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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Temps venu

25 Mai 2021, 05:27am

Publié par Grégoire.

"je ne suis pas là pour dire ce qu’il faut regarder mais comment regarder ce que nous voyons."

"je ne suis pas là pour dire ce qu’il faut regarder mais comment regarder ce que nous voyons."

Je vous vois sourire. Ne soyez pas étonnés ! Je traversais déjà la toile « l’Annonciation » de Francesco del Cossa en 1470. Passant discrètement sur le bord du cadre, j’avais malgré moi relégué l’Archange Gabriel au second plan. Je suis de nouveau là, anomalie assumée cette fois ci dans le tableau champêtre d’une promenade.

Éloge de la lenteur dans l’espace et le temps, j’ai traversé les âges et le blanc des cartes pour venir du jardin d’Eden jusqu’en Palestine puis en Pays d’Auge. J’apparais là, détail incongru, colimaçon anachronique, prophète paresseux, comme un point d’interrogation. 

Au nom du dogme qui les encombre, certains souhaiteraient me saisir entre deux doigts et me jeter au loin. 

Je reviendrai, j’ai tout mon temps et de la persévérance, même lorsque je fus le dernier à monter dans l’Arche. 

Je reviendrai en une lente ascension recommencée, chuchoter à l’oreille de l’Infinie Patiente les étonnantes nouvelles de naissance et de renaissance qu’habituellement les célestes colporteurs ailés, comme moi mystères de l’incarnation, délivrent aux femmes, bien plus fines à les comprendre.

Je reviendrai chuchoter à l’oreille de l’Infinie Patiente qu’à chaque printemps, à Pâques, je sors de ma coquille comme d’une pierre que l’on roule.

Je reviendrai lui souffler que ce sourire qui est le vôtre lui est adressé. Ce croisement de deux chemins de campagne manque tellement de distractions.

Discret, fragile, presque immobile, petit parmi les petits, je ne suis pas là pour dire ce qu’il faut regarder mais comment regarder ce que nous voyons. 

J’ai longtemps cru que mon nom était « Le temps » pour avoir entendu prononcer chaque fois que j’apparaissais : «  Le temps est venu ».

J’étais bien là, toutes antennes dressées lorsque l’Ange passa faire sa surprenante annonce. 

Je partis aussitôt, arrivant juste à temps dans la campagne de Bethléem, montant sur la canne et devenant crosse d’un berger pour, de plus haut, pouvoir participer à l’adoration. 

J’ai trouvé une famille parmi les copeaux dans l’atelier d’un jeune charpentier. 

Je grimpais discrètement derrière la croix quand le rideau du ciel se déchira. 

Puis lorsque la pierre roula, je fis de même avec ma coquille et sortis avec le jardinier. 

Toute allure est bonne pour se trouver; je suis là aujourd’hui, à temps venu. 

Dans quelques minutes j’atteindrai son oreille et, au message confié, elle ne pourra cacher un sourire ému.

 

Jean-François Debargue

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Cet indicible Esprit, blessure d'amour silencieuse

23 Mai 2021, 00:05am

Publié par Grégoire.

Cet indicible Esprit, blessure d'amour silencieuse

Le don de l’Esprit-Saint c’est le sommet de l’incarnation, le don qui va jusqu’au bout. Le St Esprit, c’est, en Dieu, ce qu’il y a de plus secret, de plus intime et c’est pour nous ! Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à recevoir; parce que c’est l’amour comme amour, pure vulnérabilité, sans mélange, et donc c’est ce qui nous appauvrit et nous déstabilise le plus !

Le peuple d’Israël a buté sur l’incarnation « Dieu fait homme ». Les apôtres ont buté sur La Croix : scandale pour l’intelligence, folie pour les païens. Or le don du Paraclet, c’est une folie qui est de trop, sur laquelle on bute ! Un don dans lequel on ne peut entrer par nous-même.

Pourquoi ? Parce que Noël c’est Dieu qui s’adapte à nous, qui se fait l’un de nous. La Croix, c’est Dieu qui dit son amour le plus qu’il le peut, en se servant de toutes nos pauvretés, nous libère de nos culpabilités et en fait un lieu de fécondité.

Le don de l’Esprit Saint c’est Dieu qui nous adapte à Lui : Dieu vient nous mettre à son rythme, à sa taille, qui nous fait vivre sa vie dans tout ce que nous sommes. C’est donc encore plus exigeant que Noël et la Croix !

Dans les Actes il est manifesté comme un feu qui transforme tout en feu, comme un tremblement de terre qui fait que tout est apparemment détruit, c’est un désir intérieur abyssal, le désir inconscient du Père, qui nous fait de nous des tout petits, et nous met au désert.

C’est la prophétie d’Ezéchiel : il nous conduit à l’état d’ossement desséchés, pour nous faire revivre, autrement. C’est une nouvelle vie se tisse sur ce qui est mort, sec, détruit.

Il n’y a pas de nom pour l’Esprit Saint. Parce que c’est Dieu amour mais qui n’est que amour, sans partage, ce qui dans l’amour est secret, silencieux et indicible. Il est LE consolateur, le Père des pauvres, l'amour pur, l'amour don, l'amour consolation.

Il est Celui qui nous fait aimer, pâtir, être relatifs volontairement, qui nous fait nous quitter, nous fait pure réceptivité, agneau, victime offerte, cri de soif, désir abyssal. 

L’Esprit Saint nous est envoyé pour que nous vivions de lui et pour lui. Il s’agit de recevoir l’Esprit Saint en personne, car l’amour doit être reçu comme amour, sans être ordonné à autre chose –autrement ce n’est pas l’amour. On aime pas pour autre chose qu’aimer.

Ce qui fait dire à St Thomas que l’Esprit St n’aime que ceux qui aiment ! En cela il est le Père des pauvres : L’amour fait que l’on est dépossédé de nous-mêmes et possédés par celui qui nous aime sans rien en posséder. On n’a ni droit, ni revendication, ni possession quand on aime. Il est donc source en nous d’états extrêmes de pauvreté et de gratuité !

C'est en Marie, qui est éminemment temple de l'Esprit Saint, que l’on peut voir cette inhabitation divine et ses effets : ce que l’Esprit-Amour nous donne à vivre lorsqu’il fait sa demeure en nous. Inhabitation : parce qu’il n’occupe pas les lieux, mais il fait corps avec celui qu’il habite.

L’amour réclame toujours de se manifester comme un don total. C'est à travers Marie que l'Esprit Saint est le plus vivant. Marie est celle qui brûle le plus de ce feu de l'Esprit Saint : « elle partie en hâte vers la maison de sa cousine… » «… ils n’ont plus de vin… » « debout près de la Croix »

Elle est complètement LA femme : celle qui réveille l’amour, qui lui donne de toujours garder son ardeur, son jaillissement premier, qui hâte l’heure de Dieu de Cana à la Résurrection, dont les audaces sont celle de l’épouse du Cantique cherchant son bien-aimé ! « Où est celui que mon coeur aime ? »

L'Esprit Saint est à la fois ultime et aussi à la racine de tout : parce qu’il est ultime il est aussi ce qui est premier. Il est à la fois celui qui féconde Marie, et en même temps celui qui est répandu à la Croix.

Il est ainsi celui qui nous conduit à l’Agneau « voici Celui que tu ne connais pas, l’Agneau de Dieu » révèle-t-il à Jean-Baptiste, et celui qui permet de voir -dans l’Agneau immolé, le secret du Père : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercés ». L'Esprit est source de l’incarnation de Jésus et il est aussi l’amour vécu en Jésus immolé, fruit de son offrande.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Il est à la fois source cachée de cette reprise radicale à l’Annonciation -c’est vrai pour chacun : à la racine de notre foi il y a un don divin entre nous et Dieu; et il est aussi au terme où il est encore plus caché, puisque à la Croix il est ce nouvel amour -entre nous et Dieu au coeur de la lutte.

C'est cela « Je suis l'Immaculée Conception ». Marie proclame cette reprise radicale à partir d’un amour inconditionnel qui nous devance. Et, l’Immaculée, c’est aussi le fruit de l’offrande gratuite de Jésus à la Croix. Elle est la première sauvée, c’est à dire revêtue de celui qui s’offre gratuitement comme Agneau. Il « se répand comme l’eau qui s’écoule, dont les os se disloquent et le coeur fond au milieu des entrailles » Ps 21, 15.

L’Esprit-Paraclet c’est ce feu à la Croix qui transforme en feu ceux qui se livrent à l’amour de Jésus : il en fait des victimes, des agneaux, ils deviennent le silence du Père, secret caché, sont conduit au désert : l’amour est trop intime pour être trop montré, manifesté. 

Le coup de lance atteint Jésus quand il est dans la passivité la plus absolue. La victime, c’est toujours un état de passivité. Le vivant lui se meut. Pour que l’Esprit St se répande en nous, il faut accepter les états de pauvretés, de mort, qui nous mettent dans une passivité extrême.

L’amour divin ne peut être pleinement lui-même que dans la passivité. Tant qu’on s’agite, qu’on mène sa vie, l’Esprit St n’est pas chez lui. Or l’Esprit St ne peut être second, utilisé ou utile.

