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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Fatma

26 Février 2019, 02:52am

Publié par Grégoire.

Fatma

Certains êtres de passage envahissent d’avantage que ceux qui partagent le quotidien. La petite Fatma s’invite donc régulièrement dans ma mémoire. C’est au camp d’El Ayoun, dans la Daïra d’Emgala, sous la tente de ses parents que j’ai fait sa connaissance. Fatma avait trois modes d’expression. Peut-être d’avantage, mais je n’en percevais que trois.

Un petit bracelet de perles de bois à son poignet gauche qu’elle frappait sur un petit plateau de métal, mots de bois résonnant sur un palais argenté.

Des pleurs qui pouvaient durer des heures, parfois des jours. Sa capacité d’épuisement permettait d’estimer la force dérisoire et surprenante qui lui restait.

Enfin un sourire illuminant sa tête désarticulée, passerelle fragile tendue entre notre monde et le sien. Sourire devenant rire lorsque sa sœur Dounda se mettait à chanter.

La petite fille était née quatre ans plus tôt et n’avait pu respirer correctement pendant ses premières heures de vie. C’était pendant ces jours de pénurie de carburant organisés. Car pour empêcher les trafics, l’Algérie organise la pénurie à ses frontières. Et les camps sahraouis sont dans la zone frontalière. Fatma devenait donc le dégât collatéral d’une immobilisation temporaire forcée dans l’immobilisation plus large d’un peuple nomade exilé. Dans les camps où l’absence d’espoir est entretenue pour étouffer un peuple, l’absence de carburant empêchait une petite fille de respirer. Elle empêchait son transfert vers un hôpital à l’extérieur du camp. Fatma restera pour cela bloquée entre deux mondes. Dans l’exil d’un exil. Dans le désert d’un désert. Petite nomade immobile n’emportant dans sa traversée qu’un bracelet de perles de bois, une provision de larmes et quelques sourires aux visages passant entre elle et son ciel de tente.

Trois ans plus tard, son père s’endettera pour acheter une voiture et roulera parfois des nuits entières pour qu’enfin Fatma s’endorme du bercement des pistes plus que de pleurs d’épuisement. Une forme d’expiation véhiculaire, tardive et inutile. Quelques heures de sommeil contre une vie volée de petite fille. La seule repentance ne fut que mécanique, pas même humaine.

Cet homme solide qui ne vous rendait votre main qu’avec regret quand il vous saluait, cherchait du matin au soir par tous les moyens matériels ou spirituels à améliorer les conditions de vie de Fatma.

Il mourut brusquement, sans raison apparente. Du jour de sa mort, la petite Fatma cessa de manger, de sourire, de faire sonner ses perles à nos oreilles coupables d’impuissance. Elle ne cessa de pleurer et s’éteignit une semaine après son papa, bougie noyée de larmes.

Je ne serai pas étonné d’apprendre que le père de Fatma ait pu négocier au plus haut niveau sa propre vie contre la promesse de pouvoir emmener sa petite dans ce dernier voyage. Là où respirer n’est plus un problème. Là où les hommes ne décident plus du devenir des enfants.

 

Jean-françois Debargue

 

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Esclave des milices

24 Février 2019, 01:53am

Publié par Grégoire.

Esclave des milices

Lorsque l'on découvre son sourire charmeur, difficile d'imaginer les atrocités qu'il a pu vivre. Alpha Kaba, 30 ans, est un miraculé. Sous son dashiki, un vêtement traditionnel typique de l'Afrique de l'Ouest, le jeune homme porte les stigmates d'un voyage au bout de l'enfer. Des blessures profondes, pas toujours visibles.

Le cauchemar commence en 2013, lorsque la station de radio pour laquelle il travaille, à Kankan, la deuxième ville de Guinée-Konakry, est jugée trop critique. Alpha est journaliste sportif, mais il intervient aussi dans une émission politique au cours de laquelle les citoyens discutent des problèmes du quotidien et qui ne plaît pas au pouvoir en place, celui d'Alpha Condé.

 

Replonger dans son parcours n'est pas simple pour Alpha 

Replonger dans son parcours n'est pas simple pour Alpha © Radio France / Mathieu Message

Le jeune journaliste est alors officiellement jugé responsable des troubles qui accompagnent la visite du président à Kankan. À tel point que des militaires sont envoyés pour détruire les locaux de la radio. Alpha Kaba est menacé de mort et se trouve contraint de fuir son pays.

"On a simplement fait notre travail de journaliste : fournir des informations au peuple, confie Alpha. On se disait que ça allait se calmer mais ce n'était pas le cas. Je suis parti au Nord, chez un ami, pour ne pas mettre en danger mon foyer."

Alpha veut rejoindre sa grande sœur en Guinée-Bissau, car rester dans son pays n'est pas sûr. Mais les choses se compliquent : il prend finalement la direction d'Alger, sous les conseils d'un journaliste algérien. Il y reste un mois et se lie d'amitié avec un groupe de jeunes Africains vivant dans un squat. Ce sont eux qui prennent la décision de rejoindre la Libye : "Je n'avais pas vraiment d'autre solution. J'étais seul et loin de chez moi. Mais je me suis jeté dans la gueule du loup."

Barbarie en Libye

Alpha arrive à Bani Walid avec deux amis : Abdoulaye, un Gambien, et N'Diaye, un Sénégalais. Ils découvrent rapidement le sort qu'on y réserve aux noirs. "Pour les Libyens, nous sommes une denrée rare.Un noir qui se promène dans la rue, c'est impossible car il est tout de suite capturé pour être revendu en tant qu'esclave."

Alpha est séparé de ses amis. Ses "patrons", comme il les appelle, le font travailler dans des plantations de dattes ou sur des chantiers. Torturé, il travaille pour survivre et espérer un repas dans la journée. L'enfer va durer deux ans. Si le travail est mal fait, ce sont des coups de crosses dans la tête ou des balles tirées dans le pied qui servent de punition. Des sévices dont Alpha garde toujours la trace, sur sa peau.

Parmi les autres esclaves, il y a Ismaël, un Malien d'une vingtaine d'années. Alors que les esclaves du camp réclament leur repas, les gardiens demandent le calme. Des coups de feu sont tirés. Une balle traverse la gorge d'Ismaël. C'est aux autres esclaves de s'occuper du cadavre. Alpha a dû lui-même enterrer Ismaël.

"Quand je repense à tout ça, raconte-t-il depuis Bordeaux, je me dis que ce sont des hommes sans cœur. Je n'ai pas de haine pour une personne précise mais je me dis qu'ils sont sans cœur et ne méritent pas de vivre à notre époque. J'avais envie de me révolter mais je ne pouvais pas.  Mais depuis que je suis en France, ça va, je me dis que ce ne sont pas eux, ils ne sont pas conscients de ce qu'ils sont en train de faire. Et s'ils devaient être conscients, eh bien, ce ne sont pas des êtres humains. Car vouloir exploiter ton prochain, un être qui a du sang qui circule dans ses veines, parce que vous n'êtes pas de la même couleur, c'est être mauvais."

