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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

On a jamais fait grandir avec des principes !

30 Juillet 2018, 00:31am

Publié par Grégoire.

On a jamais fait grandir avec des principes !

" On a jamais fait grandir avec des principes. On ne fait pas pousser une fleur avec des idées sur la botanique, mais avec de l'eau, de la lumière et de la patience, au jour le jour. On transmet à un enfant ce qu'on est à jamais ce qu'on croit qu'il faut être. On est élevé par des gens qui ont été enfants : c'est donc leur enfance à eux qui nous élève.

Faire sans cesse l'effort de penser à qui est devant toi, lui porter une attention réelle, soutenue, ne pas oublier une seconde que celui ou celle avec qui tu parles vient d'ailleurs, que ses goûts, ses pensées et ses gestes ont été façonnés par une longue histoire, peuplée de beaucoup de choses et d'autres gens que tu ne connaîtras jamais. Te rappeler sans arrêt que celui ou celle que tu regardes ne te doit rien, ce n'est pas une partie de ton monde, il n'y a personne dans ton monde, pas même toi. Cet exercice mental - qui mobilise la pensée et aussi l'imagination - est un peu austère, mais il te conduit à la plus grande jouissance qui soit : aimer celui ou celle qui est devant toi, l'aimer d'être ce qu'il est, une énigme - Et non pas d'être ce que tu crois, ce que tu crains, ce que tu espères, ce que tu attends, ce que tu cherches, ce que tu veux.

Christian Bobin 

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Je pense chaque jour à la mort voisine

28 Juillet 2018, 01:39am

Publié par Grégoire.

Je pense chaque jour à la mort voisine

"Garder sa vie dans le sentiment neuf de la vie, c'est une des choses les plus difficiles qui soient, les plus souvent escamotées. Cela vient sans doute du fait que cette nouveauté de chaque jour ne peut être reçue que dans la proximité de sa mort à soi, rien qu'à soi.

Je pense chaque jour à la mort voisine. Ce n'est pas une pensée du futur, c'est une pensée du présent. C'est la pensée la moins morbide qui soit. Cette proximité de vivre avec l'ombre portée de mourir, je peux la résumer en un mot, en une attitude de fond : rire.

La vie me bouleverse comme un papier de soie si fin qu'un regard trop pesant suffirait à le déchirer. La vie me comble d'être aussi parfaitement menacée. Le déchirement me donne joie et rire.

J'avance. J'avance en oubliant ce qui précède -dans ma vie comme dans l'écriture. Dans la vie on se nourrit les uns les autres et ensuite on se quitte.

Les mères nourrissent les enfants, les enfants nourrissent les mères, et puis ils se laissent. Les amants se mangent l'âme et ensuite ils se lâchent.

Je ne vois là rien de néfaste. Je ne vois là rien que de nécessaire. Manger et puis partir c'est la loi nécessaire de grandir, le mouvement légitime de toute croissance, un deuil que l'on ne peut fuir sous peine de mort."

Christian Bobin ~ L'épuisement.

 

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Résister à la tyrannie des évènements

26 Juillet 2018, 00:35am

Publié par Grégoire.

Résister à la tyrannie des évènements

Dans le train, je lisais ‘Le frère de la côte’ de Joseph Conrad. Quand je lis Conrad je sens son haleine: cet homme est alors plus proche de moi que la lumière du jour. il y a eu un arrêt inexpliqué de trois heures, du coté de Montauban. Béni soit les infarctus de la technique. J’ai pu terminer ma lecture. En vérité, ce livre on n’arrive pas à le finir. Un moment un contrôleur est entré dans le compartiment, il venait apporter un carton avec de la mauvaise nourriture, pâteuse, plastique, sans intelligence. Offert par la SNCF, en compensation, en excuse. Comme, en même temps qu’il approchait de moi il parlait, la tête tournée vers ses collègues, il m’a presque jetée le carton comme à un chien. Les cadeaux que nous fait la société sont de ce genre-là. Mais j’avais, avec le livre dont je ralentissais la lecture, les nourritures les plus solides du monde. Sa voix m’attrapais, comme un grain de lumière dans la chambre noire des enfants. Et les enfants ce sont nos âmes. ce livre est un maître, si par maître on veut bien entendre quelqu’un qui vous guérit de la mort, de la peur de la mort. Mille fois, dix mille fois Conrad a parlé de la mort, cet abime presque aussi profond que nos inconscients. L’amour, c’est encore plus dangereux que la mort, bien plus difficile à dire. Et ce livre parle avec une voix calme des enfers de l’amour, de cet enfer qu’est l’extase de tomber amoureux. 

