout cela ne vaut que si l'on a appris en cours d'existence à mourir. Et ces occasions nous sont données si souvent, toutes les crises, les séparations, et les maladies, et toutes les formes, tout, tout, tout, tout nous invite à apprendre et à laisser derrière nous ; La mort ne nous enlèvera que ce que nous avons voulu posséder. Le reste, elle n'a pas de prise sur le reste. Et c'est dans ce dépouillement progressif, se crée une liberté immense, et un espaces agrandi, exactement ce qu’on n’avait pas soupçonné. Moi j'ai une confiance immense dans le vieillissement, parce que je dois à cette acceptation de vieillir une ouverture qui est insoupçonnable quand on n’a pas l'audace d'y rentrer. "

 Christiane Singer venant d'apprendre qu'elle est atteinte d'une grave maladie et qu'il ne lui reste au plus que 6 mois à vivre.

 

 FranzVonStuck-Innocence-1889.jpg"Une maladie est en moi. C'est un fait. Mon travail va être de ne pas être, dans la maladie. Bon, je répète, il est possible qu'il y ait en moi ce qu'on nomme une maladie. Mais Christiane n'est pas contenue dans cette maladie. Elle en déborde. 

 

J'ai la sensation d'avoir plus de place en moi. Ma vie adhérait à moi, me moulait hier encore comme un fourreau. Aujourd'hui je me sens comme ces femmes mûres, opulentes qui ne portent que des vêtements très larges dans lesquels tanguent leurs corps généreux. J'ai gagné de l'espace, je gagne en liberté même si, dans le visible, je fonds. 

 

Je ne veux certes pas nier les douleurs, la souffrance que cause le détraquement des fonctions naturelles, etc., mais les espaces d'apaisement sont multiples. L'art consiste à ne pas occuper les "espaces entre" par le ruminement des douleurs traversées ou par la crainte de celles qui vont suivre. Aussi la récolte est-elle déjà riche dans ce début d'aventure. Je suis gagnante même si je perdais tout aux yeux de ceux qui ne voient qu'un côté du monde. 

 

Toujours se présentent des moments merveilleux où je suis touchée dans une profondeur inconnue. Surtout, surtout ne pas m'enfermer seule dans mon corps! 

 

Oui, ma maladie ouvre des espaces inattendus pour beaucoup d'autres et tant pour mes plus proches que pour les amis d'âme et de cœur. C’est incroyable. Une force semble se réveiller qui leur dit: désormais il n'y a plus à tergiverser ni à faire antichambre: il faut entrer en VIE et sur l'instant!!! 

 

Tout ce que je rêvais se réalise! J'étais en somme, si je peux le dire avec quelque humour, le dernier obstacle à ce bondissement de conscience. 
L'intelligence de la vie me bouleverse, et son agilité paradoxale! 

 

L'aiguille a causé une douleur vive mais il n'y avait personne pour souffrir ou sursauter; je ne sais comment exprimer cette expérience autrement. Il y avait bien tout cela mais personne pour en souffrir, c'était une conscience aiguë et joyeuse. 

 

On peut bien sûr être malade, cruellement malade pour avoir confirmation de sa malchance et toutes les raisons de se lamenter. Beaucoup vivent la maladie comme une pause douloureuse et malsaine. Mais on peut aussi monter en maladie comme un chemin d'initiation, à l'affût des fractures qu'elle opère dans tous les murs qui nous entourent, des brèches qu'elle ouvre vers l'infini. Elle devient alors l'une des plus hautes aventures de la vie. 

 

Si tant est que quelqu'un veuille me la disputer, je ne cèderais pas ma place pour un empire."

 

Christiane Singer,  Derniers fragments d'un long voyage.


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