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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

A qui profite le temps qui passe ?

16 Octobre 2013, 09:40am

Publié par Fr Greg.

 

Témoignage de Jean-François Debargue, volontaire depuis 2007 dans un camp de régugié Sahraouis. 

 

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« Le temps qui passe profite aux Sahraouis »

Deux fois en cinq ans d'intervalle, j'ai entendu cette phrase en guise de conclusion sur les lèvres d'un haut responsable, conseiller du Président Sahraoui, face à des délégations internationales. Deux fois de trop. Outre le fait que ces propos puissent conforter les dites délégations dans leur immobilisme, ils sont insoutenables pour ceux à qui ils sont vraiment adressés, ceux qui sont concernés ! L'image romantique du nomade capable d'endurer les pires traversées du désert ne peut justifier la lente disparition programmée d'un peuple par ceux à qui profitent vraiment ce temps qui passe! A ce peuple, chaque jour pillé de ses ressources, le temps profite-t-il?

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A ces manifestants des territoires occupés, arrêtés, torturés, le temps profite-t-il ? A ces familles séparées, déchirées, entre camps et territoires occupés, le temps profite-t-il ? A ces femmes des camps anémiées au point de ne pouvoir porter ou donner la vie, sans le risque de la mort ou du handicap, le temps profite-t-il ? A tous ceux endurant les conséquences chroniques alimentaires, sanitaires et morales de ce damné défilé d’années, le temps profite-t-il ? A cette deuxième génération née dans les camps, n’ayant que la mémoire transmise pour nourrir l’espoir, le temps profite-t-il ? A ces prisonniers iniquement condamnés dans ces procès fabriqués d’un autre temps à 20, 30 ans ou à perpétuité, le temps profite-t-il ? A tous ceux-là, ce proche de celui qui fut le premier secrétaire et dirigeant emblématique du peuple Sahraoui, mort sans avoir profité du temps qui passe, à tous ceux-là, peut-il oser dire face à face, les yeux dans les yeux : « Le temps qui passe profite aux Sahraouis ».

Le temps profite au colonisateur, le temps profite aux multinationales, le temps profite aux pays complices, le temps profite à l’Onu et à ses agences «humanitaires », le temps profite à bon nombre d’ONG, le temps profite à l’absence de solution comme résolution possible de ce conflit Sahraoui, oublié avec obstination depuis 38 ans.

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Pour que le temps qui passe profite vraiment aux Sahraouis, il faudrait installer les négociateurs dans les conditions des personnes qu’ils prennent en otages dans ces tentes en plein désert et ne leur permettre d’en sortir qu’une fois la solution trouvée. Il ne faudrait pas alors 22 ans pour mettre en place le référendum promis par l’Onu. Pour que le temps qui passe profite vraiment aux Sahraouis, il ne faudrait pas qu’il soit « gelé » par l’inertie fonctionnelle machiavélique du système de véto ou d’abstention d’un état membre du conseil de sécurité, bloquant toute possibilité d’avancée. Le système onusien est une garantie de gel, dont la devise est : « Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre ! »

La perfusion humanitaire s’apparente aujourd’hui à un soin de confort palliatif. L’espoir finit par se dissoudre dans ce temps qui passe. Je partage malheureusement cette impression avec de plus en plus de personnes impliquées depuis suffisamment d’années pour se rendre compte que le temps qui passe profite à ceux à qui le crime profite !

JF Debargue -Camp d’El Ayoun- Octobre 2013

 

Caritas. Maison Diocésaine
22, chemin d'Hydra
16030 El Biar-Alger
tel: 00213(0)771762172

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PS: Je suis revenu il y a quelques jours des camps où le projet des jardins familiaux que je coordonne continue et s'agrandit pour concerner l'année prochaine 3 camps de réfugiés sahraouis. Les conditions de travail y sont de plus en plus difficiles. Il y a quelques années je vivais dans les familles pendant plusieurs mois, partageant leur quotidien de peuple exilé et assisté, luttant malgré ces conditions avilissantes et conservant néanmoins l'espoir. Depuis l'enlèvement de 3 humanitaires il y a trois ans par une branche d'Al-Qaïda, les évènements du Mali et l'insécurité dans cette zone, les conditions de sécurité ont été drastiquement et souvent absurdement renforcées. Le travail sur place est devenu, de ce fait, très difficile. Obligation de retourner chaque soir dans un lieu "bunkerisé", difficulté de trouver véhicule et personnel de sécurité pour se rendre dans les camps, tracasseries administratives... Néanmoins, j'ai le projet de continuer d'installer 50 nouveaux jardins l'an prochain et de continuer d'assurer le suivi technique et en semences de 150 crées ces dernières années. Une amie italienne vivant depuis 12 ans sur place et s'occupant merveilleusement d'enfants handicapés, voit la vie qu'elle a choisi perdre son sens et songe à partir. La crise européenne contribue aussi au départ d'ONGs des camps pour cause de restriction de crédits. 

Cette situation devient de plus en plus inextricable et dont le peuple sahraoui, pour la part restée dans les territoires occupés et pour celle (sur)vivant dans les camps, paye l'inertie depuis 38 ans.