On est jetée dans le néant de cette vie, dans la fragilité extrême de cette vie, il faut aller très vite et chaque brin de poésie est un point de résistance à la tyrannie des évènements. La vie de chacun est un trait de feu, quelque chose qui ressemble au buisson ardent, quelque chose qui éclaire, qui brûle sans se détruire… Dieu nait à chaque rencontre, mais les vrais rencontres c’est très très rare. Que les gens disparaissent est au fond moins surprenant que de les voir apparaître soudain devant nous, proposés à notre coeur et à notre intelligence. Ces apparitions sont d'autant plus précieuses qu'elles sont infiniment rares. La plupart des gens sont aujourd'hui si parfaitement adaptés au monde qu'ils en deviennent inexistants.

Christian Bobin.

 

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Détacher le destin

24 Juillet 2018, 00:25am

Publié par Grégoire.

Détacher le destin

Le destin est patient comme une ânesse attachée dans une ruelle. La présence d’un ânon à ses côtés ajoute à sa sérénité. Ils mettent leurs oreilles en berne, bloquent leurs articulations et sommeillent aussi longtemps qu’il le faut, derrière leurs yeux de velours. Comme l’ânesse le destin a de la mémoire ; une mémoire anticipée ; Il se souvient de ce qui doit arriver ; il sait, et il est donc obstinément patient. C’est écrit. Et s’il arrivait quelque chose, l’ânon enseigné prendrait la suite, sans état d’âme, portant le bât avec persévérance et modestie à son tour.

Le destin a choisi l’ânesse pour sa patience. Attendre dans la ruelle n’est qu’un prologue. Et tout va se jouer dans un geste, un seul. Ce geste est l’engagement d’une suite inéluctable, c’est le début d’une passion, l’origine d’une espérance. « Défaire le nœud de la longe de l’ânesse », dénouer ce lien qui retient la patience et le vieux monde. La patience s’arrête à ce moment précis où une main, d’un petit geste sec tire sur la corde et libère l’ânesse d’un simple nœud de pêcheur.

Le dénouement signe une fin mais aussi dans ce cas un commencement irréversible. A partir de là tout s’enchaîne. Les oreilles de l’ânesse se dressent, ses articulations se débloquent, elle et son ânon trottinent à la suite du destin qui tient la longe, qui jettera des palmes sous ses sabots et hissera sur son dos Celui que sa mère ânesse avait porté, comme pour une répétition, avant qu’il ne naisse une première fois, Celui qui lui laissera, pour tout remerciement de L’avoir porté et réchauffé, une croix noire sur l’échine. Cette main qui détache, c’est le big bang du nouveau monde, c’est la même main qui lâche chaque matin un ballon rouge derrière l’horizon, celle qui délivre en caressant le visage de celui ou de celle dont on attend déjà le retour… Il nous est demandé une fois, une fois dans notre vie, d’aller tirer sur la corde, dans la ruelle où le hasard qui n’en est pas un nous aura conduits, pour oser notre destin.

 Jésus envoya deux disciples : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi." Matthieu 21,1-11

Jean-François Debargue

Ghardaïa-Algérie

 

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La perfection est une sorcière

22 Juillet 2018, 01:10am

Publié par Grégoire.