L’Esprit Saint, cette vive flamme d’amour, vient nous brûler d’une manière telle qu’on devient  source d’amour : « celui qui croit en moi, de son sein couleront des sources d'eau vive ».

Marie, à partir de la Croix, vit l’état victimal de Jésus : elle regarde jusqu’à devenir « Celui qu’ils ont transpercés ». Elle est la blessure du coeur de Jésus, et elle entre encore plus dans cette passivité radicale, cette offrande gratuite, sans utilité aucune que d’être pure attente, « l'enfant qui crie dans le désert ».

Cela, c’est l’état normal de celui qui est aimé de Jésus, un cri de soif, une attente non tragique de voir Celui qui nous habite. Cette soif, c’est toujours de trop pour nous, et c'est une joie : celle de l'enfant bien-aimé du Père. 

On ne sert à rien sur cette terre, à RIEN sinon à être témoin de cet amour caché, offert, gratuit, donné inutilement, en pure perte, sans retour. Cela c’est notre Père : la source cachée, silencieuse, de tout amour.

Grégoire +

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Père, glorifie ton Fils (V)

20 Mai 2021, 16:47pm

Publié par Grégoire.

Père, glorifie ton Fils (V)

« Je leur ai fait connaitre ton nom et le leur ferais connaitre pour que l’amour dont tu m’aimes soit en eux, et moi en eux »

Jésus nous fait connaitre le Père à la Croix. C'est son oeuvre propre. Son offrande c'est de se servir de tout les refus humains pour que sa chair connaisse un état de pâtir, de réceptivité parfaite. Son corps, son humanité, sa chair vie alors ce qu'il vit comme Fils éternel, et manifeste là le Père. 

Avant cela, les miracles, les enseignements, un envoyé, un prophète aurait pu les faire. À la croix, parce que c’est une offrande substantielle de tout lui-même, elle est propre au Fils, et là il dit pleinement le Père, en devenant Père pour nous : « qui me voit, voit le Père ».

L’état victimal qu’il connait à la Croix, l’état de l'innocente victime, de celui qui se fait agneau, dit combien le Père est une source substantielle, une source qui n’est que source, un amour qui se donne totalement, en pure perte, sans regarder les résultats de son don, préférant ceux à qui il se donne que l’usage qui est fait de son amour ou même l’efficacité de son don. C’est cela le Père, celui qui se donne en étant désarmé, livré totalement, qui se répand pour nous.

C’est pour cela que Jésus parle du fils de perdition, Judas. C’est le fils pour lequel le Père perd en quelque sorte "tout". Pour lequel Jésus est donné en pure perte, et dont Judas n’use pas de ce don qui lui est fait. Pour appuyer sur le contraste, on pourrait dire que, pour Marie, le don de Jésus atteint ce pour quoi il est fait.

Mais précisément il ne faut pas dire cela, car l’amour n’a pas d’autre mesure ou efficacité que d’aimer. Jésus ne nous aime pas pour notre réponse, ou il ne s’offre pas pour vaincre un mal auquel il s’affronterait.

Justement, il s’offre en pure perte, sans aucune autre but que de se donner gratuitement, que d’être pour nous une pure source, absolument excessive, qui coule inutilement, dont l’amour est de trop et ne sert pas à autre chose que d'être versé à ceux à qui il se donne. Le mal est précisément de vouloir récupérer ce don, d'en faire "bon usage", a bon escient !

C'est bien ce qu'avait deviné Marie Madeleine en répandant son parfum d'un grand prix sur les pieds de Jésus. Ce devant quoi Judas s'était offusqué de ce gâchis, qu'on aurait pu donner aux pauvres, récupérer un peu de cet amour idiotement perdu !

Et c’est cela que Jésus veut pour nous. C'est cet amour qui existe de toute éternité en Dieu, qui  est Dieu, qui se suffit à lui-même, et qui en Dieu ne s’affronte à rien, ni mal, ni refus, ni usage. Et bien, c’est précisément là qu’il faut toucher ce qui nous est donné. Sortir de ces schémas d’un sauveur obligé de se sacrifier pour reprendre un peu les choses. 

Bien sûr que cela paie tout, mais c’est tellement plus que cela, et en plus cela paie tout. Mais cette oeuvre d’amour, ce don substantiel qu’il fait de lui-même, où il devient Père, en acceptant d’être désarmé, d’être le dernier, celui devant qui on se voila la face, qui ne peut rien récupérer de son don, trahis par ses disciples, c’est pour nous faire voir, gouter intimement de ce qu’est le Père, qui est Dieu « je leur ai fait connaitre ton nom… garde les dans ton nom que tu m’as donné » et cela, en nous faisant devenir sources, Pères.

Tout ce qui nous est révélé nous est donné à vivre. Nous sommes fils de Jésus, recevant tout de Lui, pour être avec Jésus, Pères, sources, et avoir ce « pouvoir sur toute chair », celui de donner la vie éternelle : « je veux que là où je suis, eux aussi soit avec moi, et que l’amour dont tu m’aimes soit en eux »

C’est en acceptant d’être offert avec Jésus, consacrés -rendu sacré par tout les états de pauvreté dans lesquels il nous met- car c’est Jésus qui nous offre, qui nous met dans l’état victimal, des agneaux, pour devenir hosties, offrandes d’amour, amour pur. 

Grégoire +

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Père, glorifie ton Fils (IV)

19 Mai 2021, 16:35pm

Publié par Grégoire.

Père, glorifie ton Fils (IV)

« Père, glorifie ton Fils » 

Ce qui est étonnant, c’est que Jésus se sert de notre expérience de la paternité pour désigner Celui qui est la source première de tout. Le prologue de l’Évangile dit « ν ρχ, dans le principe de tout, dans la source », dans l’Apocalypse c'est : « sur le trône, quelqu’un ». Or, en Dieu il n’y a ni langage, ni parole, ni concept, ni corps, ni temps, ni relation qui commence ou fini, ni intériorité ou extériorité : Il EST. De même qu'il n'y a rien en dehors de Lui, puisqu'Il est LA Réalité.

Dieu n’est donc pas "Père et Fils" comme nous. Pourquoi alors Jésus désigne-t-il Celui qui est la source de tout par ce nom de « Père »

Jésus dit « Père », car d'abord, tout en Dieu est personnel. Rien n’est anonyme ou selon une nature aveugle ou prédéterminé. Dieu n'obéit pas à des règles qui s'imposeraient à Lui. 

Ensuite, Il est celui qui n’est que Source. Pour nous, nous existons, puis nous devenons père ou mère. Lui, toujours il engendre. Et, il porte toujours en dedans de Lui ce dont il est source : son secret éternel, unique engendré et nous-même. Cela signifie que le Père ne peut plus se connaitre, s’aimer, sans nous. On fait partie de Lui, même si on ne lui ajoute rien...

Enfin, n'est-ce pas pour montrer que son amour qui engendre, s'impose à celui qui est engendré ? Comme pour nous, l'enfant ne peut choisir son existence, ça s'impose à lui. De même, ou encore plus, le Père est engendrant, et c'est un amour qui s'impose à tout ce qu'il engendre.

Et à la Croix, comme dans l'Eucharistie, Jésus ne dit que cela: « Père ». Son dépouillement, sa pauvreté, son inutilité, le don de Marie, de son coeur, et l'état victimal de son corps dit qu'il reçoit tout ce qu'il est du Père.

« Père, elle est venue l’heure et c’est maintenant » Le maintenant, c’est ce que Jésus fait pour chacun de nous à chaque instant dans notre chair : nous introduire dans l'éternelle vie, qui est de nous faire vivre du Père comme lui en vit, en nous faisant Fils bien-aimé dans tout ce que nous sommes. C'est qu'il fait pour chacun de nous, maintenant ! Cela veut dire que notre vie n'est pas ce que nous en faisons, mais ce que Lui en fait. C’est son oeuvre, son labeur, sa réalisation, selon son efficacité divine, éternelle, donc actuelle.

Et notre labeur, c’est de vivre de ce don à la fois comme déjà acquis, et comme devant être actué en nous. Non seulement ouvrir les yeux sur ce qu'Il fait de moi, qui reste invisible mais qui ce qu’il y a de plus réel en nous. Et aussi voir comment Jésus me conduit à vivre cette réalité d'être Fils avec Lui. C’est à dire devenir offrande au Père, hostie, agneau. Cela c’est faire la volonté du Père, coopérer en Fils, dans une initiative gratuite, dans un amour qui devance l'attente du Père. 

Connaitre le Père, agir en Fils c’est non seulement choisir de Lui abandonner notre vie, chercher à se laisser faire, vouloir être conduit, lui remettre tout ce que l'on est : c’est de fait une naissance toujours nouvelle, qui réclame de toujours tout réapprendre.

