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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Carême: temps de révélation de notre faiblesse et de notre impuissance...

18 Février 2013, 02:26am

Publié par Fr Greg.

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Quarante jours et quarante nuits dans le désert ! Le temps du carême, un temps, à la fois, d’épreuve et de révélation.

Un temps d’épreuve où Jésus éprouve la faiblesse du corps et de l’esprit. Faiblesse du corps quand les forces vous lâchent et le texte dit qu’il eut faim ; faiblesse de l’esprit quand la pensée vous assaille et qu’il est tenté par le diable. Ce temps d’épreuve est un combat dans la faiblesse, pour Jésus comme pour nous, parfois, lorsque nous voudrions baisser les bras .

Mais ce temps d’épreuve est donc aussi, en même temps, un temps de révélation. Celui qui permet le dévoilement de forces cachées, de ressorts secrets ; la mise au jour de ce qui demeure dans la mémoire et dans le cœur.


Vous avez peut-être déjà fait cette expérience qui est celle de tous ceux qui me parlent d’une épreuve subite qu’ils ont dû affronter. Tous disent que ce temps révèle alors ce qui est essentiel et ce qui est accessoire ; qu’il fait le tri dans notre pensée et notre vie pour nous attacher à ce qui est important et relativiser ce qui ne l’est pas. Révélation sur nous-mêmes, et aussi révélation de Dieu lui-même : c’est l’expérience de Moïse au désert durant quarante jours et qui reçoit les dix paroles de Dieu ; c’est l’expérience du prophète Elie au désert durant quarante jours et qui ressent la douce et bienveillante présence de Dieu.


C’est lorsqu’on est faible, dans son corps ou dans son esprit, que survient alors ce tentateur de nos épuisements et de nos renoncements. Le malin profite toujours de nos faiblesses pour nous séduire par la toute puissance et l'efficacité.

Et voici donc Jésus, tenté comme nous et tenté par trois fois, par celui qui lui souffle à l’oreille de suivre une autre voie/voix. Trois tentations.

Du pain d’abord. Jésus pourrait transformer les pierres de son désert en pain nourrissant ; effacer le désert, supprimer le désert, quitter le désert, ne jamais le vivre, l’éviter ; c'est-à-dire, par un geste miraculeux ou spectaculaire, s’éviter les épreuves de la vie, être maître de son corps, de sa faim, de son existence… ne plus connaître de manque ou de frustration. Première tentation.


Ensuite, dominer sur tous les royaumes de la terre. Acquérir le pouvoir absolu, non plus sur soi-même, mais sur les autres, sur tous les autres. Ressentir cette puissance, se placer au-dessus de tous, dominer sur tous. Que plus personne ne représente d’obstacle à son désir et à sa liberté. Pouvoir décider de son destin ; ne plus être soumis aux aléas de l’histoire ; Ne plus se soucier de personne ; n’être là que pour soi. Deuxième tentation.


Enfin, sauter du haut du Temple et forcer Dieu à agir, c'est-à-dire acquérir le pouvoir sur Dieu même, avoir prise sur lui, pouvoir le manipuler et le faire agir à sa guise ; utiliser sa puissance à son profit personnel et à propos d’une lubie ou d’un caprice. Troisième tentation.


Voici donc ces trois tentations où il s’agirait, à chaque fois, d’être maître, maître de soi, maître des autres et maître de Dieu. C’est ce que le tentateur propose à Jésus. Et c’est vrai qu’elles sont tentantes ces tentations ! Sinon, ce ne serait pas des tentations ! Elles sont séduisantes car qui ne voudrait pas, finalement, pouvoir être maître de soi, des autres et de Dieu !


Oui, c’est bien ce que nous voudrions souvent. C’est bien le sentiment que nous avons parfois. Ce désir de pouvoir tout maîtriser, de ne pas être surpris par l’imprévu, l’accident, l’obstacle. Se mettre à l’abri des aléas et des épreuves ; acquérir des assurances. Qui ne voudrait pas cela ! Et pour se faire, on s’entoure parfois de grigris, de portes-bonheurs, de muguet ou de trèfle à quatre feuilles ; ou bien, encore, de pilules ou de crèmes, d’investissements ou d’épargnes… mais, au fond, nous savons bien que tout cela ne pèse pas très lourd et qu’il nous faut bien accepter et endurer de ne pas tout maîtriser. Il nous faut accepter d’être Homme.


Car cette tentation de tout maîtriser, ce serait donc, en fin de compte, prendre la place de Dieu ou, plus exactement, être Dieu à l’image de ce que nous imaginons souvent ce que peut être Dieu : le roi tout-puissant et maître de tout.


La tentation pour Jésus, le fils de Dieu, est terrible car il est tenté d’être 'Dieu'. « Sois Dieu, puisque tu l’es ! », c’est ce que le diable lui dit. « Sois ce Dieu que les Hommes attendent toujours qu’il soit ; devient ce vrai Dieu à qui tout est possible, qui règle le cours de toutes choses, qui domine sur tout et sur tous. Deviens un vrai Dieu, dominateur et puissant ; un Dieu à la mesure de ce que les Hommes imaginent. Deviens un Dieu à l’image de l’Homme ! » Tel est le discours du tentateur. Il connaît bien les Hommes, le bougre ! Et il connaît bien sa Bible aussi ! Dieu a voulu d’un Homme à son image, et voilà qu’il lui est proposé maintenant d’inverser les rôles et d’être un Dieu à l’image de l’Homme !


Mais Jésus, dans la faiblesse, il ne cède  pas à cette autre voie/voix car Il est venu pour révéler le vrai visage de Dieu. Et ce visage n’est pas celui que les Hommes imaginent de Dieu. Jésus est venu pour dire la tendresse de Dieu, le respect de Dieu, la compassion de Dieu, l’humanité de Dieu au service de l’Homme, c'est-à-dire tout ce que l’Homme n’imagine pas de Dieu.


Au point où nous en sommes : il nous faut accepter la fragilité de notre existence et la faiblesse d’un Dieu qui n'est pas ce que nous attendons de lui…

On ne rencontre Dieu que pour lui-même, pas pour quelque chose, une gloire, un honneur, un truc qui nous met au-dessus des autres. Il est le mendiant, le très-bas, celui qui est inutile, qui ne rétablit rien, qui se fait agneau, bouc émissaire, rejeté des hommes... Qui veut de ce Dieu là?

 

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