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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La joie, la beauté, la foi, la souffrance, le mal et la mort pour François Cheng

28 Février 2020, 04:56am

Publié par Grégoire.

La joie, la beauté, la foi, la souffrance, le mal et la mort pour François Cheng

La foi de François Cheng

La joie, la beauté, la foi, la souffrance, le mal et la mort pour François Cheng

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Redécouvrir qui je suis pour Lui ...

26 Février 2020, 12:01pm

Publié par Grégoire.

Redécouvrir qui je suis pour Lui ...

 

Quelle différence entre le jeûne chrétien, la prière, l'aumône, et ces mêmes actes qui existent dans d’autres traditions religieuses ?

 

Ce qui fait la particularité de la vie chrétienne, c’est de vivre en premier de l’initiative actuelle de Dieu pour nous.

 

Dieu qui vient à moi pour se dire et se donner en personne en se révélant. Pour nous donner de vivre de Lui, de ce qu’il est. Ce n’est donc pas d'abord un combat contre le péché, mais chercher à laisser Dieu lui-même s’emparer de nous, de notre vie, de notre chair, de notre temps, de nos pauvretés.

 

C’est quelqu'un : Jésus donné personnellement, substantiellement, gratuitement ! C’est donc ce don personnel d’amour que je dois m’efforcer d’inscrire dans tout ce que je suis ! Il y a là un choix qui nous est remis : pour vivre de la personne de Jésus qui se livre à moi, qui veut tout vivre avec moi, de l’intérieur, comme un ami, je coopère et m’efforce de Le recevoir en lui donnant tout : mon temps (la prière), ce qui me permet de vivre (le jeûne) et mes biens matériels: l’aumône : puisque le prochain est une terre sacrée, lieu de sa présence.

 

Déjà le Père, dans la genèse, impose comme un jeûne apparemment inutile à Adam et Eve : «vous pouvez manger de tout, mais de ce fruit, non…! » et, à chaque reprise de son alliance, il ne réclame pas d’abord que l'on raisonne ou pense, mais que l’on se donne soi-même, dans un don gratuit, excessif : « prend ton fils Isaac et va le sacrifier », « tuez l'agneau, mettez-en sur les portes, mangez en hâte » ou une attitude de dépouillement: le peuple d'Israël au désert, Jonas et ses cendres à Ninive, Isaïe marchant dans le désert, David jeunant devant son fils mourant, … etc.

 

Et par cela, le Père ne réclame pas ces gestes pour d’abord nous purifier, ou nous faire grandir ou nous faire nous reconnaitre ‘pêcheurs’, non ! C’est d’abord pour que son don s’inscrive et s’empare de notre vie ! Ces gestes sont d’abord la marque de Dieu qui est amour, don inconditionnel et total ! Ces gestes sont de petits moyens pour nous mettre personnellement en attente de son passage : La Pâque, passage de Dieu ! 

 

 

Le carême c’est inscrire et rendre manifeste ce don qui nous est fait, un don qui est de trop,  actuel, une attraction substantielle que seul les pauvres et ceux qui ont soif d’être aimés peuvent recevoir !

 

Et ces sacrifices gratuits, un peu inutiles, qui nous coûtent, c’est pour qu’on inscrive, qu’on s’approprie dans tout ce que l’on est, la vie de Fils qui nous est donnée à vivre ; c’est pour redécouvrir notre noblesse divine : Je suis fils de Dieu par son don ! Peut importe ma misère ! Que toute notre personne soit prise par ce don divin qui dépasse tout ce qu’on peut penser ; ces moyens sont donc pour nous la manière de vivre de ce don qui réclame qu’on se quitte, et d’ouvrir les yeux sur Qui je suis pour le Père !  Car je ne suis pas ce que je fais, ou pense ou acquiert, je suis ce que je reçois de Lui !

 

Et c’est ce que dit Jésus : ton aumône, ta prière, ton jeûne, c’est pour être mobilisé d’une façon unique et personnelle; c'est pour ‘voir' et ‘toucher’ celui qui t’est toujours présent : ton Père qui est là dans le secret… Le carême c’est pour vivre de Celui qui est toujours là et qui m’attend… C’est pour ouvrir les yeux sur la profondeur de notre vie, sur sa vraie réalité… c’est de quitter les apparences, ce qu’on a compris du réel -qui nous emprisonne parce que c’est encore nous la mesure- et de tout vivre avec lui, de l’intérieur ; c’est pour être possédé par Celui qui veut être notre secret et connu comme tel.

 

Le carême c’est donc ce don qui veut tout prendre en nous, et qui veut nous faire vivre à sa taille, à la hauteur de ce qu’est notre Père ; Et ces ‘sacrifices’, ces ‘rites’, c’est pour toucher cela avec notre corps, avec notre sensibilité, avec toute notre personne. L’amour réclame de s’éprouver, or, Celui qui est là, c’est Celui qui est pur don, un don qui ne peut pas se dire. Il est un silence substantiel, une présence totale.

 

Le carême c’est donc pour nous libérer de nous-même, de notre auto-satisfaction, de tout nos jugements, spécialement sur nous-mêmes, de cette tendance maléfique de tout regarder selon les résultats, ou de façon binaire, manichéenne, puritaine, pharisienne; pour nous donner de voir comme le Père nous regarde !

 

C’est Jésus à la Croix qui, acceptant de passer pour un séducteur, un abuseur, nous révèle la bonté inconditionnelle du Père qui a permis nos misères pour avoir enfin un espace où descendre en nous.

 

C’est donc, ultimement, pour que Jésus nous apprenne à dire : « Abba, Papa, Père » dans tout ces lieux en nous où nous sommes morts, moisis, perdus, et ainsi vivre de cette présence secrète de Celui qui ne me quitte jamais, de Celui qui a assumé toute notre vie et qui jamais ne nous accuse ! 

 

Grégoire.

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Nos infirmités, définitives ou temporaires, sont, aussi, des grâces

25 Février 2020, 03:27am

Publié par Grégoire.