La perfection est une sorcière
Ma mère connaît toujours un ratage dans les gestes ultimes du repas. Elle sait à merveille cuisiner. C'est l'instant de servir qui est chez elle l'instant de la catastrophe. Au dernier moment, en posant le plat sur la table ou en versant un peu de nourriture dans une assiette, elle accroche , renverse, éclabousse. Légèrement. Mais sûrement. Comme si, chez elle qui est si attentive aux siens, une impatience montrait le bout de son nez : j'ai passé des heures dans la cuisine pour vous, mais là, permettez, je pars en vacances, je ne regarde plus trop ce que je fais, je quitte un millième de seconde ma place souveraine de servante, qu'est- ce que vous croyez, que je suis faite pour cette place?
J'aime cette échappée de l'ultime instant, cette fugue qui ne dit pas son nom. Il y a des impatiences nourricières. Chez Mozart aussi on peut surprendre des facilités de dernière minute, des fins de mouvements baclées . Elles ajoutent à la beauté de l'ensemble. Femmes qui envoient promener leur monde, musiciens qui expédient les trois dernières notes, petits diables qui recitent la prière vitale : mon Dieu, protégez nous de la perfection, délivrez - nous d'un tel désir. "
 
Christian Bobin, Mozart et la pluie

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Qui nous garde, qui nous protège et de quoi?

20 Juillet 2018, 02:47am

Publié par Grégoire.

Qui nous garde, qui nous protège et de quoi?

Qui nous garde, qui nous protège et de quoi? Au bout du compte la mort, si tard qu’elle vienne, nous fera tomber. Il aura fallu auparavant se faire attentif, recueillir sa voix dans une nuit secrète, épurer sa clarté, inventer son chant. Donner à sa parole la souveraineté des rivières, filant sans trêve jusqu’au silence surabondant pour s’y jeter et s’y perdre. Ainsi, parfois la nuit commence avec le jour. Et, personne à appeler, personne à qui délivrer cette parole, toujours vraie, de plus en plus vraie: rien. Je ne veux rien. S’en remettre au jour qui passe. Comme un voyageur, faire preuve d’aucune hâte, d’aucune impatience. Rien jamais ne sera acquis. Aucun savoir ne peut résoudre l’étonnement de notre vie. Aucune illusoire maîtrise ne peut détourner le cours de l’insouciant ruisseau qui va en nous et ne sait où il va, accédant à des instincts en friche, bouleversant des terres sans âge, dont le soulèvement se confond alors avec la douleur qui nous en vient, insupportable, radieuse. 

Ainsi avais-je appris ma leçon, oubliant tout le reste qui méritait d’être oublié et que les écoles infligent aux enfants assombris. Leçon ancestrale, coutume venue de la nuit des temps : attendre infiniment, mais sans rien attendre de personne. Inventer dans le silence d’une rêverie mes propres contemporains : cette franchise d’une étoile, cette pure mélodie d’un feuillage, cet atome de lumière sur le mur. Couper et tailler les plus souples branches de l’âme, puis les confier au quatuor de l’air, du feu, de la terre et de l’eau, afin que toute chose vienne en moi éprouver leur résonance, dans l’anonymat de mon nom, dans l’oubli de toute appartenance. Regarder se lever l’arc-en-ciel sur la page rafraîchie par l‘ondée d’une absence. Et, surtout, fuir la persuasion des raisons, la douceur des consolations, la bienveillance des maîtres. Ne servir que ce maître-mot : l’amour. Ce gueux, ce mendiant, cette aurore qui gagne en nous comme un incendie, de proche en proche embrasant la forêt endormie dans l’arrière-pays de nos pensées, là où nous ne savons plus, là où nous arpentons, dans la dissolution de tous repères, une vie crue, sauvage et d’un seul tenant. Reconnaître cette allure gauche qui est la sienne, à tenir dans le creux de ses mots une rose d’eau vive et à trébucher souvent sur le chemin inégal, sans jamais rien en perdre. Entendre la lenteur de son pas : comme elle est nécessaire. Comme folle serait l’impatience…

Christian Bobin.