La Méditerranée, dernier espoir

À Bani Walid, Alpha est vendu à un nouveau "patron" qui réside à Sabratha. Ce dernier promet de lui faire traverser la Méditerranée "s'il travaille bien". Alors un jour, Alpha est autorisé à prendre la mer. "C'est une bande bien organisée, confie-t-il. Ils sont soutenus. Je ne sais pas par qui, mais ils sont soutenus financièrement. La manière dont le zodiac est confectionné, les matériaux utilisés." Le 2 octobre 2016, ils sont environ 150 à embarquer, dont des femmes enceintes et des enfants. Pas de GPS. La seule indication qu'on leur donne pour rejoindre l'Europe est de suivre l'étoile du Nord. Il fait nuit noire, les passagers sont affolés. Progressivement, le bateau prend l'eau.

"Je ne pensais plus. Je n'avais plus de salive dans la bouche tellement j'avais peur, se souvient-il avec douleur. On a prié, scandé « Allah wou akba », les Chrétiens comme les Musulmans ou les athées. Tout le monde répétait « Allah wou akbar ». Nous étions abandonnés au milieu de la mer.Notre Zodiac s'est percé une heure avant que nous tombions sur l'Aquarius.Nous n'avions plus d'espoir. Même à un ennemi, je ne souhaiterais pas ce que j'ai vécu. "

 

Alpha a traversé une partie de la Méditerranée sur un zodiac qui devait se percer une heure avant que l'Aquarius ne sauve les passagers du bateau pneumatique

Alpha a traversé une partie de la Méditerranée sur un zodiac qui devait se percer une heure avant que l'Aquarius ne sauve les passagers du bateau pneumatique © AFP / FEDERICO SCOPPA

 

À l'approche de l'Italie, leur embarcation coule. Alpha se retrouve en pleine mer et alerte le bateau venu les secourir, grâce au sifflet accroché à son gilet de sauvetage. C'est l'Aquarius qui le met en sécurité sur le sol italien. Alpha y reste une semaine. Dans un camp de réfugiés, à Pérouse, il prend des cours pour apprendre la langue locale. Mais Alpha n'a pas le temps pour cet apprentissage. Lui, parle français et veut rejoindre l'autre côté des Alpes. Il passe alors par Turin pour atteindre Grenoble. "Une nouvelle étape de survie" pour le jeune guinéen.

Une nouvelle vie en Gironde

Alpha se retrouve ensuite à Bordeaux. Un ami artiste y réside et lui explique comment procéder pour faire une demande d'asile. Il découvre aussi l'existence d'une "cabane", un refuge pour de nombreux migrants qui se retrouvent dans la capitale girondine. Le jeune homme explique qu'il était journaliste en Guinée. Destin ou hasard, les autres réfugiés pointent du doigt le bâtiment situé en face : "Va te renseigner ici, il y a une école de journalisme." Alpha pousse les portes de l'Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine, l'une des grandes écoles de journalisme en France. 

Touchée par son histoire, l'IJBA lui propose une formation de journaliste reporter d'images et une aide dans ses démarches administratives

Je suis un oiseau virevoltant, mais je me pose sur une branche quand elle existe.

Celui qui a connu l'enfer de la Libye renoue avec son métier et se lie d'amitié avec de nombreux étudiants de l'école. C’est là qu’il rencontre Clément Pouré, aujourd'hui journaliste indépendant, avec qui il a l'idée de transformer son témoignage en récit.

Aujourd'hui, Alpha Kaba vit dans un studio qu'il partage avec son cousin, au cœur de Bordeaux. Une situation qui le satisfait : "Je suis un oiseau virevoltant, mais je me pose sur une branche quand elle existe."L'Afrique, il y pense toujours. Ainsi qu'aux membres de sa famille, restés pour la plupart au pays. Il espère bientôt pouvoir serrer sa fille dans ses bras, élevée par sa sœur et qu'il n'a pas vue depuis 2013.

Grâce aux ventes de son livre, Alpha espère pouvoir créer une association pour aider les migrants qui se trouvent encore en Libye. L'avenir semble s'éclaircir pour lui. Avec, toujours dans un coin de la tête, le journalisme. Jusqu'à rêver de pouvoir, un jour, peut-être, créer sa propre chaîne de télévision ou sa station de radio afin que la presse survive en Guinée.

https://www.franceinter.fr/amp/monde/alpha-kaba-survivant-de-l-enfer-libyen-je-me-suis-jete-dans-la-gueule-du-loup

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Mririda n’Aït Attik, la poétesse qui hante la vallée de Tassaout

22 Février 2019, 06:46am

Publié par Grégoire.

Mririda n’Aït Attik, la poétesse qui hante la vallée de Tassaout

Au cœur de la vallée de Tassaout, début du XXe siècle, une femme en avance sur son temps chantait parfaitement des textes qu’elle ne savait pourtant écrire. De par son mode de vie libéré des chaînes sociétales et religieuses de l’époque, son existence dérangeait, à tel point que les traces de sa vie furent quasiment effacées.

 

Dans le Haut-Atlas et aux confins de la vallée de Tassaout, une femme secoua les normes sociétales et vécut librement au début du XXe siècle. Grande oratrice dotée d’une voix hors-pair, Mririda n’Aït Attik leva tous les défis auxquels elle fut confrontée quotidiennement, y compris son illettrisme. Elle devint ensuite un symbole de la poésie chantée dans toute une région, même si sa vie ne fut pas des plus heureuses.

Dans la vallée de Tassaout, peu de gens donnaient de la valeur aux idées de Mririda, mais rien de l’empêcha de porter ses convictions. Elle défendit bec et ongles l’émancipation de ses concitoyennes, se dressa contre l’hégémonie du Protectorat et celle des caïds, puis veilla, sans le savoir véritablement, à garder en vie un précieux patrimoine oral. Pourtant, cette femme vécut et finit sa vie dans un grand anonymat, à tel point que ni son vrai prénom, ni sa date de naissance, ni sa tombe ne furent connus des chercheurs.

Née pour être une femme libre

La poétesse aurait vu le jour à la fin du XIXe siècle dans le village Megdaz et vécut à Azilal. Très jeune, elle apprenait les textes qu’elle entendait les chanteurs répéter lors des veillées d’Ahouach, avant de commencer à les reprendre dans les années 1920. Ses poésies orales étaient un véritable réquisitoire contre la soumission dans toutes les sphères, fussent-elles de la vie publique ou même privée. Ainsi, elle se dressa contre l’aliénation des pouvoirs locaux, à qui elle reprochait d’être à la merci de la présence française au Maroc, tout en s’opposant à l’institution du mariage traditionnel.

 

Des poèmes de Mririda indiquèrent alors que celle-ci menait délibérément une vie de courtisane qu’elle assumait pleinement, choisissant ainsi une certaine autonomie aux contraintes de la vie conjugale qui cantonnait ses semblables au travail ménager et à la reproduction. Elle chanta ainsi sa liberté :

Pauvre jeune homme naïf, cesse de me harceler!
Je suis venue au pays pour revoir mes parents,
Non pour chercher un mari – Dieu m’en préserve –
Et je retournerai bientôt à Azilal, si Dieu veut…
Mes faveurs d’un soir t’ont tellement affolé
Quand, sans rire, tu m’invites à devenir ta femme (…)
Qu’as-tu donc à m’offrir contre ma liberté ?

