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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Naissance de l'amour..

30 Septembre 2018, 00:20am

Publié par Grégoire.

Naissance de l'amour..

A la naissance de Vénus, il y eut chez les dieux un grand festin où se trouvait entre autres Poros (l'Abondance), fils de Métis (la Prudence). Après le repas, Pénia (la Pauvreté) s'en vint mendier quelques restes et se tint auprès de la porte. En ce moment, Poros, enivré de nectar (car on ne faisait pas encore usage du vin), sortit de la salle et entra dans le jardin de Jupiter, où le sommeil ne tarda pas à fermer ses yeux appesantis. Alors, Pénia, poussée par son état de pénurie, imagina d'avoir un enfant de Poros. Elle alla donc se coucher auprès de lui, et devint mère de l'Amour.

C'est pourquoi l'Amour devint le compagnon et le serviteur de Vénus, ayant été conçu le jour même où elle naquit ; outre que de sa nature il aime la beauté, et que Vénus est belle.

Et maintenant comme fils de Poros et de Pénia, voici quel fut son partage : d'abord il est toujours pauvre, et, loin d'être beau et délicat, comme on le pense généralement, il est maigre, malpropre, sans chaussures, sans domicile, sans autre lit que la terre, sans couverture, couchant à la belle étoile auprès des portes et dans les rues ; enfin, comme sa mère, toujours dans le besoin. Mais, d'autre part, selon le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon ; il est mâle, hardi, persévérant, chasseur habile, toujours machinant quelque artifice, désireux de savoir et apprenant avec facilité, philosophant sans cesse, enchanteur, magicien, sophiste.

De sa nature il n'est ni mortel ni immortel ; mais, dans le même jour, il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, puis il s'éteint, pour revivre encore par l'effet de la nature paternelle. Tout ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, en sorte qu'il n'est jamais ni riche ni pauvre. Il tient aussi le milieu entre la sagesse et l'ignorance : car aucun dieu ne philosophe ni ne désire devenir sage, puisque la sagesse est le propre de la nature divine ; et, en général, quiconque est sage ne philosophe pas. Il en est de même des ignorants, aucun d'eux ne philosophe ni ne désire devenir sage ; car l'ignorance a précisément le fâcheux effet de persuader à ceux qui ne sont ni beaux, ni bons, ni sages, qu'ils possèdent ces qualités : or nul ne désire les choses dont il ne se croit point dépourvu. (…)

Platon, le Banquet.

 

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Dance of The Invisible Dervishes

28 Septembre 2018, 00:08am

Publié par Grégoire.

Dance of The Invisible Dervishes

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L'arrière-pays de Christian Bobin

26 Septembre 2018, 01:57am

Publié par Grégoire.

Avec les carnets inédits de Christian Bobin... !!

Avec les carnets inédits de Christian Bobin... !!

L'arrière-pays de Christian Bobin

"Je pense que nous pouvons être des miracles les uns par rapport aux autres, et je pense qu'un moine ce n'est pas extraordinaire, un saint ce n'est pas extraordinaire. C'est la vie qui est extraordinaire"

 

L'ÉTAT D'ENFANCE OU L'ART DE N'ÊTRE RIEN

Ces textes de Christian Bobin, il faut s'en imprégner petit à petit. Après les avoir lus on ne regarde plus de la même façon un nuage ou des "gouttes de pluie sur la vitre", celles qui "ont un bombement argenté et une bordure laiteuse". C'est qu'avec "Un bruit de balançoire", il nous initie. À "cette chose impondérable qu'est la vérité de notre présence". Il nous ouvre la voie de l'intime et du vrai. Il y a quelque chose de radical chez lui - ce mot "rien" qui revient souvent - et en même temps d'une infinie douceur. Il écrit: "Je n'ai rien fait de ma vie, rien, juste bâti un nid d'hirondelle sous la poutre du langage."
 

"Vous ouvrez la fenêtre, un jour, parfois, vous voyez du linge qui flotte. Vous ouvrez la fenêtre et puis vous voyez votre vie qui passe. Elle n'est plus en vous elle est en dehors de vous. Et vous acceptez qu'elle passe et vous ne trouvez rien de plus beau tout d'un coup. Vous ne lui lui reconnaissez rien de plus beau que ce passage. Ce rien, c'est la pensée peut-être la plus pure qu'on puisse avoir sur la vie. Elle est difficile à préciser."