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Nos manques ne sont jamais désolants...

18 Juillet 2018, 02:12am

Publié par Grégoire.

Nos manques ne sont jamais désolants...

Je manque d’attention et d’amour, je manque à peu près de tout. Ce manque n’est pas désolant. Il me fait plutôt jubiler : j’y trouve à chaque fois l’occasion de reprendre ma vie à ses débuts. Je ne cherche pas la perfection : ça me semblerait aussi intelligent que de rechercher la mort.. 

J’ai toujours l’espérance de grandes choses : mon âme est comme un chien en arrêt devant un buisson  aux aguets d’un gibier proche et invisible et j’attrape juste la certitude éblouie d’avoir entrevu une chose plus grande que ma vie et pourtant accordée à elle une lumière si pure qu’elle en est presque cruelle                                 

Nous sommes tous des enfants –malheureux- : on ne traverse pas cette vie sans avoir le cœur arraché par une main glacée qui entre dans notre poitrine comme si elle était chez elle, nous arrache le cœur et le jette aux bêtes…et là, on se pose la question :  y-a-t-il un secours qui nous reste ? peut-être un fragment de lilas peut répondre à la question : un brin de lilas dans son verre peut avoir une force explosive…un fragment de lilas n’est pas illusoire, les fausses consolations du monde sont ignobles et terribles, mais les consolations du réel sont splendides…

La consolation, elle n’est pas dans les livres, c’est cette manière enfantine, puérile d’accrocher quelques cerises du langage à son oreille, c’est ce rafraichissement de la vie, c’est la revanche du rosier contre l’intelligence technicienne et molle, contre cette force aveugle, cette bête idiote qui nie la vie la plus fragile la plus sacrée. 

Christian Bobin.

 

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Vivre ? c'est une chose simple : il suffit d'y consacrer chaque seconde de sa vie...

16 Juillet 2018, 02:10am

Publié par Grégoire.

Vivre ? c'est une chose simple : il suffit d'y consacrer chaque seconde de sa vie...

La vie est lumineuse d’être quelque part incompréhensible, mais c'est très déroutant !  pendant plusieurs dizaines d'années je n'ai eu qu'une petite fenêtre pour voir la vie : un rectangle ouvert sur un morceau de ciel pur ; ma vue s'est faite à cette exiguïté : j'ai appris à trouver les nourritures nécessaires à ma joie dans le vol aigu d'une hirondelle, dans l'interminable dérive d'un nuage, dans le bleu du ciel que lèchent tout le jour les grands arbres paresseux- J’ai appris à vagabonder, à demeurer dans ces fossés ou notre âme assise mâche un brin d’herbe en regardant passer les wagons de nos projets...

Vivre est une chose simple : il suffit d'y consacrer chaque seconde de sa vie ! et il y a tellement à voir : ce matin j’ai vu neuf tulipes pouffant de rire dans un vase transparent. Elles avaient une manière rayonnante d’être là, sans défense, et elles m’ont dictées cette phrase : « Ce qui fait événement, c’est ce qui est vivant, c’est ce qui ne se protège pas de sa perte ».

L'image physique du bonheur serait d'imaginer un rosier injurié par la grêle.. Il est dans le réel brut et pur.. C'est lié à la joie;  Il faut savoir perdre, Et trouver la joie dans la défaite.. La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu...

Christian Bobin.

 

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L'ennui... pour être là.

14 Juillet 2018, 00:45am

Publié par Grégoire.

L'ennui... pour être là.

"S'il y avait pour moi une sagesse, ce serait l'art d'être là pleinement, avec une attention extrême, soutenue. C'est pour cela que les enfants me fascinent, par ce don qu'ils ont d'être pleinement là, dans le pur présent.

