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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Il y a des fous... tellement fous !!

29 Octobre 2019, 18:17pm

Publié par Grégoire.

Il y a des fous... tellement fous !!

Nouveau Seul en scène

 

   Loufoque, burlesque, inattendu 

 

 de Grégoire Plus

 

 texte de Christian Bobin

 

Première le 14 novembre à Paris

 à Bordeaux du 21 au 25 novembre

et du 25 novembre au 1er décembre à Paris

du 4 au 12 décembre à Londres

 

 

«Nous ne cherchons tous qu’une seule chose, la douceur d’un amour sans déclin, entrer dans la lumière d’un regard aimant...» C. Bobin

 

« Ce que nous appelons «moi» et à quoi nous tenons tant est de même nature qu'un flocon de neige se heurtant à des milliers d'autres flocons semblables  dans une lutte hasardeuse et terriblement brève. » C. Bobin

 

 

Christian Bobin est un poète mystique contemplatif qui vient labourer notre cœur

pour déterrer nos capacités d’étonnement et d’émerveillement,

nous apprendre à cultiver l’inutile, à retrouver un regard d’enfant,

à redécouvrir la splendeur banale du quotidien...

 

 

« Bien peu de gens savent aimer, parce que bien peu savent tout perdre. Ils pensent que l'amour amène la fin de toutes misères. Ils ont raison de le penser, mais ils ont tort de vivre dans l'éloignement des vraies misères. Là où ils sont, rien ni personne ne viendra. » C. Bobin

 

 

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Notre solidité n’est qu’apparence

27 Octobre 2019, 11:56am

Publié par Grégoire.

Notre solidité n’est qu’apparence

Je reviens d’un pays où l’air se laisse toucher. Où l’on peut parfois le saisir à pleines mains dans son immobile moiteur ; ou inversement c’est parfois lui qui vous caresse, découvre vos contours et vous traverse enfin. Ceux qui traversent ce pays sont eux-mêmes traversés comme les sculptures voyageuses de Bruno Catalano, troués semblant l’ignorer défiant leur gravité et celle du monde, dignes lambeaux en mouvements.

L’air qui les traverse, l’air qui s’invite en nous interroge pourtant notre porosité. Cette capacité en nous à se laisser traverser qui commence, enfant, par une sensibilité que l’éducation s’efforce aussitôt de colmater.

L’air nous offre un cadeau. Celui d’interroger notre porosité. Par quoi, par qui t’es-tu laissé traverser ? Par quels silences, par quelles musiques, par quelles paroles ? Par quels regards, par quels sourires, par quelles larmes ? Par quels évènements, par quelles joies, par quels drames ?

Notre part de vide est notre part la plus signifiante. Physiquement, le vide séparant chacun de nos atomes est proportionnellement plus important que la distance de la Terre au Soleil et chacun de nos atomes est lui-même constitué de 99,99% de vide. Notre solidité n’est qu’apparence. Notre porosité est évidence. Intérieurement notre part de vide est sans doute toute aussi abyssale. Les blancs entre nos mots et nos actes sont des crevasses sans fonds. Notre part d’humanité disparait en d’innombrables galeries et puits sans désaltérer nos sécheresses. Seule une sueur âcre perle au bord du vide.

Notre identité est donc constituée de notre part la plus insignifiante. Aussi insignifiante qu’un garde-fou au bord du précipice. Ceux qui traversent ces contrées désertiques et se laissent traverser, migrants, fuyants ou cherchants ont bien souvent perdu leur identité et leurs bagages, les deux allant souvent de pair. La porosité en eux grandit, parfois jusqu’à les faire devenir parfaitement invisibles à nos yeux.

Nantis ou démunis, qui habite alors notre part de vide ? Ce qui nous traverse, le retenons nous ?

Dans les mailles du tamis ou du filet, quelle création peut naitre à partir de ce rien, si ce n’est l’art, si ce n’est une construction divine, si ce n’est une relation empathique, amicale ou amoureuse, c’est-à-dire s’adressant essentiellement au vide d’un(e) autre. Quelle pêche misérable ou miraculeuse relever de nos filets lancés ?

J’ai vu un peuple de réfugiés, privé de sa mer, privé de son identité, jeter pourtant dans leur vide désertique un espoir insensé aux mailles milles fois réparées. Ceux qui n’ont rien savent sans doute mieux que personne offrir à l’espoir cet espace en nous, à tous vents ouverts, et le rendre habitable.

Jean-françois Debargue

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Pour atteindre l'Amour ...

24 Octobre 2019, 16:37pm

Publié par Grégoire.

Pour atteindre l'Amour ...

Pour atteindre l'Amour, il y a quatre pas à mémoriser.

Le premier : être ici et maintenant, parce que l’amour n’est possible qu’ici et maintenant. Tu ne peux pas aimer dans le passé.

 

Le second pas vers l’amour c’est : apprends à transformer tes venins… en miel.

 

Le troisième pas vers l’amour c’est de partager tes éléments positifs, partager ta vie, partager tout ce que tu peux avoir.

Tout ce que tu as de beau, ne le cache pas.

 

Et le quatrième : ne sois rien.

Quand tu commences à penser que tu es quelqu’un, tu t’immobilises, tu te figes. Alors l’amour ne coule plus.

L’amour ne s’écoule que de quelqu’un qui n’est personne. L’amour réside dans le rien.

Quand tu es vide, il y a de l’amour.