 

Les textes de Christian Bobin n'ont rien de mièvre, au contraire, ils parlent de la densité des choses et des êtres.Dans un chapitre de son livre "Un bruit de balançoire", il écrit à un "Cher penseur". Une réponse à quelqu'un qui aurait reproché au poète Jean Grosjean (1912-2006) une simplicité de langage. Bobin de répondre: "Cette simplicité est la source des éclairs."Il conclut par: "Le poème s'écrit avec rien - et c'est le contraire de Flaubert avec son bourgeois désir d'écrire sur rien."

L'ENFANT ET LE LIVRE

D'où vient que la quête de l'esprit d'enfance aille si bien avec la lecture? La terrasse où Christian Bobin reçoit Thierry Lyonnet est à côté d'un jardin en friche, et près de lui l'orée d'une forêt elle-même située dans un couloir aérien. Et si le bruit d'un avion vient déranger l'échange, en fait il n'en est rien, car ce vrombissement de l'appareil au décollage vient à point nommé illustrer le propos du poète. Le bruit d'un "fer à repasser sur un linge bleu".
 

"Je vois la totalité de la vie comme un livre, je la ressens, chaque journée est une page entière enluminée. La plupart du temps je préfère me taire, regarder passionnément comme un affamé."

 

Le poète confie: "Je vois les correspondances entre les choses." Dans son livre, à sa mère, il demande: "Comment as-tu modelé mon cerveau de façon à ce qu'un jour une phrase m'affole?"
 

APPRENDRE À ÊTRE, AVEC SOI ET LES AUTRES

Poète de l'émerveillement, Christian Bobin n'élude en rien la souffrance. Et sa lettre aux "Jeunes gens de Lodz" est empreinte de gravité. Il y a pourtant une indicible espérance dans ses propos, constante. "Même quand nous sombrons, il y a quelque chose ou quelqu'un qui nous maintient la tête, le menton, hors de l'eau, il y a une main ferme dans cette vie. Et ne rien faire c'est avoir confiance en cette main, du secours vient, tout le temps. Surtout dans les moments les plus durs."
 

"Je pense que nous pouvons être des miracles les uns par rapport aux autres, et je pense qu'un moine ce n'est pas extraordinaire, un saint ce n'est pas extraordinaire. C'est la vie qui est extraordinaire et si nous nous mettons dans son flux nous pourrions obtenir des choses... Silencieusement, sans morale, juste avec une empathie brûlante de l'autre, une compréhension de l'incompréhensible."

 

Poète du XXIè siècle, Bobin s'interroge par exemple sur la fabrication en série des bols (dans le chapitre "Mon pauvre bol") ou sur la disparition programmée de l'écriture manuscrite. Dans notre société de surconsommation et où le temps s'accélère, son propos - et c'est le rôle du poète - est de faire voir l'indispensable. Il nous propose un autre temps, un autre regard, la contemplation, la richesse de la rencontre, la quête du mystère. "Écrire pour moi c'est appeler dans le noir."

 

ÉMISSION ENREGISTRÉE EN AOÛT 2017

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Ne naît-on qu'une fois ?

24 Septembre 2018, 00:31am

Publié par Grégoire.

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Les honnêtes gens ne mouillent pas à la grâce...

22 Septembre 2018, 01:24am

Publié par Grégoire.

Les honnêtes gens ne mouillent pas à la grâce...

" Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée.

On a vu les jeux incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n’a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on n’a pas vu tremper ce qui était habitué.

Les cures et les réussites et les sauvetages de la grâce sont merveilleux et on a vu gagner et on a vu sauver ce qui était perdu. Mais les pires détresses, les pires bassesses, les turpitudes et les crimes même sont souvent les défauts de l’armure de l’homme, les défauts de la cuirasse par où la grâce peut pénétrer dans la cuirasse de la dureté de l’homme. Mais sur cette inorganique cuirasse de l’habitude tout glisse, et tout glaive est émoussé.

Ou si l’on veut dans le mécanisme spirituel les pires détresses, bassesses, crimes, turpitudes, le péché même sont précisément les points d’articulation des leviers de la grâce. Par là elle travaille. Par là elle trouve le point qu’il y a dans tout homme pécheur. Par là elle appuie sur le point douloureux. On a vu sauver les plus grands criminels. Par leur crime même. Par le mécanisme, par l’articulation de leur crime. On n’a pas vu sauver les plus grands habitués par l’articulation de l’habitude, parce que précisément l’habitude est celle qui n’a pas d’articulation.

