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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Apprendre à voir...

25 Janvier 2011, 14:00pm

Publié par Father Greg

 

 

 

« Pour l'artiste digne de ce nom, tout est beau dans la nature, parce que ses yeux, acceptant intrépidement toute vérité extérieure, y lisent sans peine, comme à livre ouvert, toute vérité intérieure. Pour lui la vie est une infinie jouissance, un ravissement perpétuel, un enivrement éperdu. Il est même le confident de la nature insensible. Les arbres, les plantes lui parlent comme des amis... »

Auguste Rodin. L’art.

 

 

 

La Maison devant le Monde

 

  auguste-renoir-l-estaqueLa maison s’accrochait au sommet d’une colline d’où on voyait la baie. Dans le quartier on l’appelait la maison des trois étudiantes. On y montait par un chemin très dur qui commençait dans les oliviers.

 

Tout entière ouverte sur le paysage, elle était comme une nacelle suspendue dans le ciel éclatant au-dessus de la danse colorée du monde. Depuis la baie à la courbe parfaite tout en bas, une sorte d’élan brassait les herbes et le soleil, et portant les pins et les cyprès, les oliviers poussiéreux et les eucalyptus jusqu’au pied de la maison.

 

Au cœur de cette offrande fleurissaient suivant les saisons, des églantines blanches et des mimosas, ou ce chèvrefeuille qui des murs de la maison laissait monter ses parfums dans les soirs d’été. Linges blancs et toits rouges, sourires de la mer sous le ciel épinglé sans un pli d’un bout à l’autre de l’horizon, la Maison devant le Monde braquait ses larges baies sur cette foire des couleurs et des lumières.

 

Mais, au loin, une ligne de hautes montagnes violettes rejoignait la baie par sa pente extrême et contenait cette ivresse dans son destin lointain. Alors, personne ne se plaignait du chemin raide et de la fatigue. On avait chaque jour à conquérir sa joie.

 

Albert Camus. La mort heureuse.