 

Un enfant qui s’ennuie, n’est pas très loin du paradis : il est au bord de comprendre qu’aucune activité, même celle du jeu ne mérite qu’on y consacre toute son âme qu’Il y a peut-être autre chose à faire dans cette vie que de s’y éparpiller en actions, s’y pavaner en paroles ou s’y trémousser en danses : La regarder, simplement. La regarder en face, avec la candeur d’un enfant, le nez contre la vitre du ciel bleu. L’ennui est un petit balai de genêts manié par un ange pour chasser la poussière de nos désirs. En la vidant peu à peu, il éclaircit la chambre de l’âme. "

C.Bobin.

 

 

 

 

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Dieu est ce mendiant couché devant la porte de nos projets

12 Juillet 2018, 02:12am

Publié par Grégoire.

Dieu est ce mendiant couché devant la porte de nos projets

Le souffle coupé à la base, c'est la marque des vrais événements, et c'est aussi celle de l'écriture. La vérité vient du dehors. La chercher est inutile. Elle arrive et c'est une joie ou un chagrin, ou un bébé qu'on vous met dans les bras, et débrouille-toi avec ça. Dieu fonce sur l'obstacle, et l'obstacle c'est nous. Dieu nous pulvérise sous la forme d'un événement réputé impensable. 

Certains hommes ne sont que pensée. Leurs yeux pensent mais aussi leurs os. Leur maigreur leur donne une lumière de tigre. L'écriture peut retarder la fin du monde et même l'empêcher. Les poèmes des dernières années de Jean Grosjean sont à peine un souffle. Voilà - dit-il sans le dire - j'ai fait le tour des pensées, des philosophies, des religions. J'ai traduit la Bible et le Coran. Et voilà que je ne sais rien, sinon qu'il y a dans le monde quelqu'un qui nous regarde dormir - et nous dormons les yeux ouverts. Dieu est ce mendiant couché devant la porte de nos projets. Nous l'enjambons plusieurs fois par jour sans y penser, sans le voir. L'éternel, c'est ce qu'il y a de plus faible. Pour voir le plus faible, il faut une force inouïe. 

Il existe une physique de l'esprit, un érotisme de l'âme. Quand je m'aventure dans un poème, mon âme retrouve l'émoi adolescent de frôler la peau de l'aimée. Une douceur qui est une pensée plus profonde que toute pensée. Ne me dites pas que Dieu n'existe pas. Dieu, c'est l'extrême sensibilité d'un homme, ce qui en lui, dans sa parole, dans son silence, touche l'invisible, rougit de l'effleurer. 

Un jour, on a mis en terre Jean Grosjean, celui qui avait écrit les plus beaux chants du monde. Ces chants ne parlaient pas d'amour - ou bien comme la brise en parle aux feuilles du tremble. La pudeur est un acier trempé. Le vrai amour est indicible - un feu sans flamme. L'humain souvent n'existe pas. Les pierres, les pauvres pierres qui ont bien droit elles aussi à un dieu, sont plus humaines que certains hommes travaillant à leur triomphe. Mais qu'un seul soit doué de sensibilité, et c'est Dieu qui renaît. Il y a quelque chose de divin dans la mort, dans sa manière de sculpter un corps et lui communiquer la splendeur d'une falaise sur laquelle les vagues de nos émotions s'écrasent et s'épuisent. Mais, laissons. Tout ce que je sais de l'autre monde, c'est pour l'avoir vu dans ce monde-ci. Cher Jean Grosjean. La vivacité de vos mains pour souligner une parole araméenne au-dessus de la toile cirée de la grande table : plus humble qu'un paysan chinois, vous ne pouviez tout à fait cacher ce qui alors traversait l'étang de vos yeux : l'arc-en-ciel. 

Christian Bobin. 

 

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The Idan Raichel project

10 Juillet 2018, 01:54am

Publié par Grégoire.

Idan Raichel
עידן רייכל
Description de l'image Idan Raichel.jpg.

Idan Raichel (עידן רייכל) est un musicien israélien, établi à Kfar Saba, petite localité de la banlieue de Tel Aviv en Israël.

