Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Celui que Jésus aime d'un amour préférentiel... (I)

27 Décembre 2012, 02:02am

Publié par Fr Greg.

John--2-.jpg

 

      Pour s’approcher de la personne de Jean, il faut revenir et recevoir ce qu’il dit de lui-même dans son évangile.

Cela commence par un silence sur lui-même: il est ‘un disciple’ qui suit Jésus sur la parole de Jean-Baptiste. Jean est comme non-cité, et pourtant cette rencontre est capitale. Elle est celle que rapporte Jean en premier: elle est comme la lame de fond qui anime tout son évangile. « Jésus se retournant et les voyant qui le suivaient leur dit : ‘ Que cherchez-vous ?’ » Cela est capital car tout l’évangile c'est pour Jean nous dire comment il a laissé Jésus lui révéler son regard sur lui. Toute la nouvelle alliance, c'est pour chacun, Dieu qui se retourne -lui que l'on voyait de dos- et qui nous révélant comment il nous regarde, éveille notre intelligence à son désir le plus profond, au désir que Jésus lui-même à sur nous: « Que cherchez-vous ? ». 

 

Puis, au terme de son évangile, Jean se désignera par cinq fois « le disciple que Jésus aimait »! Le disciple que Jésus aimait, rien que ça!! Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi et en quel honneur dit-il cela... ? Ne serait-ce pas un manque d’humilité ? Un petit peu d’orgueil ou au moins d’amour propre ?? Incroyable.. et ce n'est pas une métaphore; lorsque Jean dit ‘Celui que Jésus aimait’, cela manifeste que l’amour de Jésus n’est pas un amour universel, abstrait ou égalitaire ! Jésus ne nous aime pas de manière égale, et ça, ça nous est insupportable ! C’est indécent, inhumain et scandaleux : notre éthique ‘citoyenne’ respectueuse du pacte républicain, de tolérance dégoulinante et d’amour universel qui cache nos individualismes larvés et nos consciences satisfaites de "faire du bien aux autres" en prend un grand coup ! 

 

Car, c’est peut-être là le cœur de la révélation : Dieu ne vient pas pour nous faire du bien, pour rassurer nos conscience en attente de valorisation et de reconnaissance sociale! Dieu nous aime point! Et il nous aime d’un amour de prédilection, d'un amour véhément, ardent, passionné, irraisonnable, avec une préférence jalouse qui si elle était sensible serait passible d'harcèlement !

 

Et  c'est cela que Jean à découvert pour lui! Un amour premier, total, radical, excessif, blessant parce qu'il est de trop pour nous! Un amour qui fait qu'on est premier pour Jésus. Et Jean a la pauvreté d'aller jusqu'au bout de ce choix de Jésus sur lui: nous sommes choisi pour être premier, pour comme dépasser tout le monde ! Pourquoi?  Que signifie cette préférence divine ? Autrement dit : comment-a-t-il pu découvrir cela ? Comment est-il entré dans le regard de Jésus sur lui ? Et qu’est-ce que cela veut dire pour nous ?

 

Pour nous, on a malheureusement du mal à toucher qu’aimer implique nécessairement une préférence, une priorité : nos scrupules culpabilisants nous font vite réduire la préférence à une source de jalousie insupportable ! Et puis la peur de réveiller nos volcans passionnels qu’on voulait bridé à coup de psychothérapie, fait qu’on se réfugie dans des trucs rationnel, ou tout doit être vécu de manière plus ou moins communautaire : « jamais seul, parfois deux, toujours trois » comme disaient certaines éducations étriqués de gens ‘bien sous tous rapport’ : de la maitrise, rien ne doit déborder ! Ou bien, on refoule toute vulnérabilité personnelle et on se réfugie dans un volontarisme stoïcien, vertueux et pharisaïque : la maladie cléricale par excellence ou des autorités qui aboient tel des roquets dès qu’on interroge leurs décisions ! Et dans les deux cas, on est face au culte d'un projet idéal communautaire ou on se gargarise de relations stérilisantes,  uniformes et de notre trop bonne image de nous-même que l’on souhaite continuer de cultiver, sans possibilité de vulnérabilité  à un autre !

 

Or, si déjà au niveau humain, l’amour réclame un choix préférentiel, la sainteté de Jean -et là c’est révélé- c’est un mystère de pure préférence ! On voit cela déjà au chapitre 13, lorsque Jésus annonce qu’il y a un traitre ; Pierre veut savoir qui c’est, mais comme il vient de se faire bâcher à propos du lavement des pieds –les revendications liturgique ne date pas d’hier – Pierre ne demande pas directement et passe par Jean. Et Jean qui repose sur la poitrine de Jésus, reçoit la révélation du traitre, mais ne le dit pas à Pierre ! Première fois que Jean passe devant Pierre !

 

A la croix, Jésus voyant le disciple qu’il aimait, le donne comme fils à sa mère. A la résurrection, chap 20, c’est lui qui court devant et qui arrive le premier au tombeau, mais surtout, il est le premier à croire après être entré ! C’est aussi le premier à dévoiler la présence de Jésus sur le rivage : « C’est le Seigneur ! » ; Et enfin, il y a le choix de prédilection sur Jean que Jésus se réserve et qu’il manifeste à Pierre en lui faisant bien comprendre que ce n’était pas son affaire : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? »

 

Jean c’est donc ce toupet incroyable qui proclame : « je suis le premier partout, avant tout le monde… ! » Jean est ainsi le premier à connaitre la blessure de la trahison de Jésus, le premier à être enfanté par Marie, le premier à croire, le premier à dévoiler la présence de Jésus ressusciter, et enfin  comme si il devait être le premier pour le retour du Christ ! 


Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que cela révèle pour nous ? Car on n’a pas le droit de dire que ce n’est pas pour nous ! Car c’est bien au centre du mystère de Jésus : il est Le Fils bien-aimé du Père, le préféré, le choisi de toute éternité, ce qui n’a donc rien à voir avec une espèce de sélection avec un classement final ; c’est ce qu’il y a de plus secret en sa personne, et c’est cela qui nous est donné à vivre !

 

Or, pour nous, c’est difficile de vivre d’une préférence, c’est même éprouvant ! Les ouvriers de la 11e heure sont pris gratuitement avec un salaire préférentiel, et cela est éprouvant pour ceux qui ont trimé toute la journée ! La préférence c’est donc l’épreuve d’un amour qui est de trop, ou celui qui est source n’a pas à rendre compte de son choix !  

 

Fr Grégoire. 27.12.2012

©www.quecherchezvous.fr

Commenter cet article