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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le courage d'être imparfait... (II)

7 Juillet 2012, 02:28am

Publié par Fr Greg.

       

L'autre chose qu'ils avaient en commun était ceci. Ils adoptaient complètement la vulnérabilité. Ils pensaient que ce qui les rendait vulnérable les rendait également beaux.Ils ne prétendaient pas que la vulnérabilité était confortable, ni qu'elle était atroce --comme je l'avais entendu auparavant dans les entretiens sur la honte. Ils disaient juste qu'elle était nécessaire. Ils parlaient de la volonté de dire "Je t'aime" le premier, la volontéde faire quelque chose quand il n'y a aucune garantie de réussite, la volonté de ne pas retenir son souffle en attendant le coup de fil du médecin après une mammographie. Ils étaient prêts à s'investir dans une relation qui pourrait marcher, ou pas. Ils pensaient que c'était essentiel.

Pour ma part, je l'ai ressenti comme une trahison. Je ne pouvais pas croire que j'avais prêté serment d'allégeance à la recherche -- le principe même de la recherche est de contrôler et de prévoir, d'étudier un phénomène dans le but explicite de le contrôler et de le prévoir. Et là, ma mission de contrôler et de prévoir aboutissait au résultat que la meilleure façon de vivre est d'accepter sa vulnérabilité, et d'arrêter de contrôler et de prévoir. Ca m'a conduit à une petite dépression -- (Rires) -- qui en fait ressemblait plutôt à ça. (Rires) Vraiment ! J'ai appelé ça une dépression, ma psychothérapeute appelle ça un éveil spirituel. Un éveil spirituel, ça sonne mieux qu'une dépression, mais je vous assure que c'était bien une dépression. Et j'ai dû ranger mes données et chercher un psychothérapeute. Laissez-moi vous dire quelque chose : vous découvrez vraiment qui vous êtes quand vous appelez vos amis pour leur dire :" Je crois que j'ai besoin de voir un psy. Tu aurais quelqu'un à me recommander ? " Parce que à peu près cinq de mes amis ont fait : " Wow. Je n'aimerais pas être ton psychothérapeute." (Rires) Et moi : " Comment ça ? " Et eux : " Moi ce que j'en dis, tu sais. N'apporte pas ta règle." Et moi : "Ok..."

J'ai donc trouvé une psychothérapeute. Mon premier rendez-vous avec elle, Diana -- j'ai apporté ma liste sur la façon dont les "sans réserve" vivent, et je me suis assise. Et elle m'a dit : " Comment allez-vous ?" Et j'ai dit :" Je suis en pleine forme. Ça va bien." Elle a dit : " Qu'est-ce qui se passe ? " C'était une psychothérapeute qui consultait elle-même des psychothérapeutes ; on devrait aller chez ce genre là de psychothérapeute, parce que leur détecteur de conneries est très au point. (Rires) Alors j'ai dit : " Voilà, j'ai un problème." Et elle a dit : " Quel est le problème ? " Et j'ai dit : " Et bien, j'ai un problème de vulnérabilité. Et je sais que la vulnérabilité est au cœur de la honte et de la peur et de notre problème d'estime de soi, mais il semble que ce soit aussi la source de la joie, de la créativité, du sentiment d'appartenance, de l'amour. Et je pense que j'ai un problème,et j'ai besoin d'aide." Et j'ai dit : " Mais voilà, pas d'histoires de famille, pas de ces conneries sur l'enfance." (Rires) " J'ai seulement besoin d'une stratégie." (Rires)(Applaudissements) Merci. Alors elle a fait comme ça. (Rires) Et moi j'ai dit : " C'est mauvais, n'est-ce pas ? " Et elle a dit : " Ce n'est ni mauvais ni bon. " (Rires) " C'est juste ce que c'est. " Et je me suis dit : " Oh mon Dieu, on va se faire chier."

(Rires)

Et ça a été le cas, et en même temps non. Et ça m'a pris près d'un an. Vous savez comment certaines personnes, quand elles réalisent que la vulnérabilité et la tendresse sont importantes, lâchent prise et y vont à fond. Premièrement, ça n'est pas mon style, et deuxièmement, je ne fréquente même pas ce genre de personnes. (Rires) Pour moi, ça a été une lutte d'une année. Ça a été une tuerie. La vulnérabilité gagnait du terrain, je le regagnais à nouveau. J'ai perdu la bataille, mais j'y ai sans doute récupéré ma vie.

Et je suis donc retourné à mes recherches et j'ai passé les deux années suivantes à essayer de vraiment comprendre ce que eux, les sans réserve, faisaient comme choix, et ce que nous, nous faisons de la vulnérabilité. Pourquoi est-ce un tel problème ? Est-ce que je suis la seule pour qui c'est un problème ? Non. Voici donc ce que j'ai appris. Nous anesthésions la vulnérabilité -- quand nous attendons le coup de fil. C'est drôle, j'ai envoyé quelque chose sur Twitter et Facebook qui demandait : "Comment définiriez-vous la vulnérabilité ? Qu'est-ce qui vous rend vulnérable ? " Et en une heure et demie, j'avais 150 réponses. Parce que je voulais savoir ce qui se cache derrière tout ça. Devoir demander de l'aide à mon mari, parce que je suis malade, et on vient juste de se marier ;prendre l'initiative sur le plan sexuel avec mon mari ; prendre l'initiative avec ma femme ;être rejetée ; inviter quelqu'un à sortir ; attendre que le docteur rappelle ; être virée ; virer des gens -- voici le monde dans lequel nous vivons. Nous vivons dans un monde vulnérable. Et l'une des façons dont nous traitons ce problème, c'est d'anesthésier la vulnérabilité.

