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AU HASARD BALTHAZAR

1 Novembre 2012, 02:06am

Publié par Fr Greg.

 

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Le cinéma de Robert Bresson n’existe plus. Ces jeux d’acteurs monocordes et décalés sublimés par des images d’un autre temps, posés avec une attention à nulle autre pareille, n’existent plus. On peut voir dans Balthazar un anthropomorphisme du Christ pour évoquer l’avidité des hommes. On peut aussi voir en Balthazar l’œil muet de la caméra de Bresson qui regarde les passions des hommes se déchainer autour de lui et sur lui. L’âne est à la fois le témoin et le vecteur des passions et tente sans cesse de fuir leur folie, leurs obsessions dans lesquels tous s’enferment jusqu’à se perdre. Mais se contenter de l’histoire serait passer à côté de la magie du film qui repose tout entier sur sa mise en scène et le non-jeu des acteurs. Ses plans ciselés, ses lumières, ses mouvements… Chaque image semble pensée, posée là pour faire sens. On est forcément attrapé par cette puissance et cette intelligence-là.

 

Bresson filme des sentiments avec la distance exacte : sans porter de jugement d'adulte attendri ou ironique, sans mettre non plus le spectateur à la place des personnages comme dans un mélo. De cet équilibre, de la sensation que grâce à cet équilibre le film s'approche au plus près de la vérité des sentiments, naît une émotion inattendue.

 

L'émotion prend d'autres formes dans la suite du film. Les films de Bresson sont, parmi tous les films de cinéma, ceux qui se rapprochent le plus des arts dits "beaux". Parfois un plan ralentit, s'arrête sur une porte, ou peut-être ne s'arrête-t-il pas vraiment. Mais la composition du plan, amenée par les plans précédents, paraît inexplicablement belle. Indépendamment de l'histoire et des personnages, suspendus l'espace d'un instant. Puis apparaît le visage d'Anne Wiazemsky qui, lui, a plutôt la texture du marbre, dure et lisse, luisante comme la Pieta de Michel-Ange, à Saint-Pierre de Rome. D'ailleurs, le personnage s'appelle Marie. Mais sa destinée est plus proche de Marie-Madeleine.

 Au-hasard-Balthazar.jpg

Marie et Balthazar, l'âne, grandissent parallèlement. Le film suit Balthazar, et retrouve Marie de temps en temps. Elle découvre avec un jeune garçon bon, près de Balthazar. Plus tard, c'est encore près de Balthazar qu'elle cède à un autre garçon, violent. C'est encore à un propriétaire de Balthazar, cupide, qu'elle se prostitue. Balthazar appartient aussi à un ivrogne qui est peut-être un assassin, à des contrebandiers, ainsi qu'à un homme honnête et orgueilleux : victime de son honnêteté mais coupable de son orgueil. Balthazar est présent à tous les moments importants de la vie des hommes. Il les contemple en silence, impassible comme le monolithe de "2001". Mais, contrairement au monolithe, il n'est pas inaltérable. Les hommes se vengent sur lui de leurs échecs et de leurs frustrations, l'abandonnent à la première occasion. Il supporte le poids des fautes des hommes et des malheurs du monde. Y compris des animaux, comme le montre un échange de regard extraordinaire entre Balthazar et les animaux en cage d'une ménagerie. A force de souffrir, il tombe malade, se relève, tombe à nouveau.

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