הפרויקט של עידן רייכל (Ha proyect shel Idan Raichel), premier album à son nom (Idan Raichel's Project) est paru en 2002. Claviériste, compositeur, interprète et arrangeur de talent, Raichel réussit dès cet album une entrée fracassante dans le milieu de la chanson israélienne en fusionnant musique électronique, folk israélien et musiques traditionnelles africaines (notamment éthiopiennes); son hit Bo-i reste plusieurs semaines en tête du hit parade israélien en 2002.

Raichel a fait contribuer plusieurs autres artistes israéliens et africains à son projet. La dernière en date en 2005 sur son album Mimaamakim, est Shoshana Damari, considérée comme la reine de la chanson israélienne.

En 2006 est sorti The Idan Raichel Project, compilation de ses deux précédents albums destiné au public international.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Idan_Raichel

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Comment naître à l'Amour ?

8 Juillet 2018, 01:11am

Publié par Grégoire.

Comment naître à l'Amour ?
La connaissance de soi s’acquiert dans la nudité, attentive à refuser toute pensée susceptible d’accueillir l’égoïsme et toutes ses manifestations. Indifférent à la louange comme aux injures, le connaissant marche seul dans un désert aride. Heureux des rencontres, il ne les sollicite point ; il n’a pas à être rassuré sur l’importance de sa démarche, aucun encouragement ne lui est nécessaire. La lumière dont il entend l’appel lui suffit : le reste est bourdonnement.
(...)
A son sommet la philosophie est mystique. Elle plonge dans le mystère obscur par excès de lumière. Ce qui est caché se révèle. Les voiles se déchirent et les yeux voient tandis que les oreilles entendent murmurer les secrets que les autres seraient incapables d'ouïr. Les sens de l'homme intérieur, c'est-à-dire du véritable philosophe, se déploient et un univers nouveau se découvre dans sa splendeur. Il convient alors de déchiffrer les signes, de traduire les symboles, de transposer au plan de la métahistoire le contenu de ce qui est intraduisible du fait de son ineffabilité. Devant les visionnaires, il s'opère des percées soudaines d'une extrême brièveté.
 
(...)
 
Qu’est-ce que le désert ? Une terre de feu, un domaine sans piste. Il faut y chercher les symboles, signes d’une Présence absente.

Le désert n’est pas un lieu, ni un espace, c’est le fond de nous-mêmes, le fond intemporel, le point d’éternité que chacun porte en lui.

 

À l'égard de mon itinéraire, je me pose la question : quel fut mon initiateur, mon véritable maître spirituel ? Je réponds sans la moindre hésitation : la solitude. Elle est un abîme ! Une profondeur ! Une béance ! Dès ma jeunesse, j'ai perçu son appel. Et j'ai été séduite. Depuis, je n’ai jamais regretté l'union de nos amours.

J'ai épousé la solitude comme d'autres prennent un compagnon de route.

Chaque matin, chaque soir, et durant des années, j'ai célébré les multiples anniversaires de nos noces. Noces festives ! Noces secrètes !

Dans la solitude se dévoile quelque chose, une expérience secrète, personnelle, qui ne se partage pas, qui ne peut se dire, qui ne peut se murmurer.

Parfois, je lui étais infidèle en lui tournant le dos. Tentée de la quitter, je cherchais ailleurs ma subsistance. Privée de sa présence, je devenais aussitôt une épouse stérile. Alors, j'allais vers elle en claudiquant. Patiente, elle m'accueillait ; généreuse, elle m'offrait le pardon de mes adultères. Et nous recommencions à vivre ensemble avec une tendresse décuplée. 

« Repentante, je lui disais : solitude, Entraine-moi, après toi ; courons ! » (Ct 1,4).

Marie-Madeleine Davy, Chemins de la profondeur & Traversée en solitaire.

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Présence

6 Juillet 2018, 00:25am

Publié par Grégoire.

