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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (3)

31 Mai 2020, 00:12am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (3)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

 

Le Père nous veut consacré à l’absolu de l’amour. C'est en Marie que nous le voyons. C’est en elle que nous comprenons l’oeuvre que l’Esprit-Amour veut réaliser en nous. 

En effet, l'amour ne se dit pas, il se vit. Il nous faut donc ouvrir les yeux sur celle qui a été habitée par l'Esprit Divin et à travers qui il nous parle. 

Les Pères de l'Eglise aiment dire que Dieu ne parle pas seulement en se servant de la parole humaine, mais aussi en se servant des hommes. L’amour échappe aux grosses têtes : ce ne sont pas les intellectuels, les professionnels, les savants qui le comprennent le mieux : ce sont les tout-petits, les amoureux, les poètes. 

L'Esprit Saint est l’Amour -tout amour vient de Dieu. Or, on ne peut pas faire d’étude, d’exégèse de l'amour. Impossible. L'amour est un secret qui noue de l’intérieur ceux qui s’aiment. Ce n’est jamais un évènement extérieur, il échappe à la succession du temps, il nous mets presque comme au-delà du devenir, il nous donne des ailes, il nous rend comme fou, ou peut-être vraiment humain.. 

Pour la parole, on peut en saisir quelque chose, on peut l'interpréter ; mais quand il s'agit de l'amour, c’est toujours inaccessible aux raisonneurs, à ceux qui n’aiment pas en acte, parce c’est toujours de trop pour notre intelligence. Ça la déborde. C’est pour cela que l’amour n’impliquant pas d’abstraction, réclame de se manifester : il se dit avec tout ce que nous sommes, en prenant tout en nous.

 

Telle est cette déclaration que Dieu, comme Père, nous fait en nous donnant Marie. Il a voulu que Marie, la femme, celle qui est la plus créature, la plus pauvre, la plus dépouillée, soit celle qui vive le plus intensément son secret, ce qu’Il est. Et cela lui est donné pour elle, mais aussi pour nous : tout ce qu’elle vit nous appartient. Elle nous donne à voir, ce qu’est vivre de l’Esprit-Amour. On pourrait presque dire que Marie est comme la parole de l'Esprit Saint.

 

L’apôtre Paul dit déjà « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit ? » après avoir dit que nous sommes les membres du Christ. Le Christ est la tête, et nous sommes ses membres. Autrement dit, nos corps sont Jésus continuant à être présent sur terre, dans lequel l'Esprit Saint habite et veut vivre pleinement. 

 

C'est donc à travers le corps de Marie, qui est éminemment temple de l'Esprit Saint, que l’on peut voir cette inhabitation divine et ses effets : ce que l’Esprit-Amour nous donne à vivre lorsqu’il fait sa demeure en nous. Inhabitation : parce qu’il n’occupe pas les lieux, mais il fait corps avec celui qu’il habite.

 

L’amour réclame toujours de se manifester comme un don total, donc par le corps, et pour l’Esprit-Amour, il se fait par Marie. C'est à travers elle que l'Esprit Saint est le plus vivant, c'est là que cela « brûle » le plus. Marie est celle qui brûle le plus de ce feu de l'Esprit Saint : « elle partie en hâte vers la maison de sa cousine… » «… ils n’ont plus de vin… »

Elle est complètement LA femme : celle qui réveille l’amour, qui lui donne de toujours garder son ardeur, son jaillissement premier, qui hâte l’heure de Dieu de Cana à la Résurrection, dont les audaces sont celle de l’épouse du Cantique cherchant son bien-aimé ! « Où est celui que mon coeur aime ? »

 

L'Esprit Saint, est ultime dans la Trinité : on ne peut pas aller plus loin. Il y a une fécondité de l’amour en Dieu, et c’est l’Esprit-Amour. Il est à la fois ultime et aussi à la racine de tout : parce qu’il est ultime il est aussi ce qui est premier. Il est à la fois celui qui ‘féconde’ Marie, et en même temps celui qui est ’répandu’ à la Croix… 

 

Il est ainsi celui qui nous conduit à l’Agneau « voici Celui que tu ne connais pas, l’Agneau de Dieu » révèle-t-il à Jean-Baptiste, et celui qui permet de voir -dans l’Agneau immolé, le secret du Père : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercés ». L'Esprit est source de l’incarnation du verbe, de l’enfant-Jésus et il est aussi le fruit de l’amour vécu en Jésus immolé, offert… 

 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Il est à la fois source cachée de cette reprise radicale, comme celui qui est source du secret donné à l’Annonciation, -réalité qui est vrai pour chacun : à la racine de notre foi il y a un secret d’amour personnel entre nous et Dieu; et il est aussi au terme où il est encore plus caché, puisque à la Croix il est ce nouvel amour -entre nous et Dieu, en plein coeur de la lutte.

 

C'est cela que dit Marie lorsqu’elle dit « Je suis l'Immaculée Conception ». Elle montre cette reprise radicale à partir d’un amour substantiel qui nous devance, un amour personnel, gratuit, inconditionnel, qui nous fait être quelqu’un pour lui.

Et en même temps, l’Immaculée c’est aussi le fruit de l’oblation gratuite de Jésus à la Croix. Elle est la première sauvée, c’est à dire revêtue, héritière de celui qui s’offre en même temps au Père et à chacun de nous comme un Agneau. Il est celui qui pour nous « se répand comme l’eau qui s’écoule, et dont les os se disloquent, dont le coeur fond au milieu des entrailles… » Ps 21, 15.

 

Ainsi, l’Esprit-Paraclet c’est l’amour même de Dieu dans la chair humaine. C’est un feu divin qui reprend sa créature abimée pour la posséder, pour nous donner d'aimer de l’amour même de Dieu. Le don de l’Esprit Saint c’est Dieu qui nous adapte à Lui : Dieu qui vient nous mettre à son rythme, à sa taille, qui nous fait vivre sa vie par nous-mêmes ! 

L’Esprit-Paraclet c’est ce feu à la Croix qui transforme tellement tout en feu que les témoins de la Croix se 'liquéfient' pour devenir Celui qu'ils contemplent, recevant son Esprit et devenir avec Lui secret du Père, Feu d'Amour « ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercés ».

Il est comme un tremblement de terre qui fait que, chez ceux qui sont là debout, tout est  -selon le monde- apparemment détruit, dévastés, ruines « détruisez ce temple ». Ils sont devenus blessure du coeur, morsure substantiel, feu intérieur qui fait d’eux ces enfants qui crient dans le désert  « Père » !

à suivre…

Grégoire +

 

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (2)

30 Mai 2020, 02:10am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (2)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Qu'est-ce que cela veut dire que nous convertir à cet amour radical ? Il s’agit non pas d’efforts ou d'une nouvelle générosité qui serait encore nous, mais de perdre son âme !

 

C'est-à-dire accepter d’être dans un état de dépouillement : dépouillement de nos conclusions, de nos savoirs, de nos principes.. brûler tout avoir spirituel pour recevoir Celui qui est amour : « A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets. » écrit Paul aux Philippiens.

Ces paroles de feu ne doivent rien aux lèvres pincées des raisonnables ! Elles sont désirs intense d’aimer sous le souffle de l'Esprit, d'aimer en dedans l'Esprit de Dieu !

 

Le sacerdoce -sacrement de l’Ordre, permet au prêtre d'agir dans la personne du Christ, c’est à dire étant le Christ lui-même agissant au milieu de nous. Le prêtre en consacrant dit en effet : « Ceci est mon corps » il ne dit pas : « Ceci est le corps du Christ.. » Il y alors une identification entre le Christ et le prêtre, de telle manière qu’on peut dire : le prêtre, lorsqu’il consacre, est Jésus.

 

Les sacrements, gestes actuels de Jésus pour nous, nous recréent, nous font naitre de nouveau et vivre immédiatement en Fils du Père. Et là, on comprend que l'Esprit Saint veut vivre en nous. Étant Fils, l’Esprit Saint veut que nous agissions avec Lui, par Lui, en Lui. Recevoir l’Esprit-Amour c’est pour agir dans la personne de l’Esprit Saint ! C’est à dire, agir en étant l’Esprit Saint ! Pas moins ! Vivre dans la personne même de l'Esprit Saint. C'est cela, le propre de l'amour : être un avec celui qu’on aime, on est deux sans que cela fasse nombre.

 

L'Esprit Saint réclame cette union, que l'on agisse sous son souffle. Quand on dit « sous son souffle » on a l'impression que l'Esprit Saint est comme par derrière et nous pousse, alors que ce n'est pas du tout cela. Ça, c'est très imaginatif.

 

Agir sous son souffle, c'est agir comme étant un avec l’Esprit Saint, en étant porté par lui, enveloppé par lui, comme une seule personne. Il veut que nous soyons comme tellement imprégnés de son amour, qu’il actualise notre vie, nos activités, de telle manière qu’il n’y ait plus de différence entre lui et nous !

 

C'est cela qu’il veut que nous désirions : avoir une soif profonde de vivre sa vie, selon son rythme, ses moeurs, être à sa taille, avec sa fécondité à Lui. C’est à la foi un don d'une surabondance inouïe, d’une totale gratuité, mais qui doit devenir premier en nous, la source nouvelle de notre vie.

 

Alors là seulement elle sera chrétienne ! Avant cela, elle est souvent pieuse, religieuse, morale.. bref, très selon l’ancienne alliance ! Niveau 10 commandements. C’est pas mal, mais les païens peuvent en faire autant.. Or, « si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens -ceux qui sont selon la loi- vous n’entrerez pas dans le royaume ! » Seuls ceux qui sont mû par l’Esprit de Dieu sont Fils de Dieu ! 

