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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

« C’est maintenant le moment favorable, c'est maintenant le jour du salut..."

10 Mars 2011, 09:37am

Publié par Father Greg

 

 

 

rembrandt-retour-de-l-enfant-prodigue.jpg   Mercredi des cendres !!

 'Les cendres...' jour de jeûne et de pénitence... -déjà pas très funky au niveau com- et, c’est LE jour ‘favorable’? Hmm...?? Et c’est ce jour qui donne la note pour tout le carême… Oups..  c’est cela le salut... ?? Pourquoi l’Esprit-Saint nous dit-il que c’est là le salut, et que c’est ‘aujourd’hui! Est-ce que le salut c'est de se purifier..?

 

Pourquoi l’Eglise reprend-t-elle ces vieilles méthodes d’aumône (et Jésus qui nous dit de donner sans regarder, quand on sait ce que les pauvres en font.. ??)  de prières     (les dévotions à n’en plus finir ça ne rend pas toujours très intelligent et Dieu connait nos attentes, alors.. ??) enfin le jeûne (pas vraiment populaire et pas renversant comme moyen pour annoncer le salut ou attirer les jeunes…) Alors, à quoi ça sert ? Pourquoi toutes ces vieilles méthodes -culpabilisantes au possible- qui ne servent qu’à nous faire faire des têtes d’enterrement… ? Et puis ce signe des cendres sur le front... c’est un peu proche du ridicule aujourd'hui... ??

           

Face à cela on a comme 2 attitudes : soit l’attitude passivo-fataliste : genre : ‘de toute façon, on doit se purifier,il faut en baver un peu, donc on s’en remet une couche pendant 40 jours et on compte les jours...’  soit le style 'intellectuel libérés du 21e siècle à qui on ne la fait pas' : ‘ces trucs du moyen-âge, oui c’est bon pour les grands-mères et les curés, mais pas pour ceux qui écoutent les infos et qui lisent les journaux... rien à faire dans ma vie.. on est des gens sérieux maintenant…donc, ça, ce n’est pas pour moi…'

 

Or Dieu, déjà dans la genèse, impose comme un jeûne apparemment inutile à Adam et Eve : ‘vous pouvez tout manger, mais de ce fruit, non…!’ ...ah..? Et pourquoi ?? et ensuite, à chaque fois qu’Il reprend son alliance, il ne réclame pas d’abord un raisonnement, mais toujours un sacrifice pas trop rationnel : " prend ton fils Isaac et va le sacrifier" ,"tuez l'agneau, mettez-en sur les portes, mangez en hâte" ou une attitude de dépouillement : le peuple d'Israël au désert,  Jonas et ses cendres à Ninive, Isaïe marchant dans le désert, David jeunant devant son fils mourant, … etc.

 

Et précisément, Dieu ne réclame pas ces gestes pour d’abord nous purifier, ou nous faire grandir ou nous faire nous reconnaitre ‘comme de sales petits pêcheurs’, non !  Mais, c’est pour que son don s’inscrive, soit manifesté dans notre vie ! C’est pour qu’on arrête de vivre enfermé dans notre idée du réel, dans ce qu’on croit en avoir compris, et qu’on arrête de diminuer la valeur de notre vie : c'est pour toucher que l'on est fait pour vivre à la taille de Dieu ! Ces gestes sont de petits moyens pour nous faire sortir de nous-même et être vraiment dans la réalité telle qu’elle est!

 

Nous qui recevons l’Eucharistie, nous ‘avons’ Dieu à disposition! On en use et malgré cela on demeure toujours inquiets de nous-même, repliés sur nous, et ainsi, ce don incroyable n’est pas très réel pour nous; et bien le carême c’est le signe du don qui nous est fait, un don qui est de trop, qui nous dépasse et qui est tellement fort qu’il nous brûle et nous blesse ; c’est comme le signe de la radicalité dans laquelle Dieu déjà nous entraine !

 

Et la souffrance, ces sacrifices gratuits, un peu inutiles, qui nous coûtent, c’est pour qu’on inscrive, qu’on s’approprie dans tout ce que l’on est, la vie de Fils qui nous est donnée ; c’est pour que toute notre personne soit prise par ce don divin qui dépasse tout ce qu’on peut penser ; ces moyens sont donc pour nous la manière de vivre de ce don qui réclame qu’on se quitte, et d’ouvrir les yeux sur ce qu’est le prochain : par l’aumône, ce qu’est Dieu : par la prière, ce que nous sommes: par le jeûne.  

 

Et c’est ce que dit Jésus : ton aumône, ta prière, ton jeûne, c’est pour être mobilisé d’une façon unique et personnelle; c'est pour ‘voir' et ‘toucher’ celui qui t’est toujours présent : ton Père qui est là dans le secret… Le carême c’est pour vivre de Celui qui est toujours là et nous attend…C’est pour ouvrir les yeux sur la profondeur de notre vie, sur sa vraie réalité… c’est de quitter les apparences, ce qu’on a compris du réel -qui nous emprisonne par ce que c’est encore nous- et de tout vivre avec lui, de l’intérieur ; c’est pour être possédé par Celui qui veut être notre secret, et connu comme tel...

 

Le carême c’est donc ce don qui veut tout prendre en nous, et qui veut nous faire vivre à sa taille, à la hauteur de ce qu’est notre Père ; Et ces ‘sacrifices’, ces ‘rites’, c’est pour toucher cela avec notre corps, avec notre sensibilité, avec toute notre personne. L’amour réclame de s’éprouver, or, Celui qui est là, c’est Celui qui est pur don, un don qui ne peut pas se dire. Il est un silence substantiel, une présence totale. On ne peut donc vivre de lui en restant dans ce que nous possédons par nos raisonnements, mais en sortant de nous-même, en étant 'arrachés à nous-mêmes' .


Le carême c’est donc nous libérer de nous-même –non d’abord par une purification morale ou culpabilisante- mais en nous faisant voir qui on est vraiment, qui on est pour le Père. C’est ultimement, pour pouvoir dire ‘Père’, et vivre de cette présence secrète de Celui qui ne me quitte jamais, de celui qui n’est que pour moi. 

Fr Grégoire.


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