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 Le Maroc, sous Hassan II était d'accord pour organiser le referendum proposé par l'ONU et approuvé par tous. Il a failli avoir lieu en 1992, mais prévoyant le oui à l'indépendance le Maroc a fait marche arrière et propose depuis 2007 un plan d'autonomie du Sahara occidental, dont on sait qu'il ne changerait rien à la situation de l' exploitation de ses richesses( pêche, Phosphates, minerais..)par le Maroc. Chacun reste campé sur ses positions et chaque année l'ONU voit reconduite sa mission sur place (MINURSO, ce qui signifie MIssion des Nations Unies pour un Referendum au Sahara Occidental!) tout en sachant qu'elle n'a pas les moyens de l'organiser. Même l'ONU n'a pas de mandat pour surveiller que les Droits de l'Homme soir appliqués au Sahara Occidental. C'est d'ailleurs la seule mission de l'ONU dans le monde qui en soit dépourvue. Et qui s'abstient de l'en pourvoir en mettant son véto ou son abstention? La France, pays des DH! On continue donc d'emprisonner arbitrairement ( J'ai des amis condamnés pour 30 ans là-bas) dans les geôles marocaines et de mourir dans les camps du désert près de Tindouf.

 J'ai fait de mon journal de mes 2 premières années dans les camps un livre qui s'appelle : "Journal d'un camp sahraoui, Le cri des pierres" édité chez Karthala.

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 La preuve par l’Histoire, l’Histoire par l’épreuve

De l'arrivée des tribus sahraouies à la fin de la colonisation espagnole

Vers 1150 des tribus s'autogouvernant arrivent de la Presqu'île Arabique et s'installent sur le territoire du Sahara Occidental. Elu par les plus importantes d'entre elles, le conseil des « 40 » ( Aït Arbain ) les dirige pour les décisions communes importantes. Ainsi, par décision du Conseil, ces tribus ne pouvaient dépasser, sauf en cas d'agression, une « ligne noire » qui correspondait aux frontières actuelles du Sahara Occidental. Au XIVème siècle débarquent les premiers colons portugais, qui laissent rapidement la place aux Espagnols. En 1476, les espagnols établissent un comptoir à Tarfaya en accord avec une tribu locale. A partir du XVI siècle le Maroc commence à manifester des velléités expansionnistes. Le sultan Moulay Mohamed veut contrôler les routes du sud. En 1566 ses troupes sont refoulées à la Saguia el hamra par les tribus sahraouies. Sous le sultan Moulay Ismaël (1672-1727), nouveaux échecs dès qu’il y a tentative de pénétration à l’intérieur des terres. Plus malins, les espagnols signent des accords avec les tribus pour multiplier l'installation de comptoirs le long de la côte. Un traité hispano-marocain est signé le 18 mai 1767 entre le sultan Mohamed Benabdallah et le roi Charles III. Traité dans lequel le sultan prend la précaution de préciser: « Sa majesté marocaine s'abstient de délibérer au sujet de l'établissement que sa majesté catholique veut fonder au sud de la rivière Noun, car elle ne peut se rendre responsable des accidents et des malheurs qui pourraient se produire, vu que sa souveraineté ne s'étend pas jusque là et que les peuplades vagabondes et féroces des habitants de ce pays ont toujours causé des dommages aux habitants des îles Canaries et les ont réduits en captivité». Le sultan Moulay Hassan continue de vouloir envahir sans succès le SO en 1882 et 1885.

En 1884 les accords de Berlin, par lesquels les puissances coloniales d'Europe se partagent le monde, reconnaissent à l'Espagne le droit de coloniser le territoire sahraoui. A partir de 1965 L’Onu prie le gouvernement espagnol de mettre fin à sa domination coloniale au SO. Les manifestations indépendantistes se manifestent dès la fin des années 60. Ainsi le 17 juin 1970 des manifestations réprimées font plusieurs dizaines de morts. (Disparition forcée de Bassiri, instigateur du MLS Mouvement de Libération du Sahara)

En Décembre 1972 une nouvelle résolution de l’Onu affirme:« sa solidarité et son appui à la population du Sahara dans sa lutte pour l’exercice de son droit à l’autodétermination et à l’indépendance ».

10 mai 1973 Création du Front Polisario Enfin en 1974, sous la pression de la première intifada sahraouie, l’Espagne accepte un referendum d’autodétermination sous le contrôle des nations Unies et recense 74 000 personnes. Hassan II saisit alors la Cour Internationale de Justice (CIJ). Le16 Octobre 1975 la CIJ déboute le roi du Maroc et la Mauritanie.

D'autre part, la conclusion de la Cour est d'avis que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n'établissent aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental et le royaume du Maroc ou l'ensemble mauritanien. Ainsi, la Cour n'a pas trouvé de liens juridiques de nature à modifier l'application de la résolution 1514 (XV) dans la décolonisation du Sahara occidental et, en particulier, du principe de l'autodétermination à travers l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire. (1)

 

(1) Cour Internationale de Justice (Avis consultatif du 16 oct 1975)