 

Se convertir à l'Esprit de Dieu, être consacré dans cet Esprit qui est la vérité toute entière, c'est être consacré à ne plus aimer que l’amour comme un absolu. C’est être devenu amour divin : mes désirs, mes attentes, mes initiatives, mes folies, mes blessures deviennent sources divines. Parce que je ne désire plus qu'aimer, je n’aime plus qu’a aimer. Cela c’est LA volonté de Dieu ! Que tout en nous soit pris que par l'Esprit d’Amour. 

« Dans le coeur de l’Eglise, je serais l’Amour, ainsi je serais tout ! »

 

à suivre ..

Grégoire +

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau …

29 Mai 2020, 02:04am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau …

 

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

L’initiative actuelle de Dieu qui vient nous demander si nous acceptons qu’il débarque chez nous et s'empare de nous : telle est la vie chrétienne. Vivre d’un don incroyablement gratuit et qui toujours nous dépasse.

Par l’incarnation il est venu nous dire son don. Et, en nous le disant il nous purifie de tout ce qui n’est Lui, nous fait entrer dans une amitié divine, une familiarité telle que tout ce qui est à lui est à moi ! Il nous met à sa taille, nous rendant participant de sa vie divine. 

L’achèvement, le sommet de cela, ce qu’il y a d’ultime, c’est d’être plongé, immergé dans son Esprit. L’Esprit de Dieu, celui qui n’est qu’amour, don, feu, folie de l’amour est ultimement répandu sur nous. 

C’est en laissant Marie nous conduire dans son silence, le silence de celle qui ne se regarde plus, mais qui n’est qu’attente pauvre, fragile, qu’on devient toujours plus attente de cet Esprit d’Amour. Marie est là pour cela. Pas pour qu’on lui brûle des cierges.. pas seulement.

Comment aimer intensément ? Vivre en étant de plus en plus brûler par l’amour ? Tel est ce dont on désirerait vivre mais auquel souvent on ne croit plus trop. Et pourtant, c’est cela que l’Esprit de Dieu, qui imprègne l'univers, recherche  : une âme en attente d’aimer, donc en attente de Lui.

Et Marie nous conduit à laisser tomber tout ce qui est secondaire, tout ce qui est trop imaginatif, tout ce qui nous fait fuir nos états de mendicité, de pauvretés dans lesquels la vie nous met. L'imagination, c'est un avoir qui fait nous fuir nous-même et empêche l’amour de se donner à nous. 

Et le monde actuel ne nous aide pas à nous dépouiller de nos inquiétudes, de nos peurs, de ces faux regards sur nous-mêmes, et à fortiori sur les autres. Tout ces petits jugements, ces petites images que l’on exige de soi et des autres, ces fausses gloires, ces petits trônes sont des résistances à cet amour absolu qui attend que l’on ne soit que tel qu’on est réellement.. 

Marie nous conduit maternellement à taire définitivement nos jugements, nos revendications, à considérer comme rien nos réalisations, et à désirer avec ardeur ce don de l’amour pur, cette emprise de l'Esprit Saint.

Nous existons pour entrer et vivre de cet absolu d’amour qu’est L’Esprit de Dieu. N’étant qu’amour, il répugne à tout ce qui n’est pas intime et complètement personnel.

L'Esprit de Dieu a une vulnérabilité divine d'amour qui fait que dès qu'il rencontre une  résistance il se tait. Il ne fait ni d’observation, ni remarque ! Pas de grosse éducation avec lui ! L’amour dans son infini délicatesse se tait devant nos plaintes ou nos révoltes et.. il attend. Bizarrement, l’Esprit-Amour est plus sensible que la plus humaine et la plus fine des sensibilités.

Tout nos jugements, surtout les plus humains apparemment, ceux qu’on croit les plus justes : selon la loi, selon les résultats, selon ce qu’on a décidé comme mesure sont des résistances, inconscientes certainement, mais elles arrêtent immédiatement le souffle de l'Esprit Saint, empêchent l'Esprit Saint de nous faire devenir amour, de prendre possession de nous.

Marie est immaculée pour cela. C'est pour cela qu'être Immaculée c’est premier dans la vie de Marie. C'est parce qu'il fallait une créature qui soit absolument docile, sans aucune résistance. Toute résistance est une négation de l'amour, c'est un non-amour. Et un non-amour empêche Celui qui n'est qu'amour de nous saisir.

Demander cela très directement et très simplement à Marie, avec la plus grande assurance qui soit, parce qu’elle est là pour nous convertir à l'amour. Nous sommes chacun en attente de vivre cet amour substantiel qu’est l'Esprit de Dieu, cet amour hyper-personnel qui est l’amour même du Père et du Fils. 

à suivre .. 

Grégoire +

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je parle si souvent de Dieu qu’on va finir par croire que je le connais

28 Mai 2020, 08:07am

Publié par Grégoire.

je parle si souvent de Dieu qu’on va finir par croire que je le connais

Il y a deux façons de protéger un amour: vous n’en parlez jamais, il ne fleurit même pas sur vos lèvres ou dans le fond ombreux de vos yeux, ou alors vous multipliez tout les noms, vous prenez toute la corbeille du langage et vous lui donnez tout les noms et votre amour est protégé.

 

Je ne sais pas ce que c’est que Dieu. Je sais que cette vie est illimité, je sais qu’il y a un principe personnel de cette vie, mais je n’en sais pas plus…

 

Ces histoires de Dieu, c’est bizarre mais j’ai toujours vu le divin sortir de façon incongru, je l’ai vu dans ces maisons ou l’on rassemble les troupeaux sans bergers de ces gens atteins d’alzheimer, ou parce que la vieillesse a décrété qu’ils devaient être là, et j’ai vu des gens extrêmement précieux et d’une beauté soufflante qu’ils ne connaissaient pas eux mêmes. J'ai trouvé Dieu dans les flaques d'eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont le métier est d’en parler.

Enfin, je parle si souvent de Dieu qu’on va finir par croire que je le connais.

 

Un jour dans un hôpital psychiatrique, un homme arrive vers moi et me dit: « je vous reconnais, vous êtes Dieu! » c’était vraiment me faire beaucoup d’honneur; j’ai eu une réponse… vous savez la vie c’est des cartes qui tombent comme ça en moins d’une seconde et il faut tout de suite relancer le jeu…

 

j’ai eu une réponse un peu faible, je lui ai répondu « non » et j’ai vu un grand dépit dans son visage, c’était un souffrant, quelqu’un de malade; aujourd’hui je lui répondrai « oui… mais vous aussi », « oui, mais pas plus que vous » Pas parce qu’il était faible et malade, mais parce que -je vais vous dire c’est épouvantable- je le reconnais partout. Pas uniquement dans les gens fragiles; Je peut sentir quelque chose de divin y compris dans la tristesse d’un puissant, d’un roi, d’un ministre; et ils me touchent ces gens là, non par leur puissance, non par leur morgue, mais parce que c’est une misère de croire que l’on peut quelque chose sur les autres, qu’on peut être le maître dans cette vie. Les mains des anges sont noires à force de nous déterrer des gravats de nos projets.

 

Au fond cet homme était clairvoyant: ce qu’on appelle Dieu peut se présenter partout dans notre vie, presque à notre insu. C’est comme du vif argent cette histoire de Dieu, c’est impossible à attraper, mais ça fait reluire tout le feuillage de la vie.

 

Christian Bobin 

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La joie de toucher, par moment, Celui qui est toujours là ..

27 Mai 2020, 01:06am

Publié par Grégoire.

La joie de toucher, par moment, Celui qui est toujours là  ..

Celui qui est notre Créateur est actuellement source en nous attirant. Son attraction substantielle est actuellement source de notre être.. En nous attirant, il est fin, parce qu’il est lumière et amour, Bonté souveraine et Vérité première. Il attire ce qui est le plus radical dans notre esprit, dans notre intelligence. N’est-ce pas cela, le premier moment de la contemplation ? La contemplation, philosophiquement parlant, consiste à subir l’attraction de la Vérité première, en sachant que seule cette Vérité première peut finaliser notre intelligence, notre esprit.

 

Subir cette attraction, c’est être entièrement suspendu à lui : l’homme religieux qui adore désire intensément contempler Celui qui est la contemplation de la contemplation, mais il sait que par lui-même il ne peut jamais entrer dans une unité parfaite avec lui ; il est donc en quelque sorte « suspendu » à Dieu, le Créateur – c’est le terme dont se sert Aristote. Il accepte ce mode nouveau de connaissance, dans lequel il demeure en attente, « vers Dieu ». L’intelligence n’analyse plus, elle contemple. Dieu, on ne peut que le contempler. Connaître Dieu c’est le contempler. Et la contemplation n’est pas on plus une synthèse, Dieu n’est pas une totalité.

 

La contemplation n’implique pas de concept : nous n’avons pas de concept de Dieu. Pour avoir un concept de Dieu, il faudrait assimiler l’éminence de l’être de Dieu comme Acte pur, ce qui est impossible ! Celui qui contemple n’a pas de concept de Dieu, mais il est suspendu à l’Etre premier, à la Vérité première, au Bien souverain, tout entier ordonné à lui. Cela se réalise comme un prolongement de l’adoration, donc dans un amour, comme un appel, comme un désir d’être le plus proche possible de la Vérité première, dans le silence. Parce qu’il n’y a pas de concept de Dieu – nous ne savons pas ce qu’est Dieu -, il n’y a qu’un jugement de connaissance affective, aimante, grâce à l’adoration, et un appel, un désir.