Quand tu es plein d’ego, l’amour disparaît…"

Rumi

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L'affolante tyrannie des wagons de nos projets ....

22 Octobre 2019, 09:41am

Publié par Grégoire.

L'affolante tyrannie des wagons de nos projets ....

La vie est lumineuse d’être quelque part incompréhensible, mais c'est très déroutant ! pendant plusieurs dizaines d'années je n'ai eu qu'une petite fenêtre pour voir la vie : un rectangle ouvert sur un morceau de ciel pur ; ma vue s'est faite à cette exiguïté : j'ai appris à trouver les nourritures nécessaires à ma joie dans le vol aigu d'une hirondelle, dans l'interminable dérive d'un nuage, dans le bleu du ciel que lèchent tout le jour les grands arbres paresseux- J’ai appris à vagabonder, à demeurer dans ces fossés ou notre âme assise mâche un brin d’herbe en regardant passer les wagons de nos projets-

vivre est une chose simple : il suffit d'y consacrer chaque seconde de sa vie ! et il y a tellement à voir : ce matin j’ai vu neuf tulipes pouffant de rire dans un vase transparent. Elles avaient une manière rayonnante d’être là, sans défense, et elles m’ont dictées cette phrase : « Ce qui fait événement, c’est ce qui est vivant, c’est ce qui ne se protège pas de sa perte ». L'image physique du bonheur serait d'imaginer un rosier injurié par la grêle Il est dans le réel brut et pur. C'est lié à la joie.  Il faut savoir perdre Et trouver la joie dans la défaite. La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu.

Christian Bobin.

 

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La vraie naissance, la seule qui compte ...

19 Octobre 2019, 19:34pm

Publié par Grégoire.

La vraie naissance, la seule qui compte ...

Un papillon noir vole au-dessus du pré, devant ma fenêtre. Je le charge d'écrire pour moi les premières lignes de ce petit livre. Je reprendrai la main ensuite.

Je suis né au Creusot — mais cette phrase est trop vague. Je suis né à vingt-neuf ans, rue d'Allevard au Creusot, un soir d'automne. Mon visage s'est écrasé sur un visage si pur qu'il n'était pas de chair mais d'azur. Une porte sur l'autre monde mêlé aux infimes détails du nôtre.

Non, ce n'est pas encore ça. (Le papillon noir va dans l'air comme l'enfant dans le palais des glaces à la foire — partout il se heurte à l'invisible transparent).
La vraie naissance, la seule qui compte, c'est celle de l'esprit, son entrée subtile et fracassante en nous. L'esprit inonde les berceaux -une vague de lumière haute de plusieurs dizaines de mètres soulève l'humain dans son apparition. Puis, très vite, déçu par nos apprentissages qui sont autant de soumissions au monde, l'Esprit s'éloigne, recule, attend l'heure favorable pour revenir. Nous naissons par intermittences, cette histoire n'est jamais vraiment finie ni commencée.
 
Christian Bobin, l'amour des fantômes.

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La colère ...

18 Octobre 2019, 00:36am

Publié par Grégoire.

La colère ...

Si nous mettre en colère peut nous donner la sensation d'être plus fort, cela comporte aussi des risques, pour nous-même et pour les autres. Contagieuse, la colère provoque dans les relations humaines l'effet de la nitroglycérine.

 

Aristote et Malcolm X s’accordent pour reconnaître à la colère un immense pouvoir de réalisation. « La colère, dit Aristote, est nécessaire : on ne peut forcer aucun obstacle sans elle, sans qu’elle remplisse notre âme et échauffe notre enthousiasme. Seulement il la faut prendre non comme capitaine, mais comme soldat. [1] » Malcom X lui attribue également le pouvoir de changer les choses : « Habituellement, quand les gens sont tristes, ils ne font rien. Ils pleurent juste sur leur condition. Mais quand ils se mettent en colère, ils provoquent un changement » [2].

La principale qualité de la colère réside dans le regain de puissance qu’elle procure. La colère rend plus fort musculairement et, ce faisant, elle permet de prendre le dessus sur la situation ou sur les autres. Elle est une espèce de révolte, une manière de dire « non » à la réalité et d’imposer sa volonté au monde, de forcer celui-ci à nous donner ce qu’on désire. Mais ce regain de puissance s’accompagne de nombreux effets négatifs qui rendent son usage extrêmement risqué : l’enlaidissement, l’ensauvagement, l’aveuglement, l’improbité, la désocialisation et la haine.

L’enlaidissement

Celui qui se met en colère revêt le masque de la laideur : « les traits de sa figure bouffie se décomposent en un spectacle hideux et effrayant » [3] dit Sénèque. Et cet effet de la colère n’épargne personne. Joseph-Pascal Hiver de Cunlhat souligne que : « Les traits de la figure la plus douce et la plus gracieuse deviennent tout à coup effrayants (…) » [4]. C’est pourquoi, Sénèque suggère de montrer au coléreux son visage dans un miroir : « Comme le rapporte Sextius, certaines personnes en proie à la colère ont gagné à se voir dans un miroir. Elles furent bouleversées d’une telle métamorphose. Confrontées à elles-mêmes, pour ainsi dire, elles ne se sont pas reconnues. [5] » Le docteur Jean Héroard (1551-1628) employa ce stratagème avec le Dauphin dont le roi Henri IV lui avait confié l’éducation : « Monsieur voiés sur le miroir comme vous êtes quand vous êtes en colère » [6].