Nos infirmités, définitives ou temporaires, sont, aussi, des grâces

Nos infirmités, définitives ou temporaires, sont des épreuves bien sûr, mais elles sont aussi des grâces, des grâces spirituelles. On pourrait trouver beaucoup d’exemples dans la littérature. Je me souviens il y a quelques années, un livre d’Henri Michaud : ‘bras cassé’. Un poète fait son miel de tout les arbres. Et là, en l’occurence, l’arbre coupé c’était son bras. Il s’était endommagé le bras, qu’on avait mis dans le plâtre, et il en a conçu un petit livre qui est une merveille, où il dit exactement ce que c’est que d’être embarrassé à ce point, que d’être malade de cette façon là, il évoquait un moment le sentiment très sûr d’avoir une armoire Bretonne au bout de son épaule, tellement il avait du mal à bouger son bras. On connait aussi le poème du bateau ivre de Rimbaud et cette étrange prémonition.  « Oh que ma quille éclate, Oh que j’aille à la mer. » On sait par Jean Genet que le mot quille en argot désigne la jambe, et que Rimbaud a terminer sa vie avec une jambe coupée, éclatée.

J’ai reçu un livre qui contient un trésor d’expérience. L’auteur s’appelle Mody Piot ‘mes yeux s’en sont allés’ publié chez L’harmattan. Ce n’est pas un livre de grande littérature mais ce n’est pas important, ce n’est pas grand chose la ‘grande’ littérature. Ce qui compte c’est que quelqu’un nous explique comment il sent et reçoit la vie à la place où il est. ça c’est irremplaçable. Et, c’est le cas de ce livre qui raconte une expérience déchirante de perte de vue. Cette jeune femme explique qu’il y a un troisième état entre celui des voyant et celui des aveugles nés. Il y a celui des gens qui ont eu un jour la vue, qui ont eu le paradis de la vue, et qui l’ont perdue, et qui en ont été chassé. C’est comme un entre deux qu’il est difficile de nommer et que ce livre réussit à nommer. 

« ce week end de l’ascension j’ai décidé de faire une ballade à travers le thym et les cistes des fenouillèdes, contré dont je connais bien les chemins que j’ai souvent arpentés. Il faisait chaud. Le soleil nous regardait d’un air insolent. Le ruisseau noir murmurait sa chansonnette. Le chien marchait d’un pas rapide sur le chemin caillouteux enlacés, s’abreuvait aux sources rencontrés, parfois joutait le harnais pour le laisser gambader, heureux de sa liberté un instant retrouvé. Après 2h de marche au milieu des genêts et des violettes du pâtre j’ai décidé de rebrousser chemin. Mais mes yeux éblouis par la lumière ne pouvait discerner aucun repères. Aller à droite, remonter un autre sentier, prendre à gauche, je ne savais plus où j‘étais. Une petite panique me tenaillait. Je n’allais tout de même pas me perdre et pourtant je devais me rendre à l’évidence, je ne savais plus comment retrouver ma route. Je me suis assise quelques instants. » On peut le deviner, le chien l’aidera à retrouver le chemin du retour. 

Ce qu’elle dit en profondeur m’a fasciné. Elle dit qu’il y a toujours quelque chose ou quelqu’un qui vient nous secourir. L’auteur -aveugle- se trouve éblouis. 

Dans le désespoir, dans la détresse, dans la perte, il y a quelque chose comme une résistance lumineuse, comme un point de lumière invincible. 

Freud raconte cette scène d’un enfant qui est dans une chambre et qui demande à se grand mère dans l’autre pièce de parler le soir. Et elle demande pourquoi. Et il dit, « tant que quelqu’un nous parle, il fait clair. » 

C’est peut-être ce qui se passe dans nos vies, que nous y soyons aveugle par la chair, ou voyant par la chair. Tant que quelqu’un nous parle nous pouvons continuer d’aller et même perdus, nous ne serons pas perdus. 

Nous sommes au fond tous, comme des aveugles dans un palais de lumière, il y a des serviteurs qui viennent à notre rencontre, et qui déplacent les meubles au dernier moment pour nous éviter des chutes. Malheureusement, nous ne pouvons pas connaitre le nom de ces serviteurs. C’est embêtant.

Christian Bobin.

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Comment certains osent encore se faire prêcheur de vertu ??

22 Février 2020, 12:24pm

Publié par Grégoire.

Comment certains osent encore se faire prêcheur de vertu ??

 

" J'ai connu un homme qui a donné vingt ans de sa vie à une étourdie, qui lui a tout sacrifié, ses amitiés, son travail, la décence même de sa vie, et qui reconnut un soir qu'il ne l'avait jamais aimée.

Il s'ennuyait, voilà tout, il s’ennuyait comme la plupart des gens. Il s'était donc créé de toutes pièces une vie de complications et de drames. Il faut que quelque chose arrive, voilà l'explication de la plupart des engagements humains.

 

 

Ce qui m’intéresse c’est d’être un homme. Qui, après cela, pourrait attendre de [moi] des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir.

La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts [la vérité et la liberté], péniblement, mais résolument, certains d’avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ?

 

Albert Camus, La chute.

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Qu'est-ce qui justifie une vie ? Une oeuvre ? Une descendance ??

20 Février 2020, 02:46am

Publié par Grégoire.

Qu'est-ce qui justifie une vie ? Une oeuvre ? Une descendance ??

"Qu'est-ce qui justifie une vie ? Avoir créé une œuvre ? Elle sera sûrement ignorée. Avoir fondé une famille ? Vos descendants vous oublieront. Vous n'avez été que le maillon d'une chaîne biologique. L'amour ? Il passe. Avoir laissé une trace ? Le temps l'efface. Le seul sens que j'ai trouvé, c'est d'accomplir sa mission d'homme, relié à la terre et au mystère. Donner au monde un amour spirituel, sans ego, détaché du matériel. Pour aimer vraiment. Ne viser rien d'autre que son propre rayonnement. Comme le soleil qui se contente de briller et, à son insu, donne la vie."

 

"Un pêcheur africain se repose à l'ombre d'un palmier. Un occidental le croise et l'encourage à travailler.
- Pour quoi faire? répond le pêcheur.
- Pour gagner de l'argent.
- Pour quoi faire?
- Pour habiter une belle maison.
- Et puis après?
- Avoir une grande famille.
- Et après?
- Développer encore plus l'entreprise avec tes enfants.
- Et après?
- Après tu seras tranquille et heureux de te reposer.
- C'est ce que je fais."

 

"J'ignorais comment habiter ce vide intérieur. Comment peupler mes journées. Il est plus facile d'être débordé pour ne pas se retrouver face à soi-même. J'enviais ceux qui avaient une vie toute tracée, noyée dans les responsabilités. Ne pas avoir à se demander comment rendre productives et belles les heures à venir. Merveilleuse illusion que nos vies ont un sens parce qu'elles snt bien remplies."