Présence

En sortant du centre de rééducation, je portais l'enfant dans mes bras. J'ai croisé une vieille femme dans son fauteuil roulant. Son visage s'est éclairé à la vue du nourrisson. Je me suis penché vers elle pour le lui présenter. Les deux se sont dévisagés un instant - celui qui n'était pas encore tout à fait dans le monde, et celle qui n'y était plus complètement. La femme avait un visage merveilleusement ridé, semblable à l'écorce d'un arbre séculaire. Devant la perfection de ces deux présences, je ne comprenais pas pourquoi cette société veut à tout prix que nous restions indéfiniment jeunes, éloignés de ces deux lumières de la naissance et du grand âge, cloués au milieu.

Christian Bobin, Ressusciter

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Essentiel, l’humour.

4 Juillet 2018, 00:53am

Publié par Grégoire.

Essentiel, l’humour.

Dieu qui a crée le monde a pris du plaisir à cette création. Ce qui donne du plaisir, on a envie de le refaire. Encore et encore. Dieu n'échappe pas à cette règle.

Dès qu'une femme rêve d'un enfant, Dieu crée un monde miniature à l'intérieur de son ventre -forêts, océans, étoiles et un bébé au centre, en plein milieu, car à tout spectacle il faut un spectateur. À l'instant de quitter sa création, à la dernière seconde, Dieu jette une étincelle d’humour dans les yeux du Bouddha baignant dans le liquide amniotique. L'enfant doté d'humour est arrivé à terme, il peut enfin venir au jour.

De ce point de vue, il faut se rendre à l'évidence : une grande partie de l'humanité est née avant terme. 

Christian Bobin, Tout le monde est occupé.

 

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La mentalité ‘presse-bouton’, cette impatience moderne, ce désir intempestif d’avoir tout, tout de suite...

2 Juillet 2018, 00:46am

Publié par Grégoire.

La mentalité ‘presse-bouton’,  cette impatience moderne, ce désir intempestif d’avoir tout, tout de suite...

Il arrive que la vie soit partie que l'on soit délaissé, abandonné. Chacun fait cette expérience tôt ou tard, et parfois sur une durée très longue. mais même dans ces moment-là, il y a quelque chose qui ne nous quitte pas, que je ne saurais nommer, que je ne veux pas nommer - parce que la nommer, ce serait l'abîmer et, peut-être, la faire fuir à jamais. Il y a un point de confiance, quelque chose en nous comme une petite chambre dans le cœur, dans laquelle il ne faut laisser entrer personne, pas même ceux que nous aimons parce que le coup peut aussi venir, parfois, de ceux que nous aimons. Ce retrait-là permet de traverser tous les hivers, tous les incendies. Pourquoi ? Je n'ai pas d'explications. C'est comme ça : c'est là. Je ne peux rien expliquer. Vouloir expliquer le monde c’est comme de vouloir faire entrer des roses dans un vase à coup de marteau.

Tout est une question d'air et de respiration.  C'est l'encombrement qui nous rend malhabile et qui nous fait parfois suffoquer. On a besoin de connaître l'ennui  le manque  l'absence  pour connaître la présence, la joie et l'attention pure.  Cette pensée va dans le sens exactement inverse de la mentalité ‘presse-bouton’ ; la mentalité ‘presse-bouton’ c’est cette impatience moderne, ce désir intempestif d’avoir tout, tout de suite; Que surtout nul ne souffre plus d'un manque c'est une souffrance que d'avoir tout à sa disposition sans intervalles. On devient soi-même comme une chose au milieu des choses. On devient contaminé par le désenchantement, ce rétrécissement de l’esprit cette maladie des artères de l’intelligence qui peu à peu s’obstruent et ne laissent plus passer la lumière.

Si il y a un enfer –et il y en a un : nous y sommes- on y a été menés gentiment, par légères poussées, sans aucun drame. Il y a une tristesse dans le monde, jamais aussi éclatante que dans l’euphorie de certaine vitrine : toutes ces choses qu’on nous presse d’acheter viennent en remplacement d’une seule qui est absente et qui ne coûte rien.

Christian Bobin.

 

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