 

L’ensauvagement

La colère provoque « le réveil du tigre » [7] : coup de gueule et coup de sang qui peuvent conduire à la folie – à la manière d’Ajax dans l’Iliade – ou, à tout le moins, à ressembler de plus en plus à un animal féroce. Dans la mythologie grecque, la déesse Lyssa personnifie la folie furieuse, la frénésie destructrice et la rage des animaux. Son nom signifie « rage, fureur, frénésie » en grec ancien et dérive du mot Λύκος / Lykos signifiant « loup » [8]. Même s’il existe des colères sourdes ou froides, la plupart du temps, les colères se traduisent par les yeux injectés de sang et sortant des orbites, la voix qui gronde ou qui aboie et des gestes saccadés et brutaux ; autant dire que le comportement devient agressif. La colère a tous les signes de la menace et de l’agression et elle annonce la violence. L’homme en colère semble incontrôlable et incapable de respecter une quelconque règle ou de se fixer une quelconque limite.

 

L’aveuglement

La colère entraîne une perte de lucidité, c’est-à-dire de la capacité de voir et de comprendre ce qui se passe. En d’autres termes, la colère aveugle. Plutarque dit ainsi : « A la vérité, les autres passions, même dans leur effervescence, cèdent jusqu'à un certain point aux conseils de la raison, qui vient au secours de l'âme. La colère non seulement écarte la raison et produit mille maux, comme le dit Mélanthius, mais elle la chasse et la bannit. Telle qu'un homme qui se brûle dans sa propre maison, elle remplit l'âme de confusion et de trouble, et les vapeurs funestes dont elle obscurcit la raison, l'empêchent de rien voir et de rien entendre de ce qui pourrait la modérer. Aussi serait-il plus facile de faire entrer un pilote dans un vaisseau battu de la tempête et livré à la merci des flots que d'amener un homme violemment agité par la colère à recevoir les conseils d'autrui, si ses propres réflexions ne l'y ont pas déjà préparé. [9]» Saint Thomas d’Aquin en convient : « La colère est donc, de toutes les passions, celle qui le plus manifestement trouble le jugement de la raison : "Mon œil est troublé par la colère", dit le Psalmiste (31, 10 Vg). [10]» S. Grégoire écrit que "la colère retire la lumière de l'intelligence, lorsqu'elle trouble l'esprit en l'agitant". [11]» George Chaucer affirme également que : « l’homme en colère n’a pas les idées claires, et qui n’a pas les idées claires ne saurait bien juger. [12] »

Le premier aveuglement réside dans la gravité de son objet qui explique qu’elle tend à s’auto-entretenir. Montaigne souligne qu’à travers la colère, « les fautes nous apparaissent plus grandes, comme les corps au travers d’un brouillard » [13]. Schopenhauer estime également que : « La colère provoque immédiatement une illusion consistant en une dilatation et une distorsion monstrueuse de la cause qui leur a donné naissance. Or, cette illusion accroît à son tour la colère, et, par suite de cette colère accrue, s’agrandit encore elle-même. Ainsi leur action réciproque augmente continuellement, jusqu’à aboutir à une brève fureur. Les personnes impulsives qui commencent à s’irriter, devraient chercher à la chasser de leur esprit sur le moment. En effet, si la chose leur revient à l’esprit une heure après, elle sera loin de leur paraître aussi grave, et peut-être même l’envisageront-elles comme insignifiante » [14].

Le deuxième aveuglement réside dans le regain de puissance acquis en se mettant en colère. George Chaucer constate que « celui qui est sous le coup de la colère et du courroux s’imagine toujours qu’il pourra faire des choses qui en réalité dépassent ses moyens» [15].

Ainsi la colère rend les idées confuses et provoque une illusion de gravité de la situation et une illusion de force pour la résoudre. Il n’est donc pas étonnant qu’elle fasse dire et faire n’importe quoi, ou tout du moins, des choses que l’on n’aurait jamais dites ou faites autrement. Lorsque les ponts que le roi Xerxès avait fait construire sur l’Hellespont furent détruits par une tempête, emporté par sa colère, il en fit fouetter les eaux. « À cette nouvelle, Xerxès, indigné, fit donner, dans sa colère, trois cents coups de fouet à l'Hellespont (…) il est certain qu'il commanda qu'en les frappant à coups de fouet, on leur tint ce discours barbare et insensé : « Eau amère et salée, ton maître te punit ainsi parce que lu l'as offensé sans qu'il t'en ait donné sujet. Le roi Xerxès te passera de force ou de gré. C'est avec raison que personne ne t'offre des sacrifices, puisque tu es un fleuve trompeur et salé. » Il fit ainsi châtier la mer, et l'on coupa par son ordre la tête à ceux qui avaient présidé à la construction des ponts. [16]»

L’improbité

L’homme en colère tend également à être de mauvaise foi, c’est-à-dire à être malhonnête intellectuellement. Montaigne affirme que : « Il n’est passion qui ébranle tant la sincérité des jugements que la colère » [17]. L’homme en colère, emporté par son désir de plier le monde à sa volonté, en vient à vouloir le plier à sa raison. De ce fait, il perd sa probité. Sénèque avertit ainsi que : « La raison veut décider ce qui est juste ; la colère veut qu'on trouve juste ce qu'elle a décidé. [18]»

La désocialisation

La colère est le canal naturel de l’agressivité et de la violence. Ce faisant, elle rompt la socialité, détruit l’harmonie des relations et outrage autrui, car elle l’effraie et l’offense, voire l’humilie ; elle peut donc abimer durablement les relations et éloigner de soi. La colère isole.