 

Parce que Dieu me contemple dans son acte créateur, il est toujours présent. Et c’est cette présence du Créateur qui permet de découvrir un repos, dans une attraction profonde de tout mon esprit et de toute ma personne vers Dieu. La contemplation n’est donc pas un drame, une tension tragique de l’esprit fini qui manifeste sa finitude alors même qu’il la dépasse, mais une attraction profonde, dans un amour vécu dans l’adoration.

 

Nous vivons par moments ce que Dieu vit éternellement.

... 

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L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi -vers l'Autre là-bas ..

26 Mai 2020, 01:59am

Publié par Grégoire.

L'intelligence est la force, solitaire,  d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi  -vers l'Autre là-bas ..

 

Le philosophe, peut, dans un regard de sagesse, c’est-à-dire -après avoir dévoiler l’existence de Celui qu'on appelle Dieu et approché ce qu'est se recevoir actuellement de Lui, ce qu'on appelle être créé, après cela, il peut préciser comment ce contact avec le Créateur nous aide à découvrir notre personne humaine dans ce qu’elle a de plus ultime : la personne religieuse : 'relié-vers sa source'.

 

La personne religieuse est de nature humaine, et c’est pourquoi le philosophe ne peut pas affirmer que l’homme verra Dieu tel qu’il est. Alors que le croyant reçoit la Révélation de Dieu qui lui parle et qui lui promet un bonheur nouveau, le philosophe montre l’effort de l’homme dans la recherche philosophique de l’Etre Premier, de la Personne première, Celui qu’on appelle Dieu. Le labeur de l’intelligence conditionne donc jusqu’au bout ce contact avec Dieu qui reste au niveau de l’attitude religieuse et qui s’achève dans une certaine contemplation.

 

L’homme qui a découvert par sa recherche de la vérité l’existence de l’Etre premier, et qui le découvre comme le Créateur, l’adore. En adorant, il devient un homme religieux, il est proche du Créateur. L’acte d’adoration nous lie, nous relier à Dieu Créateur. Il est la réponse libre et aimante de l’homme qui reconnaît sa dépendance à l’égard de Dieu qu’il découvre comme le Créateur, Celui dont il dépend dans son être.

 

A l’intérieur de cet acte d’adoration, l’homme sait que le Créateur est pur Esprit, que le vie de Dieu est une vie de pure contemplation qui transcende toujours son effort intellectuel de créature, sa manière de le connaître et de l’exprimer. Dans la lumière de l’adoration, la recherche de vérité, qui structure la personne humaine, nous conduit ainsi vers une certaine contemplation philosophique. Cette contemplation est religieuse, elle naît de l’adoration : n’est-il pas capital aujourd’hui de rappeler que la contemplation philosophique exige l’attitude d’adoration, l’adoration étant un acte d’amour, de volonté aimante ? La contemplation philosophique n’est pas un simple développement rationnel.

 

C’est dans cette volonté aimante qu’il y a un désir de connaître Celui qui est présent et qui nous regarde. La contemplation ouvre alors notre intelligence à l’attraction de la Vérité première : elle n’est plus une recherche. La personne humaine cherche la vérité, et lorsqu’elle découvre l’existence de l’Etre premier, de Dieu, et de Dieu comme Créateur, elle découvre la Vérité suprême et, découvrant la Vérité suprême, elle la contemple.

 

Cela est possible parce que, dans l’adoration, nous savons que Dieu nous donne d'être dans sa lumière et qu’il nous crée comme une réalité spirituelle faite pour le connaître et l’aimer. Ce qu’il y a de plus profond dans l’intelligence humaine, c’est donc de s’ordonner vers Dieu.

 

 

à suivre .. 

 

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Le Père, celui qui, dans le silence, nous attire à lui ...

24 Mai 2020, 02:00am

Publié par Grégoire.

Le Père, celui qui, dans le silence, nous attire à lui ...

« Père ... elle est venue l’heure. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur toute chair, il donne l'éternelle vie à tous ceux que tu lui as donnés. Or, tel est l'éternelle vie, te connaitre, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus. Moi, je te glorifie sur terre en accomplissant l’œuvre que tu me donne de faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’ai auprès de toi avant que le monde fût. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. » Jean, 17.

 

 

La prière de Jésus, du Fils bien-aimé dévoile l’intention profonde de son coeur : il est toujours vers le Père. C'est cela qu'il vit à travers tout ce qu'il dit et réalise. Et, dans cette relation intime, qui est ce que Dieu vit en lui-même, Jésus prend chacun de nous. C'est pour cela qu’il nous la dit : « Père, c’est maintenant l’heure ... » 

Le maintenant, c’est ce que Jésus fait pour chacun de nous à chaque instant : nous introduire dans l'éternelle vie, qui est de connaitre le Père de l’intérieur, en nous faisant Fils bien-aimé. C'est son oeuvre. Ce qu'il fait pour chacun de nous, maintenant ! Cela veut dire que notre vie n'est pas ce que nous en faisons, mais ce que Lui en fait. C’est son oeuvre, sa réalisation, selon son efficacité divine, éternelle, donc actuelle.

Et notre grande lutte, notre seule lutte c’est se convertir à ce don, c'est à dire, ouvrir les yeux sur ce qu'Il fait en moi, qui reste invisible mais non moins réel et l’inscrire dans ma vie. Inscrire chaque jour ce don qui me fait fils du Père, et ainsi dire avec Jésus -car il n’y a qu’avec lui qu’on peut dire ces paroles en vérité : « Père, glorifie ton fils… » Cela c’est faire la volonté du Père, coopérer comme un ami. 

Connaitre le Père, agir en Fils c’est choisir de Lui abandonner notre vie, chercher à se laisser faire, vouloir être conduire, lui remettre tout ce que l'on est : c’est de fait une naissance toujours nouvelle, qui réclame de tout le temps tout réapprendre ! Aucune installation bourgeoise dans la vie divine, aucun acquis, aucun professionnel de la vie divine : on est constamment vers le Père, dans un don actuel et en cherchant à tout recevoir de Lui !

Être vers le Père c'est choisir tout ces états de pauvreté dans lesquels il nous met, lui remettre toutes nos actions, nos projets, nos résultats, nos blessures, notre efficacité, nos médiocrités, sans plus aucun jugement ni regard rétroactifs dessus. Parce que le propre du Père, c'est d'être une source telle qu'il se sert de tout pour dire son excessive bonté, sa surabondante gratuité : Il se dit en donnant un sens tout autre, une signification éternelle, une fécondité à tout ces événements, ces lieux en nous qui humainement sont irrécupérables, blessés, des échecs sans noms. Cela c’est la justice, l'éducation du Père : nous assumer totalement, gratuitement, excessivement !

Être l’enfant bien-aimé du Père, c’est pour chacun se remettre dans les mains du Père et laisser les paroles de Jésus nous faire renaitre, nous prendre de l'intérieur pour être définitivement marqué de ce regard actuel, efficace du Père sur nous. Redire avec Jésus de l'intérieur « Père » « Abba, Papa ».

C'est pour pouvoir dire cela en vérité, avec tout ce qu’on est, dans un abandon total de soi -c’est à dire sans plus aucun retour réflexif sur soi- que l'Esprit Saint nous est envoyé, donné : âme de notre âme, vie de notre vie. Il est celui qui nous attire de l’intérieur, et nous donne de nous voir comme celui que le Père attire, aime sans condition, chérit comme son secret, son unique. 

L'Esprit du Père et du Fils n'est pas donné pour que l'on soit des gens impeccables, moralement fort ou médiatiquement responsables. En rien nos qualités humaines ou nos acquis humains ne nous rendent capables de cette nouvelle naissance que Jésus opère en nous.

C’est assez moche pour ceux qui ont misé et vécu leur vie « selon la loi ou les règles … » Parce que c’est précisément le contraire qui permet à Jésus d’oeuvrer : seule notre pauvreté, notre petitesse, nos failles nous rendent "disponibles", "en attente" de ce don qui nous excède. Puisque son don ce n'est rien d'autre que Lui. Et Jésus a crié cela aux pharisiens qui se croyaient purs, parce que respectueux des règles, ayant en plus l’autorité sacerdotale : « les prostituées et les publicains vous précèderont au royaume des cieux ! » 

Lui demander de nous dire ces paroles, maintenant, pour moi, c'est lui permettre, à chaque instant et de plus en plus, de nous faire toucher que je suis, par son don, Fils du Père. L'attraction du Père sur chacun est souverainement efficace : Il est pure bonté agissante, gratuité excessive qui nous 'harcèle' en silence. Mais c'est une attraction telle, qu'elle nous blesse, elle nous excède, elle est de trop .. L'effet de son attraction est en nous cette soif, cet attente excessive de lumière et d'amour à laquelle rien dans le monde ne peut répondre.

C'est en cela que Jésus, se donnant à nous, nous met déjà au terme, nous introduit dans l'éternelle vie. Nous sommes marqués par cette excès de vie, en attente d'elle.. En cela, Jésus est Père pour nous : 'qui me voit, voit le Père'.

Dire avec Lui « Père » crée une connaissance intime, un secret intérieur dans notre coeur, un repos toujours à reprendre .. avec Celui qui est là, pure présence, qui m'attend, qui me connait, qui me devance toujours.. et là, je dois avoir le culot, le courage, l'orgueil de dire, avec Lui, par Lui, en Lui : «  Père.. glorifie moi.. »

Grégoire +

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La vérité est là, à nos côtés, partout ..

23 Mai 2020, 03:49am

Publié par Grégoire.

La vérité est là, à nos côtés, partout ..

 

"Il n'y a que le ciel qui puisse nous lier les uns aux autres, jetant sur nos âmes assemblées par le hasard d'une rencontre, un filin de lumière, puis tirant d'un seul coup pour tout ramener dans le grand air des paroles vraies, là où seulement il est possible de respirer. Il n'y a que le grave et l'inattendu qui peuvent offrir à nos âmes captives une ouverture sur la vie pure, et c'est ce que le monde, instinctivement, immédiatement déteste.

