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Chronique du Festival d'Avignon...

10 Juillet 2013, 09:09am

Publié par Fr Greg.

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Il faut voir Frère Samuel dans sa longue robe grise, discuter, l'œil vif, de la révocation de toute vocation chez saint Paul dans l'Epître aux Romain avec le comédien Nicolas Bouchot, qui vient d'interpréter Projet Luciole. Pointu, intéressé, enthousiaste. "Une intelligence", comme disaient les anciens. Avignon connaît bien sa silhouette qui parcourt la ville, à pied, à vélo, avec, à 51 ans, la même énergie communicative, portant cette "surhumanité de Dieu" qui l'éblouit.

Paroisse Saint-Ruf, à Champfleury, un quartier populaire au-delà des remparts. L'air est paisible. Ils sont six "petits gris", comme on les surnomme, membres de la communauté de Saint-Jean, apparentés aux dominicains, à vivre là dans les cellules d'un prieuré dont l'architecture rappelle plus un centre de Sécurité sociale qu'un monastère. Il y a six ans, l'évêque leur a proposé de venir en Avignon, une communauté de profils haut de gamme, un peu anar, un peu consultants. L'un coordonne les aumôneries des hôpitaux, l'autre s'occupe de la radio... Lui-même, fils d'un grand commis de l'Etat (son père, Philippe Rouvillois, sortit major de l'ENA, promo Vauban, avec Chirac et Rocard, fut notamment à la tête de la SNCF), s'occupe de la culture. Par un tour du destin, là où les artistes vous confient souvent qu'ils visaient la prêtrise ou traversaient une crise mystique, Frère Samuel, lui, avait pour vocation d'être metteur en scène de cinéma. Un an de philosophie auprès d'un dominicain aristotélicien en décida autrement. Il entra dans les ordres.

MOTS PROSAÏQUES

Les hommes de robe ont une place importante dans l'histoire du Festival. A commencer par le Père Chave, qui à 88 ans, est l'un des derniers monuments vivants de l'épopée vilarienne. Fils de cheminot, le vicaire diocésain fut là dès les débuts, organisant des rencontres et des passerelles entre l'Eglise et ce monde qui veut sans cesse réinventer le théâtre, à moins que ce ne soit le contraire.

En 2011, ce sont eux, les religieux qui s'opposèrent aux ultras du catholicisme jetant l'anathème sur la pièce de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu"Il faut n'avoir rien compris. Au contraire, on ressort avec cette image du Christ de 15 mètres de haut qui vous reste. Cette force, c'est ce que l'Eglise n'arrive plus à faire. La question de Castellucci c'est celle-là : pourquoi le visage du Christ a disparu au détriment de tous ces crucifix ?"

Frère Samuel utilise des mots prosaïques et une pensée directe. De Par les villages qu'il a vu dans la Cour d'honneur, il dit : "J'aime bien, mais il est un peu chiant le Peter Handke, il nous fait une homélie du dimanche qui dure trois quarts d'heure, et Stanislas Nordey ne nous fait grâce de rien. Mais c'est intéressant devoir comme l'auteur se cherche, se tient à distance du sujet, y revient. Car cette pièce n'est que ça : l'Evangile."

Frère Grégoire, qui joue dans le "off" La plus que vive, tiré d'un texte de Christian Bobin, est parti à l'entracte, quand, lui, parle sans tarir de ses émerveillements : Anne Teresa De Keersmaeker, Arthur Nauziciel, Simon McBurney... "C'était l'an passé, Le Maître et Marguerite ! Quelle trouvaille esthétique, quelle puissance, dans cette scène où l'homme est là avec ses roseaux qui forment comme une croix, montrant ainsi mieux que tout comment ce n'est pas le poids de la Croix qui fait ployer le Christ mais sa propre fragilité."

Ouvrant son agenda, il voit le programme dantesque qui l'attend. "Ah ! Faust, huit heures, à la FabricA. Formidable..." On le surprend alors, au propre comme au figuré, à s'en lécher les babines. Péché d'intelligence du monde.

 http://www.lemonde.fr/culture