La haine

Enfin, la colère peut dégénérer en haine, notamment si elle dure. Sénèque la considère comme pire que la méchanceté et l’envie « car celles-ci veulent le malheur d’autrui, alors qu’elle-même le fait (…) [19]». Puisqu’elle cherche à nuire à autrui, elle s’apparente à une haine en acte. Sénèque considère ainsi que « la colère invite à la haine » [20]. Saint Thomas d’Aquin s’accorde avec l’opinion de Cicéron et de Saint Augustin qui, tous deux, établissent un lien de causalité entre la colère et la haine : « S. Augustin dit dans sa "Règle" que "la colère en grandissant devient de la haine", et Cicéron, dans l'ouvrage cité ci-dessus que "la haine est une colère invétérée". [21]» Saint Thomas précise que : « Quand on dit que la colère s'accroît jusqu'à la haine, on ne doit pas l'entendre de l'évolution d'une seule et même passion, comme si la colère devenait de la haine en vieillissant ; il s'agit de la causalité d'une passion sur l'autre. En durant, la colère engendre la haine. [22]»

On le voit, la première victime de la colère est le colérique lui-même ; d’où l’importance de savoir réfréner sa colère, d’éviter autant que possible de parler ou d’agir sous l’empire de la colère (et singulièrement de prendre des décisions) et de veiller à ce que sa colère ne dégénère pas en haine. De surcroît, la colère provoque des dommages collatéraux sur les autres. Elle agit dans les relations humaines comme de la nitroglycérine. Son emploi, même à petite dose, provoque toujours une déflagration dont il est difficile de contrôler les effets, d’autant, qu’à l’instar des autres émotions, elle est contagieuse. En se mettant en colère, on risque de mettre les autres en colère. Or, s’il est déjà difficile de calmer sa colère, il l’est plus encore de calmer celle des autres, surtout si on en est la cause : « l’homme en colère, comme le note Sénèque, ne sait que proférer de mauvaises paroles, et par ces méchantes paroles il soulève la colère, le courroux d’autres que lui » [23]. On comprend donc que Sénèque avertisse sur le potentiel de destruction mutuelle que renferme la colère : « Les hommes sont nés pour une mutuelle assistance ; la colère est née pour la destruction commune » [24].

 

[1] Sénèque, De la colère, trad. Joseph Baillard, in Sénèque le Jeune, Œuvres complètes, Hachette, volume 1, Livre I, IX, 2, 1914, p.9.
[2] “Usually when people are sad, they don't do anything. They just cry over their condition. But when they get angry, they bring about a change.”) (D’habitude, quand les gens sont tristes, ils ne font rien. Ils pleurent juste sur leur condition. Mais quand ils sont en colère, ils agissent pour le changement) (Malcolm X, Speaks : Selected Speeches and Statements, 1965).

[3] Sénèque, De la colère, trad. Nicolas Waquet, Paris, Éditions Payot et Rivages, 2014, I, I, 4, p.24.
[4] Joseph-Pascal Hiver de Cunlhat, Essai sur la colère, Paris, Imprimerie de Didot Jeune, 1815, p.18.
[5] Ibid., II, XXXVI, 1, p.107.
[6] Jean Héroard, De l’institution du Prince (1609). Anecdote racontée par Pierre Chaunu, Colère contre colère, Paris, Seghers, collection Les raisons de la colère, 1991, p.13.

[7] Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte 2, scène IX.
[8] Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, tome I, article Λύσσα, p. 651.
[9] Plutarque, Des moyens de réprimer la colère, in Œuvres Morales, 453f-454a.

[10] Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Prima Secunda, Q.48, Art.3.
[11] Ibid.
[12] George Chaucer, « Mellibée », Les Contes de Canterbury, Gallimard, 2000, pp.446-447.
[13] Michel de Montaigne, op.cit., p.1110.
[14] Arthur Schopenhauer, Parerga et Paralipomena, trad. Jean-Pierre Jackson, Coda, 2005, §323, p.886.
[15] George Chaucer, Ibid.
[16] Hérodote, Histoire, trad. Larcher, Paris, Charpentier, 1850, VII, 35.

[17] Michel de Montaigne, Les Essais, LaPochotèque, Le Livre de Poche, 2001, II, 31, p.1109.
[18] Sénèque, De la colère, trad. Nicolas Waquet, Paris, Éditions Payot et Rivages, 2014, I, XVIII, 1, p.50. (Sénèque, « De la colère », in Œuvres complètes, trad. M. Nisart, J.-J. Dubochet et compagnie éditeurs, Paris, 1838, I, XVIII, 1, p.13.

[19] Sénèque, De la colère, trad. Nicolas Waquet, Paris, Éditions Payot et Rivages, 2014, III, IV, 5, p.119.
[20] Sénèque,op.cit., III, IV, 6, p.119.
[21] Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Prima Secundae, Q.46., Art.3.
[22] Ibid.
[23] George Chaucer, Ibid.
[24] Sénèque, « De la colère », in Œuvres complètes, trad. M. Nisart, J.-J. Dubochet et compagnie éditeurs, Paris, 1838, I, V, p.4.

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Certains ont une âme et ne le savent pas, d'autres l'ont perdue, échangée contre un plat de lentilles et des applaudissements.