Révélée aux générations d’après grâce à un enseignant

Lorsqu’ils ne la percevaient pas comme une honte à la réputation de la vallée, les habitants de sa région l’enfermaient dans l’image d’une femme marginale, aux «mœurs légères», ou même dangereuse, bien qu’elle monnaya ses services en tant que prostituée à plusieurs hommes. Mais parmi tous, un seul l’écoutait attentivement et la côtoya sans en avoir peur. Il s’agit de l’instituteur français René Euloge, grâce à qui les chants de la tanddamt* furent documentés et inspirèrent ensuite d’autres artistes.

Dans son livre «Femmes politiques au Maroc d’hier et d’aujourd’hui», la chercheuse Osire Glacier rappela que l’enseignant qui travaillait à Demnate fit la connaissance de Mririda à travers un goum. Ce dernier l’avait emmené prendre un thé chez la jeune femme, au cœur du quartier réservé de Taqqat qui était prisé par les tirailleurs comme par les spahis. Il lui promit qu’il ferait «une rencontre mémorable», et elle le fut à plusieurs égards. Envoûté par la courtisane, l’enseignant «apprécia la poésie que Mririda chantât pour lui», jusqu’à vouloir percer le mystère derrière ces paroles chantées avec beaucoup de sensualité. Sa curiosité le poussa à apprendre le tachelhit (dialecte amazigh local) et il ne fut que séduit davantage par l’aura de sa nouvelle égérie.

En effet, René Euloge vivait dans la région au moment où le Maroc connaissait ses premières années de protectorat français (1912 – 1956). Les voyageurs coloniaux étaient nombreux à affluer dans plusieurs régions, notamment dans l’Atlas. Ils venaient dans le cadre de missions jésuites, militaires, scientifiques ou éducatives, à l’image de ce Français qui était là initialement pour enseigner la langue française aux habitants locaux.

S’il manquait quelque chose à une femme aussi libre, au verbe incisif mais illettrée, c’était bien sa capacité à conserver une trace écrite de ses chants, et par extension, de ses convictions très modernes par rapport à son époque. René Euloge combla cette lacune en lui épargnant de tomber dans l'oubli. En 1927, il enregistra ses chants, puis les écrivit en les traduisant vers le français.

Un livre pour immortaliser Mririda

René Euloge côtoya Mririda n’Aït Attik jusqu’à sa disparition, entre les années 1940 et 1950. Pendant toutes ces années, elle chantait tandis qu’il retranscrivait. A Azilal, il prenait également des photos de la jeune femme, mais plus tard, il quitta la ville. A son retour vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, il perdit la trace de la poétesse qu’il chercha vainement. En effet, l’enseignant sillonna Tassaout, les souks d’Azilal, interrogea la population locale, ses proches et ses voisins, mais personne ne donna d’indices sur sa vie.

A la fin des années 1950, l’homme ne retrouva toujours pas la tanddamt qui l'avait marqué à jamais. Il apprit par l’une de ses amies qu’elle aurait quitté la région pour vivre avec un ancien goumier. D’autres sources historiques évoquèrent une disparition mystérieuse, d’autant plus que ses derniers contemporains encore en vie dirent ne rien savoir sur elle. De plus, aucun lieu indiquant sa tombe ne fut découvert.

Quant à l’enseignant, il lui consacra un livre pour compiler en français sa poésie orale. Intitulé «Les chants de Tassaout», l’ouvrage fut constitué de près de 120 textes de Mririda. On y apprit notamment que cette dernière avait été répudiée par son premier et dernier époux et qu’elle raconta cet épisode dans l’un de ses chants, avant d’être «reniée par les siens à cause de ses mœurs dissolues et choquantes», selon les termes de René Euloge.

«Suite à cette expérience conjugale, Mririda comprit que le mariage était un contrat social qui aliénait les femmes, car il les déposséda de leur liberté personnelle (…) Bien qu’illettrée, elle perçut avec clarté les dynamiques sociales qui pérennisaient les structures patriarcales et elle refusa d’y adhérer.»  Osire Glacier

C’est probablement son audace dont résultât un certain déni dans sa région natale qui ne l’érigea pas au rang de figure de proue de l’émancipation féminine depuis le temps, bien qu’elle l’incarnât avec brio au regard d’historiens. Son œuvre, conservée grâce à René Euloge, inspira même le septième art marocain. En 2012, Lahcen Zinoun réalisa le film «Femme écrite» en s’inspirant de la vie de Mririda.

* Poétesse en amazigh

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Rien n'est plus désolant que ces gens qui ne disent et ne font jamais rien de « déplacé ». Ces personnes récitent leur vie comme une leçon apprise par cœur, sans jamais faire la moindre faute.

20 Février 2019, 01:54am

Publié par Grégoire.

Rien n'est plus désolant que ces gens qui ne disent et ne font jamais rien de « déplacé ». Ces personnes récitent leur vie comme une leçon apprise par cœur, sans jamais faire la moindre faute.

Je ne sais rien de plus sidérant que le spectacle d'un nouveau-né dans son berceau. C'est quelqu'un qui vient d'une nuit insondable et ouvre sur nous la prunelle noire de ses yeux. Je suis fasciné par la fascination qu'éprouve le nouveau-né devant le visage de sa mère, devant les sourires étrangers, mais aussi devant une simple tache de lumière, ou face à la surprise d'un bruit inconnu. Je sais que je contemple là la plus grande sagesse terrifiée de la vie. Je dis terrifiée, car tout peut écraser la vie naissante : les sorcières de la mélancolie et de la détresse se penchent sur tous les berceaux. Mais je parle de sagesse, parce que l'espérance clouée dans ce petit visage ne peut être définitivement enlevée ni effacée. Il y a une force atomique dans chaque berceau, dans chaque surgissement d'un nouvel être au monde. Et c'est avec une centrale atomique que nous produisons de la lumière. Ce n'est pas plus lourd qu'un souffle, un bébé. Mais c'est un souffle qui change tout, qui emporte tout. C'est un souffle 10 000 fois plus fort que la plus forte des tempêtes.

C.Bobin ( déc 2018)

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On passe notre vie a frôler quelque chose d’éternel, et un jour on y sera précipité..

18 Février 2019, 01:47am

Publié par Grégoire.

On passe notre vie a frôler quelque chose d’éternel, et un jour on y sera précipité..
"Les bébés sont de grands sages. Le vrai savoir est dans leurs yeux. C'est comme des clous de poésie enfoncés dans un tout petit lit, un bébé. C'est comme le soleil qui serait tombé comme ça. Qui nous ferait la grâce d'être tombé juste devant nous et qui dormirait dans la pièce d'à côté. C'est le visage même de la sagesse qui n'est pas un visage de savoir.(...)
 
Ils ont plusieurs vertus, ces gens qui ont très peu de jours. Une de leurs grandes vertus est de ne pas être aveuglés par un savoir. Ils regardent sans morale, sans philosophie, sans religion, sans aucune précaution. Il n'y a aucune distance entre leurs yeux et Dieu ou les anges. Le bébés sont à une cloison de papier de riz de la vérité. "
C.Bobin

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L'homme qui maîtrisait le temps

16 Février 2019, 01:09am

Publié par Grégoire.