Qu'est-ce qui justifie une vie ? Une oeuvre ? Une descendance ??

Ce Manifeste vagabond est un témoignage, un journal intime, un bilan, un manifeste, celui de Blanche de Richemont, une jeune femme qui s’interroge : « cela fait des années que tu cours sur les routes après un sens ; existe-t-il ? » Lorsque le retour devient difficile, lorsque « le voyage est devenu un esclavage », il faut s’arrêter, réfléchir. Écrire.

Pourquoi partir ? Parce que « les horizons ont leur mot à dire ». Parce que « notre âme n’est pas faite pour ces vies sédentaires figées dans le béton ». On part aussi, comme Blanche de Richemont, pour guérir des blessures ». Le décès d’un petit frère. Et « si la route ne nous libère pas de nos maux » mais au contraire « les met en lumière », un voyage difficile comme celui au Sinaï – « l’épreuve du feu » – permet de comprendre certaines choses sur le fonctionnement du corps et de l’âme. Partager le chemin et le bivouac met du plomb dans l’aile de quelques règles trop bien ancrées de notre société. « J’avais réalisé dans le désert que notre vie servait un autre but que la réussite ». Et lire Les clochards célestes inculque quelques idées nouvelles : « les clochards célestes savent s’emparer de leur destin, ignorant le regard de la société ». Avec tout ça, comment revenir dans « le monde des hommes » ?

Au cours d’un autre voyage – l’Azalaï, sept cent kilomètres sur la route du sel entre Tombouctou et Taoudenni – Blanche de Richemont découvre comment certains hommes considèrent la femme, vit l’enfer d’une caravane, sa geste répétitive dans un environnement hostile – « dans ce paysage immobile, seule la date changeait tous les jours » – et apprend à « ne plus enfermer l’avenir dans des prédictions pour se rassurer » et « à ne plus espérer, mais à accueillir chaque journée comme une offrande ». Le voyage, surtout le voyage un peu rude, ouvre de nouveaux horizons, c’est évident.

Le voyage ouvre peut-être aussi à une autre vie. Mais « le plus dur n’est pas de partir, mais de revenir ». Le voyage isole du monde des sédentaires. Il est souvent impossible de partager ce que l’on a vécu. Que faire ? Le vagabondage, le voyage permanent, la fuite ? Mais quelle fuite ? Dans l’amour ? dans la religion, au couvent ? le suicide ? la solitude dans la cabane (référence à l’isolement volontaire de Sylvain Tesson dans une cabane au bord du Baïkal) ? dans les livres ? dans la recherche de réponses aux questions comme « qu’est-ce qui justifie une vie ? » ou « suis-je libre ? ». Blanche de Richemont se pose des questions, vit avec son esprit en éveil. Ce qui est loin d’être le cas de tout le monde.

Certains pensent qu’il ne sert à rien de partir si c’est pour se (re)trouver soi-même. Mais si « le véritable vagabond ne serait pas celui qui prend la route, mais celui qui part chercher son âme », alors Blanche de Richemont est sur la bonne route. « La liberté du voyageur est vertigineuse », il n’a « pas peur du temps », il n’est pas « esclave du divertissement », chacun pourra s’en rendre compte. Mais plus grande encore est la liberté de celle qui arrive à la conclusion que « la nature porte en elle tous ces ailleurs qui nous hantent », que l’on part surtout « en posant un regard vierge sur le monde » et qui « cherche à illuminer un monde intérieur et non à calmer les tourments de mon esprit ».

Voici un petit livre intéressant, grave et léger à la fois, rempli de belles réflexions sur la vie, sur la mort, sur le voyage, sur l’autre, sur l’ailleurs, sur la liberté, et sur ce qu’on fait avec tout ça. Blanche de Richemont livre ses pensées, ses constats, ses analyses, ses réflexions, et les lectures qui l’aident à comprendre : des philosophes, des penseurs Indiens, des écrivains vagabonds comme Hesse, Jünger, Kerouac… Par là même elle aide dans leur propre démarche, dans leur propre questionnement, celles et ceux qui sont déjà ailleurs, celles et ceux qui sont encore là, celle et ceux qui, comme moi peut-être, ont un pied dedans et un pied dehors. Elle donne des pistes, elle ouvre les yeux, elle montre son chemin.

 

« Je suis partie en voyage pour trouver une terre ou un regard qui justifient d’être en vie. Le jour où j’ai pénétré dans le désert du Sinaï pour la première fois, j’ai compris que les villes n’étaient pas humaines, que pour y survivre il fallait fuir. Des 4x4 nous ont déposés dans la nuit au creux d’un canyon. Des Bédouins nous attendaient au coin du feu. Les rayons de lune cognaient contre la roche. La puissance brute de cette nature mise à nu imposait le silence. J’étais née pour cet instant ».

 

Citations :

« Le confort retient. Les nuits à la belle étoile nous poussent sur la route. Elles en sont le prolongement ».

« Les vagabonds ne font que passer. Non pour fuir mais pour ne pas perdre leur intensité ».

« L’éphémère est un garant d’intensité ».

« Si le vagabond effleure la vraie liberté c’est parce qu’il n’a pas peur de perdre son temps ».

« On ne part pas en prenant l’avion, ni la route, mais en posant un regard vierge sur le monde ».

« Les vagabonds ont une lueur dans les yeux qui excite la jalousie et le désir. Ceux-là même qui fabriquent leurs chaînes du matin au soir crachent sur ces êtres libres voués à la solitude ».

« Partir demande parfois plus de courage que rester ».

« Revenir résonne toujours un peu comme une sanction ».

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Le monde ne mourra pas par manque de merveilles, mais uniquement par manque d’émerveillement

17 Février 2020, 02:35am

Publié par Grégoire.

 

« Le monde ne mourra pas par manque de merveilles, mais uniquement par manque d’émerveillement ». Photographe animalier mondialement reconnu, Vincent Munier parcourt la planète pour saisir la beauté du monde sauvage. Une fois n’est pas coutume, c’est lui qui passe derrière l’objectif dans ce superbe documentaire réalisé par la RTS, récompensé par le prix Ushuaïa TV et par la Toison d’or de l’aventurier de l’année au festival des Écrans de l’aventure. 
À travers le portrait de l’homme se dévoile celui d’une nature aussi magnifique que fragile. Une ode au règne animale servie par des images époustouflantes, qui ne donne qu’une envie : enfiler ses chaussures et partir à l’affut de la faune. 
 