Et aussi, être vers le Père, c'est se servir de tout ces états de pauvreté dans lesquels nous sommes, les lui remettre, comme toutes nos actions, nos projets, nos résultats, nos blessures, notre efficacité, nos médiocrités, sans jugement, ni regard rétroactifs. Parce que le propre du Père, c'est d'être une source telle qu'il se sert de tout pour nous engendrer en Lui, non plus comme créature, mais comme fils dans le Fils.

Être l’enfant bien-aimé du Père, c’est pour chacun s’abandonner au Père et laisser les paroles de Jésus nous faire renaitre, nous posséder, pour être définitivement marqué de ce regard actuel, efficace du Père sur nous. Redire avec Jésus de l'intérieur « Père, Abba, Papa ».

C'est pour pouvoir dire cela en vérité, dans un abandon total de soi que l'Esprit Saint nous est envoyé : âme de notre âme, vie de notre vie. Il est celui qui de l’intérieur nous donne de nous voir comme celui que le Père aime : sans condition, comme son secret, son unique. 

Grégoire +

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Père, glorifie ton Fils (III)

18 Mai 2021, 16:28pm

Publié par Grégoire.

Père, glorifie ton Fils (III)

« Père, elle est venue l’heure. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur toute chair, il donne l'éternelle vie à tous ceux que tu lui as donnés. Et, tel est l'éternelle vie : te connaitre, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus. »


Le chapitre 17 est un sommet de l’évangile de Jean. Jésus y dévoile son coeur, son attente profonde, son désir intime. C’est  La prière du Fils bien-aimé. Voilà LA prière. Non pas un rite, une formule ou une invocation, mais livrer nos désirs les plus intimes à celui de qui on attend tout.

Et si Jésus nous la révèle, c’est pour qu’elle soit notre prière : pour la redire avec Lui, et parce que cette prière nous rend vrai : « ta parole est vérité ». Car elle fait se réaliser, s’épanouir la grâce que nous avons reçu : Fils bien aimé du Père. C’est ce que nous sommes réellement pour le Père. Et vivre en Fils bien aimé, être debout face au Père avec Jésus, dans la foi, sans chercher d'abord de signes extérieurs visibles, de résultats tangibles, telle est notre sainteté, le salut qui nous est donné. 

Nous ne sommes pas d’abord des instruments, des serviteurs, des religieux, des prêtres ou des pécheurs en voie de guérison. Non ! Nous sommes actuellement engendrés par le Père. C’est pour cela que le premier visage du Père, c’est le Fils, et c’est Marie. Nous sommes engendrés divinement, et à cela il nous faut naitre, c’est à dire sortir de notre vision humaine et matérielle sur nous-même. Et demander au Père de nous glorifier. La gloire du Fils, c’est que tout ce qu’il est vive du Père, soit vers le Père.

« Tu lui as donné pouvoir sur toutes chairs, il donnera ainsi l’éternelle vie à tout ceux que tu lui as donné. » Le Fils, comme Fils a un pouvoir bien plus grand que le pouvoir instrumental du prêtre. Le pouvoir sur les sacrements est instrumental et ne rend pas saint ! Il dispose à la sainteté. Le pouvoir du Fils -et de celui qui vit avec la certitude, dans la foi qu’il est Fils, a le pouvoir de donner la vie éternelle : la connaissance du Père et du Fils. « Tel est l’éternelle vie, te connaitre toi, le seul vrai Dieu et Celui que tu as envoyé Jésus » Cette connaissance n’est pas intellectuelle, c’est connaitre intime d’un Fils vivant actuellement de son Père.

C’est extraordinaire, car cela libère de tout cléricalisme. Le prêtre est serviteur des croyants, mais les croyants -et le prêtre est d’abord un croyant, lorsqu’il vivent en Fils, qu’ils mendient la vie même du Père, donnent le Père par leur chair, leur corps, leurs activités et même leurs pauvreté. On fait voir le Père, on a le pouvoir de le rendre présent et de le donner à toute chair. La gloire du Fils, c’est de pouvoir engendrer comme le Père, c’est être possédé par un amour qui est source. C’est un pouvoir divin d’engendrement. C’est la maternité de Marie à la Croix sur toute l’Eglise, ce qu’on a appelé le sacerdoce des fidèles, mais qui est en fait L’Esprit Saint qui fait de nous des Fils, donc des sources: on est fait Père et Mère de vie divine. On engendre à la vie éternelle. 

Telle est la victoire de Jésus à la cène après le départ de Judas; Jésus crie alors : « le fils de l’homme est maintenant glorifié » pourquoi ? Car comme Fils il a ce pouvoir sur toutes chairs ! Son amour est un amour source, qui s’impose, qui engendre.

C’est encore l’image du chap 16 « la femme sur le point d’engendre s’attriste, mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne souvient plus de ses souffrances » Jésus parle là de Lui et de nous. Nous avons en nous un amour victorieux, source, qui engendre, qui a un pouvoir de donner ou non la vie éternelle.

Pour cela, il nous faut demeurer dans ce nom que le Père donne au Fils : « Père, garde les dans ton nom que tu m’as donné… » Le nom du Père, c’est d’être source du Fils, Celui qui engendre actuellement. Tel est le nom qu’il communique au Fils, de pouvoir être source, d’engendrer la vie divine. 

Grégoire +

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Clou

17 Mai 2021, 16:36pm

Publié par Grégoire.

Clou

Je le tiens dans ma paume, diamant noir devenu rubis, mes doigts repliés sur lui. 

Je le tiens comme la prunelle de mes yeux dans l’étau de mes paupières.

Ou plutôt, c’est lui qui tient ma paume. 

Je suis entre le clou et ce bois qu’elle a travaillé sous le regard de mon père. 

Ma main d’enfant apprenait alors le clou et le bois. 

Ma main d’enfant dans celle de ma mère, libérant ses échardes.

Aujourd’hui ma paume est devenue l’écorce du bois et le clou sa hache. 

Ma main n’est plus celle qui perce mais celle qui est percée.

Tendons déchirés, os brisés, le clou doit passer.

Pistil aux pétales de mes doigts.

Effacées mes lignes de vie, perdus mes souvenirs de pistes.

Il fallait être transpercé en tous mes membres, être immobilisé, pour pouvoir traverser, franchir. 

J’ai rendu le clou paradoxal ; d’attache, j’en ai fait la condition d’une libération. 

Mon cœur bat dans mes mains et dans mes pieds. 

J’ai quatre cœurs de sève ; au cœur du bois, mon sang.

Sur le bois de justice le clou suspend l’incertaine réparation des hommes, pour l’exemple.

Trinité punitive du bois , du clou et de la chair. Minerai fait clou pour un Dieu fait homme sur un tronc fait croix.

Le doigt des incrédules, autre clou à venir, viendra tremper dans l’encrier de mes chairs.

Présence révélée par le vide. 

Clous, points de suspension…

                                                                                                 

Jean-François Debargue

 

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Père, glorifie ton Fils (II)

17 Mai 2021, 16:35pm

Publié par Grégoire.

Père, glorifie ton Fils (II)

« Pourquoi restez vous là à regarder le ciel ? » Act. 1, 11.

On a là deux tentations majeures de la vie chrétienne. La première, rester spectateur « rester là, à regarder le ciel, comme si Jésus était parti ». 

On est spectateur quand on regarde, on s’extasie, on dit « c’est beau » et quand on dit ça, cela signifie « c’est magnifique il est monté au ciel, on est content pour Lui. Mais, ce n’est pas pour moi, nous, on reste avec nos problèmes » Vivre de Jésus comme un spectateur, il n’y a rien de plus désespérant !

On est spectateur quand on est dans l’imaginaire. On admire quelque chose de beau, de merveilleux, les qualités extraordinaires de quelqu’un, l’harmonie d’un chant, la finesse d’une voix, l'ordre sans défaut d'une liturgie. Et on est séduit, on est pris par des qualités mises en lumière. Ce n’est pas mauvais. La fonction de l’art, de la beauté est de nous réveiller, de labourer notre sensibilité pour nous ouvrir à autre chose que notre petit monde. 

Mais le grand danger de la beauté, c’est d’en rester à la séduction de la beauté et alors on est spectateur. On compare la beauté d’une oeuvre et notre monde, et on rêve que notre vie soit comme cette beauté idéale, très pure, apparemment très spirituelle, mais en fait inaccessible, inatteignable !

Quand on est séduit par la beauté, on reste toujours des gens un peu déçu de ce que nous vivons concrètement. C’est le danger de toutes perfections : c’est séduisant, car la perfection semble nous mettre au-delà des luttes, ce qui est faux. Mais, surtout, la perfection, la beauté c’est désespérant : car ce qui est beau ne touche que la surface des choses. La beauté est un mirage inatteignable. Ça fait de nous des spectateurs un peu désespéré 

Comment ne pas être spectateur ? En entendant que TOUT ce que Jésus vit c’est à nous ! Tout de suite ! Par lui, le ciel nous est acquis ! Et ça, on doit mendier de l’entendre tout les jours. Ça s’appelle la foi : la foi c’est mendier, chaque jour, qu’il vienne me dire ce qu’il a fait pour moi, qui je suis pour Lui.