    Ainsi je laissais faire le hasard qui est un dieu semblable aux moineaux sautillant sur les pavés... Nous sommes à notre naissance plongés dans cette vie comme dans un bain de vérité, et personne ne nous a assuré que ce bain serait toujours, à tout moment, à la température idéale. La vérité est là, à nos côtés, partout, elle baigne nos flancs, rafraîchit nos temps, elle demeure auprès de nous jusqu'à ce que nous prétendions connaître quelque chose qui vaut mieux qu'elle.

"Le royaume de Dieu est proche de vous ": j'étais soufflé par cette parole du Christ. Dans les grains serrés de quelques mots, la plus grande vie possible m'était donnée. C'eût été une folie que de chercher plus loin, et cette folie m'avait pris. Cette vie simple qui s'éclaire en s'approfondissant... cette vie qui à chaque seconde multiplie l'affirmation miraculeuse d'elle-même, j'avais commencé à la quitter en rêvant trop de nuits sur les livres et sur l'amour dont ils parlent tant."

Christian Bobin

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« Le microbe n’est rien, le terrain génétique des personnes est tout ». Claude Bernard 

22 Mai 2020, 00:35am

Publié par Grégoire.

 « Le microbe n’est rien, le terrain génétique des personnes est tout ». Claude Bernard 

La médecine moderne va droit dans le mur?

 

La plupart des gens ont au contraire l’impression de progrès spectaculaires : imagerie médicale, transplantations, chirurgie robotisée, ingénierie génétique…

Les journaux annoncent presque quotidiennement des progrès incroyables. Ces derniers jours encore, on apprenait qu’il était désormais possible de restaurer la vue dans certains cas grâce à des « implants rétiniens ». Cela consiste à implanter des photorécepteurs artificiels dans l’œil des personnes souffrant de dégénérescence maculaire. Ces implants stimulent les cellules nerveuses fonctionnelles de la rétine et transmettent la stimulation au cerveau via le nerf optique. C’est pas du progrès, ça ?

 

Mais la médecine moderne a deux visages.

 

Où sont les êtres humains ?

 

D’un côté, il y a la médecine qui fait les unes des journaux, et la fortune de certains entrepreneurs dans les biotechnologies : nouvelles molécules, nouvelles prothèses, cœur artificiel, implants rétiniens, pacemakers, découvertes génétiques, etc.

 

De l’autre, et c’est le revers de la médaille, il y a la face obscure de la médecine. La médecine qui laisse en plan les principales souffrances qui frappent l’humanité, comme si ce n’était pas son problème.

 

Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) paru le 14 mai 2014, la dépression est aujourd’hui la principale maladie affectant les adolescents dans le monde entier. Viennent ensuite les maladies et problèmes de santé liés au tabac, à la drogue, à l’alcool, le sida, la nutrition, la violence et l’automutilation (!). Les suicides représentent la troisième cause de mortalité de nos jeunes à l’échelle mondiale.

 

Ce rapport montre aussi que moins d’un adolescent sur quatre effectue suffisamment d’exercice physique, soit au moins une heure par jour. Que la grande majorité, y compris dans les pays développés, se nourrit extrêmement mal.

 

Dans certains pays, un adolescent sur trois est obèse. Cela veut dire que tous ces adolescents seront demain, et pour certains dès aujourd’hui, les proies du diabète, des maladies cardiovasculaires, de l’arthrose, du cancer, de la stérilité, de la dépression et j’en passe. Car chez l’être humain, tout est lié.

 

Ces problèmes vont-ils être résolus uniquement par nos chercheurs qui cherchent la nouvelle molécule miracle, le nouveau gène, le nouvel implant ? Non ! Bien sûr que non.

La solution ne viendra que d’une révolution douce, où la médecine reprendra conscience de sa mission : prendre soin des personnes humaines, avec toutes leurs dimensions, toutes leurs fragilités, et toutes leurs forces, y compris leurs forces morales et spirituelles.

 

La technique, oui, mais à condition qu’elle reste dirigée vers le bien des êtres humains, qu’elle soit au service de la relation médecin-patient.

 

Médecine pour tous ou pour personne ?

 

Médias et hommes politiques n’ont à la bouche que des slogans sur la « médecine pour tous » et « l’accès généralisé aux soins ». En réalité, notre médecine est surtout devenue une médecine à la chaîne, industrielle et anonyme, où vous avez parfois l’impression d’être traité comme un animal.

On vous vaccine, on vous perfuse, on vous « met sous traitement », on vous opère, et l’on vous engueule si vous vous plaignez.

 

Retour aux temps obscurs

 

Mais à force de considérer la maladie comme de simples facteurs biologiques à corriger indépendamment de la personne qu’on traite, la médecine court un risque inattendu.

 

Celui de retourner aux temps obscurs où la maladie était considérée comme une malédiction divine, où le malade croyait qu’il ne pouvait rien faire pour hâter sa guérison sinon se confier corps et âme aux sorciers qui lui promettaient de le libérer des maléfices.

Or, aujourd’hui, que demande-t-on au malade à l’hôpital ? De s’en remettre à la Science, même s’il n’y comprend rien, tout comme on demandait autrefois au malade de s’en remettre aux pratiques mystérieuses du sorcier.

 

Le malade qui passe dans des machines (radios, scanner, IRM) produisant des images colorées auxquelles il ne peut rien comprendre, qui subit des examens et analyses truffées d’acronymes que personne ne lui explique, qui avale des médicaments aux noms bizarres (salbutamol, ézétimibe…) sans avoir la moindre idée de leur mécanisme d’action ni de leur danger, n’est plus très éloigné de l’homme, dans la tribu primitive, qui se soumet aux rites imposés par le guérisseur.

 

Le résultat est que de plus en plus de gens se laissent aller à la fatalité. Ils oublient que c’est d’abord à eux qu’il revient de se prendre en main, pour retrouver durablement la santé.

 

Médecin ou sorcier ?

 

Le médecin se rapproche du sorcier quand il cède à la tentation de s’adresser à son patient comme à un enfant incapable de comprendre, et se comporte comme s’il détenait seul les formules magiques capables de guérir.

Son jargon n’est plus accessible au commun des mortels. Le malade est alors obligé de se soumettre sans comprendre aux procédures qu’on lui impose, exactement comme l’ensorcelé s’adressant au sorcier.

 

À une infirmière qui posait un « monitoring » à ma femme qui allait accoucher, je me suis permis de demander que représentaient les différentes courbes et numéros qui s’affichaient sur les écrans. « Là, c’est la saturation en O2, ici c’est la tension diastolique » me répondit-elle, ou quelque chose du genre, avant de s’enfuir, comme si ce charabia pouvait avoir la moindre signification pour la personne lambda.

 

Une erreur colossale

 

Il est normal, nécessaire même, que les scientifiques se préoccupent de médecine.

Mais la médecine n’est pas seulement une science. C’est aussi un art. Un art qui fut développé par des personnes habitées de sentiments humanistes et charitables, qui voulaient aider leur prochain à mieux vivre en soulageant leurs douleurs.

 

Quand vous avez affaire à une personne obèse, tabagique, alcoolique, sédentaire, dépressive, vous ne pouvez pas vous contenter de lui prescrire des analyses et des médicaments. Les qualités humaines, l’écoute, la compassion, le bon sens, sont indispensables pour réussir à vraiment l’aider.

 

On attribue cette phrase au fondateur de la médecine expérimentale, Claude Bernard : « Le microbe n’est rien, le terrain est tout ».

 

C’est une manière de dire qu’il faut s’intéresser à la personne avant de s’attaquer à la maladie.

 

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

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Une résurrection ? Personne n’a jamais prétendu que ça doit être suave et paisible

21 Mai 2020, 03:36am

Publié par Grégoire.

Une résurrection ? Personne n’a jamais prétendu que ça doit être suave et paisible

 

Ma détestation du monde et les adultes ? Celui de gens qui s’embrassaient sans s'aimer et se parlaient sans rien se dire. Je refusais obstinément de vivre dans l’antarctique des gens normaux. J’entrais en rage quand, malgré tout, il me fallait affronter une de ces situations où tous devenaient faux, même mes parents. Par représailles, je rapportais aux uns ce que les autres disaient d'eux en leur absence, ou bien je me réfugiais sous la table, ou encore je décidais de me tuer en avalant ma soupe sans respirer. Mes colères étaient aussi puissantes que celles de Dieu. Avec la boule psychique de mes sept ans j'aurais pu détruire une maison, quitte à périr dessous. Je me contentais le plus souvent, avec la plus grande violence possible, de claquer les portes : les murs tremblaient et, chaque fois, le crucifix accroché au-dessus de la porte de la cuisine -sur lequel un christ maigre et crispé comme une allumette brûlée veillait sur les miracles de la vie ordinaire- se balançait quelques secondes et s'immobilisait de travers. Mon père sans élever la voix remettait le crucifix en place, redonnant sa parfaite verticalité à celui qui, deux mille ans après son supplice, venait de recevoir un nouveau coup qui, peut-être, le ressuscitait. Personne n’avait jamais prétendu qu'une résurrection devait être suave et paisible.

Christian Bobin

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Taire la vérité, n'est-ce pas déjà mentir ? Qui ne gueule pas la vérité, quand il sait la vérité, se fait le complice des menteurs et des faussaires !

20 Mai 2020, 13:13pm

Publié par Grégoire.

Taire la vérité, n'est-ce pas déjà mentir ? Qui ne gueule pas la vérité, quand il sait la vérité, se fait le complice des menteurs et des faussaires !