Vincent Munier, itinéraire d’un surdoué

Vincent Munier, 43 ans, a découvert l’art de l’affût dans ses Vosges natales lorsqu’il était adolescent. Depuis 2002, il réalise de nombreuses expéditions, surtout dans les pays froids, pour montrer la beauté du monde sauvage et des espèces menacées qui y vivent. Doté d’une sensibilité particulière au monde animal, Vincent Munier s’est, au fil des années, imposé comme l’un des plus grands photographes naturalistes de sa génération. Auteur de nombreux reportages, ouvrages et films documentaires, son travail lui a valu de nombreuses distinctions

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L'homme moderne, un éboueur de l'argent !

15 Février 2020, 02:33am

Publié par Grégoire.

L'homme moderne, un éboueur de l'argent !

il vous arrive de prendre le train ?

Dans la gare beaucoup d’hommes d’affaires, vous les reconnaissez de loin à leur visage qui manque, le même homme à des milliers d’exemplaires, le même homme jeune, vieilli dans sa parole, embaumé dans son avenir.

Le train arrive c’est un de ces trains rapides inventés par les hommes d’affaires pour leur convenance personnelle, une ligne droite de train clair, une main de vent froid qui égalise les champs et les vide de leur ride, de leurs accents, de leur nerfs. Des champs désertés des regards des hommes, des bas morceaux de terre jetés aux chiens de la vitesse. le paysage n’est plus rien ce qui fait qu’on le traverse vite;

devant ce rien de paysage vous prenez connaissance de l’homme fabriqué en série, de l’homme absent: il va de Paris à Tokyo de Tokyo à New York. Il va partout sur la terre électrique comme un cadavre répandu dans sa mort. Il prend des trains qui vont de rien à rien.

Dans sa précipitation il amène le vide. Si souvent qu’il parle il n’entend que lui- même, si loin qu’il aille il ne trouve que lui-même, il tache de gris tout ce qu’il traverse, il dort dans ce qu’il voit, en le voyant vous découvrez l’homme qui éteint toute les différences, l’homme qui a une place dans le monde, l’homme utile et persuadé de son utilité, qui affirme en prenant la voix de Dieu le Père, qui essaye de forcer les chemins du ciel, qui veut accélérer chimiquement les battements du cœur, qui veut tout tout de suite, les applaudissements avant même d'avoir commencé l’effort, aussi à l’aise dans l’industrie que dans la morale, dans ses amours que dans ses comptes, il est là préposé à l’argent comme dans certaines tribus ces personnes intouchables voués aux commerces des morts, il est là comme un éboueur de l’argent.

Et puis il y a l’homme merveilleusement, parfaitement inutile, ce n’est pas lui qui invente la brouette, les cartes bancaires, ou les bas de nylon, il n’ajoute ni n’enlève rien au monde : IL LE QUITTE ! il pousse devant lui le troupeau de ses pensées.

Christian Bobin

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L'homme moderne, ce genre d’homme qui peut tout faire, n’étant personne...

13 Février 2020, 02:31am

Publié par Grégoire.

L'homme moderne, ce genre d’homme qui peut tout faire, n’étant personne...

"Le monde industriel c’est le monde tout entier, une fable noire pour enfants, une mauvaise insomnie dans le jour. 

La présence de l’argent y est considérable, autant que celle de Dieu dans les sociétés primitives.
Elle irradie de la même façon. Elle gouverne le mouvement des pensées comme celui des visages...

 

Ils sont là comme des éboueurs de l’argent, comme des esclaves d’un nouveau genre, des esclaves millionnaires. 
Ils ordonnent, ils décident, ils tranchent. 


Ils parlent beaucoup.
La parole est leur matière première. Ils parlent beaucoup mais ce n’est jamais une parole personnelle.
Ils parlent suivant ce qu’ils font, suivant une idée générale de ce qu’il y a à faire dans la vie, une idée apprise.

 

Ce sont les hommes du sérieux, les hommes sans ombre. 
L’éclat de l’argent égalise leurs traits.

On dirait le même homme à chaque fois, la même absence hautaine, la même ruine de toute aventure personnelle, singulière."

 

Christian Bobin

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La vraie passion du XXe siècle, c’est la servitude !

11 Février 2020, 22:11pm

Publié par Grégoire.

La vraie passion du XXe siècle, c’est la servitude !

UNE DÉNONCIATION DES TOTALITARISMES

 

L’homme révolté pourrait être Albert Camus, qui réagit contre les « crimes logiques », ceux prémédités de manière massive (il parle de 70 millions de morts) au nom d’une « philosophie qui peut servir à tout, même à changer les meurtriers en juges ».

On comprend bien, et il le dit, qu’il s’agit des idéologies du XXe siècle, mues par l’absurde, la négation et le nihilisme. Mais pour mieux saisir les fondements de ces idéologies, il faut remonter bien en amont.

 

Après avoir défini la notion de révolte, distincte de celle du ressentiment, Albert Camus montre que :

Le problème de la révolte semble ne prendre de sens précis qu’à l’intérieur de la pensée occidentale. On pourrait être plus explicite encore en remarquant, avec Scheller, que l’esprit de révolte s’exprime difficilement dans les sociétés où les inégalités sont très grandes (régime des castes hindoues) ou, au contraire, dans celles où l’égalité est absolue (certaines sociétés primitives).

En société, l’esprit de révolte n’est possible que dans les groupes où une égalité théorique recouvre de grandes inégalités de fait. Le problème de la révolte n’a donc de sens qu’à l’intérieur de notre société occidentale.

On pourrait être tenté alors d’affirmer qu’il est relatif au développement de l’individualisme si les remarques précédentes ne nous avaient mis en garde contre cette conclusion.

Quelques pages auparavant, Albert Camus montre que l’on peut se révolter au spectacle de l’oppression des autres ; ce qui n’est d’ailleurs pas contradictoire avec le sens que donne par exemple Alain Laurent à l’individualisme. C’est, finalement, le passage du sacré des sociétés traditionnelles aux valeurs de liberté et de conscience élargie de l’espèce humaine et des droits de l’individu qui induisent cette apparition du sentiment de révolte.