On peut faire beaucoup de choses. On ne peut pas mouiller un tissu qui est fait pour n’être pas mouillé. On peut y mettre autant d’eau que l’on voudra, car il ne s’agit point ici de quantité, il s’agit de contact. Il ne s’agit pas d’en mettre. Il s’agit que ça prenne ou que ça ne prenne pas. Il s’agit que ça entre ou que ça n’entre pas en un certain contact. C’est ce phénomène mystérieux que l’on nomme mouiller. […] Les honnêtes gens ne mouillent pas à la grâce.

C’est pour cela que rien n’est contraire à la grâce que ce qu’on nomme la morale. La morale enduit l’homme contre la grâce.

Et rien n’est aussi sot, que de mettre comme ça ensemble la morale et la grâce. Rien n’est aussi niais. On peut presque dire au contraire que tout ce qui est pris par la grâce est pris sur la morale. Et que tout ce qui est recouvert par la nommée morale est en cela même recouvert de cet enduit que nous avons dit impénétrable à la grâce."

 

Charles Péguy.

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Qu'est-ce qui nous est dû ?

20 Septembre 2018, 00:19am

Publié par Grégoire.

Qu'est-ce qui nous est dû ?

Vous demandez quelque chose qui vous manque, et parce qu'elle vous manque vous en parlez comme si elle vous était due. Vous me faites penser à cette phrase entendue l'autre jour dans le rue : "elle veut être aimée, quelle imbécilité!". Cette parole est dure, mais la vérité a parfois des dents de loup. 

L'imbécilité en question est dans la croyance que notre volonté nous ouvre un droit sur ce dont nous avons besoin, y pose déjà une légère griffe. Mais franchement, qu'est ce qui mérite en nous d'être aimé? J'ai beau chercher je ne vois rien. L'imbécilité n'est pas de demander mais de changer sa demande en plainte et bientôt en exigence. 

Je sais bien, vous ne parlez pas de cela, mais c'est sur ce ton que vous en parlez et la vérité est dans le souffle avant d'être dans les mots. J'écoute vos raisons et je n'entends que votre dépit. Mais je n'ai jamais trouvé une once de vérité dans l'amertume. Je n'y ai jamais entendu que la misère d'un amour-propre déçu. 

Je ne reconnais l'éclat du vrai que dans la joie et dans cette conscience de nous-mêmes qui l'accompagne toujours, cette conscience radieuse de n'être rien - et dès lors comment prétendre à quoi que ce soit, pourquoi s'entêter dans une demande qui ne sait trop ce qu'elle veut et ne sait que le vouloir! 

L'amour ne vient que par la grâce et sans tenir compte de ce que nous sommes. 

D'ailleurs, si c'était le cas, il ne viendrait jamais.

Rassurez-vous : si je dis ces choses, je suis loin d'en être digne. Du moins je ne cesse de les contempler comme sur la route pleine d'ombre on regarde à l'horizon les montagnes que l'on atteindra pas encore aujourd’hui.

 

Christian Bobin, l'éloignement du monde.

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Comme la lune au milieu de l'eau...

18 Septembre 2018, 01:37am

Publié par Grégoire.

Comme la lune au milieu de l'eau...

Je connais maître Dogen par la traduction que Yoko Orimo fait de ses paroles, et je connais Yoko Orimo par la manière dont maître Dogen lui parle. Entre le XIIIe siècle et le XXIe, il y a une fenêtre. Il m'est arrivé de voir maître Dogen passer devant, d'entendre le bruit de ses pas sur des aiguilles de pin. Le travail de Yoko Orimo est de maintenir ouverte cette fenêtre dans la muraille du temps. Le Japon est un pays ni ancien, ni moderne.

Ce n'est pas un pays, mais une façon paradoxale d'apprivoiser le tigre de l'éternel en tirant ses moustaches éphémères. Moi, petit Occidental, nouveau-né de 67 ans, je sais que les fleurs sont les temples du monde, avec leur coeur vide et la pâleur qui les change à l'automne en fantômes.