 

La délimitation de ce que les journaux doivent donner à leurs lecteurs et de ce qu’ils ne doivent pas leur donner, de ce qu’ils doivent même refuser, doit coïncider exactement avec la délimitation réelle de ce qui est vrai d’avec ce qui est faux, nullement avec la délimitation artificielle de ce qui est ou n’est pas de nature à blesser une organisation nationalement ou régionalement constituée. Cette blessure n’est pas un criterium.

 

Certains hommes, comme Zola, sont blessés par le mensonge ; mais certains hommes, comme le général Mercier, sont blessés par la vérité. Sans parler de ces cas extrêmes, si la vérité blesse une organisation, taira-t-on la vérité ? Si le mensonge favorise une organisation, dira-t-on le mensonge ? Vraiment à la vérité blessante on fera l’honneur de ne pas la traiter plus mal que le mensonge blessant ? Mais, taire la vérité, n’est-ce pas déjà mentir ?

 

Combien de fois n’avons-nous pas produit cette simple proposition au cours de la récente campagne. Aux bons bourgeois, et aussi aux camarades qui voulaient se réfugier commodément dans le silence n’avons-nous pas coupé bien souvent la retraite en leur disant brutalement. — car en ce temps-là nous finissions tous par avoir un langage brutal, — : « Qui ne gueule pas la vérité, quand il sait la vérité, se fait le complice des menteurs et des faussaires ! » Voilà ce que nous proclamions alors. Voilà ce que nous proclamions au commencement de cet hiver. Cette proposition est-elle annuelle, ou bisannuelle ? Fond-elle avec la gelée ? Et voilà ce que nous déclarons encore aujourd’hui contre les antisémites. Cette proposition est-elle, aussi, locale ? Non. Elle est universelle et éternelle, disons-le sans fausse honte. Nous demandons simplement qu’on dise la vérité.

 

Charles Peguy, Cahiers de la quinzaine

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Le grand maître de l’esbroufe ..

19 Mai 2020, 00:48am

Publié par Grégoire.

Le grand maître de l’esbroufe ..

Sigmund Freud, LE grand maître de l’esbroufe ?

Psychanalyste défroqué, Jacques Van Rillaer continue à dénoncer les errements et mensonges de l’«Oracle de Vienne» dans un ouvrage passionnant.

DOGMATIQUE, sûr de lui, menteur, gourou... Il ne fait décidément pas bon être Freud sous la plume de Jacques Van Rillaer. Psychanalyste défroqué, le professeur émérite de psychologie de l’université de Louvain n’en est pas à son coup d’essai: voilà trente ans qu’il décrypte les errements de l’«Oracle de Vienne» et de ses nombreux disciples.

Passant en revue les fondements de la psychanalyse, mettant en regard les correspondances privées de Freud et ses écrits publics, plongeant dans les guerres intestines du petit monde de la psychanalyse, Jacques Van Rillaer nous livre une magistrale démonstration. Freud et Lacan, des charlatans? On sort de ces pages avec la conviction que les deux stars de la psychanalyse ne sont, à tout le moins, pas les génies bienfaiteurs de l’humanité que l’on veut nous faire croire.

«Il est certain qu’il y a du nouveau et du bon dans la doctrine freudienne de la psychanalyse. (...) Malheureusement, le bon n’est pas neuf et le neuf n’est pas bon», écrivait dès 1908 le psychiatre Alfred Hoche. À lire Jacques Van Rillaer, le bon mot décrit une réalité: Freud n’a pas inventé la psychanalyse ni le concept d’inconscient, et en convenait volontiers jusqu’en 1910. Souvent bâtis à partir d’un rien (une observation, un souvenir...), les piliers de la psychanalyse n’ont rien, strictement rien de scientifique. Et il est vertigineux de constater à quel point l’on a pourtant pu faire nôtres quelques-unes de ses théories, apprises comme vérités toutes nues.

Diagnostic freudien

Dogmatique et sûr de lui, nous dit Van Rillaer, Freud ne prouve jamais rien et accuse ses détracteurs de faire preuve de «résistances». S’il est en désaccord avec un confrère, Freud pose un diagnostic : l’un est paranoïaque, l’autre a un inconscient pervers, un troisième devient délirant... Bref, il fait tout pour être irréfutable, et c’est bien ce qui pèche dans la prétention de sa psychanalyse à être une science.

 

Van Rillaer cite notamment un passage étonnant des écrits de Freud: les hommes primitifs, imagine ce dernier en 1930, n’ont longtemps pu s’empêcher de s’adonner à un «plaisir infantile»: éteindre le feu en urinant dessus, «comme une jouissance de la puissance masculine sans la compétition homosexuelle». Une fois passée l’hilarité, on songe à objecter qu’il ne s’agit là que d’une expérience de pensée, comme peut l'être la caverne de Platon. Certes. Mais Platon ne prétendait pas soigner les hommes!

Freud non plus, d’ailleurs: «Son ambition thérapeutique s’est considérablement réduite en quelques années», écrit l’auteur, qui cite cet aveu de Freud à Jung: «Pour apaiser ma conscience, je me dis souvent: “ Surtout ne cherche pas à guérir, apprends et gagne de l’argent!” »

Freudien ayant tué Freud, c’est finalement Jacques Lacan qui, cité par l’auteur, mérite d’avoir le dernier mot: «Notre pratique est une escroquerie, notait-il en 1977. Bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué.»

«Freud & Lacan, des charlatans? Faits et légendes de la psychanalyse»,
Jacques Von Rillaer, éd. Mardaga.

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Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour, vraiment très peu ..

18 Mai 2020, 00:30am

Publié par Grégoire.

Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour, vraiment très peu ..

 

A plus de 80 ans, mon père malade s'était levé dans le milieu de la nuit, paniqué, persuadé d'avoir oublié de rejoindre son poste à l'usine. Une détresse sans appel creusait ses yeux. Cette nuit-là j'ai haï la société et ses horaires qui crucifient les âmes nomades. 

Lire et écrire sont deux points de résistance à l'absolutisme du monde

Dieu tenait au dix-septième siècle la place qu’aujourd’hui tient l’argent. Les dégâts étaient moindres. 

La mort nous prendra tous un par un, aussi innocemment qu’une petite fille cueillant une à une les fleurs d’un pré.

Le savant casse les atomes comme un enfant éventre la poupée pour voir ce qu’il y a dedans. Le poète est un enfant qui peigne sa poupée avec un peigne en or. Il y a la même différence entre la science et la poésie qu’entre un viol et un amour profond. 

J’ai mon échec sous les yeux : un bouquet de mimosa dans un pot à eau. Il a ensoleillé mon petit déjeuner, embaumé ma journée et je suis incapable de faire un portrait de lui à la hauteur de sa générosité.

Le sens de cette vie c'est de voir s'effondrer les uns après les autres tous les sens qu'on avait cru trouver.

Je ne suis pas fait pour ce monde. J’espère que je serai fait pour l’autre.

Christian Bobin, Les Ruines du Ciel.

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La mesure de l'amour c'est d'aimer, sans mesure ...

17 Mai 2020, 09:58am

Publié par Grégoire.

La mesure de l'amour c'est d'aimer, sans mesure ...

Ce qu’il dit est éclairé par des verbes pauvres; prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre. C’est peut-être le seul homme qui ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l’amour et de la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la désaffection et de la désaffection à la mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de l’indifférence une vertu.

Un jour il crie, un autre jour il pleure. Il traverse tout le registre de l’humain, la grande gamme émotive, si radicalement homme qu’il touche au dieu par les racines. Il est doux et abrupt. Il brise, il brûle et il réconforte. La bonté est en lui comme une matière chimiquement pure, un diamant. Son esprit est légèrement absent, et ce rien d’absence est sa manière d’être attentif à tout. Pris dans un chaos de désirs et de plaintes, serré par une foule qui se bouscule ses faveurs comme on voit des moineaux s’abattre en nuée sur un seul morceau de pain, il distingue très bien le frôlement d’une seule main sur un pan de son manteau, il se retourne aussitôt et demande qui l’a touché, qui lui a dérobé une part de sa force.

La voleuse---car c’est bien sûr une femme, car les femmes ont su très vite connaître en lui la plus grande intelligence vivante, l’intelligence du don, car les femmes ne se trompent pas sur la lumière qui sort de lui, c’est la même qui s’en va d’elles pour baigner les chairs de leurs enfants---la voleuse par amour est celle qui l’a sans doute le mieux entendu: prenez ce que je vous donne, je vous le donne sans condition et, parce que je vous le donne absolument, il y en a absolument pour tous---ce qu’on partage se multiplie. Il dit qu’il est la vérité. C’est la parole qui est la plus humble qui soit. L’orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence.

Christian Bobin, l'homme qui marche.

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y a-t-il une issue lumineuse à l'actuel effondrement de la condition humaine ?

16 Mai 2020, 10:53am

Publié par Grégoire.

y a-t-il une issue lumineuse à l'actuel effondrement de la condition humaine ?

 

La question posée par Bobin est celle-ci : y a-t-il une issue lumineuse à l'actuel effondrement de la condition humaine ? Sa réponse est oui, et c'est ce qui fascine. Oui, parce qu'il est du devoir de chacun de faire pousser un arbre jusqu'au bord du gouffre. Dans Éclat du solitaire, Bobin relève que le mot « manne » — cette nourriture tombée du ciel pour nourrir les Hébreux dans leur exode — signifie originellement un étonnement : « Qu'est-ce que c'est que ça ? » N'oublions pas que cet aliment, dit la légende, descend du ciel, donc ne doit rien au monde : telle sera, toujours, la première réponse des doctes au surgissement d'une parole qui semble n'appartenir en rien à leur socle culturel ou religieux : le « qu'estce que c'est que ça ? » est le doigt de l'Inquisiteur désignant ce qu'il ne peut entendre car tout en lui  habitudes, coutumes, rationalités, croyances — refuse de le comprendre. Telle fut, longtemps, la réponse  trop hâtive des lettrés aux livres de Bobin. Cette dureté dans la réception de l'œuvre la fortifia, accentua paradoxalement sa singularité, tout en l'épurant.