16 Octobre 2019, 23:39pm

Publié par Grégoire.

Certains ont une âme et ne le savent pas,  d'autres l'ont perdue, échangée contre un plat de lentilles et des applaudissements.

Plus il y a d'images moins on voit, les images qui nous reviennent en force c'est nous-mêmes qu'ils les avons conçues pendant notre sommeil de ce que nous appelons la vie et qui n'en est pas une en réalité, je crois que ces images nous rendent aveugles.


Il faut apprendre à s'éloigner un tout petit peu de soi, quitter les mauvais singes des soucis qui sautent sur vos épaules tout le temps, et tout d'un coup vous n'êtes plus là, vous êtes un pur regard.


Christian Bobin

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Chacun de nous a sa vanité, et cette vanité consiste à oublier que les autres ont une âme semblable à la nôtre.

11 Octobre 2019, 15:38pm

Publié par Grégoire.

Chacun de nous a sa vanité, et cette vanité consiste à oublier que les autres ont une âme semblable à la nôtre.

Le plaisir que l'art nous offre ne nous appartient pas, à proprement parler : nous n'avons donc à le payer ni par des souffrances, ni par des remords.
Par le mot art, il faut entendre tout ce qui est cause de plaisir sans pour autant nous appartenir : la trace d'un passage, le sourire offert à quelqu'un d'autre, le soleil couchant, le poème, l'univers objectif.
Posséder, c'est perdre. Sentir sans posséder, c'est conserver, parce que c'est extraire de chaque chose son essence.

Fernando Pessoa

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5 Octobre 2019, 17:59pm

Publié par Grégoire.

Son oeuvre est celle d'un homme qui a fait le pari de l'émerveillement et de la simplicité. 

Dans Pierre,(Gallimard) il raconte son voyage, depuis Le Creusot jusqu'à Sète, une nuit de Noël, pour rencontrer Pierre Soulages. Au gré de ce trajet, souvenirs, sensations et fantômes refont surface. Un texte envoutant qui interroge l'art d'être présent au monde. 

Les éditions de l'Herne viennent de lui consacrer un cahier. 

On parle de regards, de présences, d'âmes, de livres, d'angoisses, de peinture et de grâce, avec Christian Bobin, invité de Boomerang. 

Extraits de l'émission

"Plus il y a d'images et moins on voit"

"Quand j'écoute Glenn Gould, cette musique, ce quasi-silence me renvoie au devoir commun que nous avons : être des anges"

"Les hommes créent par crainte de disparaître sans être jamais apparu"

"Un livre, c'est le compagnon invisible des jours et des nuits. C'est un homme, une femme qui nous entend et qui se met mystérieusement à nous parler"

"Faire un pas en arrière. Laisser l'ambition et les projets. Etre un pur regard. Et là, dans vos yeux, c'est la vie la plus belle qui s'engouffre"

"Résister c'est prendre appui sur ce qui existe vraiment, c'est ne pas donner la moindre chance au nihilisme régnant partout"

 

PIERRE,

 

Résumé

Ce livre n'est ni un essai, ni une biographie de Pierre Soulages, c'est un exercice d'admiration doublé d'une réflexion sur la « présence » du peintre et sur « l'énigme du surgissement de toute présence sur terre », qu'il s'agisse du père de l'auteur, d'un chauffeur de taxi ou de l'inconnu rencontré dans le train de Sète. Après nous avoir fait entendre la voix du peintre, visiter sa demeure parisienne, son atelier-garage, voir ses tableaux, rencontrer ses amis, bref cerner ce qui incarne la « présence » de Soulages, Christian Bobin nous raconte son voyage en train la nuit de Noël 2018 pour fêter à Sète l'anniversaire du peintre, ce qui lui permet de développer sa « thèse de philosophie » et d'achever un portrait intime et « en couleur » du peintre de l'outrenoir. Tout l'art déployé par l'auteur montre ici son efficacité : qu'on aime ou non la peinture de Soulages, on est séduit et touché.

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Ceux qui ne font rien, ce sont eux, les courageux.

3 Octobre 2019, 15:16pm

Publié par Grégoire.

Ceux qui ne font rien, ce sont eux, les courageux.

Quel regard portez-vous sur la politique et ceux qui la font exister?

FABRICE LUCHINI. - Je n’ai pas de grande légitimité pour porter un regard sur tout et je ne veux pas «poujadiser» en les prenant de haut, non, ou en les méprisant, surtout pas. Comment ne pas reconnaître, par exemple, le dévouement fabuleux des maires? Je ne les méprise pas du tout, mais, comment dire, je les trouve impressionnants de vitalité. Je ne pourrai jamais avoir leur vie pour une simple raison: ils n’ont pas le droit de flotter. Je ne les vois pas prendre le temps d’écouter Bach le matin. Tout cela est étranger à ma personnalité. Et puis, ils s’intéressent au réel, ils ont envie d’aider les gens, ils veulent changer le monde. C’est admirable mais, pour moi, c’est inaccessible. Quand je pense à leur existence, les mauvais jours, il m’arrive de songer à Sacha Guitry dans Faisons un rêve. On lui demande «Vous êtes avocat?», et il répond: «Oui, oui je suis avocat mais je n’exerce pas: je n’arrive pas à m’intéresser au problème des autres.» Il faut évidemment entendre tout ça avec la voix et le ton sublimes de Guitry.