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Sapiens : une histoire de l'humanité ou

14 Février 2019, 03:07am

Publié par Grégoire.

nous avons aujourd'hui le pouvoir de nous auto-exterminer…

nous avons aujourd'hui le pouvoir de nous auto-exterminer…

Pour l'historien Yuval Noah Harari, l'homme est l'animal qui a inventé le “storytelling”. Ultimes scénarios : l'autodestruction, ou l'avènement d'une élite “augmentée” ?

Quand un jeune historien spécialisé dans la période des croisades et l'histoire militaire se lance dans un projet pharaonique, cela donne Sapiens, une brève histoire de l'humanité et un best-seller surprise de l'édition internationale. Yuval Noah Harari, 39 ans, professeur à l'université hébraïque de Jérusalem, a voulu écrire une histoire de l'humanité non pas du point de vue d'un pays ou d'une religion, mais dans une perspective réellement globale. Il nous raconte Homo sapiens, cet « homme sage » qui l'a emporté sur les nombreuses espèces du genre humain (Homo rudolfensis, Homo ergaster...) et du règne animal. Le résultat ? Un livre érudit et provocateur où il est autant question d'histoire que de biologie et de philosophie. Comment Sapiens a-t-il conquis le monde ? Nos succès nous ont-ils rendus plus heureux que nos ancêtres ? Pour Harari, l'histoire est un formidable laboratoire philosophique, qui permet de répondre aux questions contemporaines et essentielles. Rencontre.

Homo sapiens, écrivez-vous, fut d'abord un animal insignifiant, sans plus d'impact sur le milieu que le gorille ou la luciole.

Effectivement, jusqu'à ce que, tout d'un coup, le temps d'un battement de cils dans l'histoire de l'évolution, nous soyons devenus l'espèce dominante sur la planète. La domestication du feu a ouvert le premier gouffre significatif entre l'homme et les autres animaux ; l'usage des outils aussi. Mais le facteur déterminant qui nous a propulsés des marges au centre, c'est la fiction.

Vous voulez dire le langage ?

Tous les animaux possèdent une sorte de langage, et beaucoup, notamment les différentes espèces de singes, ont des langages vocaux. Mais le nôtre est singulier : il nous permet de transmettre des informations sur le monde qui nous entoure, mais aussi sur des choses qui n'existent pas. Nous sommes l'animal qui a inventé le « storytelling ». Cette capacité à tisser des mythes nous a permis d'imaginer des choses et de les construire collectivement, en masse et en souplesse.
Les fourmis coopèrent en nombre, comme les abeilles, mais de façon rigide. Les chimpanzés, ou les loups, travaillent plus souplement, mais ils ne le font qu'avec les individus qu'ils connaissent. Sapiens, en revanche, peut coopérer avec d'innombrables individus, grâce à une étonnante flexibilité, qui lui permet de modifier son système social, politique, économique... Pourquoi ? Parce qu'il est capable de tisser des mythes communs. Toutes les grandes réalisations humaines, de la construction des pyramides à la conquête de la Lune, sont nées de coopérations à grande échelle et s'enracinent dans des histoires, des mythologies : Dieu et le paradis, l'argent, la nation ou la justice... Aucune de ces choses n'a d'existence objective. Ni les Nations unies ni les droits de l'homme ne sont des faits biologiques, ils ne sont pas inscrits dans notre ADN. Il s'agit d'« histoires », certes bénéfiques, que nous avons inventées et qui nous permettent de cimen­ter notre ordre social, tout comme les sorciers « primitifs » le faisaient en croyant aux esprits. De même que les « sorciers » d'aujourd'hui croient sincèrement à la toute-puissance de l'argent et à l'existence des sociétés anonymes à responsabilité limitée.

Quels sont nos grands mythes actuels ?

On pourrait citer Dieu, les Etats-Unis ou Apple… Mais le mythe du « consumérisme » romantique, selon lequel il suffit d'acheter quelque chose pour résoudre ses problèmes, est sans doute l'un des plus puissants qu'Homo sapiens ait jamais inventé. De plus en plus d'hommes croient en cette histoire basique. Cela peut être une nouvelle voiture, un cours de yoga, une place de cinéma, mais c'est toujours quelque chose que vous consommez. Acheter devient même une activité politique : on boycotte tel produit, venu de tel endroit, fabriqué par telle société, et on manifeste sa position citoyenne. Ce mythe du consumérisme transcende toutes les frontières. Peu importe que vous soyez chrétien, juif, musulman ou hindou, que vous viviez en France, en Israël ou en Chine.

Vous constatez que cela n'a pas rendu Sapiens plus heureux, ou satisfait. Le bonheur, est-ce une question d'historien ?

C'est la plus grosse lacune de notre intelligence de l'histoire. La plupart des historiens se concentrent sur les idées des grands penseurs ou l'essor et la chute des empires. Ils n'ont rien à dire de l'influence de ces événements sur le bonheur et la souffrance des individus. Après l'essor de la chrétienté, ou de l'Empire romain, les hommes ont-ils été plus heureux ? Et si ce n'est pas le cas, qu'est- ce que cela nous dit de l'impact de la chrétienté ? Répondre n'est pas aisé, mais il est grand temps que les historiens s'y engagent.
Nous avons souvent traité du bonheur comme s'il dépendait de facteurs matériels – la nourriture, l'hygiène ou la richesse. Et pourtant, le plus souvent, il est d'abord lié à nos attentes. Or, si notre situation s'améliore, nos attentes augmentent, ce qui ne rend pas les hommes plus satisfaits que leurs ancêtres... Le capitalisme et le consumérisme, à la différence des systèmes religieux et idéologiques précédents, qui nous invitaient à nous satisfaire de notre condition, nous répètent que nous devons sans cesse en vouloir plus.

Revenons-en aux autres animaux sur lesquels Homo sapiens l'a emporté. Vous leur accordez une large place, ce qui est plutôt inhabituel dans un livre d'histoire ?

Les relations entre les hommes et les animaux sont négligées par les historiens, et pourtant il est impossible de comprendre notre histoire sans s'y intéresser. Au cours du XXe siècle, de plus en plus d'universitaires se sont penchés non plus seulement sur l'histoire des classes supérieures dominantes masculines, mais aussi sur celle du prolétariat, et des femmes. La prochaine étape majeure consistera à élargir encore le spectre des recher­ches, en prenant en compte le rôle des animaux dans l'histoire et l'impact que les hommes ont eu sur eux. Certains affirment que les transformations humaines sur l'environnement datent de l'avènement de l'industrie moderne. Mais ce bouleversement a débuté il y a des milliers de siècles, avant même l'invention de l'agriculture, avec l'action des chasseurs-cueilleurs, qui ont provoqué des extinctions de masse. Comme l'Australie avant elle, la Nouvelle-Zélande a été ébranlée par l'arrivée d'Homo sapiens : en deux siècles, la majorité de la faune, qui avait essuyé sans dommage le changement climatique d'il y a environ quarante-cinq mille ans, a disparu, de même que 60 % des espèces d'oiseaux.
Puis vint la révolution agricole : l'homme a domestiqué quelques espè­ces (poulets, vaches, cochons, moutons...) et en a fait la base de l'éco­nomie humaine. Aujourd'hui, Ces créa­tures représentent plus de 90 % des grands animaux de la planète. On compte quelque deux cent mille loups sauvages mais quatre cents à cinq cents millions de chiens. Un milliard de moutons, un milliard de cochons et plus de vingt-cinq milliards de poulets ! Nous n'avons pas seulement modifié l'équilibre écologique global, nous avons bouleversé les conditions de vie de ces animaux : s'ils ont connu une incroyable « success story » en termes de propagation, ce sont aussi les créatures les plus misérables qui aient jamais vécu. Nous les traitons comme des machines à produire de la viande, des œufs, du lait, en ignorant leurs besoins sociaux, physiques, psychologiques.