Deuxième tentation: « quand vas-tu restaurer la royauté en Israël ? » Là, on espère des résultats, on attend une efficacité divine, que Jésus règle nos problèmes humains : on attend de lui un salut politique, un messianisme temporel, une perfection humaine. Qu’enfin on soit sans misères, qu’il n’y ait plus rien de moralement mauvais dans notre vie !

Cela c’est réduire notre vie à ce qu’on en fait ! Et on a l’espoir d’arriver à quelque chose par nous-même, on se juge selon les résultats, on se jauge, on se compare, on se mets des bonnes ou mauvaises notes. C’est désespérant, car nous sommes limités et en plus nous sommes nés abimés, cabossés, pauvres. Et si le Père a permis qu’on soit né dans le péché, c’est pour qu’on ne puisse pas avoir la tentation de pouvoir s’en sortir par nous-mêmes.

La réponse c’est l’espérance. L’espérance, c’est le désir actuel de Jésus sur nous. Son désir n’est pas quelque chose qu’il va faire plus tard. Son désir c’est ce que Lui fait maintenant en nous. Espérer, c’est s’appuyer sur l’efficacité divine de Jésus qui veut pour nous plus que tout ce qu’on peut vouloir. Jésus  veut qu’on ait sa place. Et son désir est actuel et efficace. Mais efficace divinement. Ce n’est pas visible, ni sensible.

Espérer, c’est être possédé par son désir sur nous. Le désir de Jésus, c’est qu’on le connaisse intimement, qu’on entre dans une familiarité avec Lui, qu’on Lui parle et l’écoute comme un ami, qu’on l’interroge, qu’on vive tout avec Lui. 

Qu’on coopère à son oeuvre à Lui, à la recréation du monde « proclamez l’évangile à toute la création » Proclamer, ce n’est pas d’abord faire de grand discours, mais vivre de Lui. On proclame l’évangile quand on comprend qu’on est le Fils bien aimé de Jésus sur terre. Et qu’on a la même mission que Lui. Pas moins. Se faire l’Agneau de nos frères.

Et c’est pour cela que Jésus disparait de nos yeux, pour nous laisser sa place, être donné par nous et se donner à nous à travers chacun de nos frères. 

« vous serez mes témoins » Être témoins de Jésus, c’est non pas avoir été spectateur d’un évènement, mais entendre que Jésus est présent en chacun d’entre nous et qu’on connait Jésus, on touche son amour, on l’aime, en aimant chacun de nos frères. 

« Aimez-vous les uns les autres » Aimer son prochain, le rencontrer vraiment, prendre ses misères, toucher son coeur, se donner à lui en nourriture, là on est tous en retard, très en retard.

C’est la raison du don de l’Esprit Saint. Pour nous redire de l’intérieur toutes les paroles et gestes de Jésus, nous les approprier, être imbibés de son identité et avoir cette certitude que son amour nous a uni à Lui définitivement. Non pas ce que nous faisons, mais son amour, qui est Lui.

L’Esprit Saint, qui est l’amour du Père et du Fils, c’est Lui qui nous donne de croire, c’est à dire d’entendre qui nous sommes réellement, et d’espérer, c’est à dire nous appuyer sur ce que Lui fait avec nous, par nous, en nous. 

L’Esprit-Saint est donné, à tout ceux qui sont des pauvres. Tant qu’on s’appuie sur nos connaissances, notre efficacité, sur nous-même, on reste spectateur. Ce qui rend pauvre, c’est d’aimer. Recevoir un autre jusqu’au bout. Seul celui qui aime est un vrai pauvre et est disposé à recevoir l’Esprit Saint. Être pure ou Immaculé n’est pas un critère. Le démon était un ange pure et immaculé, séduit par sa propre perfection, sa propre beauté. Méprisant la matière, le corps, la sensibilité. 

Or, si la connaissance va chez nous moins loin à cause du corps, c'est grâce à lui que l'amour peut aller beaucoup plus loin que chez les anges. C’est pour ça que Thomas d'Aquin dit que « l’Esprit St n’aime que ceux qui aiment ». Les autres, ils se cherchent eux-mêmes, ils s’extasient de leurs inventions, devant ce qu’ils font ou connaissent. Ils s’occupent de leur perfection, de leurs avoirs, de leurs acquis.

C'est aimer qui fait qu'on se réalise pleinement. Un auteur Russe a écrit « la beauté sauvera le monde ». C’est faux. L’amour seul sauve le monde. Parce que le monde est fruit de l’amour. Nous sommes quelque chose de Dieu qui est amour. Alors, plus nous aimons, plus nous nous laissons posséder par Lui, par son Esprit, plus nous devenons nous-même, plus nous sommes joyeux.

Aimer, c’est accueillir un autre, tel qu’il est, gratuitement, aveuglément, sans autre raison que Lui. Qui se livre à l’amour, connait Dieu. Mais pour cela, il faut accepter de se livrer, son cœur, soi, tel qu’on est.

à suivre ..

Grégoire +

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Père, glorifie ton Fils..

14 Mai 2021, 15:40pm

Publié par Grégoire.

Père, glorifie ton Fils..

« Pourquoi restez vous là à regarder le ciel ? » Act. 1, 11.

L’Ascension de Jésus manifeste la fin des apparitions du Ressuscité. Les manifestations de Jésus Ressuscité sont des apparitions, c’est à dire des manifestations réelles de Jésus, qui disent quelque chose de La Résurrection, mais, comme toutes apparitions, elles sont des manifestations adaptées à nos yeux humains.

Cette adaptation à notre sensibilité que sont les apparitions sont là pour nous aider à entrevoir ce qui est changé pour Lui et pour notre humanité. 

Jésus ressuscité n’est plus de ce monde. Il y est complètement présent, mais de la présence de Dieu : Il est là, présent à chacun, mais sans être lié au temps, au lieu, il nous voit de l’intérieur, il agit sur ce qui est éternel en nous… Et pour Jésus, son corps, sa sensibilité, son esprit humain, ses passions vivent la vie même de Dieu. Son corps est divinisé, imbibé de Dieu. Notre humanité est donc en Dieu, associé à sa vie propre.

Et ça, ce n’est pas une vitrine ou un spectacle à admirer ! Matériellement, nous sommes sur la terre. Mais réellement, nous sommes déjà en Jésus. Nous formons avec Lui un seul corps, puisqu’il y a une unité substantielle de vie entre Lui et nous. Nous sommes comme une seule personne avec Lui.

Nous pouvons donc dire que nous vivons -par participation- la vie de Dieu. Non pas dans notre conscience ou notre vécu, et encore moins dans les apparences et résultats. Mais parce que Jésus s’est uni à nous. Qu’est ce que cela veut dire ?

Cela signifie que nos activités ordinaires, banales, humaines, ont une signification divine. Je participe sans le rien voir à la vie du Fils. Notre vie a un poids, une taille trinitaire.

Ce que Jésus commande par « allez dans le monde entier proclamer l’évangile » c’est de croire qu’on est Lui sur la terre. L’évangile c’est Lui et nous, en tant qu’on reçoit son choix sur nous. Vivre avec cette dignité d’être Fils du Père et nous livrer à tout ceux que le Père nous donne. 

Thérèse de l’Enfant-Jésus au fond de son Carmel, a compris que proclamer l’évangile, c’est se dire à soi-même et aux autres, qu’au-delà des pauvres apparences de notre nature humaine abimée, limitée, chacune de nos actions, de nos soupirs, de nos désirs sont portés de l’intérieur par Jésus.  Nous sommes ressuscités avec Lui, mais avec juste un petit retard dans la réalisation effective de cette résurrection pour nous.

Apparement, si on se regarde dans la glace, on est toujours un peu au tombeau, proche parfois de l’état du cadavre.. En réalité, sous les apparences, nous sommes un avec Lui. Et ça, c’est ce qu’il fait, Lui, Jésus, tout seul.

L’évangile, la vie même de Dieu dans une nature humaine, c’est déjà cela que nous vivons. Au-delà de la conscience que nous avons et des apparences. Nous avons la vitalité et toute l’efficacité divine en nous, sans les résultats.

Proclamer l’Evangile c’est tout vivre comme étant porté de l’intérieur par Jésus et donc donner une humanité de surcroît à Jésus; Permettre à Jésus d’être présent sensiblement, caché dedans notre pâte humaine, pour lui donner d’aimer à travers notre amour. Proclamer l’évangile, c’est donner du Jésus dans tout nos petits actes d’amour fraternel.

à suivre ..

Grégoire +

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Il est bon pour vous que je m’en aille

11 Mai 2021, 16:56pm

Publié par Grégoire.

Il est bon pour vous que je m’en aille

« Il est bon pour vous que je m’en aille; si je pars, je vous enverrai le Paraclet d’auprès du Père » Jean 16, 7.

Jean dans son évangile utilise deux mots nouveaux qu’aucun autre évangéliste utilise : Logos (verbe en latin) et Paracletos qui n’a aucune traduction approprié. Chacun désigne une des deux personnes divines qui se donnent à vivre : le fils et L’Esprit St.