 

 

DIFFÉRENTES FORMES DE RÉVOLTE

 

Une fois le terme défini, Albert Camus passe ensuite en revue, à travers des analyses complexes et absolument remarquables, les différents types de révolte (métaphysique, historique, vis-à-vis de l’art, et dans son rapport au meurtre ou au terrorisme).

Tour à tour, il dresse ainsi un panorama éloquent et complexe de la révolte contre Dieu, la négation de celui-ci, le nihilisme, les fondements de la pensée révolutionnaire de 1792, les régicides et déicides, en distinguant poésie révoltée et révolte historique dans son prolongement de la réflexion philosophique, comme dans une vague montante et allant s’amplifiant, jusqu’à atteindre des sommets de turpitude et de turbulence extrême, avec son lot de contradictions ultimes.

 

Des analyses qui permettent de mieux comprendre la pensée révolutionnaire du XXe siècle, inspirée entre autres par la pensée hégélienne. Ainsi, sous l’assaut de la pensée révoltée, la divinité de l’Homme en vient à remplacer la religion traditionnelle, au nom de principes d’abord, puis de faits.

 

Si l’on peut s’interroger sur la sorte de fascination, voire d’admiration, que semble éprouver Albert Camus à l’égard des terroristes de la fin du XIXe siècle, que l’on pourrait presque qualifier, sinon de romantiques, du moins d’idéalistes et d’âmes tourmentées accomplissant leurs actes au nom de principes qu’ils considèrent justes, notre auteur n’éprouve pas la même indulgence à l’égard des révolutionnaires, qui n’ont plus rien d’humain et ne répondent plus à aucun principe, ce qui n’en fait plus des révoltés.

Au terrorisme individuel, œuvre parfois de « meurtriers délicats », pour lesquels une vie a encore un prix, succède un terrorisme d’État, basé sur un régime de terreur et écrasant les libertés, au nom de la liberté (reléguée à un horizon indéfini, voire illusoire).

 

UNE CRITIQUE DES IDÉOLOGIES MARXISTES ET RÉVOLUTIONNAIRES

 

Aux récriminations à l’égard d’Hitler succède une critique absolument brillante de Marx, des marxistes et des révolutionnaires, qui se sont fourvoyés dans des erreurs tant au regard de l’économie (en ce domaine, la compréhension d’Albert Camus, basée sur l’observation et les faits, est tout à fait prodigieuse) que de la science.

À une démarche se voulant scientifique (le socialisme scientifique), Albert Camus oppose une fin de non-recevoir et la qualifie plutôt de scientiste, apportant une démonstration très intéressante (cf. pages 260 à 280 environ). De là l’échec de la « prophétie » théorisée par Karl Marx. Ce qui fait dire à Albert Camus :

On ne s’étonnera donc pas que, pour rendre le marxisme scientifique, et maintenir cette fiction, utile au siècle de la science, il a fallu au préalable rendre la science marxiste, par la terreur.

Rappelons que l’ouvrage date de 1951. Des analyses très clairvoyantes et courageuses pour l’époque, et dont beaucoup aujourd’hui seraient incapables.

Ainsi, les stratégies établies par Lénine, loin d’aboutir à l’accomplissement de la liberté, que recherchaient les révoltés, conduisent à ce que « la vraie passion du XXe siècle, c’est la servitude« .

En effet, À la fin, quand l’Empire affranchira l’espèce entière, la liberté régnera sur des troupeaux d’esclaves, qui, du moins, seront libres par rapport à Dieu et, en général, à toute transcendance.

 

À cette fin, l’individualisme est nié et remplacé par la propagande ou la polémique, qui sont deux sortes de monologue.

 

L’abstraction, propre au monde des forces et du calcul, a remplacé les vraies passions qui sont du domaine de la chair et de l’irrationnel. Le ticket substitué au pain, l’amour et l’amitié soumis à la doctrine, le destin au plan, le châtiment appelé norme, et la production substituée à la création vivante, décrivent assez bien cette Europe décharnée, peuplée de fantômes, victorieux ou asservis, de la puissance.

 

UNE LOURDE DÉCEPTION

 

En fin de compte, la déception d’Albert Camus est immense à l’égard de ce qu’est devenu le sentiment de révolte. À peine l’Homme était-il délivré des contraintes religieuses, qu’il était parvenu à abattre, qu’il s’en inventait de nouvelles, bien plus terrifiantes et « intolérables ». La vertu, de « charitable » devient « policière » et, « pour le salut de l’Homme, d’ignobles bûchers s’élèvent ».

Les sources de la vie et de la création semblent taries. La peur fige une Europe peuplée de fantômes et de machines. Entre deux hécatombes, les échafauds s’installent au fond des souterrains. Des tortionnaires humanistes y célèbrent leur nouveau culte dans le silence. Quel cri les troublerait ? Les poètes eux-mêmes, devant le meurtre de leur frère, déclarent fièrement qu’ils ont Les mains propres […]

Dans les temps anciens, le sang du meurtre provoquait au moins une horreur sacrée ; il sanctifiait ainsi le prix de la vie. La vraie condamnation de cette époque est de donner à penser au contraire qu’elle n’est pas assez sanglante.

Après avoir longtemps cru qu’il pourrait lutter contre Dieu avec l’humanité entière, l’esprit européen s’aperçoit donc qu’il lui faut aussi, s’il ne veut pas mourir, lutter contre les hommes […]

La révolte, détournée de ses origines et cyniquement travestie, oscille à tous les niveaux entre le sacrifice et le meurtre. Sa justice qu’elle espérait distributive est devenue sommaire. Le royaume de la grâce a été vaincu, mais celui de la justice s’effondre aussi. L’Europe meurt de cette déception. Sa révolte plaidait pour l’innocence humaine et la voilà raidie contre sa propre culpabilité.

 

L’HOMME DOIT-IL RENONCER À SE RÉVOLTER ?

 

Pour finir, Albert Camus se demande donc s’il faut renoncer à toute révolte, acceptant les injustices, conduisant à un « lâche conformisme ». Mais il est un fait, selon lui, que nous ne sommes plus véritablement dans un monde révolté, la révolte étant devenue « l’alibi de nouveaux tyrans ».

Et, « en logique, conclut-il, on doit répondre que meurtre et révolte sont contradictoires ».

