Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

ce monde intérieur...

29 Septembre 2011, 05:11am

Publié par Father Greg

 

 

bouguereau40.jpg Chacun, selon Musset, porte en lui « un monde ignoré qui naît et qui meurt en silence ». A mesure qu’il veut l’éprouver et y vivre, il lui faut descendre plus profondément dans une absorption qui l’isole d’autrui et le rend incommunicable. Jamais ce problème, cette angoisse ne furent mieux ressentis qu’au XIXème siècle où la culture de l’âme individuelle et sa conscience furent portées à leur apogée par le romantisme. (…) Art et poésie ne sont pas seulement indispensables pour rompre le sceau du secret qui enferme la vie profonde et particulière de chacun, « la partie réelle et incommunicable de nous-mêmes », comme l’appelle Proust, cette manière distincte de vibrer en face de faits ou de notions en apparence identiques. L’indicible n’est pas seulement individuel comme l’a cru surtout le romantisme ; il peut être éprouvé aussi par tout un groupe humain, une collectivité sociale et religieuse, et pourtant excéder la capacité du langage. Il suffit en effet qu’il relève d’un autre domaine que celui de l’intelligible, qu’il soit du ressort de la pure sensibilité ou de cet inconscient, qu’on a seulement découvert depuis un siècle. Domaine inférieur à celui des idées, diront certains, et qui n’a qu’à s’élever jusqu’à elles…

 

  Mais il en est un qui les dépasse et ne saurait y être réduit sans perdre sa valeur profonde : c’est celui de la spiritualité. Si l’esprit trop rationaliste de nos pères a méconnu l’inconscient et ses droits à l’expression, le nôtre, encore trop imbu d’une civilisation positive, conçoit malaisément que le spirituel ne se confonde pas avec l’intellectuel et y soit même irréductible tant il lui est supérieur. A lui appartiennent les sommets de notre vie intérieure, ceux où nous entrevoyons des espaces où la pensée défaille, à la manière dont l’avion, armé de sa mécanique, ne peut plus être porté par l’air trop subtil des hautes altitudes.

            Or inconscient et spiritualité, dont se nourrit la vie intérieure des individus aussi bien que celle des collectivités, sont condamnés au mutisme de par les carences du langage usuel, s’ils ne se libèrent et ne se manifestent par l’art et ses images. Lui seul (ou sa sœur la poésie) peut les extraire du vécu brut et en donner le signe, la traduction extérieure. C’est pourquoi l’art a toujours été le langage élu des révélations religieuses comme des confessions particulières de tout ce qui déborde les évidences sensorielles ou les évidences rationnelles, qui seules appartiennent normalement à la parole.

 

René Huygues, Dialogue avec le visible