Homo sapiens serait un tueur en série écologique ?

D'autres animaux ont causé de vastes désastres écologiques. Mais les hommes opèrent à une nouvelle échelle, parce qu'ils sont autrement plus puissants et que la plupart des animaux sont cantonnés à une région du monde. Vous rencontrez certes des fourmis partout sur Terre, mais il s'agit d'espèces différentes. Avec l'homme, nous avons une espèce unique à l'origine d'un réseau complexe de transports, de systèmes politiques et économiques... Et Sapiens a désormais le pouvoir de modifier et de détruire l'écologie globale de la planète, ce qui est sans précédent dans l'histoire.

En détruisant l'environnement, nous avons aussi le pouvoir de nous auto-exterminer…

C'est une vraie menace. Mais il y a un autre scénario : le dépassement de nos limites biologiques, la capacité de créer un être « surintelligent » pourrait représenter la fin d'Homo sapiens. Nous avons connu plusieurs révolutions à travers l'histoire, mais une chose demeure inchangée : l'homme lui-même. La révolution cognitive qui nous a fait passer de singe insignifiant à maître du monde n'a, selon les scientifiques, impliqué que de menus changements dans la structure interne du cerveau. Un autre « petit » changement suffira peut-être à créer une seconde révolution cognitive et à transformer l'homme en un être différent en faisant fusionner biotechnologie, intelligence artificielle…, pour développer de supercapacités cognitives et mentales, allonger la durée de vie et relier des cerveaux humains à des ordinateurs. Il ne semble pas qu'une barrière technique insurmontable nous sépare de la production de surhommes ou de cyborgs, mêlant éléments naturels et artificiels. Google a récemment créé une société de biotechnologie, Calico, dont l'objectif est de triompher de la maladie, de la vieillesse et de la mort. On pourrait donc imaginer une petite élite de « superhumains » milliardaires, bénéficiant de très longues vies et de capacités augmentées, et un fossé plus abyssal que jamais entre ces derniers et la masse de pauvres sans emploi et « inutiles »...

De nombreux experts estiment que d'ici quarante ans une grande partie des emplois humains seront assurés par l'intelligence artificielle et que La question politique du XXIe siècle sera en effet : qu'allons-nous faire de ces milliards de gens « inutiles », qui n'auront aucune fonction dans l'économie ? Ce qui me préoccupe, c'est que nous laissons un petit groupe d'entreprises privées, Google, Facebook ou IBM, décider de ces orientations majeures. Si l'on veut s'opposer à ces projets de transhumanisme, qui prônent l'usage des sciences et de croyances pour améliorer nos caractéristiques physiques et mentales, on ne peut se contenter de pousser des cris d'horreur.

Des visions alternatives existent-elles ?

Pas vraiment. Les fondamentalismes religieux, aujourd'hui en plein essor, ne comprennent pas ces avancées technologiques et ne répondent pas aux nouveaux problèmes qui en sont issus. Ni la Bible, ni le Coran, ni la Torah ne peuvent leur apporter de réponses – ces textes sont tellement antérieurs à la génétique ! Le retour du religieux est un contrecoup comparable à ce que nous avons vécu au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, et qui a fait long feu faute d'offrir une alternative. En revanche, philosophes, artistes, intellectuels devraient urgemment s'emparer de ces questions et tenter de formuler des contre-propositions aux visions des Facebook, Google ou IBM. Mais, pour cela, ils vont devoir se saisir des questions génétiques, technologiques.

sapiens

Sapiens : une brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari, est, selon la quatrième de couverture, «un livre audacieux, érudit et provocateur». Mérite-t-il ces éloges? 

 

Première Partie – La Révolution cognitive

1. Un animal insignifiant : Il y a 70 000 ans, les hommes préhistoriques «étaient des animaux insignifiants, sans plus d’impact sur leur milieu que des gorilles, des lucioles ou des méduses». Par la suite sont survenues trois révolutions importantes qui ont tout changé : la révolution cognitive, il y a justement 70 000 ans, la révolution agricole, il y a 12 000 ans, et la révolution scientifique, qui fête à peine ses 500 ans. Ce premier chapitre (de la première partie qui porte sur la première de ces révolutions) raconte avec verve et humour que l’homo sapiens ne fut qu’une des espèces de la famille des êtres humains pendant très longtemps, avant que les autres espèces ne disparaissent ou que les sapiens ne les fassent disparaître…

2. L’Arbre de la connaissance : Après quelques tentatives infructueuses, les Sapiens réussirent à sortir de l’Afrique il y a environ 70 000 ans pour se répandre partout en Eurasie. Pourquoi cette tentative a-t-elle été couronnée de succès et pas les précédentes? L’auteur présente certaines hypothèses, mais toutes essentiellement liées au langage, même si bien d’autres espèces l’utilisent. Selon lui, «la caractéristique véritablement unique de notre langage, c’est la capacité à transmettre des informations non pas sur des hommes et des lions, mais sur des choses qui n’existent pas. (…) Cette faculté de parler de choses qui n’existent pas est le trait le plus singulier du langage des Sapiens». De là viennent les légendes, les mythes et les religions, mais aussi les inventions, comme les bateaux, les arcs, les flèches et les aiguilles à coudre (plus importantes qu’on pourrait le penser!), et par la suite les États, les droits de la personne, les «corporations» (ou personnes morales…), l’argent, etc. Toutes ces fictions ont ouvert la possibilité à sapiens de coopérer en plus grand nombre que toutes les autres espèces. Les fictions étant des fictions, sapiens ne s’est jamais empêché de les renier rapidement pour en adopter d’autres (par exemple, lors de révolutions, tranquilles ou pas)!

3. Une journée dans la vie d’Adam et Ève : Compte tenu du caractère relativement récent de nos sociétés, nous sommes encore fortement influencés par notre ancienne vie de chasseurs-cueilleurs. Par contre, il est bien difficile de savoir exactement comment ils vivaient, donc la part de leurs comportements qui expliquent les nôtres. Par exemple, étaient-ils monogames ou polygames? Étaient-ils violents ou pacifiques? Vivaient-ils dans l’abondance ou dans la misère? Selon l’auteur, il est impossible de répondre à ce type de questions, d’une part parce que nous n’avons pas assez d’information pour ce faire et, d’autre part, parce que cela supposerait que toutes les tribus de l’époque éparpillées un peu partout sur la Terre auraient adopté le même mode de vie.