Je ne sais pas d'où je le sais. Je retrouve cette illumination dans les éternuements de maître Dogen ou, non séparable, dans l'ascétique recherche de Yoko Orimo. La métaphysique des bébés est la seule qui ne trahisse ni la terre, ni le ciel. Elle les tripote, les agglomère entre ses fins doigts roses. L'ombre et la lumière sont soeurs jumelles. Le réel et l'irréel sont comme la fleur et la couleur de la fleur. Nos métaphysiques occidentales n'ont d'autre origine que celle d'une avidité, elle-même issue d'une angoisse infernale, d'un manque de confiance envers le vent sur les brins d'herbe.

L'Occident exsangue, au bord de se dévorer lui-même, s'en va depuis quelques temps voler aux Orientaux ce qu'il croit être leur « sagesse ». Dans ce pillage il le dénature, le change en cela seulement qu'il comprend : des techniques, des recettes, des savoirs. Mais la parole incompréhensible de maître Dogen est pure intelligence : elle ne saisit rien. Elle s'enroule autour de l'inconnu comme des liserons autour d'une barrière. Le verre éteint des yeux d'un mort, le feu sans flamme des yeux d'un nouveau-né - on ne peut les fixer que quelques secondes. Ces quelques secondes sont celles qui font le printemps, l'été, l'automne, l'hiver, le vrai, le faux. Ce que nous mesurons, devant celui qui est toute rigidité comme devant celui qui est toute souplesse, c'est le principe de délicatesse en quoi se déploie toute la vie.

Le mort n'est plus touché par le monde, le bébé ne l'est pas encore. Tous deux sont comme des fleurs qui n'ont pas de raison d'être, qui passent, qu'il convient d'honorer avec des paroles fraîches - celles des poètes ou des prophètes. Je sais qu'une pensée est juste quand elle me tape sur le coeur, qu'elle bourdonne à mes tempes. Le travail de Yoko Orimo me donne, souvent, cette migraine bienheureuse, la joie d'avoir tout trouvé et de ne pouvoir rien dire de ce tout.   

Christian Bobin, 

http://www.lemondedesreligions.fr/papier/2018/89/comme-la-lune-au-milieu-de-l-eau-art-et-spiritualite-du-japon-par-yoko-orimo-24-04-2018-7168_242.php

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Un coeur las.

16 Septembre 2018, 01:19am

Publié par Grégoire.

Un coeur las.

"Nous connaissons tous des heures où rien ne nous parle plus, où les paroles saintes arrivent essoufflées devant notre maison, meurent sur le seuil. Acédie : c'est ainsi que les moines nomment ce tremblement du coeur lassé de méditer. Un gant retourné, une gifle des enfers : l'acédie. Assez dit. Les livres de poésie sont les plus résistants, sans doute parce que la vraie poésie a déjà fait l'épreuve de l'acédie. Un grand poème, pour l'écrire, son auteur va le chercher aux enfers. Celui qui remonte de l'abîme, on ne peut que le croire. Il sait que Dieu se moque de nos accroche-coeurs, qu'il n'est ni ceci, ni cela, qu'il n'est rien et que ce rien seul a la puissance de nous sauver. 

J'ai parfois un dégoût pour le mot « spirituel », ce châle pour les fraîches nuits d'été. Les ronces me semblent plus vraies que les roses. Je vais alors chez Léon Bloy. Je me suis longtemps méfié de cet homme qui tirait sur le langage comme un chien fou sur sa chaîne, passait sa vie à condamner, maudire, édifier un bûcher sur lequel finalement il se retrouvera seul, applaudi par les flammes. Je l'ai compris un jour, en moins d'une seconde : il enrage de voir la vraie douceur humiliée. S'il crie, ce n'est pas plus violent que le chuchotement des violettes dans les sous-bois, gardiennes farouches du secret de vivre une vie humble et rayonnante. Il pense des choses étranges, Léon Bloy - mais n'est-ce pas là, précisément, « penser » ? Il écrit comme une montagne se soulève. Une de ses plus belles visions est que l'univers est un seul instant, que dans l'oeil de Dieu il n'y a que cet instant où les morts, les vivants et les êtres à venir sont contemporains, agissent les uns sur les autres. Ainsi le geste de bonté d'une petite fille de 5 ans, qui naîtra dans trois siècles, est ce qui a permis de gagner avant-hier une bataille vitale. 