Dans ce camp de concentration qu'est le monde (Robert Antelme), tel un oiseau perché sur des fils barbelés, Bobin persiste à chanter malgré la nuit grandissante. Aujourd'hui, sa persévérance force l'admiration. Ceux qui s'étaient éloignés à l'approche du Très-Bas s'approchent à nouveau pour l'entendre. Devant les blessures infligées à la nature par les hommes, ceux qui raillaient hier son François d'Assise ne  peuvent que reconnaître la lucidité visionnaire de Bobin. Ce Cahier fait apparaître les nœuds de vérité qui trament cette œuvre vivace, où semble se réfugier tout ce qui reste de profondément humain. Il est la dernière étoile visible de cette Constellation des Poètes dont le fourmillement lumineux forme depuis toujours le terreau des pensées et des rêves, et sans laquelle la terre ne serait qu'un caillou sans vie.
 
Cahiers de l'Herne

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Ce point de rencontre de notre néant avec la lumière qui nous en sauve ..

15 Mai 2020, 00:42am

Publié par Grégoire.

Ce point de rencontre de notre néant avec la lumière qui nous en sauve ..

« On peut donner sa vie pour trois fois rien. La donner ou la perdre. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est un petit étang dans les hauteurs de Saint-Sernin. Ce sont les événements de la lumière sur son eau sensible. Je suis sur la rive, à vingt mètres de l'apparition. Comment la nommer : rien, mais un rien enflammé. Un ange hollandais a renversé une poignée de diamants sur l'eau claire. Une fortune de rien, un fourmillement de lumières sur l'eau comme dans l'âme..

Qu'est ce que l'âme ? Descartes s'interrogeait sur ce mot dont il avait un léger scrupule à se débarrasser. Ces philosophes : si seulement ils avaient l'idée de regarder le ciel par la fenêtre ! Les chats sur ce sujet ont beaucoup d'avance. L'âme naît au point de rencontre de notre néant avec la lumière qui nous en sauve. Elle n'est pas sans rapport avec le déambulatoire de ces arbres dont les branches basses boivent l'eau verte près des roseaux. L'éclatement bleu d'une campanule ou la minuscule barque vert sombre lui donnent beaucoup de joie, mais cette lumière, oh, cette lumière qui danse pieds nus sur l'eau captive ! 

Tout donner, tout perdre et qu'on n'en parle plus. Ne plus penser à rien, c'est commencer à bien penser. Ne rien faire c'est déjà faire un pas vers Dieu. 

« Rien » est ce qui permet à la splendeur de descendre un jour sur les eaux d'un étang comme partout sur la terre ignorante ».

Christian Bobin, La grande vie.

 

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Rien ne se propage mieux que la peur ..

14 Mai 2020, 01:44am

Publié par Grégoire.

Rien ne se propage mieux que la peur ..

Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe… Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on "cache la vérité" à la population…

Qu'a voulu nous dire Soderbergh ? Que le danger le plus terrible qui nous guette serait de nous toucher, et finalement de nous aimer ?

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Une femme extraordinaire dans un quotidien complètement ordinaire

13 Mai 2020, 01:47am

Publié par Grégoire.

Stéphane Bern nous emmène dans la Normandie du XIXe siècle à la découverte de Thérèse Martin, plus connue sous le nom de Sainte Thérèse de Lisieux, l'une des saintes les plus populaires des catholiques, connue et aimée dans le monde entier. Née en 1873 à Alençon, en Normandie, la petite Thérèse Martin est animée par une ambition peu commune : devenir une grande sainte ! À 15 ans, elle remue ciel et terre pour entrer au Carmel de Lisieux, un couvent des plus austères. Au point d'aller jusqu'à Rome, au Vatican, pour solliciter le pape en personne ! Devenue religieuse, Thérèse est confrontée aux défis de la vie au sein d'une communauté cloîtrée, confinée pour la vie !

 

 

« Ce qui plaît au bon Dieu, c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvretéc'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde... Voilà mon seul trésor ».

« Pour aimer Jésus, être sa victime d'amour, plus on est faible et misérable, plus on est propre aux opérations de cet amour consumant et transformant... Le seul désir d'être victime suffit; mais il faut consentir à rester toujours pauvre et sans force, et voilà le difficile, car le véritable pauvre d'esprit, où le trouver? Il faut le chercher bien loin, dit l'auteur de l'Imitation... Il ne dit pas qu'il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais bien loin, c'est-à-dire dans la bassesse, dans le néant... Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir; alors nous serons pauvres d'esprit, et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons ; il nous transformera en flammes d'amour!...C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour... »

Je dois donc m'aimer telle que je suis, avec toutes mes imperfections"

Thérèse de l’enfant-Jésus

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Il y a la vie qui est là, miraculeusement là ...

12 Mai 2020, 00:49am

Publié par Grégoire.

Il y a la vie qui est là, miraculeusement là ...

"Le mot confinement contient l’adverbe finement. Le confinement pourrait donc signifier « être ensemble finement », voire « vivre ensemble finement ». Inutile de consulter un dictionnaire : qui dit finement veut dire penser ou faire des choses avec finesse. Quelles sont les choses qu’on peut et doit faire avec plus de finesse ? Notre réponse : mais tout ! Nous n’oublions pas que nous sommes venus au monde en parfait ignorant et que nous avons dû apprendre les usages terrestres à partir de zéro. À commencer par apprendre à nous tenir debout, puis à avancer pas à pas vers l’espace qui s’ouvre devant nous. Sauf chez les plus doués d’entre nous, d’une façon générale, nos postures et nos comportements, autrement dit notre manière d’être, sont empreints de gaucherie et de maladresse ; il y manque trop de la grâce pour que nous soyons à même d’entrer en résonance avec l’invisible Souffle rythmique qui anime l’univers vivant. Nous sommes en quelque sorte d’éternels apprentis, d’éternels amateurs. Il y a toujours lieu d’améliorer notre approche de la vie, avec plus de lucidité et de finesse. Le confinement obligatoire nous en donne l’occasion.


D’abord, dans notre rapport avec les choses qui nous entourent. Il fut un temps où l’humanité était plus humble, plus patiente. Elle chérissait les choses qui étaient à son service. Elle en connaissait le prix, éprouvait à leur égard de la gratitude. Il s’établissait entre les humains et les choses un lien de sympathie, pour ne pas dire de connivence. On gardait les choses le plus longtemps possible, même quand elles étaient rongées d’usure. On rapiéçait les chaussettes, on ravaudait les chemises, on réparait les porcelaines fêlées, on entretenait avec vénération les meubles légués par les aïeux. Ainsi traitées, les choses prenaient un aspect personnel, revêtaient un coloris intime.


Mais depuis une ou deux générations, nous assistons à l’avènement du jetable. Du coup, nous n’entretenons plus le même rapport avec les choses. Les traitant de haut, nous ne leur portons ni attachement ni affection. Elles sont usées par nous, dans l’indifférence. Arrive le moment où elles se montrent moins efficaces, nous les fourrons sans ménagement dans le sac-poubelle. Hop là, un bon débarras ! Ni vu, ni connu. Tout cela ne nous éduque pas dans le sens de l’attention du respect, encore moins de la douceur et de l’harmonie. Il arrive bien souvent qu’inconsciemment, aux heures de nos désœuvrements, nous nous agacions de la présence des choses, parce qu’elles nous renvoient l’image de nos propres désarrois.


Le confinement est l’occasion de réapprendre la valeur des choses qui nous entourent. Celles-ci, nous le savons, ont une âme, même un bout de ruban, même une épingle. Elles ont acquis une âme, pour avoir été les témoins de notre vie. Elles conservent précieusement nos souvenirs, que nous avons relégués aux oubliettes. Elles peuvent nous être d’un soutien secourable si nous consentons à en faire des interlocuteurs valables. Elles sont là, pour nous rappeler que la vie n’est pas forcément un gâchis total. Elles sont là pour nous appeler à la fidélité.


Après notre rapport avec les choses, venons-en à celui, plus complexe, que nous entretenons avec les êtres. Le confinement crée des conditions pour vivre en compagnie des êtres qui nous sont chers, nuit et jour, sans une seconde de séparation. Au lieu de nous en réjouir, nous voilà paniqués. Jusqu’ici en effet, nous n’avons pas conçu la vie ainsi ; chacun a ses occupations, jouit des possibilités d’évasion. On découvre, effarés, qu’un tête-à-tête permanent est un casse-tête, que trop de promiscuité tue la vraie intimité. On en vient à avoir la nostalgie d’une certaine distanciation. Or, justement, en même temps que le confinement, on nous recommande de garder une « distance sociale », et si possible de ne pas se toucher. Cette situation, apparemment contradictoire, nous incite à une réflexion plus fine. Dans notre société, les sentiments d’affection s’expriment par un ensemble de paroles et de gestes très démonstratifs, une effusion ignorant les barrières. On s’adore, on s’embrasse, on baigne sans répit dans une mare de sentimentalité. C’est certes tout ce qu’il y a de positif. Sauf qu’en vase clos, pour peu que survienne un accroc, ces mêmes paroles et gestes, prononcées, effectués machinalement, ou devenus trop envahissants, étouffants, dégénèrent en chamailleries, quand ce n’est pas en violence.