On peut tout de même dégager certains points communs que l’auteur présente dans la suite de ce chapitre. Chose certaine, par exemple, les individus connaissaient beaucoup plus de choses qu’aujourd’hui pour pouvoir survivre, mais la collectivité en connaissait beaucoup moins.

4. Le déluge : Ce chapitre porte sur les nombreuses extinctions causées par Sapiens, avant même la révolution agricole. L’auteur mentionne notamment la disparition de la mégafaune en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Amérique, en Sibérie, à Madagascar et, en fait, à chaque endroit ou Sapiens mettait le pied. Cela montre bien que l’image qu’on nous donne des chasseurs-cueilleurs en symbiose avec la nature n’est qu’un mythe…

Deuxième partie – La Révolution agricole

5. La plus grande escroquerie de l’histoire : Cette escroquerie est le mythe fort répandu qui prétend que la révolution agricole fut une bénédiction pour les chasseurs-cueilleurs, qu’elle a rendu leur vie plus facile. Selon l’auteur, ce fut l’inverse : moins de loisirs, plus de travail, plus de famines, plus de maladies (souvent transmises par les animaux d’élevage ou en raison de la promiscuité de plus de Sapiens), plus de violences (et de guerres), alimentation moins variée et moins nutritive, etc. Il est vrai qu’elle a permis une plus forte croissance démographique et l’apparition d’élites choyées, mais aussi une baisse de la qualité de vie de la majorité de la population : «Telle est l’essence de la révolution agricole : la faculté de maintenir plus de gens en vie dans des conditions pires». Et cette citation s’applique encore mieux au sort des animaux d’élevage qui ont vu leur nombre exploser au prix de leur liberté, d’une vie beaucoup plus courte et de mutilations «inhumaines»…

6. Bâtir des pyramides : Paradoxalement, l’objectif de sécurité recherché par l’agriculture s’est rapidement transformé en insécurité. Trop de pluie, pas assez, crainte des voleurs, puis après, ponctions des dirigeants, tout cela a fait augmenter le stress des nouveaux agriculteurs (sans parler de ceux qui sont devenus des esclaves). Et seuls les bénéficiaires de ces craintes, qui formaient une élite choyée, remplissent nos livres d’histoire : «L’histoire est une chose que peu de gens ont faite pendant que tous les autres labouraient les champs et portaient des seaux d’eau».

La suite du chapitre porte sur la force de la fiction qui fait en sorte qu’un esclave peut accepter son sort ou qu’on puisse penser que tous les hommes sont égaux. Tout cela n’est dû qu’à la capacité des humains de se conformer aux codes de vie qu’ils se donnent et qu’ils respectent jusqu’au moment où ils se rebellent. L’auteur précise ensuite la place de l’imaginaire dans la réalité. Il distingue ce qui est objectif (comme la Terre), de ce qui est subjectif (qui relève de la croyance individuelle) et de ce qui est intersubjectif (qui relève de croyances partagées par un grand nombre, comme la religion, les droits de la personne, les États et la monnaie). Tant qu’un grand nombre y croit, ça fonctionne bien…

7. Surcharge mémorielle : Les premières traces d’écritures connues (sumériennes, il y a environ 5 ou 6000 ans) n’étaient pas des romans, mais servaient à compiler des niveaux de productions, probablement pour lever des impôts! Elles visaient à suppléer les lacunes des cerveaux des sapiens qui n’avaient jamais eu à traiter ce genre de données et ne pouvaient en stocker en grand nombre. Les systèmes d’écriture plus complets ne sont apparus que 3000 ans plus tard.

8. Il n’y a pas de justice dans l’histoire : L’auteur montre que les inégalités, qu’elles soient basées sur des classes, des castes, des ethnies ou les sexes, ont toujours reposé sur l’imaginaire intersubjectif. Cet imaginaire peut se manifester par des religions (castes en Inde), par des croyances en la révélation divine (la royauté et les esclaves), des lois (discrimination et sexisme un peu partout, et tout au long de l’histoire), un supposé mérite (les riches et les pauvres) ou des normes sociales (sexisme, racisme et discrimination). Les motivations et les mécanismes à la base des différentes formes d’imaginaire intersubjectif varient grandement. L’auteur en analyse un certain nombre dans la suite de ce chapitre. La partie sur la présence presque universelle du patriarcat est particulièrement bien menée, même si l’auteur n’apporte pas de conclusion ferme sur la question.

Suite : 

https://jeanneemard.wordpress.com/2016/05/16/sapiens-une-breve-histoire-de-lhumanite-2/

à propose de la science dite "historique", je me permets de rappeler ce mot de Hegel, issue de sa "philosophie de l'histoire" : 

"auparavant, les hommes lisaient les psaumes et les écritures saintes, cherchant ce qui est éternel, ce qui dans leur vie demeure au delà du changement, après -ma philosophie de l'histoire- ils liront les journaux, commenteront ce qui passe, change, devient et que l'on ne peut qu'interpréter.. car l'histoire n'est qu'une relecture, une interprétation... celle de l'homme s'appropriant son passé comme il le veut, devenant pour lui-même un dieu.."

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La nuit du coeur

12 Février 2019, 01:29am

Publié par Grégoire.

Il n'y a pas d'autre raison de vivre que de regarder, de tous ses yeux et de toute son enfance, cette vie qui passe et nous ignore.

Les œuvres issues du vide ont une grâce comparable à celle du vent sur un champ de blé. Elles sont le vent, elles sont le champ. Elles donnent à voir les cordes d'un silence.

Ce sont nos maladresses qui nous sauvent. Nos habiletés nous mènent aux enfers.

L'odeur de miel me soûle en traversant le pont. Elle peint à la feuille d'or les alvéoles de mes poumons. Mon hôte qui me raccompagne à la gare de Strasbourg est un homme sensible. Il me montre les ruches alignées sur la berge en bas : la ville abandonne cet espace aux abeilles meilleures ouvrières de France. Je me penche, je regarde : les ruches, collées par cinq ou six les unes aux autres, ressemblent à des cercueils - les plus espérants que j'aie jamais vus. Elles dégagent une odeur de sainteté. Ce sucré de la fleur c'est comme l'enthousiasmante odeur de pain chaud - quelque chose qui indique une porte ouverte du paradis, et même : aucune porte. L'ouverture absolue. 
 
Nos cœurs sont ces cercueils d'abeilles. La lumière des jours s'y métamorphose à notre insu en sentiment inexplicable que vivre vaut la peine, toute la peine.

 

Il faut ouvrir une porte là où il n'y en a pas, puis laisser entrer le silence qui est le seul vrai Dieu.

Christian Bobin, la nuit du coeur.

 

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La poésie est prophétie

10 Février 2019, 01:03am

Publié par Grégoire.

La poésie est prophétie

" Il n’y a pas de séparation entre la vie et le sacré. Tout est spirituel. Je ne veux pas porter la couronne de la spiritualité ou de la religiosité. Je me méfie de tous les mots qui finissent par «ité». Cela me paraît prétentieux de dire que je vais parler de ma spiritualité, d’appartenir à une caste de spirituels. J’essaie juste de vivre le plus profondément, sincèrement possible avec les autres en Dieu, qui est l’abîme intérieur. 