 

Ils défendent des idées…

La question des militants me fascine. J’ai posé cette question à Olivier Besancenot. Il était sur le quai d’une gare. Je lui ai dit: «J’ai une question à te poser: pourquoi Krivine?» Pourquoi un homme cultivé, qui a traversé le gauchisme, qui a vécu la trahison des socialistes modérés, continue à croire cinquante ans après que la seule solution à l’existence, c’est l’appropriation des moyens de production par la classe ouvrière? Je n’ai pas d’opinion sur le fond, mais je reste fasciné par la constance de Krivine.

 

Les hommes de pouvoir vous impressionnent-ils?

Bien sûr. Ils ont un charisme qui les réunit tous: de Giscard à Hollande, de Chirac à Macron, en passant par Sarkozy. Ils sont comme les grandes stars: à la seconde où ils te disent bonjour, tu es choisi, tu es élu. Aucune frontière. Aucune distance entre ce qu’ils sont et ce que tu es. Tu es des leurs. Leur aisance communicative frise le génie. Tu n’es pas moins qu’eux. Comme avec Johnny Hallyday. Je me souviens d’après-midi avec lui. On discutait: il me parlait des rôtissoires. Il faut savoir qu’à ce moment-là, il regardait toute la nuit le «Téléachat». Il me disait: «Tu sais, comme je ne peux pas aller dans les magasins j’achète via le “Téléachat”. Notamment des rôtissoires.» Il en avait acheté une centaine et il en offrait à ses copains. «Est-ce que tu aimes les rôtissoires?» Il me demandait ça d’un coup. Le surgissement de cette question avait quelque chose de troublant: «Tu aimes bien les rôtissoires, toi?»

 

Qu’est-ce qui anime, selon vous, les hommes politiques?

Je n’ai pas de réponse précise… Peut-être la volonté de toute-puissance? Le divertissement pascalien, certainement. Je discutais cet été avec François-Xavier Bellamy justement de Pascal, ce moraliste génial. Nous parlions de l’idée selon laquelle les rois ont un métier merveilleux parce que des centaines de gens passent leur temps à leur faire oublier leur humaine condition. Pascal dit vrai: les hommes politiques n’ont plus aucun problème métaphysique. Ils bossent de 7 heures à 23 heures. Pas de place pour le tourment.

 

Il faut reconnaître qu’ils ne comptent pas leur temps...

C’est leur privilège. Ce ne sont pas les grands travailleurs qu’il faut aider mais les oisifs. Ceux qui ne font rien, ce sont eux, les courageux. Affronter l’absurdité de la vie face à aucune insertion sociale, c’est inouï. Le héros métaphysique, ce n’est pas Mark Zuckerberg, c’est celui qui est confronté à la retraite. La grande référence de l’homme de droite, c’est celui qui dit: «Moi, j’ai beaucoup bossé.» C’est méritoire mais, en fin de compte, c’est assez simple! Ce qui est épouvantable, c’est de ne pas être occupé. La retraite (et le mot le dit), c’est se retirer du monde, c’est une sorte de leçon de ténèbres. «Vieillir, c’est la dépression, me disait un psychanalyste, tu peux toujours demander à ta femme de 85 ans de s’habiller en Jamaïcaine dans un Club Méditerranée avec des colliers de fleurs, ça n’enlève pas le problème: c’est bientôt la fin.» Et quelle admirable endurance ont les êtres humains! C’est une leçon absolue.

 

Si vous ne parvenez pas à être de gauche, vous êtes donc de droite?

Je suis assez flottant idéologiquement, mais je n’ai pas le mythe du gagnant. J’ai rencontré des gagnants (ils étaient souvent de gauche): j’étais accablé de leur pauvreté. Quand je suis à l’île de Ré et que je vois plein de gens du CAC 40, je mesure leur misère intérieure. Je préfère la nuit lire le journal de Cioran. Il a presque tout raté, Cioran, mais sa culture est absolument immense. Il connaît tout, Cioran: le christianisme, l’hindouisme, le bouddhisme, le tantrisme. Les gens du CAC 40, comme les politiques, n’ont plus le temps de ne rien connaître.

 

Suivez-vous la campagne des élections municipales à Paris?

Au tout début de la campagne de Cédric Villani, vu mon tempérament pessimiste, j’ai eu peur pour lui. À cause de la cravate, peut-être, une lavallière. Je craignais que les gens pensent comme Nietzsche: «Méfiez-vous des hommes pittoresques.» Quand Villani a surgi, moi qui ne suis pas un fin interprète de tout ça, je me suis interrogé: «La lavallière passera-t-elle?» C’était un peu comme quand, lors d’un dîner avec Édouard Balladur, j’ai vu son loden, le teckel… Je me suis dit: «Aïe! Aïe! Aïe! Ça va pas être facile.» Balladur était très fin et très intelligent, mais ça n’a manifestement pas marché. À cause sans doute du loden, ou du teckel, ou des deux. Puis la médaille des mathématiques, chez Villani, m’a impressionné. D’autant que je hais cette matière: c’est à cause d’elle que je me suis fait renvoyer de l’école. Après, ce sont les cheveux qui m’ont étonné chez lui. Tout m’a étonné jusqu’au moment de la danse. Parce qu’il a dansé. Vous vous souvenez du questionnement de Nietzsche: quand je vois un homme, un écrivain, la première chose qui me traverse l’esprit, dit le philosophe, se résume en une question: «Sait-il marcher?» Mieux: «Sait-il danser?» Villani, on ne peut pas dire qu’il danse mal, mais on ne peut pas dire qu’il danse bien. Il est peut-être en train de créer une nouvelle grille de la danse. Et là, je me dis que tout est possible…

 

Que pensez-vous d’Anne Hidalgo?