Cependant, il ne semble pas délégitimer complètement le meurtre, puisqu’il le justifie « par exception », le vrai révolté devant accepter sa propre mort et sacrifice en contrepartie, au nom de la liberté totale qu’il défend et de sa protestation justement contre la mort (Albert Camus évoque différents cas, en particulier celui des frères Karamazov, mais aussi par exemple (même s’il y insiste beaucoup moins) de personnages emblématiques tels que Charlotte Corday)

 

Un essai, en définitive, particulièrement ardu, qui nécessite une bonne culture à la fois littéraire et historique. Un ouvrage qui révèle pleinement la puissance intellectuelle d’Albert Camus, absolument éblouissante. Une lecture à aborder avec une solide volonté et une grande détermination, et qui a aussi le mérite de permettre de mieux comprendre la pensée de l’auteur, ainsi que ce qui se cache derrière ses romans.

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La sainteté, un océan où s'effondre les certitudes et les angoisses

9 Février 2020, 22:14pm

Publié par Grégoire.

La sainteté, un océan où s'effondre les certitudes et les angoisses

L'idée de la sainteté. L'idée de la sainteté n'est pas une idée. C'est quelque chose qui passe, et dans ce passage ouvre une voie. Les lumières du printemps filent ainsi. Les clochettes du muguet s'allument comme si on avait appuyé sur un interrupteur, les yeux des fleurs se font cassants. La sainteté est cette électricité qui saisit l'âme et la sidère. Un printemps de l'univers. Le tout premier bal des atomes.

L'Occident a cru cerner la sainteté, l'a mise en cage dans la poitrine en cire de quelques hommes, quelques femmes. Mais la sainteté est le bien commun de tous. Elle peut même effleurer la pensée d'un criminel. Elle est vitale avant d'être religieuse. Quel adolescent n'a pas été, fût-ce une seconde, foudroyé par un rêve de pureté, un élan des reins de l'âme vers le soleil ? Toute sa vie, il restera une trace de ce foudroiement : une zone calcinée dans l'âme, un point où le monde ne vient pas, ni même la pensée. Car la sainteté n'est pas une chose pensable. Elle est l'ennemie intime de l'abstraction. Elle est faite de gestes, de voix, d'une science raffinée du silence, apprise auprès des fleurs ou dans le long cours d'un deuil. 

Le paradis des larmes cache un sourire, comme un arbre derrière une pluie fine. La sainteté est ce qui nous empêche d'être des cadavres avant l'heure. Même sa nostalgie est agissante. Le sentiment qu'on pourrait vivre tout à coup - aimer, aider, flâner, perdre. L'Occident a fait de ses saints des grappes d'hommes et de femmes pâles, étranges. L'Orient, là-dessus, en sait plus que nous. Ses saints sont des épouvantails qui dansent. Rumi est un saint -ne serait-ce que parce qu'il se moque de l'être. 

J'ai vu parfois de très beaux accidents dans les yeux des gens. Une falaise qui s'effondre. Un ciel de craie bleue. Un océan de sainteté venait -oh, juste un instant - effondrer leurs certitudes avec leurs angoisses. On voit ça dans les yeux des mères quand ces yeux sont tournés vers leur enfant, et qu'une indulgence les élargit. On peut l'entendre dans le rire des amantes et le chuchotement des fleurs, ce saupoudrage de prières sur les prés. Il n'y a qu'une seule chose infiniment désirable. Ce n'est pas une chose, mais un château suspendu dans les airs. On y entre par le coeur, par la vie, par la mort. Pensez ce que vous voulez. Moi, je ne pense plus. Je regarde la lumière donner ses fêtes sur la terrasse. Un printemps en automne. Un sourire de l'autre monde. La gloire d'être vivant et de donner à boire aux absents. Car la sainteté a soif. Très soif. 

Christian Bobin.

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"Le totalitarisme soviétique n'est que la résurgence d'hérésies chrétiennes "

7 Février 2020, 12:02pm

Publié par Grégoire.

« [Lénine] croit qu'il sait mais il ne sait pas qu'il croit »

" La structure de la croyance totalitaire, et dans ses origines pseudo-chrétiennes - au premier rang desquelles le marcionisme - qu'il conviendrait de chercher la clé des énigmes bolchévique et hitlérienne."

"Le totalitarisme n'est que la résurgence d'hérésies chrétiennes .. encore présente ! fusion d'un pouvoir absolu, et d'une religion d'état totalisante "

Alain Besançon, Les origines intellectuelles du léninisme; Le malheur du siècle.

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Festival Agapé, musique et art sacré - Reims du 3 au 5 avril 2020 -

5 Février 2020, 19:11pm

Publié par Grégoire.

Festival Agapé, musique et art sacré - Reims du 3 au 5 avril 2020 -

 

 

 

 

Festival Agapé, musique et art sacré - Reims du 3 au 5 avril 2020 -

 VENDREDI 3 AVRIL

 

20h30    Basilique Saint-Remi 

Le Fenice, ensemble instrumental

Maîtrise de Reims, préparée par Sandrine Lebec

Jean Tubéry, direction

Cocktail de prestige à l’issue du concert (réservation obligatoire)

 

SAMEDI 4 AVRIL 

 Pavillon-Rencontres

16h à 16h45    Chapelle du collège Saint-Joseph

Saint Donatien, 8e évêque de Reims et grand inspirateur d’art 

Entretien avec Patrick Demouy, historien, Francis Albou, musicologue

& les membres de la Cappella Pratensis, chant polyphonique

 

La renaissance de Donatien de Reims

17h30    Chapelle du collège Saint-Joseph **

Missa de Sancto Donatiano de Jakob Obrecht (XVe siècle)

Cappella Pratensis, chant polyphonique

 

Pavillon-Rencontres

19h à 19h45    Basilique Saint-Remi

Une basilique des lumières

Visite commentée par Henri Dumont, architecte

 

  

Jean Tubéry, Sandrine Lebec, la Maîtrise de Reims et la Fenice

Jean Tubéry, Sandrine Lebec, la Maîtrise de Reims et la Fenice

SAMEDI 4 AVRIL 

La Passion selon saint Jean de J.-S. Bach

20h30  Basilique Saint-Remi 

Le Concert des Nations

La Capella Reial de Catalunya

Jordi Savall, direction

Cocktail de prestige à l’issue du concert (réservation obligatoire)

 

