Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Civilisation de l'effacement...

31 Juillet 2011, 05:33am

Publié par Father Greg

 

 

553 Nous vivons dans la civilisation de l'effacement ou plutôt de l'effaçage. Les mots essentiels, âme, amour, respect, honneur sont soigneusement effacés.

            On se garde bien de les attaquer, on les efface. Mais, sous la couche de poussière qui les recouvre, ils continuent à vivre, prêts à servir, prêts à prendre leur place dans le combat.

 

          Et puis j'entends la plainte de Didon,  telle que nous la transmet Purcell. Qui a entendu ce chant de désespoir sait qu'il ne pourra jamais abandonner une femme et que, s'il l'a fait jadis, il l'a fait contre la meilleure partie de lui-même. La musique est le révélateur. Nous pouvons dire aux mots ce que nous voulons. Ce sont des serviteurs dociles. La musique, elle, résiste. La musique est le langage de notre âme secrète. Grâce à elle, nous trichons un peu moins, nous cherchons à nous approcher de la source de nous-mêmes. Le barrage des conventions s'effrite et ce qui nous tient à cœur se fraie un passage. Ce sont des moments rares dont nous ne cessons d'avoir la nostalgie et dont le souvenir nous aide à supporter la grisaille des jours.


             On ne croit pas à une musique, on lui donne son assentiment. Peut-être en est-il de même de la foi, qui est plus assentiment que pure croyance. L'assentiment engage à la fois la raison, la volonté et le cœur. Il va plus profond que le jugement d'existence qui est sans signification, dès qu'on dépasse le simple témoignage des sens; c'est la leçon que donne la science aujourd'hui.

 

Chacun porte en lui l'aventure humaine, mais seulement s'il s'évade de son moi. Cette apparente contradiction décourage et sert d'alibi à la lâcheté. Comment être soi et cependant s'oublier? L'amour donne la réponse, mais n'aime pas qui veut. La prière est demande de pouvoir aimer. On dira que c'est peu de chose, c'est immense, comme l'amour, ce jeu étrange où l'on est présent à soi par la présence de l'autre, où l'infini d'un visage fait éclater la finitude du moi...

 

Jacques de Bourbon Busset  "L'absolu vécu à deux"