Me revient alors en mémoire l’injonction de Confucius qui prônait dans les relations humaines, le « li », terme qu’on peut traduire par « le rituel du respect mutuel », un rituel fondé sur le principe de la distance juste. Selon le sage, seul ce principe permet de rendre durable l’attachement le plus profond. À partir de ce principe d’ailleurs, ses disciples conseillaient d’introduire dans le lien conjugal une forme d’amour courtois où chaque conjoint traite l’autre en hôte d’honneur. Les circonstances actuelles, pleines de paradoxe, me poussent ici à rappeler ce que Confucius avait proposé, 2 500 ans auparavant ; mais je mesure parfaitement ce qu’il peut y avoir d’inconcevable pour les gens d’aujourd’hui.


Après le rapport avec les choses et les êtres, comment ne pas aborder enfin le rapport avec soi-même. Dans le confinement, le sentiment qui domine chez chacun est la peur de se trouver seul à seul avec son ombre. Inévitablement, nous pensons à notre cher Pascal qui déplore que l’homme ne sache pas demeurer dans une chambre ; en proie au divertissement, il cherche à se fuir pour ne pas dévisager le destin, le sien. Entre quatre murs où rien d’inespéré ne peut advenir, quel mortel ennui ! Pourtant, la chambre peut contenir plus de présence et de richesse qu’on imagine. Il y a la mémoire de notre passé chargé d’orages, de remords, mais également de moment de félicité, il y a le présent à méditer et à métamorphoser, un présent bouleversé cette fois-ci par les actes héroïques des soignants et de tous ceux qui aident ; par les SMS reçus, qui donnent lieu à un authentique partage dans l’épreuve ; il y a le futur à préparer, un futur ouvert qui ne sera plus comme avant.


À ce point de réflexion, l’idée me vient d’évoquer un épisode dans la vie de Jakob Böhme, le grand mystique du XVIIe siècle. Un après-midi de solitude dans son sombre logis, il voit un rayon de lumière qui entre par la fenêtre et qui s’attarde sur un ustensile en étain. L’humble objet renvoie des reflets irisés. Soudain, il est ému jusqu’aux larmes et, empli de gratitude, il tombe à genoux. Un matérialiste pur et dur viendrait nous expliquer doctement que tout cela relève de la loi physique, qu’il n’y a vraiment pas de quoi s’émouvoir là-dessus. Mais Böhme voit autre chose, il voit qu’au sein de l’éternité, en ce coin perdu de l’immense univers apparemment muet et indifférent, un instant de miracle a lieu, ce rayon de lumière qui vient iriser l’après-midi terrestre où un humain anonyme, poussière d’entre les poussières, a pu capter la scène et, avec son œil ouvert et son cœur battant, être submergé par l’émotion. Qui peut expliquer cet insondable mystère ? Il n’y a peut-être rien à expliquer. Il y a la vie qui est là, miraculeusement là, à recevoir comme un don inouï. Chacun dans sa chambre, à sa manière unique, doit se tenir prêt à accueillir le rayon de vie qui se donne là, comme un ange annonciateur, comme un hôte d’honneur."

FRANÇOIS CHENG

 

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Il est vain de s'asseoir pour écrire quand on ne s'est jamais levé pour vivre 

11 Mai 2020, 02:11am

Publié par Grégoire.

Il est vain de s'asseoir pour écrire quand on ne s'est jamais levé pour vivre 

Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter. 

Primo levi

 

« Pendant des siècles, les hommes ont été punis pour avoir désobéi. À Nuremberg, pour la première fois, des hommes ont été punis pour avoir obéi. Les répercussions de ce précédent commencent tout juste à se faire sentir ». 

Hannah Arendt, d’après Peter Ustinov 

 

« D'où vient cette appétence des peuples pour la tyrannie ? Pour le chef, pour une adhésion collective à l'icône qui se veut incarner ... la tyrannie c'est la construction d'une soumission pyramidale… J'accepte que tu me tyrannise parce que je jouis de la possibilité de tyranniser un plus « petit » que moi. J'en vois partout qui combattent pour leur servitude comme il s'agissait de leur salut »

Spinoza

 

« Si je ne suis pas moi, qui le sera ? Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? » 

HILLEL, Maximes des Pères, traité de la Michna

 

bref, ...

« il est vain de s'asseoir pour écrire quand on ne s'est jamais levé pour vivre »  Thoreau.

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Que rien ne te trouble ..

10 Mai 2020, 00:16am

Publié par Grégoire.

Que rien ne te trouble ..

« Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. »

En nous parlant, Jésus se dit, se donne à vivre, actuellement. Et Jésus ne cesse de nous dire « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » Il veut qu’aucun trouble, qu’aucune angoisse, qu’aucune agitation ne nous ébranle ! Et pour cause : il dit ceci après avoir annoncé à Pierre sa trahison : "tu vas me trahir, mais surtout ne t'en trouble pas, je le sais, je le porte, et je l'assume ! " Tel est le regard de Jésus sur nos trahisons, nos médiocrités et nos crimes ! Jamais celui d'un juge inquisiteur ou d'un accusateur ! Jamais ! C'est l'oeuvre du démon que de remuer la boue, répandre dans les médias et à la meute des chacals les supposés actes déviants de tel ou tel, relus à l'aune des théories freudiennes ! 

Que votre cœur ne se trouble pas ! Cette parole est tellement importante, qu'elle est devenu la prière quotidienne de Thérèse d’Avila « Que RIEN ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout, celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ! ». 

Et le grand moyen de ne plus être troublé, c’est de croire en lui; c’est-à-dire revenir et demeurer dans ce contact actuel, immédiat avec lui : car il n’y a jamais aucune distance entre lui et moi !

Et dans ce contact, mendier qu'il nous donne de recevoir jusqu'au bout ce qu'il nous dit là : « Je te prépare une place… et de nouveau je viens pour te prendre près de moi ». Il nous faut le lui mendier que lui-même nous donne de ne pas réduire ses paroles, car le premier drame humain c'est de soi-même se faire mesure, et d'écouter selon nos petits désirs, nos petites attentes, et donc de réduire l'ambition actuelle de Dieu sur nous. 

Entendre -Je vais te préparer une place… c’est cela qui nous permet de ne pas être troublé, délivré de toutes angoisses : Jésus se sert de tout ce qui nous arrive : rien de notre vie ne lui échappe ; et il se  sert de tout pour nous faire entrer dans son repos, nous faire monter à la première place, à cette place de choix que Lui veut pour moi : La sienne ! Jésus n'a pas d'autres ambitions sur moi que de me donner à vivre ce que Lui vit, sa place ! On dépasse toutes inquiétudes, angoisses, repliements sur soi en cherchant à vivre de cette place unique que Jésus nous a acquis. Cette place c'est « là où moi je suis » c'est à dire : sa place !

Jésus nous aime bien plus que nous-même : Il nous aime à sa mesure, selon son don. Il nous regarde, chacun, comme celui à qui il donne tout, puisqu’il est totalement pour moi ! Et c'est pour cela que Le Père est à nous : « Qui me voit, voit le Père ! » Celui qui est TOUT, Celui qui est LA REALITE est à nous, personnellement, immédiatement !!! Et le chemin qui nous fait déjà vivre de ce terme, c’est Jésus !

Ne plus être atteins par aucun trouble, c’est donc inscrire dans sa vie cet amour qui assume tout, pour lequel rien n’est vain, dépendre radicalement de Celui qui m’unit à lui dans sa personne, en m’attirant. 

L’amour qui, naturellement nous rend accueil, attente, relatif, nous fait, là, être radicalement dépendant. Le chemin c'est d’être obstinément relatif à Jésus, de chercher à vivre de Lui en tout, de ne pas lâcher sa main. Et Jésus nous donne la charité fraternelle, ces liens personnels privilégiés, pour nous apprendre concrètement à vivre de lui, par ceux qu’il met auprès de nous. 

Le trouble vient toujours de ce qu’on est relatif à notre efficacité, aux résultats, à nous-même. La grande libération c’est d’aimer, de toucher qu’un autre est pour nous dans tout ce qu’il est, et alors de tout attendre de lui : que notre joie soit l’autre dans sa personne !

Jésus, c’est l’ami divin qui déjà me prend près de lui, et est en attente que je m’éveille à ce don qu’il me fait de lui-même. Il veut qu’on donne tout ce qui est encore nous, nos œuvres, nos grandeurs, nos qualités, nos jugements, nos tristesses, nos soucis, et tout nos trucs pétés, tordus, bizarres, pour leur donner une nouvelle signification, une nouvelle dimension, une nouvelle existence : « Maintenant je viens et je vous prend près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez »

Grégoire +

 

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L’enfer c’est de ne pas savoir si l’on est vivant ou mort

9 Mai 2020, 00:42am

Publié par Grégoire.

L’enfer c’est de ne pas savoir si l’on est vivant ou mort

Je vois le vide qu’il y a entre les hommes, plus grand que celui qui sépare une étoile d’une autre étoile. Chacun travaille, travaille, travaille a son sombre intérêt, et ceux qui n’y travaille pas sont broyés. 

Tout ce qui n’aura pas été soulevé par l‘amour s’écrasera en enfer, ou plutôt s’y écrase. Car l’enfer autant que le paradis est nos yeux, ici. Nous sommes des aveugles dans un palais de lumière. C’est par distraction que nous n’entrons pas au paradis de notre vivant, uniquement par distraction.

L’enfer c’est de ne pas savoir si l’on est vivant ou mort. L’enfer, c’est d’être mort et de prendre conscience que nous n’avons pas assez accordé d’attention à la vie à l’époque où on en avant encore la possibilité. L’enfer c’est d'avoir des bras et personne à étreindre.