Le Fils du Père, Jésus, est donné comme secret à Marie et à chacun d’entre nous, pour que l’on vive comme ceux qui sont LE secret du Père, son bien aimé. C’est ce que Jean nous transmet en se disant « le disciple que Jésus aimait ». Devenu l’intime de Jésus jusqu’a reposer sur sa poitrine, il désire qu’on découvre combien, chacun, est l’unique pour Jésus. C’est le secret de Marie, devenue son intime par la présence personnelle, sensible de son Jésus, ses initiatives envers Lui.

Le Paraclet, c’est l’Esprit Saint donné par le départ de Jésus à la Croix. Éternellement, le Fils se reçoit du Père et est vers le Père. Étant vers Lui, il est source, avec le Père, d’un nouvel amour, intime à eux-mêmes, fécondité de leur don réciproque.

L’image la plus proche pour nous, c’est la joie des époux qui se choisissent et qui en se donnant l’un à l’autre, connaissent comme un nouvel amour, cette réciprocité dans l’amour : « j’aime quelqu’un qui m’aime ». Et, les enfants qui naissent de leur amour, disant quelque chose de la création en Dieu, cette fécondité extérieure à l’amour. La différence, c’est que en Dieu, cet amour qui nait, est éternel et connaturel au Père et au Fils.

A la Croix, l’humanité de Jésus, son corps vit ce que vit éternellement le Verbe : son humanité est source de cet amour qu’est l’Esprit St « et inclinant la tête il remit l’Esprit ». Le Paraclet, c’est l’Esprit de Dieu, l’Esprit de lumière et d’amour qui est donné à ceux qui sont le corps de Jésus sur la terre. A chacun de nous est donné le Paraclet, mais donné d’une manière telle qu’on en est comme source !

Comme à Marie est donnée d’être Mère du Fils éternel, et à chacun de nous d’être amis, intime de l’Agneau, de même à chacun est donné d’être source de l’Esprit St-Paraclet, car il est donné comme un amour dont on est source les uns pour les autres. C’est notre manière de vivre ce retour vers le Père, cette charité qu’est Dieu.

C’est cela la signification profonde du commandement de l’amour « aimez-vous les uns les autres, donnez vous sans limites, donner ce que vous êtes à vos frères » pour porter des fruits encore plus grand que ceux de Jésus, c’est à dire être source de l’Esprit-Paraclet dans cet amour fraternel. C’est le don réciproque de Marie à Jean que Jésus réalise à la Croix et qu’il commande à chacun de vivre : chacun sommes appelés à être présence du Père et du Fils l’un pour l’autre. 

Cette charité fraternelle, cet amour personnel divin les uns pour les autres, c’est notre vie divine. Les sacrements, l’Eglise et tout autres moyens sont au service de cet amour personnel avec Jésus et entre nous. L’Esprit-Paraclet, c’est la vie éternelle de Dieu qui nous habite. Comme notre âme, à la fois cela nous dépasse et pourtant c’est notre amour, c'est nous-même et ce dont on est source.

Grégoire +

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La chamelle d’Hamdi

10 Mai 2021, 15:11pm

Publié par Grégoire.

La chamelle d’Hamdi

Hamdi est mort ce 4 mai 2021 au camp de réfugiés d’El Ayoun, près de Tindouf. Combattant sahraoui entre 1976 et 1991, je ne l’ai connu qu’habillé en treillis militaire, parfois en Gandoura. Dans les deux cas, il portait fièrement son identité sahraoui et cela valait tous les grades qu’il n’arborait pas. Les militaires sahraouis n’ont en effet aucun signe de distinction au cas où ils seraient faits prisonniers. Seul signe distinctif parmi d’autres blessures, Hamdi avait perdu un œil. Militaire, député, soutien de sa fratrie, Hamdi était sur tous les fronts, celui du courage, de l’espoir, de l’altruisme… 

Lorsqu’il n’était pas dans une des régions militaires sahraouies des territoires libérés tout au long du mur de la honte, il arrivait avant le lever du jour avec une bouteille d’un litre de lait de chamelle qu’il allait traire à 5 heure. Il s’installait auprès de sa sœur Nuena, passionaria de la cause sahraouie, qui lui offrait le thé alors que nous émergions à peine de nos couvertures à même le sol.

La chamelle était née de l’idée de Hamdi. Il en avait parlé quelques années auparavant à ses deux sœurs et à deux de ses frères. Chaque famille avait alors économisé pendant de longs mois jusqu’à ce que la chamelle d’Hamdi lui permettre de traire 3 à 5 litres par jour qu’il distribuait aux familles de ses frères et sœurs.

Ce petit litre de lait était aussitôt ajouté de sucre et coupé avec de l’eau pour permettre de subvenir aux besoins quotidiens de la famille et des invités de passage. Le « zrig » ainsi obtenu, même rallongé plusieurs fois, reste plus désaltérant que l’eau seule. Il permet aussi parfois aux familles sahraouies de se priver « raisonnablement » de quelques repas lorsqu’il leur faut rembourser les achats inhabituels que l’hospitalité de membres de délégation en visite dans les camps exige, et que ces derniers ignorent le plus souvent.

Quand un peuple est privé de sa terre, ses racines plongent alors dans sa culture. Chaque matin, le lait de la chamelle d’Hamdi était un peu de cette sève permettant à l’espoir d’être nourri et de subsister la journée.

Pendant trois jours, de mardi à vendredi, en ce temps de Ramadhan particulièrement rude dans les camps, les Sahraouis se sont traditionnellement succédé auprès de la famille d’Hamdi pour lui rendre hommage.

Sur la Hamada de Tindouf, tout autour des cinq principaux camps de réfugiés, les cimetières en périphéries n’en finissent pas de s’étendre et de lancer vers le ciel leurs prières de pierres pointues comme des pointes de flèches perçant avec peine la surface du désert. 

Comment appelle-t-on un génocide lent ? Une disparition organisée dans un oubli onusien programmé ?

Hamdi est parti pour une dernière méharée. 

J’ai aujourd’hui dans la bouche un goût de zrig coupé de larmes.

 

Jean-François Debargue

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Aimons, car l’amour vient de Dieu. Qui aime connait Dieu.

8 Mai 2021, 21:26pm

Publié par Grégoire.

Aimons, car l’amour vient de Dieu. Qui aime connait Dieu.

« Comme le Père m’aime, moi aussi je vous aime. Demeurez en mon amour » Jean 15, 9.

Jésus nous aime. Son amour c’est Lui-même. En nous aimant, il nous a pris en Lui « Demeurez en mon amour » c’est « vous êtes en moi et mon amour imbibe tout ce que vous êtes ». 

C’est LA conversion chrétienne : croire que Jésus s’est installé partout dedans notre vie, dans nos activités et même nos pauvretés. Il s’est s’approprié tout ce que l’on est, qui est humain ou inhumain. Rien ne Lui échappe. Et notre coopération, c’est de tout vivre avec Lui, en Lui « demeurez en mon amour » sans juger par nous-même notre vie. Et vivre comme étant déjà au terme, parce que son amour, donc lui-même, est déjà victorieux de tout.

Et ça comment on le sait ? Comment a-t-on connaissance de sa victoire ? En aimant ! C’est Jésus qui nous le dit et nous le commande « Aimez-vous les uns les autres, c’est mon commandement, le seul » Pourquoi Jésus nous commande d’aimer ? C’est étonnant, nous y sommes obligé, on n’a pas le choix ! Pourquoi nous oblige-t-il à aimer ? Parce que l’amour c’est notre coeur transformé par un autre : aimer c’est expérimenter que notre plus grande transformation ne vient pas de nous.

On devient bon, quand on laisse un autre nous attirer. Toucher la bonté d’un autre nous transforme au plus profond. C’est pour ça St Jean insiste : « Bien aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connait Dieu. Celui qui n’aime pas ne connait pas Dieu car Dieu est amour ! »

Notre seul travail sur terre c’est aimer. Comme dit St Jean de la Croix « au soir de cette vie nous serons jugés sur l’amour ». on ne sera pas jugé sur ce qu’on a compris ou notre pureté de vie ou sur nos résultats. Mais sur notre coeur transformé par un autre. C’est pour cela que Jésus dit aux pharisiens, ces satisfaits d’eux-mêmes : « les prostituées et les publicains vous précèderont au Paradis »

Mais nous, on n’aime pas d’aimer. Ou on limite l’amour a ce qui est beau, pur, spirituel, surtout sans le corps, sans passions et très moral. Parce qu’on regarde seulement les résultats. On a même prêché un temps qu’aimer c’était souffrir, qu’il fallait se méfier de l’amour. 

Or Jésus proclame la victoire de l’amour à Cana, en multipliant le vin : c’est pas très spirituel ?! Ou en acceptant le geste de Marie Madeleine qui verse du parfum sur ses pieds, et puis en se livrant sans défense à la croix : car alors il s’empare de tout notre univers physique, de toutes violences humaines et même de la mort.

Et on en vit par l’Eucharistie, pur don d’amour dans un morceau de pain, pour nous demander de faire taire notre raison qui veut constamment tout mesurer, qui veut des choses propres, pure ou très éthérée.