Léon Bloy avait ses habitudes dans un café où il jouait au billard. Plus encore que pour ses prophéties, je l'adore pour cette petite misère, ce goût enfantin pour le jeu, repos donné à son coeur. Un matin d'acédie, j'ai fait une partie de billard avec lui. Ses yeux étaient ceux d'un enfant. Les archanges les plus intraitables savent avoir les plus fins sourires. Dieu était de retour à la maison, ce dieu dont la racine la plus profonde est l'amour du temps perdu à rire et jouer comme des enfants. La sainte rivière des jours très ordinaires transporte toutes sortes de bois mort - mais de si belles lumières parfois. L'acédie n'est qu'une grosse mouche bleue. Il suffit d'ouvrir la fenêtre pour qu'elle s'en aille. 

 

Bobin, Le Monde des Religions, Août 2018

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Les féeries de la vie ordinaire ne se donnent qu'à celui qui ne cherche rien....

14 Septembre 2018, 01:40am

Publié par Grégoire.

Les féeries de la vie ordinaire ne se donnent qu'à celui qui ne cherche rien....

"Le monde nous habitue à des expériences très grossières, pour des raisons mercantiles on force le bruit, les couleurs, les images, on force l’énergie, la vitalité devient mauvaise, la volonté se durcit.

À l’opposé, on peut faire des expériences d’une incroyable finesse. Les anges passeraient là mais sans ressembler à l’imagerie habituelle ou à la peinture très belle d’un Fra Angelico. Ce sont les moments où notre cœur a une délicatesse de dentelle de Bruges, où l’on sent quelque chose d’aussi délicat et étrangement invincible. C’est ainsi que je les vois aujourd’hui."

Bobin (entretien)

 

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Comme un très faible et très sur sourire...

12 Septembre 2018, 04:40am

Publié par Grégoire.

Comme un très faible et très sur sourire...
" Pour être dans une solitude absolue il faut aimer d'un amour absolu. La plupart des écrivains mentent là-dessus. Ils font comme s'il n'y avait personne dans la pièce à côté, dans le fond sans fond de leur cœur. Ce n'est pas vrai. Ce n'est jamais vrai. Je ne dis pas qu'il s'agit nécessairement d'une présence visible, consciente. Peut-être même est-elle toujours plus profonde que tout visage connu, nommé. Mais il y a toujours quelqu'un aux côtés du solitaire, une présence sur laquelle il appuie en secret chacune de ses phrases, une lumière unique et nécessaire. "
Christian Bobin, Un désordre de pétales rouges. 

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Mortsauf....

10 Septembre 2018, 01:59am

Publié par Grégoire.

Mortsauf....

« Quand j'étais petit [...] j'étais amoureux de Madame de Mortsauf. Madame de Mortsauf c'est l'héroïne d'un roman de Balzac [...] Elle a un drôle de nom, cette dame. Dans son nom il y a le mot "mort" et il y a "sauf".

[...] Elle est mariée, elle a deux enfants. Elle rencontre un homme plus jeune qu'elle, elle s'en éprend puis finalement se sacrifie - je ne sais plus trop pour qui : pour tout le monde sans doute. Pour les enfants, pour le jeune homme et - pourquoi pas- pour le mari. Bref elle meurt, de langueur amoureuse. D'amour de l'amour.

Si je la rencontrais maintenant, je lui dirais : ne vous sacrifiez pas Madame. Ne vous sacrifiez pour personne. Ce n'est pas un très bon service à rendre à qui que ce soit, que de se sacrifier pour lui. Vraiment. C'est l'enfermer dans les plombs de votre mort, dans les caves de votre tristesse. »

Christian Bobin, La merveille et l'obscur.

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Le désert met l'âme à nu...

8 Septembre 2018, 01:39am

Publié par Grégoire.

Le désert met l'âme à nu...

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Tout le monde est occupé... à .. ?

6 Septembre 2018, 01:28am

Publié par Grégoire.

Tout le monde est occupé... à .. ?

"Les lumières s’attardent. La noirceur des arbres quand la nuit les enserre est moins grande, moins dure. De grandes choses dorment en nous, toujours, d’un sommeil qu’agite un peu plus la longueur accrue des jours. Quelque chose manque, toujours. A tout ce que nous pouvons faire et dire et vivre, quelque chose manque, toujours. 
Cette conscience-là, tôt venue, irréductible.