DIMANCHE 5 AVRIL

Pavillon-Rencontres

11h45 à 12h30    Chapelle du collège Saint-Joseph ** 

Le geste du musicien : à la découverte de l’improvisation

Entretien avec Jean Tubéry & Jean-Marie Puissant 

 

Musiques du début du XVIIe siècle italien

15h    Chapelle du collège Saint-Joseph

Lux de Profundis

Audrey Marchal, soprano

Victor Vilca, basse

La Fenice, ensemble instrumental

Jean Tubéry, direction

 

Requiem de Jean Gilles

In exitu Israël de J.- J. Cassanéa de Mondonville

 

17h    Basilique Saint-Remi 

Ensemble de solistes Allegri, chanteurs solistes

Les Muses Galantes, ensemble instrumental

Choeur Nicolas de Grigny

Jean-Marie Puissant, direction

 

  ** Collège saint-Joseph, 177 rue des Capucins, 51100 Reims

 

Toutes les réservations se font sur le site www.festivalagape.org

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J'ai connu ce qu'il y a de pire, qui est le jugement des hommes

5 Février 2020, 10:06am

Publié par Grégoire.

J'ai connu ce qu'il y a de pire, qui est le jugement des hommes
" Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. La vie d’aujourd’hui est trop dure, trop amère, trop anémiante, pour qu’on subisse encore de nouvelles servitudes, venues de qui on aime [...]. C’est ainsi que je suis votre ami, j’aime votre bonheur, votre liberté, votre aventure en un mot, et je voudrais être pour vous le compagnon dont on est sûr, toujours ".
 
Albert Camus à René Char, 17 septembre 1957
 
Je crois que notre fraternité – sur tous les plans – va encore plus loin que nous l’envisageons. De plus en plus, nous allons gêner la frivolité des exploiteurs, des fins diseurs de tous bords de notre époque. Tant mieux. Notre nouveau combat commence et notre raison d'exister. Du moins, j’en suis persuadé… Je le devine et je le sens.» 
 
René Char à Albert Camus, 3 novembre 1951
 

"On ne peut guère s'attacher à plusieurs choses à la fois, mais il faut être soi tout entier pour une ou deux de ces choses essentielles. Hors de cela on est broyé sans espoir et notre conscience se détourne de nous".

René Char, Le Soleil des Eaux 

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Toute mon horreur de mourir tient dans ma jalousie de vivre ...

4 Février 2020, 23:56pm

Publié par Grégoire.

Toute mon horreur de mourir tient dans ma jalousie de vivre ...

 

Peu de gens comprennent qu'il y a un refus qui n'a rien de commun avec le renoncement. Que signifient ici les mots d'avenir, de mieux-être, de situation ? Que signifie le progrès du cœur ? Si je refuse obstinément tous les « plus tard » du monde, c'est qu'il s'agit aussi bien de ne pas renoncer à ma richesse présente. Il ne me plaît pas de croire que la mort ouvre sur une autre vie. Elle est pour moi une porte fermée. Je ne dis pas que c'est un pas qu'il faut franchir : mais que c'est une aventure horrible et sale. Tout ce qu'on me propose s'efforce de décharger l'homme du poids de sa propre vie. Et devant le vol lourd des grands oiseaux dans le ciel de Djémila, c'est justement un certain poids de vie que je réclame et que j'obtiens. Être entier dans cette passion passive et le reste ne m'appartient plus. J'ai trop de jeunesse en moi pour pouvoir parler de la mort. Mais il me semble que si je le devais, c'est ici que je trouverais le mot exact qui dirait, entre l'horreur et le silence, la certitude consciente d'une mort sans espoir.

 

On vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes et des hommes rencontrés, on les polit, on les transforme. Il faut dix ans pour avoir une idée bien à soi - dont on puisse parler. Naturellement, c'est un peu décourageant. Mais l'homme y gagne une certaine familiarité avec le beau visage du monde. Jusque-là, il le voyait face à face. Il lui faut alors faire un pas de côté pour regarder son profil. Un homme jeune regarde le monde face à face. Il n'a pas eu le temps de polir l'idée de mort ou de néant dont pourtant il a mâché l'horreur. Ce doit être cela la jeunesse, ce dur tête-à-tête avec la mort, cette peur physique de l'animal qui aime le soleil.

 

Contrairement à ce qui se dit, à cet égard du moins, la jeunesse n'a pas d'illusions. Elle n'a eu ni le temps ni la piété de s'en construire. Et je ne sais pourquoi, devant ce paysage raviné, devant ce cri de pierre lugubre et solennel, Djémila, inhumaine dans la chute du soleil, devant cette mort de l'espoir et des couleurs, j'étais sûr qu'arrivés à la fin d'une vie, les hommes dignes de ce nom doivent retrouver ce tête-à-tête, renier les quelques idées qui furent les leurs et recouvrer l'innocence et la vérité qui luit dans le regard des hommes antiques en face de leur destin. Ils regagnent leur jeunesse, mais c'est en étreignant la mort. Rien de plus méprisable à cet égard que la maladie. C'est un remède contre la mort. Elle y prépare. Elle crée un apprentissage dont le premier stade est l'attendrissement sur soi-même. Elle appuie l'homme dans son grand effort qui est de se dérober à la certitude de mourir tout entier. Mais Djémila... et je sens bien alors que le vrai, le seul progrès de la civilisation, celui auquel de temps en temps un homme s'attache, c'est de créer des morts conscientes.

 

Il est des lieux où meurt l'esprit pour que naisse une vérité qui est sa négation même. Lorsque je suis allé à Djémila, il y avait du vent et du soleil, mais c'est une autre histoire. Ce qu'il faut dire d'abord, c'est qu'il y régnait un grand silence lourd et sans fêlure - quelque chose comme l'équilibre d'une balance. Des cris d'oiseaux, le son feutré de la flûte à trois trous, un piétinement de chèvres, des rumeurs venues du ciel, autant de bruits qui faisaient le silence et la désolation de ces lieux. De loin en loin, un claquement sec, un cri aigu, marquaient l'envol d'un oiseau tapi entre des pierres. Chaque chemin suivi, sentiers parmi les restes des maisons, grandes rues dallées sous les colonnes luisantes, forum immense entre l'arc de triomphe et le temple sur une éminence, tout conduit aux ravins qui bornent de toutes parts Djémila, jeu de cartes ouvert sur un ciel sans limites. Et l'on se trouve là, concentré, mis en face des pierres et du silence, à mesure que le jour avance et que les montagnes grandissent en devenant violettes. Mais le vent souffle sur le plateau de Djémila. Dans cette grande confusion du vent et du soleil qui mêle aux ruines la lumière, quelque chose se forge qui donne à l'homme la mesure de son identité avec la solitude et le silence de la ville morte.