Or, l’intelligence qui veut mesurer l’amour c’est exactement le démon, qui cherche une pureté intellectuelle, un idéal, être sans tache et sans défaut, plutôt qu’aimer quelqu’un. Chercher la pureté avant l’amour, c’est chercher sa propre perfection, refuser toute dépendance et surtout refuser de se salir les mains. 

Aimer, c’est accepter d’être attiré par un autre, qu’un autre soit source pour nous, que ça touche notre coeur, que ça nous fasse sortir de nous-même. On aime quand une autre personne devient plus importante que notre travail, que ce qu’on fait. Aimer c’est être agrandit par un autre, sortir de soi parce qu’un autre nous boulverse, nous agrandit, nous émerveille. Un autre devient notre repos, notre joie « je t’aime parce que c’est toi ».

Aimer n’est pas confortable. Pourquoi ? Parce que aimer implique nécessairement notre corps. La connaissance peut s’abstraire du corps, mais pas l’amour : aimer implique nos passions, notre sensibilité, notre passé, ça réveille tout un milieu en nous plus ou moins obscur et ça touche surtout ce qu’on a de plus intime, de plus personnel, donc de plus vulnérable.

Du coup, on refuse souvent de se laisser rejoindre profondément, parce qu’on veut gérer les choses, les mesurer. On veut une juste distance, des choses très réfléchis, soupesées et puis, aimer un autre c’est risqué. Ça blesse. Et du coup on évite d'ouvrir son coeur, de révéler ses vulnérabilités, les lieux où on est plus fragile et on reste seul avec soi-même.

Le plus grand refus de vivre, de renaitre, de rajeunir, c’est certainement le refus volontaire d’aimer. C’est ça le démon : il est seul avec sa pureté intellectuelle, sa logique infaillible. Il est satisfait de lui-même. Pur, impeccable, lisse, mais sans amour. Et sans fécondité !

Or, un coeur pur, aimant c’est celui qui vit tout avec Jésus : ses désirs d’aimer, ses erreurs, ses passions. Mais qui cherche à aimer. Parce que Dieu est amour. On ne connait l’amour de Jésus qu’en aimant Celui ou celle que Jésus aime et qu’il met à coté de nous. C’est son commandement nous aimer les uns les autres, on n’a pas le choix !

Jésus nous montre comment on doit choisir d’entrer dans une dépendance vitale les uns vis à vis des autres : aimer c’est être comme un enfant dépendant de sa mère. C’est la première manière dont on a été aimé. Quelqu’un qui est là pour nous et qui nous a nourrit avec tout son être et en premier avec son corps. C’est l’eucharistie, mais c’est d’abord vrai de tout enfant porté par sa mère. 

Aimer c’est se livrer, livrer ce qu’on a d’intime, de personnel, sans façade, se livrer tel qu’on est avec ses fragilités, accepter d’être comme a nu, dévoiler son coeur, accepter d’être vulnérable, sans protection. C’est cela l’évangile : Jésus qui nous donne tout, qui se livre entièrement. 

Bien sur ça implique de pardonner, d’être généreux, de nous donner. Mais pardonner, être généreux, nous donner, c’est encore nous, c’est encore faire quelque chose pour l’autre. Or, il ne s’agit pas de faire quelque chose, mais de laisser un autre débarquer de plus en plus dans notre vie. Et donc se livrer à un autre pour qu’il soit source de vie pour nous.

Me livrer tel que je suis. Sans séduction. Sans rôle à jouer. Sans chercher à plaire. Chercher à recevoir un autre, pour le laisser être source pour moi. Parce que l’amour c’est mon coeur, ma personne qui se bonifie par un autre. Jésus en m’aimant me rend bon.

Je ne connais Jésus, je ne touche la bonté du Père, que si je choisis chaque jour de me livrer : de me rendre dépendant pour Le recevoir vraiment. Aimer, c’est tout donner, pour recevoir un autre qui, dans son existence, dans sa personne, devient source de ce qui a de plus personnel en moi et que je ne peux réaliser par moi-même.

Cela réclame de manifester notre besoin d'aimer et d'être aimé. De mendier notre attente que l'autre devienne une source pour nous. Sans cela, il n'y pas de connaissance personnelle de Jésus. C’est pour cela que c'est la volonté de Jésus sur chacun de nous : « Aimez-vous les uns les autres, c’est ce que je vous commande »

Grégoire +

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Jardins

7 Mai 2021, 19:03pm

Publié par Grégoire.

Jardins

Elle semblait oubliée là depuis l’éternité. Eve en son jardin. Ou plutôt Eve chassée de son Eden et ayant recrée un jardin, en plein désert. Nous l’avons découverte fripée et ratatinée comme une feuille sèche, posée sur un carton à même le sol. Elle observait une rangée de blettes et de fanes de carottes, défilant en parade le long du goutte à goutte.

Perdue dans ses pensées elle ne nous avait pas vu venir. Et nous, nous n’avions pas vu cette forme noire, comme un seau posé contre les briques de sable. Elle se dressa, reine dans son royaume de moins de dix mètres sur dix, au milieu du Sahara, huit millions de km². Son ombre touchait presque l’autre frontière.

Elle nous mena parmi la verdure comme en un champ de mines, nos pas dans les siens, jusqu’à une serre minuscule. Elle dénoua un lambeau de melhfa faisant office de serrure et souleva un pan du plastique. Derrière une brassée d’orge, des poivrons rouges et verts tendaient leurs joues fruitées. Quelques salades pommelées couvraient le reste du sol d’un vert tendre et frisé. Dans une autre serre, des tomates presque mures côtoyaient de petites fleurs jaunes, promesses en devenir.

Au bout de chaque rangée de goutte à goutte, la vieille femme Sahraouie, tantôt dressée en point d’exclamation, tantôt courbée en virgule, ponctuait la ligne comme on lit un récit de la création. Tomates, blettes, salades, poivrons, carottes, betteraves, navets, pois, menthe, persil, coriandre et pommes de terre semblaient s’être réfugiés là, sous la protection d’une toute petite femme hors d’âge, elle-même réfugiée.

Une salle d’attente à ciel ouvert dans laquelle pousseraient des fruits, des légumes, quelques arbres et la possibilité d’un choix. Arrivée au bout du jardin, elle s’est mise à pleurer. C’est son semis d’espoir qu’elle arrose d’un goutte à goutte de larmes de réfugiés, le seul qui tarde à germer.

Il n’a pas été oublié. Réfugié lui aussi dans un jardin, le nouvel Adam y cultive le doute. Il sait qu’on le cherche, qu’on va l’arrêter, au milieu des Oliviers et des dormants. Il espère encore un choix impossible, plongé dans le noir de la nuit. Jeune rameau d’espoir dans le lierre du doute.

Jean-françois Debargue

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Pour que ma joie soit en vous

6 Mai 2021, 16:19pm

Publié par Grégoire.

Pour que ma joie soit en vous

« Comme le Père m’aime, moi aussi je vous aime. Demeurez en mon amour » Jean 15, 9.

Il faut mendier de vraiment entendre ces paroles de Jésus qui nous dit ce qu’il a réalisé. Puisque son amour c’est Lui-même, en nous aimant, il nous a pris en Lui. « Demeurez en mon amour » c’est « vous êtes en moi et mon amour pour vous imbibe toute votre existence, toute votre personne, tout vos actes ». 

C’est LA conversion chrétienne : non plus hiérarchiser nos activités en fonction de leur noblesse ou ce qu’elles ont de grands ou qualitatifs. Mais plutôt, croire en la présence de Jésus qui s’est installé partout dedans notre vie, dans nos activités, mon travail, nos pauvretés. 

L’amour de Jésus ce n’est pas un acte généreux ou des sentiments pour nous. Pour Lui, nous aimer, s’est s’approprier tout ce que l’on est. C’est ça qu’il manifeste dans toute sa vie, auprès des pauvres, des perdus, comme des grands prêtres. Il s’est emparé de tout ce qui est humain ou inhumain.

C’est précisément à la Croix où son amour s’empare de toute la haine, la violence, la barbarie, l’orgueil humain. Et c’est lorsqu’il est mort, qu’il s’empare de la matière inerte : son cadavre devient le lieu du don de son Esprit d’Amour : « et inclinant la tête, il remit l’Esprit ». Rien ne Lui échappe.

Et notre coopération, c’est de tout vivre en Lui, comme étant déjà au terme, parce que son amour est victorieux de tout. 

Nous, souvent on demeure dans l’ancien testament, en limitant sa victoire a ce qui est pur, qualitatif ou religieux. On a même prêché un temps que Jésus n'était que là où on souffrait, que tout plaisir était mauvais, bref, qu’il fallait se méfier de l’amour. Justement Jésus proclame la victoire de son amour en mourant. Il demeure au sépulcre pour nous demander de faire taire notre raison qui veut constamment mesurer l’amour par sa propreté, sa pureté morale.

L’intelligence qui veut mesurer l’amour c’est exactement l’impureté du démon, qui cherche une pureté intellectuelle dans l’amour, un idéal : sans tache et sans défaut. Quand on cherche la pureté avant l’amour, on cherche alors sa propre perfection, en on refuse toute dépendance.