Je suis née dans une famille d’artistes. Mon père était organiste titulaire de l’orgue de chœur de Notre-Dame. Ma mère était actrice de théâtre. Elle souhaitait que je suive le même chemin qu’elle. J’ai pris des cours de théâtre, mais je ne voulais pas être actrice. J’ai très vite compris que le seul rôle que je souhaitais jouer était le mien. J’ai été élevée dans la religion chrétienne, mais je m’en suis émancipée rapidement. 

Inapte à m’intégrer dans les cadres scolaires, j’ai cherché dès mes 13 ans ma propre voie dans la poésie. Je me suis fabriqué un monde pour échapper à l’enfer de la récréation, un monde où l’on est consolé par un poème, ressuscité par une phrase. Très tôt, j’ai été marquée par des figures de contes, telles que Neige-Blanche et Rose-Rouge, Shéhérazade. J’ai senti à travers elles qu’il y avait un équilibre à trouver entre le charnel et le spirituel. Shéhérazade a un physique plaisant et en même temps elle raconte des histoires, elle est dans le verbe. C’est la femme qui essaie de combattre le tyran. L’écriture m’a sauvée de la cour de récréation comme du moule de la société.

Mon premier recueil de poèmes, Noone, fut remarqué et publié par Jean Grosjean. Quand j’ai lu cet auteur, tout s’est éclairé. Ses livres m’ont réconciliée avec les Écritures saintes. Ils m’ont révélé un mode de pensée inchangé depuis Abraham, où la valeur suprême est la vie ordinaire et autrui. J’y ai trouvé une pensée de la rencontre et de la personne répondant à ma propre quête. Le but est d’aller vers l’autre et d’établir avec lui un lien de vérité qui ne se confond pas avec les rôles sociaux. Pour Jean Grosjean, Dieu est une personne, et le hasard n’existe pas, puisqu’il est un des visages de Dieu. 

... En 1968, je suis allée à Paris pour étudier la philosophie. Puis je suis entrée au Cirque d’hiver. J’y ai rencontré mon futur mari, le dompteur Alexandre Bouglione, et les Gitans, ma famille d’âme. Des gens en chair et en os, plus incarnés que les idées ou les concepts philosophiques que j’avais étudiés, qui réconciliaient la pensée et l’instinct. L’instinct est capital ; la pensée est limitée. L’instinct traverse tout, il voit beaucoup plus loin que les idées. Avec mon mari, nous rêvions de créer un cirque qui serait un lieu de vie sauvage et de pensée vitale à la fois, rappelant un mode de vie biblique. Un cirque dépouillé de tous les numéros spectaculaires habituels, où le sacré reprendrait sa place. Où la joie et la vie seraient présentes. Chez les Gitans, un repas est une messe ; la nourriture partagée, une communion ; le quotidien, une liturgie. Nous avons alors créé le cirque Lydia Bouglione, qui est devenu plus tard le cirque Romanès. 

Ma spiritualité est inclassable. Elle est inédite. Je ne prie pas au sens commun du terme, je ne vais pas à la messe. Néanmoins, je fréquente les églises, qui sont des « maisons » silencieuses où l’on peut réfléchir et méditer. Je lis des auteurs de toutes confessions. Je peux trouver dans des textes profanes des illuminations aussi spirituelles que chez les grands mystiques. Car toutes les pensées intériorisées sont des prières. Jean Genet disait qu’un certain temps de vie nous est donné et qu’il s’agit d’en faire quelque chose. Selon moi, il faut retrouver le sens du sacré, aimer, ce qui consiste d’après Jean Grosjean non pas à regarder dans la même direction, mais être dos à dos pour voir d’où vient l’ennemi, celui qui détruit la vie, hisser la vie à son niveau le plus haut.

Lydie Dattas.

La poésie est prophétie

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Le chemin de Halima.

6 Février 2019, 01:16am

Publié par Grégoire.

Une véritable tragédie antique !

Une véritable tragédie antique !

Scénarisé par le bosniaque Fedja Isovic, ce film mis en scène par le croate Arsen Ostojic, a su séduire les publics de nombreux festivals. Il s’inspire de la tragique histoire vraie d’un couple de Bosniaques dont le fils adoptif sera exécuté en 1992 à Prijedor durant un massacre au cours de la guerre de Bosnie-Herzégovine. Le couple consacrera douze années de recherche pour obtenir une analyse ADN afin d’identifier le corps.

L’intrigue dramatise le postulat de départ et réserve quelques surprises et réussit à construire, avec son parti pris mélodramatique, une histoire véritablement émouvante. Le scénario du film concentre le récit sur deux portraits de femmes volontaires, Halima, la mère adoptive magnifiquement interprété par la grande actrice de théâtre Alma Prica, et la mère biologique Safija campée avec conviction par Olga Pakalovic. Les comédiens croates, bosniaques et serbes, à l’unisson pour servir cette belle tragédie, ont apporté l’incomparable authenticité de leurs vécus qui ajoute à la crédibilité de la narration.

Financé par la Croatie, la Slovénie et la Bosnie, le film a été tourné dans un petit village de la banlieue de Zagreb, magnifié par la magnifique lumière et les amples mouvements de caméra de Slobodan Trninic qui parvient à traduir esthétiquement la rusticité des ambiances locales et la simplicité de cette quête douloureuse. Le récit progresse avec habileté, évitant de caricaturer l’un ou l’autre camp tout en décrivant l’impact du conflit sur les mentalités et les psychologies ; sans faire l’impasse sur les crimes de guerre clairement illustrés, le film utilise ceux-ci comme une toile de fond. La mise en scène classique et le jeu abouti d’Alma Prica donnent à cette éprouvante histoire les allures d’une tragédie antique. 

Le chemin de Halima.

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Ressemeler l'âme

4 Février 2019, 03:06am

Publié par Grégoire.

Ressemeler l'âme

Seul, il avait appris l’arabe et la réparation des chaussures ne sachant rien ni de l’un, ni de l’autre. Aurais-je été capable un beau jour de prendre la décision de m’asseoir au coin d’une rue, déposant mes propres chaussures devant moi, comme un faux client en attendant qu’une vraie première personne s’arrête et me confie les siennes ? Ses pauvres chaussures pointées devant lui réclamaient du travail, pour ne pas avoir à tendre une main faisant l’aumône. Sa santé ne lui permettait plus de travailler dans les palmeraies où les chantiers de construction. Ce travail se situait dans un rapport financier médian entre les chantiers à 1000 dinars la journée sans garantie de paiement et les différentes formes de mendicité pouvant rapporter de 1500 à 3000 dinars, selon les différents niveaux de handicap, enfant compris…

Il connaissait la valeur des chaussures pour avoir économisé les siennes, chaussant ses mains sur des centaines de kilomètres de migration. Il avait appris que les cadavres croisés dans le désert pouvaient s’en passer. Qu’il valait mieux être va-nu-pieds au paradis que non ou mal chaussé sur cette terre. Il savait donc que le premier signe de richesse est d’être chaussé.  Alors, au bout de cette ruelle, il était prêt à mettre ses mains au service des pieds des autres.