Et je pense qu'il y a des preuves de cela -- ça n'en est pas la seule raison, mais je pense que c'en est une grande -- nous sommes la plus endettée, obèse, accro aux drogues et aux médicaments, de toutes les assemblées d'adultes de l'histoire des États-Unis. Le problème -- et c'est ce que j'ai appris de mes recherches -- c'est qu'on ne peut pas anesthésier ses émotions de façon sélective. On ne peut pas dire : " Là, c'est ce qui est mauvais. Voilà la vulnérabilité, voilà le chagrin, voilà la honte, voilà la peur, voilà la déception, je ne veux pas ressentir ces émotions. Je vais plutôt prendre quelques bières et un muffin à la banane. (Rires) Je ne veux pas ressentir ces émotions. Et je sais que ça, c'est un rire entendu. Je gagne ma vie en infiltrant les vôtres. Seigneur. (Rires) Vous ne pouvez pas anesthésier ces sentiments pénibles sans anesthésier en même temps les affects, nos émotions. Vous ne pouvez pas anesthésier de façon sélective. Alors quand nous les anesthésions, nous anesthésions aussi la joie, nous anesthésions la gratitude, nous anesthésions le bonheur. Et nous nous retrouvons malheureux, et nous cherchons un but et un sens à nos vies, et nous nous sentons vulnérables, alors nous prenons quelques bières et un muffin à la banane. Et ça devient un cercle vicieux.

Une des choses auxquelles je pense que nous devrions réfléchir, est le pourquoi et le comment de cette anesthésie. Ça ne peut pas être que de l'accoutumance. L'autre chose que nous faisons est de rendre certain tout ce qui est incertain. La religion est passée d'une croyance en la foi et les mystères, à une certitude. J'ai raison, tu as tort. Ferme-la. Point final. C'est certain. Plus nous sommes effrayés, plus nous sommes vulnérables, et plus nous sommes effrayés encore. Voilà à quoi ressemble la politique de nos jours. Il n'y a plus de discours désormais. Il n'y a plus de débat. Il n'y a que la recherche d'un coupable à blâmer. Vous savez comment je décris cela dans mes recherches ? Une façon de se décharger de la douleur et de l'inconfort. Nous perfectionnons tout. Si il y a quelqu'un qui voudrait que sa vie soit parfaite, c'est bien moi, mais ça ne marche pas.Parce que ce que nous faisons, c'est de prendre la graisse de nos derrières et de la mettre dans nos joues. (Rires) Ce qui, je l'espère, dans une centaine d'années, fera dire aux gens qui nous étudierons : "Wow..."

(Rires)

Et le plus dangereux, c'est que nous perfectionnons nos enfants. Laissez moi vous expliquer comment nous pensons de nos enfants. Ils sont conçus dès le départ pour avoir des problèmes. Et quand vous tenez ces petits êtres parfaits dans vos mains, votre devoir n'est pas de dire : "Regardez-le, il est parfait. Ma tâche est de le garder parfait --m'assurer qu'il intègre l'équipe de tennis dès le CM2, et l'Université de Yale avant la 5ème. " Ça n'est pas ça, notre devoir. Notre devoir, c'est de le regarder, et de lui dire : " Tu sais quoi ? Tu n'es pas parfait, et tu es conçu pour avoir des problèmes, mais tu mérites de recevoir de l'amour et d'être parmi nous. Ça, c'est notre devoir. Donnez-moi une génération de gosses élevés comme ça, et on réglera les problèmes que nous connaissons aujourd'hui, je pense. Nous aimons croire que nos actions n'ont pas de conséquences sur les autres. Nous faisons cela dans nos vies personnelles. Nous faisons cela dans les entreprises -- que ce soit lors d'un renflouement, une fuite de pétrole, une convocation -- nous nous comportons comme si nos actions n'avaient pas un énorme impact sur les autres. J'ai envie de dire aux entreprises : " Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, les gars. On a seulement besoin que vous soyez authentiques et vrais, et que vous nous disiez : ' Nous sommes désolés. On va régler ça.' "

Mais il y a une autre voie, et je vais finir là-dessus. Voici ce que j'ai découvert : c'est d'accepter de se montrer, de se montrer vraiment, de se montrer vulnérable ; d'aimer de tout notre cœur, même si il n'y a aucune certitude -- et ça, c'est vraiment dur, et je peux vous le dire en tant que parent, c'est atrocement difficile -- de s'exercer à la gratitude et à la joie dans ces moments de terreur, où nous nous demandons : " Suis-je capable de t'aimer à ce point ? Suis-je capable de croire en cela avec autant de passion ? Suis-je capable d'être aussi fervent ? " Juste pouvoir s'arrêter et, au lieu de s'imaginer les catastrophes qui risquent d'arriver, de dire : " Je suis simplement reconnaissant, parce que me sentir si vulnérable signifie que je suis vivant. " Et pour finir, ce qui je pense est le plus important, c'est de croire que nous sommes bien comme nous sommes. Parce je pense que que quand on écoute la petite voix qui nous dit : " Je suis bien comme je suis ", alors nous arrêtons de hurler, et nous commençons à écouter, nous devenons plus gentils et plus doux avec notre entourage, et nous sommes plus gentils et plus doux avec nous-mêmes.

C'est tout ce que j'ai. Merci.

Brené Brown

http://www.ted.com/talks/brene_brown_on_vulnerability.html