Aimer, accepter qu’un autre soit source pour nous, que ça touche notre coeur, ce n’est pas confortable, ça blesse, ça réveille tout un milieu en nous qui nous dépasse et qui fait qu’on est un peu perdu. Et du coup, on refuse d’aimer, parce qu’on veut gérer les choses, les mesurer. Et on demeure plus dans l’amour, mais en soi, avec soi. Ça c’est le démon : seul avec sa pureté intellectuelle.

Or, le coeur pur c’est celui qui remet tout à Jésus, jusque dans ses pauvretés, ses misères, ses passions. C’est le cri de Jésus envers les pharisiens « les prostituées et les publicains vous précèderont au paradis ». Parce que je ne peux demeurer dans l’amour de Jésus sans recevoir Celui ou celle que Jésus aime et qu’il met à coté de moi. C’est son commandement. Non pas être propre ou pur mais nous aimer.

Notre seule perfection c’est de tout vivre en Lui. D’aimer avec Lui, et de tout Lui remettre. Savoir que son amour porte tout.

« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit complète »

Grégoire +

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Demeure en moi

5 Mai 2021, 16:19pm

Publié par Grégoire.

Demeure en moi

« Je suis la vigne, la vraie, demeurez en moi, comme moi je suis en vous » Jean 15, 1

Jésus c’est celui qui nous prend en charge de manière telle qu’il nous met au terme, qu'il ne peut plus se séparer de nous, et c’est lui qui nous conduit à vivre de plus en plus de cette union qu’il réalise entre Lui et nous.

« Demeurez en moi » n’est pas un ordre donné de l’extérieur, comme si on devait avoir une conscience permanente de cette proximité de Jésus. 

« Demeurez en moi » c’est plutôt tout faire avec Lui, tout Lui remettre, le laisser mesurer et juger avec une totale confiance de tout ce que nous faisons, en cherchant à le mettre partout, dans tout ce que nous vivons. Ce n’est plus hiérarchiser par nous-même nos activités, en fonction de leur noblesse ou leur grandeur humaine, mais d’abord tout vivre comme un enfant porté actuellement par sa source. 

C’est croire que Lui est dedans toutes nos activités, qui ont donc un poids et une taille non à cause de leur grandeur ou de leur noblesse, mais parce que Lui y est.

C’est cela christianiser notre vie. C’est non pas en faire une vie pieuse et dévote. Mais croire, à la suite de Thérèse de l’Enfant Jésus par exemple, que les pas que nous faisons portent un missionnaire au bout du monde, que l’épingle que nous ramassons, parce que Lui est en moi, cet acte banal, anodin, a une fécondité divine.

Chaque acte, chaque difficulté, chacune de nos pauvretés portées avec Jésus, ont une toute autre signification, une autre taille, une fécondité divine. Cela c'est « la bonne nouvelle a annoncer aux pauvres, proclamer aux prisonniers qu’ils sont libres » parce que Lui s’est uni à nous définitivement et toute notre vie a la signification qu’il Lui donne. 

Jésus a réalisé une identification vitale inouïe avec chacun de nous : « Je suis vous et vous êtes moi ». Cela doit mettre en nous une joie incroyable, secrète, comme un ruisseau souterrain qui coule en nous, qui ne supprime pas nos tristesses ou nos lassitudes. Jésus aussi a été triste ou en colère. 

Mais, il y a cette insistance de Jésus : « demeurez en moi ». C’est Jésus qui de l'intérieur nous dit : « demeure dans mon amour pour toi, car mon amour pour toi, c’est moi-même, demeure dedans ce que tu es pour moi puisque tout ce que je suis est pour toi, demeure dans mon choix sur toi, qui fais que je t’aime, que je suis tiens, et je t’ai unis à moi définitivement. Je te donne la première place, la mienne, pour que tu fasses des oeuvres plus grandes que moi. Sinon, tu ne feras que du bruit, avec des résultats apparemment efficaces, mais c’est du vent, un feu de paille. Demeure en moi, demeure et cherche cet amour, en me cherchant moi, en m’aimant pour moi »

« Demeurez en moi » c’est la mendicité de Jésus, de notre Dieu qui mendie notre amour, notre cœur. Entendre Jésus nous le dire, c’est le laisser nous faire demeurer auprès de lui.

Sa parole réalise elle-même ce qu’elle nous dit quand on la laisse nous prendre. Elle porte la bonté de Jésus, sa douceur et elle attire notre coeur vers Lui. Elle nous fait établir notre demeure en Lui.

Grégoire +

 

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Je suis vers le Père

4 Mai 2021, 16:16pm

Publié par Grégoire.

Je suis vers le Père

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » Jean 14, 27

La paix de Jésus c’est lui-même. La paix est un fruit : lorsque tout est ordonné à sa fin. Or Jésus, Dieu devenu chair, matière, ordonne tout vers le Père. Tout vient du Père, et tout, en Jésus, est vers le Père, retourne au Père. 

Non pas à notre manière humaine, selon l’ordre de la justice originelle : « ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » 

Jésus nous dit précisément cela, parce qu’il y a en nous, et ça demeurera jusqu’au terme de notre vie sur terre, une nostalgie de la première harmonie terrestre. Notre âme, lorsque est crée, connais cet harmonie première, en même temps qu’elle connait cette première violence en étant unie au corps. C’est par le corps qu’est transmis cette première disharmonie, ce désordre vis à vis de Dieu. Et, dans ce qu’on a de plus profond en nous, il y a ce désir, cette nostalgie de retrouver, de vivre cette harmonie première.

Or le Père, n’a pas voulu revenir à cette harmonie première, mais ce servir de ce désordre premier pour nous permettre d’aller plus loin dans l’amour, dans cette connaissance du Père, dans cette familiarité avec Lui. Avec nos pauvretés, nos blessures, et tout ce qui nous handicape. 

C’est cela « je vais vers le Père » C’est à la croix que toute notre humanité, notre univers, notre corps, toute la matière vit ce que le fils vit éternellement. Le fils, c'est celui qui est vers le Père : « Je suis vers le Père ». La matière, la violence, le mal, la souffrance, deviennent à la croix, le lieu de l’amour, deviennent ce qu’est Dieu, deviennent le Fils. La chair, la matière est Dieu à la croix. Dans ce rejet gratuit, violent, inhumain, aveugle, inutile, tout est devenu amour, cet amour qu’est le Fils vers le Père

« Il faut que le monde sache que j’aime le Père, et que j’agis comme le Père le désire » à vue humaine c’est loupé : non seulement le monde ne sait rien de l’amour du fils pour le Père, mais surtout il n’en a rien à faire, apparement ! Sauf que, ce que Jésus réalise, c’est d’inscrire partout dans la matière de notre univers, dans nos corps, dans nos chairs, l’amour du fils pour le Père. Tous nous avons en nous cette soif du Fils pour le Père. 

Comme dit St Paul « Toute la création est en attente, consciemment ou inconsciemment de la révélation des fils de Dieu ». Toute notre pâte humaine, notre chair, nos blessures, nos fautes sont marquées définitivement par l’amour du Fils. Tout en nous, notre histoire est ordonnée au Père. Et on ne trouvera de repos, si seulement on laisse Jésus nous conduire à vivre en Fils. On sait donc, dans ce qu’il y a de plus nous-même, on sait, on connait cet amour du Fils pour le Père. « Il faut que le monde sache que j’aime le Père »

C’est pour cela que Jésus exige « Demeurez en moi comme moi en vous » tout vivre immergé en Jésus. Ne plus rien regarder avec des yeux humains, ne plus chercher une justice humaine. Tout ce qu’est Jésus m’est donné à vivre !

La vie chrétienne est une vie de foi, d’espérance et de charité, avec Marie, où on vie de cet héritage, de cet habit trop grand pour nous qu'est la vie du Fils. Jésus l'a acquis pour nous, comme l'a constamment répété JPII à la suite du Concile Vatican II « par son incarnation le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme ».

Grégoire +

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Qui me voit, voit le Père 

3 Mai 2021, 16:21pm

Publié par Grégoire.

Qui me voit, voit le Père 

« Qui me voit, voit le Père » Jn 14, 9.

Il ne s’agit pas simplement de croire ou de penser à ce que Jésus nous dit, mais en entendant ce que Jésus me dit, de savoir qu’il vit déjà en moi ce qu’il me révèle.

Jésus ne nous donne pas des informations, ou une connaissance sur le ciel ou encore des choses à faire. L’incarnation, c’est Jésus qui nous met face au Père et nous en fait vivre. Parce que vivre du Père, c’est ce qu'est Jésus, c’est ce qu’il vit. Par son incarnation, nous sommes plongés en Lui et Lui nous fait vivre ce qu’il vit. 

