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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

BIUTIFUL: n’oublie pas que tu vas mourir...

7 Octobre 2013, 22:00pm

Publié par Fr Greg.

 «Parfois le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu changes de direction mais la tempête te suit. Tu te retournes, la tempête aussi. C'est sans fin. Comme une danse macabre avec la mort juste avant l'aube. Cette tempête n'est pas venue d'ailleurs. Cette tempête, c'est toi, quelque chose en toi. La seule chose que tu puisses faire, c'est la traverser. »

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Quatre ans après Babel (2006) et 21 grammes (2003- sur le 'poids' de l'âme humaine...: le corps étant lesté de 21 grammes lorsque l'on meurt!), le cinéaste mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu est revenu en compétition à Cannes en 2010  avec Biutiful, le portrait d’un homme sur le chemin de la mort incarné par un Javier Bardem impressionnant de présence et de froide détermination.

 

Alejandro Gonzalez Inarritu dédiait son film précédent, Babel, Prix de la mise en scène en 2006, à ses deux enfants. A la fin de son dernier opus, le cinéaste mexicain rend hommage à son père, chêne solide qui a peut-être servi de modèle psychologique à son héros.

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Biutiful suit les pas d’un homme qui vient d’apprendre qu’il est atteint d’un cancer en phase terminale. La caméra toujours aussi inspirée d’Inarritu ne lâchera jamais les semelles d’Uxbal, Don Quichotte tardif qui promène sa grande carcasse dans les rues de la cité catalane et comprend qu’il ne suffit pas de vouloir le bien - pour ses enfants ou pour les clandestins qui vivent à Barcelone -, pour que celui se réalise.

La mondialisation souterraine

Dans Babel, Alejandro Gonzalez Inarritu touchait à l’universel quand il évoquait - sur trois continents - la difficulté à exprimer ses sentiments. Biutiful aborde une autre mondialisation, celle des petits trafics pour survivre loin de chez soi, des ateliers souterrains et des vendeurs à la sauvette. Sans jamais forcer le trait sur le plan politique ou social, le Mexicain témoigne de faits qui se déroulent sous nos yeux sans que l’on y prête attention. Le meilleur de Biutiful est là, dans les efforts d’Uxbal pour trouver une impossible rédemption alors qu’il a toujours vécu de la souffrance d’autrui, en exploitant des clandestins chinois ou africains.

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PORTÉ, DE BOUT EN BOUT, PAR JAVIER BARDEM

Avant de mourir, Uxbal veut régler ses affaires, se réconcilier avec sa femme, apprendre à regarder ses enfants et transmettre le peu qu'il a reçu de la vie. Inarritu entremêle cette épopée intérieure avec la terrifiante réalité sociale des Babel contemporaines où s'entassent des immigrants pour une poignée de pain et le vague espoir, un jour, de s'en sortir. À n'importe quel prix.

Ce double mouvement à l'intérieur du film que relie l'urgence d'Uxbal offre au cinéaste de perfectionner son art : scènes d'action caméra à l'épaule, lumières de la misère, envolées poétiques et parabole.

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Un film fort et percutant, bouleversant et poignant, porté, de bout en bout, par Javier Bardem, transfiguré par ce chemin de croix, et des figurants dont la plupart connaissent encore aujourd'hui les conditions de vie dans lesquelles se déploie cette œuvre impressionnante. Ce requiem s'ouvre et s'achève par une scène énigmatique et lumineuse qui réconcilie les âmes perdues et trace un lien inaltérable entre les vivants et les morts.