 

Voir, et voir sur cette terre, comment oublier la leçon ? Aux mystères d'Éleusis, il suffisait de contempler. Ici même, je sais que jamais je ne m'approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer. Entré dans l'eau, c'est le saisissement, la montée d'une eau froide et opaque, puis le plongeon dans le bourdonnement des oreilles, le nez coulant et la bouche amère - la nage, les bras vernis d'eau sortis de la mer pour se dorer dans le soleil et rabattus dans une torsion de tous les muscles ; la course de l'eau sur mon corps, cette possession tumultueuse de l'onde par mes jambes - et l'absence d'horizon. Sur le rivage, c'est la chute dans le sable, abandonné au monde, rentré dans ma pesanteur de chair et d'os, abruti de soleil, avec, de loin en loin, un regard pour mes bras où les flaques de peau sèche découvrent, avec le glissement de l'eau, le duvet blond et la poussière de sel.

 

Je pense alors : fleurs, sourires, désirs de femme, et je comprends que toute mon horreur de mourir tient dans ma jalousie de vivre. Je suis jaloux de ceux qui vivront et pour qui fleurs et désirs de femme auront tout leur sens de chair et de sang. Je suis envieux, parce que j'aime trop la vie pour ne pas être égoïste. Que m'importe l'éternité. On peut être là, couché un jour, s'entendre dire : « Vous êtes fort et je vous dois d'être sincère : je peux vous dire que vous allez mourir » ; être là, avec toute sa vie entre les mains, toute sa peur aux entrailles et un regard idiot. Que signifie le reste : des flots de sang viennent battre à mes tempes et il me semble que j'écraserais tout autour de moi…

 

Albert Camus, Noces.

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Bivouac

1 Février 2020, 02:45am

Publié par Grégoire.

Bivouac

 

Le soleil soulevait chaque matin le couvercle du jour d’une lame orangée, trahissant d’un reflet sa venue dans le miroir de l’horizon opposé, éclairant du halo de sa lampe frontale sa destination.

 

pastedGraphic.png  Le désert tendait alors comme une supplication ses vieilles paumes ridées vers l’uniforme bleu du ciel. Comme un mendiant, guettant l’aumône. Comme un enfant pris en faute, pierres en mains, devant le vitrail céleste. Comme un calice tendu, attendant l’eau. Le ciel indifférent pouvait y lire ses lignes de vie comme autant de vaguelettes échouées.

 

 

 

 

Au bord des gueltas, des tessons de vases de sable et d’argile devenues coupelles hérissées retenaient quelques herbes sèches, vestiges de bouquets oubliés. C’est ici que le soleil a choisi de s’immoler depuis des milliers d’années, déversant chaque jour sa pâleur dans les mains ouvertes du désert, s’éclaboussant chaque soir sur leur pourtour.

 

pastedGraphic_1.png

 

 

Au front des touaregs quelques grains de sable trahissaient l’échange de prières à peine enfouies. Le feu du bivouac se nourrissait du bois sec ramassé dans la journée. La paume du désert continuait d’accueillir le feu, léchant la paume de nos mains en couvercle. Dès la tombée du jour nous tendions le remerciement de nos mains, à l’image du désert tendant la supplication des siennes.

D’une branchette, un touareg décapita lentement la tête enflammée du feu, la déposant de côté. Sur l’emplacement de cendres et de braises, il enfouit avec précaution une dernière prière, soleil modelé dans la pâte. Une heure plus tard la résonnance d’un bâton sur la cendre sableuse révélait la cuisson du pain. Le soleil blafard était devenu pleine lune dorée, relevée de ses cendres.

pastedGraphic_2.png

 

 

Quelques minutes plus tard la taguela s’émiettait en étoiles entre les doigts des touaregs. Lié d’un fil d’or de thé nous mangions alors quelques étoiles nées d’une pleine lune surgie des sables et d’un soleil reposant dans ses braises. L’homme et les astres partageaient alors leurs éclats.

 

 


Nous mangeons l’univers à même le sable. Demain les passereaux du désert en picoreront les miettes et sauront le chanter en un ruissellement bondissant aux failles des rochers.

Aux creux des mains ouvertes du désert, le ciel endeuillé de sa nuit, plus compatissant s’approchait, écarquillant ses milliards d’yeux. Discrètement, en cachette du jour, il déposait une fine cape d’humidité sur les élytres dépliées des scarabées, leur offrant une journée de vie à venir. A chaque espèce de quoi survivre jusqu’au drapé du prochain soir jeté sur le jour. Au reste végétal du désert une caresse de consolation, larme bue. Aux pierres, le craquement de l’érosion thermique, fêlure libérant l’ombre.

 

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La nuit couvre d’un fragile voile protecteur la vie du désert. Un lait caillé d’étoiles égouttait sa clarté dans le tamis d’un linceul mité, prêt à céder. De temps en temps quelques étoiles le traversaient, filantes. D’autres, plus hardies, bravaient la distance de sécurité, s’écartant du sillage du vaisseau fantôme.

 

De sa main d’enfant joueur le vent saisissait un brin d’herbe, unique rayon d’un astre s’ignorant et d’un coup de compas traçait les notes d’une nocturne à interpréter. Un orchestre d’insectes répétait sa partition, croisant leurs textes.

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D’autres nuits les sillons circulaires deviennent planètes autour desquels les scarabées tracent des voies lactées. De minuscules voies ferrées désaffectées, des chemins de traverses, des impasses sur l’immensité, des carrefours de rencontres, d’improbables frontières cartographient une géographie éphémère.

 

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Nous dormons à même le sable sur l’oreiller de nos songes que nous oublierons là. Un renard des sables viendra s’y rouler, en souvenir d’un temps où des princes questionnaient leur sagesse.
Au matin, tout ce qui vit dissimulé a écrit sur le sable son requiem ou sa ligne de vie et peut rêver du prochain lever de nuit.

Jean-François Debargue
(crédit photos 3-4-5 : Luc Feillée)

 

 

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