 

Un péché, c’est juste un ensommeillement, un engourdissement, une dissolution, et c’est peut-être ce qui est en train de se passer avec les images, avec la sollicitation éternelle, impitoyable, épuisante d’avoir à regarder sans regarder, et qu’on ne vous laisse pas en repos avec ça; l’esprit à a voir avec ça, l’esprit c’est devenir vraiment soi, vous n’oublierez jamais quelqu’un qui est lui-même; mais si quelqu’un se confond avec le monde -ce qui n’est pas souhaitable, la personne devient un peu interchangeable, c’est celle-ci mais ça peut-être le voisin, ça peut-être la voisine, il y a déjà eu, cette chose jadis irremplaçable, ce mot qui s’est envolé du nid et qu’on appelait l’âme, et ce mot qui ne sait plus revenir dans son nid parce que l’arbre a été coupé; Ce mot l’âme : on sait ce que c’est quand on perd quelqu’un, quand la hache tombe, mais aussi devant un rire d’enfant..

Christian Bobin.

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L'imbécilité est la croyance que nous avons un droit sur ce dont nous avons besoin

8 Mai 2020, 09:17am

Publié par Grégoire.

L'imbécilité est la croyance que nous avons un droit sur ce dont nous avons besoin

 

Vous demandez quelque chose qui vous manque, et parce qu'elle vous manque vous en parlez comme si elle vous était due. Vous me faites penser à cette phrase entendue l'autre jour dans le rue : "elle veut être aimée, quelle imbécilité!". Cette parole est dure, mais la vérité a parfois des dents de loup. 

L'imbécilité en question est dans la croyance que notre volonté nous ouvre un droit sur ce dont nous avons besoin, y pose déjà une légère griffe. Mais franchement, qu'est ce qui mérite en nous d'être aimé? J'ai beau chercher je ne vois rien. L'imbécilité n'est pas de demander mais de changer sa demande en plainte et bientôt en exigence. 

Je sais bien, vous ne parlez pas de cela, mais c'est sur ce ton que vous en parlez et la vérité est dans le souffle avant d'être dans les mots. J'écoute vos raisons et je n'entends que votre dépit. Mais je n'ai jamais trouvé une once de vérité dans l'amertume. Je n'y ai jamais entendu que la misère d'un amour-propre déçu. 

Je ne reconnais l'éclat du vrai que dans la joie et dans cette conscience de nous-mêmes qui l'accompagne toujours, cette conscience radieuse de n'être rien - et dès lors comment prétendre à quoi que ce soit, pourquoi s'entêter dans une demande qui ne sait trop ce qu'elle veut et ne sait que le vouloir! 

L'amour ne vient que par la grâce et sans tenir compte de ce que nous sommes. 

D'ailleurs, si c'était le cas, il ne viendrait jamais.

Rassurez-vous : si je dis ces choses, je suis loin d'en être digne. Du moins je ne cesse de les contempler comme sur la route pleine d'ombre on regarde à l'horizon les montagnes que l'on atteindra pas encore aujourd’hui.

Christian Bobin

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tu m'as cassé le coeur

7 Mai 2020, 02:34am

Publié par Grégoire.

tu m'as cassé le coeur

 

Vite, j'allume une bougie pour toi dans le jour pluvieux. Vite parce que tu es morte en 1886 et que les morts se déplacent à la vitesse de la lumière. J'ai un peu de retard sur toi, Emily. Emily Dickinson, mademoiselle nerfs d'acier, coeur d'ambre avec un ange pris dans la résine. La droiture de la flamme, le bloc intraitable de la cire avec sa base de ténèbres : pas de doute, cette bougie brille dans ta chambre à Amherst en même temps que dans le salon ici, dans la forêt. Mais comme tu es rapide. Les chevaux noirs de tes poèmes, à peine on les regarde, ils se cabrent, ruent, s'enfuient.

Pourquoi je t'écris : parce que tu m'as cassé le coeur - comme une petite fille saisie par l'orage brise net le jouet d'un petit garçon, exactement comme ça. Je lisais un long poème méconnu de toi. Et à force de peser sur lui, de le mâcher et remâcher en son anglais et dans ses diverses traductions, comme ce jus guérisseur que les dents indiennes arrachent aux herbes - je t'ai vue. Aussi présente que cette bougie. Aussi folle de clarté. Ce qu'il montrait, ce poème : toi. Toi allongée sur un lit, avec les astres de tes morts tournant autour de ton âme. Emily. Il faut tellement de silence pour être vivant, une puissance presque inhumaine de refus. Les peuples ont leurs diables et leurs anges. Ils ont aussi leurs poètes qui sont un peu des deux. À toi seule, tu sauves toute l'Amérique. Ce que tu découvres est si pur que tu dois à chaque seconde le taire. Les plus sensibles perdront toujours, mais quelle gloire leur défaite. Les roses par monceaux les acclament. L'air se souvient d'eux, pas du nom des vainqueurs.

Emily, si adorablement violente. Malade, sans doute. Hystérique, sûrement. Sainte, peut-être. Mais quel joyau en robe blanche, ce corps qui vieillit à Amherst, ta manière de passer la vie comme une fleur, plantée dans ton enfance, la terre de tes terreurs, indéracinable. Les anges t'ont élue plus belle fleur d'Amérique. Tu craignais de mourir, tu avais hâte de mourir, tu pressais le raisin du langage, tu regardais couler le long de tes doigts ce vin de vigueur, les mots de la hache et du tendre. La bougie cligne de l'oeil à ton corps allongé dans le sous-bois du salon. Une bougie fait ton âme. Les pauvres dans la rue ont une main longue de dix kilomètres, qui vous décapite. Mais dans leurs yeux tu as ta chambre, un je-ne-sais-quoi de vivace, brillant mille fois plus que toutes les preuves du désastre.

Emily, c'est péché d'écrire aussi vrai. Avant de sortir, je soufflerai sur la bougie mais je sais que tu resteras là, à m'attendre. D'ailleurs tu es partout. Nous sommes entourés de vivants absolus. Nous ne les voyons pas. Les autres, ceux que nous voyons, ce sont ceux qui croient vivre. 

Par la porte ouverte de la grange, deux hirondelles jouent à Pearl Harbor. 

Tu as raison : ne parlons jamais de ce qui est le plus précieux. On nous le volerait, ou cela mourrait d'être dit. 

Christian Bobin

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Fuyez les gens sérieux, ils sont mortels ...

6 Mai 2020, 04:21am

Publié par Grégoire.

Fuyez les gens sérieux, ils sont mortels ...

Le meilleur de notre monde c’est cette cour d’école en chacun où nous pouvons nous retrouver et jouer ensemble.. le monde c’est la salle de classe, ça ne rigole pas, ça ne rigole pas le monde, il y a le maitre, il y a les élèves, il y a les bonnes notes, il y a les mauvaises notes...  ça craint, ça craint beaucoup, et on s’ennuie, et on meurt d’ennuie, et on meurt de cette souffrance d’être parfois humilié, d’être parfois oublié, et la pire place est peut-être celle des premiers ! 

Et le meilleur dont je vous parle ici, c’est le délassement, le délassement : vous quittez l’argent, vous quittez le savoir, vous quittez les appartenances de toutes sortes, vous quittez même vos métiers, vous quittez vos apparences, même vos vêtements, vous quittez tout, vous êtes dans la nudité interne qui est celle de l’âme, et les âmes ce n’est pas ce qu’on croit, ce n’est pas ce que disent parfois à tord les religions, ce n’est pas ce qu’elles en ont durcit, les âmes c’est juste des enfants qui jouent .. et imaginez, ça c’est le paradis, parce que les cours d’école ça peut-être terrible aussi, mais une cour d’école ou vous n’avez plus rien à craindre, où on peut se rencontrer, où la guerre c’est fini..

la guerre c’est dans les horaires de la salle de classe, dans les horaires d’école, c’est la guerre, le bombardement du savoir, le bombardement des places, et la grande menace du sérieux.

Il n’y a qu’un millimètre entre le paradis et nous, seul nous n’arriverions jamais à le franchir.. je suis entré plusieurs fois au paradis, j’en suis sorti… chaque fois je suis entré, c’était la rencontre avec quelqu’un.. et le partage du monde, -le partage non pas de ce monde là, ce monde de ténèbres- mais le partage.. comprendre que la personne ressent les choses comme nous et nous, comme elle… que nous avons un trésor de guerre à partager, que le trésor est fait de blessures, il est fait de larmes, il est fait d’une attente, d’espérance, et que ça, tout d’un coup : « ah, c’est pareil pour vous ? Ah c’est pareil ? Alors je ne suis pas à enfermer ? » On est deux, alors on faire venir une vérité vivante, et non pas un secret, ou un enfermement qu’on ne peut pas partager parce qu’on pense qu’on est pas normal … C’est ce monde qui n’est pas normal !

L’émerveillement, malgré tout ! Cette capacité enfantine de s’arracher à la terreur du monde. C’est le petit sauvage en nous qui nous sauve, c’est l’enfant intuable en nous, celui qui garde une lumière de berceau, rejoindre la part enfantine que le quotidien peut bousiller.. un secours vient toujours, du dehors, étrangement du dehors, pour réveiller ce qui est le plus enfoui, en dedans, vous n’avez pas à le chercher, ça vient, ça vient.. C’est un drôle de matériau la vie, c’est comme quelque chose ou quelqu’un qui vient vers vous et qui de temps en temps vous pose une main sur l’épaule, de temps en temps vous donne une claque, de temps en temps vous montre son dos, et qui s’éloigne et qui s’en va même dans des ténèbres dont vous ne connaissez plus le nom, et puis qui tout d’un coup se retourne et vous envoie le feu d’artifice d’un sourire.

Christian Bobin.

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