Lorsque j’étais enfant, je vivais dans un pays où l’on réparait encore les chaussures en prenant le temps d’écouter ceux qui étaient dedans. On confiait au cordonnier son intimité pédestre, comme à un médecin, expliquant ce qui n’allait pas. Aujourd’hui on remmène ses vieilles savates dans un cercueil en carton neuf, celui où patientaient les remplaçantes désormais exhibées.

Peu à peu les mains d’Yliès se couvraient d’une semelle de corne crevassée. Comme si des milliers de pas, d’innombrables trajets et courses aventureuses, petit à petit suivaient les lignes de vie de ses mains et les courbes de déclivité de ses empreintes. Son travail réclamait toute son attention. Redonner vie aux vieux cuirs, aux plastiques, aux caoutchoucs, à toutes sortes de similis justifiait aux yeux de tous sa présence.

Au bout de la rue le monde se faisait ressemeler, coller, recoudre avec un simple pied de fer, un petit marteau, quelques aiguilles. A l’autre extrémité de cette petite rue, un pédiatre puis un dentiste, puis un médecin. Que des réparateurs…Au bout de cette chaîne, Yliès renvoyait sur ses deux pieds chacun dans la grand-rue du monde. Parfois marcher mieux, aller un peu plus loin, ressemelle l’âme…

Un matin l’absence d’Yliès marqua l’angle de la rue. On avait presque oublié que les chaussures et ceux qui les occupent sont faits pour circuler et que la réparation n’est qu’une sédentarité passagère. La carte de ses mains dessinée par l’usure de milliers de pas était devenue lisible. Le nomade avait repris ses chaussures pour la grand-rue du monde…

Jean-François Debargue

 

« Toute personne à le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un état. » (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, art. 13)

 

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Chaque vie, chaque existence est sacrée !

2 Février 2019, 01:47am

Publié par Grégoire.

Rien ne justifie notre inhumanité, rien !

Rien ne justifie notre inhumanité, rien !

Mgr Benoist de Sinety, vicaire général du diocèse de Paris, en appelle dans un ouvrage à une conduite digne envers les migrants. Son plaidoyer est à la hauteur de son inquiétude.

Votre témoignage est un texte de combat ?

Mgr de Sinety : « J'ai surtout voulu lancer un appel à la réflexion. Cette société où on ne réfléchit plus à ce que nous voulons vivre ensemble me navre. Nous sommes tellement soumis à des processus qui nous dépassent, que nous oublions ce qui fait sens, les valeurs humaines qui nous relient. »

Comment expliquez-vous le manque de mobilisation des intellectuels face à l'accueil réservé aux migrants ?

« Ce silence me frappe. Voici vingt ou trente ans, les situations de campements sauvages, par exemple l'occupation de l'église Saint-Bernard de la Chapelle en 1997, mobilisaient les artistes, les intellectuels, les médias. Récemment avec Mgr Aupetit, archevêque de Paris, nous sommes allés rencontrer les réfugiés qui campent à la Villette dans des conditions lamentables. Six sanisettes et huit robinets pour 2 000 personnes. C'est indigne. Et pourtant, là où nous aurions vu jadis une nuée de caméras, il n'y avait personne. L'indifférence est totale. Or rien ne justifie l'inhumanité réservée aux migrants.»

L'église elle-même se montre discrète. Hormis Mgr Malle, l'évêque de Gap qui lance un appel à la solidarité nationale, et vous grâce à ce livre, il y a peu de prises de paroles publiques

« Encore récemment lors de la Conférence des évêques de France, puis au Collège des Bernardins devant le président de la République, un traitement digne des migrants a été réclamé. Toutefois, je reconnais que ce sujet véhicule des peurs dans une société angoissée, peurs qui sont partagées par les chrétiens et dont les clercs ne sont pas exempts. »

Sur quel socle s'appuie cette indifférence au sort des migrants ?

« J'ai le sentiment que les quelques voix qui s'élèvent, dont celles du Défenseur des Droits, Jacques Toubon, ne portent pas. Cette absence de réaction stupéfiante me préoccupe aussi pour ce qu'elle nous dit de la société française. Mon livre vise à provoquer une réaction, à inciter les lecteurs à prendre leur responsabilité. J'ai le sentiment que les Français ne sont pas prêts à accueillir quelques milliers de personnes. Je ne veux pas stigmatiser ceux qui sont inquiets, simplement provoquer leur écoute. On ne doit pas s'interdire de réfléchir. »

Vous établissez un parallèle avec la politique d'accueil plus généreuse de l'Allemagne

« Que la France avec ses 67 millions d'habitants ait du mal à recevoir quelques milliers de réfugiés, cela me paraît fou ! Ou alors, cela revient à considérer que notre société est si fragile, qu'elle ne peut pas s'augmenter de ces personnes. Il est temps de réfléchir à ce que nous voulons ensemble. »

La crainte de l'islam ne renforce-t-elle pas cette frilosité ?

« C'est le grand tabou qui pèse sur la question des migrants. Parce que des petits-fils d'immigrés peinent à s'intégrer dans des banlieues difficiles, on en déduit qu'il est impossible d'accueillir d'autres personnes musulmanes. Alors que les deux situations sont sans rapport. »

Au-delà de la communauté chrétienne, qu'attendez-vous de vos concitoyens ?

« D'avoir le courage de s'affranchir des pensées préfabriquées. Il est nécessaire de s'interroger individuellement et collectivement, d'aller à la rencontre des migrants, de découvrir qu'ils ne sont ni une entité, ni des chiffres, mais des individualités, des personnes. Dès que l'on peut parler, échanger, les peurs s'estompent. Il faut avoir la sagesse de la réflexion. Je n'ai pas de solution politique à apporter. Ce n'est pas mon domaine. Je ne donne aucune leçon. Ma démarche, individuelle, espère une prise de conscience afin que l'on tende la main. Si cela pouvait susciter le débat, inciter à aller vers l'autre, à avoir un geste.. ».

"Il faut que des voix s'élèvent" Mgr Benoist de Sinety. Flammarion

Propos recueillis par Frédérique Bréhaut.

 

«Je ne suis pas prêtre pour donner des leçons, ni pour faire la morale, je suis devenu prêtre pour que tout homme puisse entendre cette bonne nouvelle : chaque existence est infiniment aimée de Dieu.

Ce qui me navre aujourd’hui, ce qui me met en colère lorsque j’observe les conditions de vie de ceux qui arrivent sur notre territoire et les réponses que nous leur apportons, ce sont ces discours qui atrophient nos cœurs. Chacun doit chercher des solutions pour faire une place à celui qui est sur notre sol. Il s’agit de dignité. De la leur. De la nôtre aussi.

C’est à la société civile – où les religions, et bien sûr l’Église catholique, ont une place singulière – de prendre le relais pour défendre le droit des migrants. Il faut que des voix s’élèvent...»

 

« On ne peut dire de personne qu’il soit insignifiant, puisqu’il est appelé à voir Dieu sans fin. » 

Marguerite Porete. Le miroir des âmes simples et anéanties.

 

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