Et croire en ce qu’il me dit, c’est apprendre à voir comme Lui voit, dans un contact immédiat avec Lui mais sans aucune possession sensible. Croire, c’est revenir à la présence de Jésus, de Celui qui est la vie éternelle, qui a établi sa demeure en nous. Croire c’est vivre déjà de la vie éternelle, de Jésus qui habite toute notre personne, et qui par lui-même nous met face au Père. « Demeurer en moi, comme je demeure en vous »

Entendre « Qui me voit, voit le Père » c’est être certain, d’une certitude absolue, sans aucune évidence, sans ressenti, que Jésus, en nous, nous fait vivre du Père comme lui en vit. Je suis fait Fils du Père par son don. Mais, en l’écoutant me parler, Jésus veut me faire agir en Fils du Père.

La foi, c’est Dieu qui a planté sa tente en nous, pour vivre ce qu’il est en nous. Notre mal, c’est de vivre à coté, comme des gens encore a sauver. Notre sainteté c’est de vivre chacune de ces paroles comme me disant ce que je suis déjà, pour "apprendre" à vivre en fils du Père, ou du moins ne plus se regarder que comme enfant du Père.

Nous n'y voyons rien, nous restons imparfaits, on ne sait pas comment faire, mais ce n'est pas la question. Notre coopération c’est d’entrer dans cette certitude que la lumière qui est Dieu habite tout ce que nous sommes. 

Entendre « Qui me voit, voit le Père », c’est donc s’approprier cette parole, se la dire à soi-même. Chaque parole de Jésus c’est Jésus qui nous dit ce qu’il nous fait vivre, donc qui on est pour Lui. Et cela, sans jamais s’inquiéter de notre incapacité à vivre de son don : c’est Jésus qui nous en fait vivre, à son rythme. Lui nous demande cette abandon total, cette docilité d’enfant, cette pureté de coeur qui fait qu’on ne se regarde plus.

La vie chrétienne, c’est la vie divine, c’est vivre en fils bien-aimé. Et ce n’est pas se battre contre le mal, mais il s’agit d’entendre le don de Jésus, et de croire que je suis devenu -gratuitement- ce qu’il me donne : fils du Père. 

Vivre de cette lumière qui est Lui, c’est croire qu’il se sert de tout pour faire de moi un fils bien-aimé. Jésus se charge du reste. Il attend juste notre confiance. 

Et c’est pour cela que Marie nous est donnée : elle seule pour nous donner cette confiance, cet abandon, accepter d’être caché aux yeux des hommes, à nos propres yeux, d’être compté pour rien. Regarder Marie, c’est voir comment le Père nous conduit à une dépendance toujours plus grande avec Lui, à une extrême familiarité avec Lui.

Grégoire +

 

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« Je suis vous et vous êtes moi »

1 Mai 2021, 18:04pm

Publié par Grégoire.

« Je suis vous et vous êtes moi »

« Demeurez en moi, comme moi je demeure en vous » Jn 15, 4

Jésus ne dis pas : « Vous êtes la vigne » mais : « Je suis la vigne, vous, les sarments ». Ce qui signifie : « il y a une unité substantielle, vitale entre vous et moi : ma vie coule en vous et vous m’appartenez. Mais, en m’appartenant, vous appartenez aussi les uns aux autres ». Et cette appartenance l’un à l’autre et à Lui n’est pas un idéal, une relation imaginaire, symbolique, mais un lien quasi-biologique avec Jésus. Il y a une unité de vie entre Lui et nous et entre nous. 

Benoit XVI dit ceci : « Je suis la vigne » signifie en réalité : « Je suis vous et vous êtes moi » -une identification inouïe de Jésus avec chacun de nous, ses amis. Et la foi, c’est de demeurer dans cette vérité, vivre de cette lumière : « il est moi et je suis Lui : Demeurez en moi, comme moi je demeure en vous ».

Jésus lui-même, demanda à Saul, le persécuteur de l’Église : « Pourquoi me persécutes-tu ? ». Pour Jésus, chacun de ses enfants, de ses frères, c’est Lui. Pas moins !

Catherine de Sienne, n’hésite pas de dire, qu’aimer L’Eglise et Jésus c’est la même chose. Et l’Eglise c’est chacun d’entre nous. Je suis le tabernacle de Dieu, dedans ma chair. Jésus a réalisé une communion de vie entre nous et Lui. Indépendamment de notre coopération.

Nous sommes comme une seule personne avec Lui. Mais nous, comme des ânes têtus, on continue de croire que Jésus est un objectif à atteindre, un but à conquérir, qu’il se mérite. C’est terrible. C’est cela le refus de l’amour : c’est le refus de la gratuité du don de Dieu. On n’aime pas la gratuité, pourquoi ? Car quand quelque chose est reçu gratuitement, cela ne nous appartient pas. On ne peut pas le posséder. Et ce don ne se réalise pas comme nous le voudrions. C’est précisément la sainteté de Joseph : aimer sans rien posséder de ceux qu’il aime. Ne pas mettre la main sur ce qui nous est donné. N’avoir aucun droit : cela rend bienheureux, c’est la béatitude des cœurs purs.

« Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron. tout sarment qui donne du fruit, il le taille pour qu'il porte davantage de fruits » La grande taille du Père, c’est de nous fragiliser, de nous rendre vulnérable, d’enlever nos béquilles humaines, nos fausses sécurités, pour qu’on ne s’appuie plus que sur Jésus seul. Sinon, on fait des choses a notre mesure, mais ça disparaîtra avec notre mort. 

« Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits, car sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Chacun de nous est dedans Jésus et Lui est présent à tout ce que nous sommes : nous sommes comme une seule personne avec Lui. Rien n’est extérieurement changé, mais en fait, tout, absolument tout, est changé !

Mais souvent c’est pour nous abstrait, parce qu’il y a notre Jésus idéal, très loin, spirituel, mélangé aux nuages et puis ceux avec qui on vit. Or, je ne peux toucher la présence de jésus pour moi, son amour pour moi, combien il me porte, si je ne mendie pas sa présence dans mes frères et soeurs. Jésus et chacun des baptisés c’est tout un ! « Je suis vous et vous êtes moi » Il nous faut ouvrir les yeux, car sans Jésus, sans mon frère, sans ma soeur qui est là, avec tout ses défauts apparents « je ne peux rien faire ! » 

La suite de ce texte c'est le nouveau et seul commandement du Nouveau testament : « Comme je vous aime, aimez-vous les uns les autres » C’est l’évangile de Dimanche prochain. Mais on ne va pas attendre dimanche prochain pour aimer, et se laisser aimer. Et on n’a pas le choix, c’est LE commandement de Jésus !

Et qu’est-ce qui nous fait vivre de cela, de cette unité de vie entre lui et nous ? C’est Lui qui vient nous le dire ! SEULE sa parole enlève de nos têtes tout nos images d’un but a conquérir « vous, vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dit »

Quand on aime quelqu’un on se répète ses mots, on garde son sourire dans son coeur, son regard. Et bien, garder la parole de Jésus nous rend purs, nous faits demeurer en Lui, nous faits voir combien nous sommes déjà en Lui. Et chercher comment il nous la dit, cela nous transforme radicalement.

Garder une parole de jésus et se la redire souvent, il n’y a rien de plus efficace pour toucher sa présence, son amour, pour demeurer en Lui. Toucher qu’avec Jésus, nous sommes comme une seule personne « Demeurez en moi comme moi en vous » 

C’est LA grande lutte de notre vie : inscrire et vivre cet amour dans toute notre vie, ne plus rien faire sans LUI. Jésus ce n’est pas un petit moment de prière dans la journée, seulement pendant la messe, une petite bougie... Jésus, c’est quelqu’un avec qui je mange, je me lave les dents, je travaille, qui porte mes luttes, mes pauvretés, mes échecs. Celui sans qui je ne fais rien.

Et Jésus nous promet : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. » C’est quand même fou ! Et nous, on voudrait continuer à vivre seul, seul avec notre télévision et notre petite prudence ? 

C’est pour cela que Jésus a tout repris à partir de la femme, Marie. C'est pour cela que les femmes -les saintes femmes- sont le coeur de l’Eglise, les gardiennes de l’amour incarné. Les apôtres sont plus lents; comme beaucoup d’hommes, ils aiment ce qu’ils font, leurs inventions,  leurs réalisations ! 

Et Marie nous est donnée, parce que la parole de Jésus est un secret d’amour, mais d'un amour divin, donc hyper-efficace, qui réclame d’être reçue dans notre chair, d’être portée comme notre bébé, pour avoir cette familiarité avec Jésus, comme une mère avec son enfant. Marie et les saintes femmes, Jésus en fait ses anges : ses envoyées, car si on n’est pas éduqués à aimer, rééduquer du coté de l’amour, à porter sa présence dans notre chair, dans notre corps, on ne croira pas à son don.

La création a commencé par l’homme, la recréation est à partir de la femme, Marie, et les saintes femmes. Pour toucher charnellement cet amour complètement gratuit, qui fait qu’on est en Jésus comme un enfant dans le sein de sa mère. Et Marie est là pour que nous redevenions des enfants, des tout petits de Jésus, qui ne font rien sans Lui sinon demeurer en son amour.

« Je suis vous et vous êtes moi »

Grégoire +

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