Il faut dire toute notre sidération pour cette femme, maire de Paris, qui est parvenue, à certains moments de la journée, à immobiliser un million de voitures. Ce n’est pas rien, quand même, un million de voitures! D’autant qu’elle les immobilise avec une absence de révolte de l’homme à la voiture. C’est quand même très fort. L’homme à la voiture est un agneau avec Hidalgo alors que l’homme à la voiture, avant, était un agressif, un couillu. L’homme à la voiture la ramenait avec sa grosse bagnole mais l’homme à la voiture aujourd’hui ne dit plus rien. L’homme à la voiture est éteint. L’homme à la voiture désormais a peur, les rares fois où il avance. Il se dit qu’il peut écraser deux piétons, cinq trottinettes et une dizaine de vélos. L’homme à la voiture a été émasculé. Il ne se révolte pas. Il vient de sa banlieue, il attend des heures entières, il repart, mais il ne dit rien. Il se tait, il n’a plus droit à la parole puisqu’il n’habite pas à Paris. Il n’a pas un appartement à 12.000 euros le mètre carré. Il est éteint socialement, psychiquement, spirituellement. On l’a écrabouillé.

 

Il regarde passer les vélos?

C’est ça, le prodige d’Anne Hidalgo. Elle est parvenue à provoquer une transmutation des valeurs en changeant la nature de ceux qui créent le chaos. C’est-à-dire que le bruit, l’agressivité, la méchanceté ne sont plus du côté de la voiture. Ils ont basculé du côté du deux-roues! On ne parle pas assez de la méchanceté des deux-roues. Il y a trente ou quarante ans, le deux-roues, c’était la continuité de la vie en Italie, c’était la possibilité d’être Nanni Moretti sur son Vespa. L’homme du deux-roues n’avait pas besoin d’agresser au feu rouge, parce qu’il savait qu’il ne serait jamais pris dans aucun embouteillage, il n’y avait donc aucune raison de paniquer. Maintenant, le deux-roues fait un départ fulgurant, bruyant, hystérique quand le feu devient vert. Il n’a plus aucune poésie. Autrefois, le deux-roues, c’était Vacances romaines, Audrey Hepburn. Les deux-roues nous disaient: «Nous n’appartenons pas à ce monde, nous sommes libérés de toute entrave.» Le deux-roues, c’était avoir le visage dans le vent. Aujourd’hui, les conducteurs ont leur portable dans chacune des oreilles, écrasé entre leur casque et leur tête. Observez les deux-roues et vous comprendrez le siècle que nous traversons.

 

Vous pratiquez le deux-roues?

Depuis quarante ans. Quand j’étais coursier, la plus belle période de ma vie (c’était il y a très longtemps), je traversais la place Saint-Augustin avec ma mobylette bleue, mon panier Labiche dans lequel je transportais des salades hawaïennes, des bœufs bourguignons. Je faisais quinze adresses et quand, vers 9 heures, l’air était plus frais, on sentait qu’on n’était pas loin du Havre, pas loin d’Honfleur, on sentait qu’il y avait de la Manche et un peu d’Océan. Ma mère me disait: «Plus je sens que tu as bonne mine, plus je t’encourage à rouler comme ça dans Paris.» Le temps depuis a passé et cette ville est de moins en moins habitable, elle est devenue tragiquement visitable.

 

En quoi le personnage que vous interprétez dans le film Alice et le maire vous ressemble-t-il?

Je dis dans ce film des choses qui sont à l’opposé de ce que je pense. Je ne suis pas progressiste et, même quand on me parle de progrès, je me méfie. Je ne suis pas socialiste non plus et, quand on m’en parle, je pense souvent comme Flaubert quand il était accablé par les leçons de socialisme de George Sand, et qu’il lui répondait: «J’ai l’entendement obtus pour les idées peu claires. Je retourne chez les Bédouins, ils sont libres.» Mais cela n’a rien à voir avec le jeu d’acteur.

Ce personnage est au cœur d’une crise existentielle. Il veut se nourrir dans la tradition philosophique. Il a toujours eu des idées et là, il n’a plus aucune idée. Il est énigmatique. Mais, pour jouer ce rôle, je me suis contenté de suivre le texte admirablement écrit par Nicolas Pariser. En réalité, nous sommes des mystiques du texte pour que le texte n’existe plus au moment où le gars dit: «Moteur!»

 

Mais vous incarnez parfaitement ce maire…

On incarne grâce à la structure écrite. C’est véritablement le travail du texte qui fait que je n’ai aucun besoin de penser l’état psychologique du maire. Il ne faut jamais travailler en psychologisant. Je n’ai rien intellectualisé. Il fallait, avec cette merveilleuse Anaïs Demoustier, respirer le texte. Ce serait une catastrophe de penser son rôle. On ne doit pas être trop informé sur le personnage. Les informations rendent malicieux, rendent intelligent: deux choses impossibles dans notre métier.

 

C’est un film très écrit.

Comme Guitry, comme Pagnol, comme Rohmer, Nicolas Pariser, le metteur en scène, offre des dialogues d’une précision absolue, d’une drôlerie efficace. Les gens rient beaucoup. Vous me direz que tout le monde rit tout le temps aujourd’hui, mais je crois que, devant ce film, les spectateurs ne ricanent pas, j’oserais même dire que leur rire est franc et qu’il est fin.