On peut vouloir passer outre, s’arranger. Ce qui n’est qu’un seul et inépuisable jour on peut l’oublier, on peut l’amoindrir en jours, en semaines, en mois. S’occuper. 
Parler et croire que l’on parle. 
Faire des choses et croire que l’on fait quelque chose.

Je préfère pour ma part ne rien faire. 
Je préfère en rester à ce premier âge du monde, de la nuit, du froid. De cette épaisseur de la nuit, de l’ombre, du gel, je n’ai rien à dire, je ne pense rien. En penser quelque chose serait déjà s’en éloigner.

C’est à l’intérieur de cette nuit, de cette non lumière de la vie que je vous écris, mais ce n’est pas d’elle que je vous parle, c’est de tout le reste, de tout ce qui en elle s’abîme, les gestes, les choses, les visages, les mots.

Tout s’en va. 
Tout lentement s’approche puis lentement s’éloigne. 
Tout glisse doucement – les voix, les regards – tout glisse doucement sur le côté, sans heurts, comme indépendamment de tout vouloir, comme un glissement de terrain.

Et tout se poursuit aussi bien. 
Les mêmes, choses, toujours. 
Rien n’est empêché.

Apparences du travail, apparences des conversations, apparences des mouvements divers. Vie apparente.

Je suppose que c’est là chose banale.Je suppose qu’il est possible de vivre ainsi longtemps, sur un long temps. Dans cette mort merveilleuse de l’indifférence.

Dans cette horrible aptitude à vivre en l’absence de tout, dans la plus silencieuse des absences. Sans âge. Sans plus vieillir, sans plus souffrir de rien. Sans doute est-ce là cette vie, que l’on dit ordinaire.

On peut y mourir. On sait qu’on peut y mourir. On sait aussi que mourir est impossible. 
On sait tout cela et bien d’autres choses encore, toutes aussi inutiles, toutes aussi encombrantes.

Parfois aussi la grâce d’une blessure vient congédier cette somme fabuleuse de savoirs sur tout, ce fatras."

Christian Bobin, Souveraineté du vide.

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La fragilité, la lenteur, le temps perdu... nous attendent craintifs..

4 Septembre 2018, 01:26am

Publié par Grégoire.

La fragilité, la lenteur, le temps perdu... nous attendent craintifs..

" Cette société que l’on dit molle, éteinte, consensuelle, est en guerre. Elle est en guerre contre les plus faibles et donc contre le meilleur d’elle-même. Cette guerre est menée contre les pauvres, les enfants, les amoureux, les femmes, les vieillards.
Le discours sur l’exclusion participe de cette guerre, par sa gentillesse qui est le contraire de la bonté. La gentillesse est une des premières vertus du commerce, une des règles de base dans la représentation : pour gagner le portefeuille, calmer les cœurs, flatter les enfants et les chiens et tout ce qui passe à portée de mains. La bonté est l’inverse de cette politique là. On n’y vend rien, on n’y achète rien. On apprend à y nommer ce qui est réel dans cette vie et à résister au nom de cette chose réelle.
On n’y parle pas de SDF, on y parle de pauvres - et mieux encore : on ne parle pas des pauvres en général, on n’est pas dans l’attendrissement sociologique des catégories. On parle de celui-ci, puis de celui-là, puis de cet autre encore.Ce qui est « exclu » de nos sociétés, c’est ce qui en est le centre, le meilleur : le rire des enfants, le songe des amants, la patience des misérables, le génie des mères.
Parler d’exclus c’est donc se tromper de mot. Quand ce qui est exclu est au centre, au cœur, alors il ne faut pas parler d’exclusion, terme bien trop flou pour décrire un cœur qui a cessé de battre. Il ne s’agit pas d’inclure les pauvres dans une société morte, il s’agit de faire revenir le sang dans le tout de cette société. Il faut un « traitement » non seulement « social » mais politique et spirituel : quelque chose entre résurrection et insurrection."

Christian Bobin

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L'énigme de la personne dans sa chair, son développement affectif..

2 Septembre 2018, 01:00am

Publié par Grégoire.

Quelle lumière sur la croissance et le développement de la personne dans son corps, son affectivité, sa sexualité...? Face aux psycho-rigide d'un développement 'naturel' normatif et volontariste et les tenants d'une révolte absolue contre tout ordre établi des choses, héritage naturel ou conventions sociales, quelle lumière l'expérience nous donne-t-elle, et quel lumière salutaire le Christ veut-il ? 

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