 

La structure porte l’acteur comme au théâtre…

Je prépare un spectacle pour le mois de novembre, en plus des Écrivains parlent d’argent, un spectacle sur les portraits qui s’appellera Conversation. Dans le spectacle, Jean Cau sera central, mais on entendra Rimbaud, Baudelaire, Philippe Lançon et, pour le portrait de Molière, j’ai cherché longtemps sans trouver. Et puis quelque chose s’est imposé: Alceste et Philinte ; c’est eux, Molière.

 

Pourquoi le portrait?

Le portrait, c’est ce qui m’intéresse le plus dans la littérature. Il révèle la vérité que les êtres dissimulent toute leur existence. «Je ne m’intéresse plus aux hommes, à leurs opinions, c’est leur trognon qui m’intéresse, écrit Céline à Emmanuel Berl. Pas ce qu’ils disent, mais ce qu’ils sont. La chose l’homme en soi c’est presque toujours le contraire de ce qu’il raconte mais c’est là que je trouve ma musique dans les êtres malgré eux. Pas dans l’angle qu’ils me présentent. Je les viole.» Les journalistes, les politiques regardent les choses dans l’angle qu’on leur présente. L’observateur littéraire est un ramasseur de croquis. «Nous avons cueilli quelques croquis pour votre album vorace», dit Baudelaire.

 

Pourquoi Jean Cau?

Le hasard peut être un peu la grâce. Jean Cau, pour la légende, c’est l’ancien assistant de Jean-Paul Sartre qui abandonne sa famille et qui rejoint Le Figaro Magazine et Paris Match. Un vieux con, Jean Cau? Un Saint-Simon contemporain et je n’exagère pas.

 

Que cherche un comédien?

«Pour être comédien il faut se montrer, dit Jouvet. C’est d’abord un plaisir de vanité pure et de présomption téméraire qui dure parfois jusqu’à la mort. Mais un jour, tu t’aperçois que pour vraiment exister, il faut se dépersonnaliser. Si tu veux être toi-même, il faut abandonner toute ton identité.» Pour être soi-même, il faut s’oublier et, surtout, surtout, abdiquer l’intelligence. Si quand tu joues Alceste tu arrives avec ta colère moderne, immédiate, psychologique, ta petite colère en quelque sorte provoquée par un taxi, les impôts ou autre chose de bien médiocre, tu dévoieras le texte et on n’entendra plus rien. La colère d’Alceste est universelle, elle n’est pas psychologique.

 

Êtes-vous nostalgique?

Tout a été dit là-dessus: certains disent que c’est un péché et d’autres une merveilleuse matière à création. Sur tout ça, on ne peut constater qu’une chose: le génie prophétique de Philippe Muray. Avec lui, toute l’époque a été photographiée, analysée et est devenue un prétexte à rire. Il a vu la glisse comme idéal, l’infantéisme, l’enfant-roi comme morale, l’empire du Bien, le tourisme de masse comme anéantissement de toute réalité des pays dans leur mystère: «Elle est morte un matin sur l’île de Tralâlâ, des mains d’un islamiste anciennement franciscain, prétendu insurgé et supposé mutin qui la viola deux fois puis la décapita…» La ville comme parc d’attractions. Les cataclysmes. Le festif comme unique réalité qui détruit toute la richesse du réel.

 

Les cataclysmes?

Il y a vingt-cinq ans, je vais déjeuner avec Michel Bouquet. On entre dans un restaurant en haut de la rue Caulaincourt qui s’appelle La Terrasse… «Quand on arrive vers ces heures-là, écrit Céline, en haut du pont Caulaincourt on aperçoit les premières lumières de Rancy. C’est sur l’autre bord Rancy.» La femme qui nous accueille nous dit: «Fumeur ou non-fumeur?» Bouquet me regarde et me dit: «Tchernobyl vient de nous éclater à la gueule et elle nous demande si c’est fumeur ou non-fumeur.»

 

Quid du réchauffement climatique?

On pourrait considérer que par sa prodigieuse formule «L’Occident s’achève en bermuda», Muray évoquait sans le savoir le réchauffement climatique. Je n’ai pas envie de jouer les Cassandre mais, dans le Midi, il n’y a plus d’eau ; à Paris, il n’a pas plu pendant trois mois, mais tout le monde est content d’être en tongs au mois d’octobre. Les gens sont à la fois écolos et fous de bonheur d’avoir le cul à l’air jusqu’à fin novembre. Tout cela est fascinant.

 

L’éternel été vous angoisse?

Cette formule idiote qu’on entend maintenant: «Bel été!», «J’espère que vous avez passé un bel été.» Pourquoi tout d’un coup dans les mails, les SMS, tout le monde s’est mis à dire «Bel été»? Les gens auront-ils le courage de dire en janvier «Bel hiver»? Personne ne dit jamais «Bel hiver» ! «Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres/Adieu, vive clarté de nos étés trop courts/J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres/Le bois retentissant sur le pavé des cours/J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe… C’était hier l’été ; voici l’automne!» Vous préférez «Bel automne» ou Baudelaire? Moi, j’ai choisi mon camp.

 

http://www.lefigaro.fr/vox/culture/baudelaire-hidalgo-le-pouvoir-l-argent-fabrice-luchini-se-confie-au-figaro-magazine-20190927

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