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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Une boulangerie casse les codes en offrant son pain...

31 Mai 2018, 01:32am

Publié par Grégoire.

Une boulangerie casse les codes en offrant son pain...

Cette boulangerie basée à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, casse les codes. Une boulangerie biologique qui se base sur le principe de partage et de gratuité et qui remporte en franc succès.

« La Conquête du Pain » est une boulangerie bio autogérée ouverte depuis septembre 2010 à Montreuil.

Dans cette boulangerie, la farine utilisée est issue de l’agriculture biologique.

Il n’y a pas de patron,  les décisions sont prises lors d’assemblées générales hebdomadaires. Tout le monde gagne 1500 € par mois.

La boulangerie forme des jeunes sans emploi et des étrangers.

Lorsque la boulangerie ferme ses portes, les invendus sont distribués aux plus démunis ! « La Conquête du Pain » fournit gratuitement plusieurs associations caritatives.

Ces boulangers ont lancé le concept de la baguette suspendue.

Cette initiative existe déjà dans des cafés napolitains, il s’agit de donner la possibilité à des clients d’acheter des cafés et de les laisser sur le comptoir pour d’autres. « La conquête du pain » a décidé de mettre cela en place pour les viennoiseries (incluant les galettes) et les baguettes.

Basé sur l’économie du partage, le principe en est des plus simples. Un client paie deux baguettes : l’une d’elles est mise dans un panier en attendant qu’une personne dans le besoin vienne la récupérer.

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Mauvaise nouvelle pour nos enfants

29 Mai 2018, 01:27am

Publié par Grégoire.

Mauvaise nouvelle pour nos enfants

L’effet des smartphones sur nos jeunes est plus qu’effrayant

Personne, je pense, n’avait anticipé la catastrophe historique provoquée par les smartphones.

La psychologue américaine Jean M. Twenge étudie depuis vingt-cinq ans le comportement social et affectif des jeunes. Elle a observé ces dernières années un séisme.

Dans un article intitulé « Les smartphones ont-ils détruit une génération ? », elle explique que tout a changé à partir de 2012.

Cette année-là, plus d’un ado sur deux était équipé d’un smartphone. Aujourd’hui, c’est quatre sur cinq.

Durant cette période, les évolutions suivantes se sont produites. Elles concernent toutes les classes de la population, riches ou pauvres :

  • les symptômes dépressifs se sont accrus de 50 % chez les filles et de 21 % chez les garçons, de 2012 à 2015 ;
  • le nombre de filles qui se sont suicidées a triplé entre 2007 à 2015, et celui des garçons doublé ;
  • le nombre de jeunes qui voient des amis tous les jours a baissé de 40 % entre 2000 et 2015 ;
  • actuellement, les jeunes de 16 ans sortent moins que ne le faisaient ceux de 12 ans en 2009. Ils sont en train de cesser progressivement de sortir et de se socialiser dans les parcs, squares, etc., et restent seuls chez eux avec leur smartphone ;
  • en 2015, seuls 56 % des élèves de terminale sont « sortis » avec quelqu’un, contre 85 % des jeunes dix ans plus tôt, un chiffre qui était stable depuis les années 1960 ;
  • le nombre d’enfants qui manquent de sommeil a augmenté de 57 % entre 1991 et 2015 ;
  • aux États-Unis, où l’obtention du permis de conduire était le rêve de tous les jeunes autrefois, le passeport pour la liberté, on observe un désintérêt massif des adolescents, qui préfèrent rester dans leur chambre sur leur smartphone et se faire conduire par leurs parents ;
  • concernant la consommation d’alcool, les rencontres amoureuses, les adolescents se comportent comme nous le faisions à 15 ans, et ceux de 15 ans comme nous le faisions à 13 ;
  • s’ils sortent moins souvent, les rares fois où ils le font sont abondamment communiquées sur Snapchat, Instagram ou Facebook. Ceux qui ne sont pas invités se sentent donc cruellement exclus : le nombre de jeunes filles se sentant rejetées et isolées a augmenté de 48 % de 2010 à 2015 et le nombre de garçons de 27 %.

« J’essaye de leur parler et ils ne me regardent pas. Ils regardent leur smartphone. »

Lorsqu’ils se confrontent malgré tout aux enfants de leur âge, leur manière d’interagir est profondément dégradée.

En effet, bien que physiquement ensemble, cela n’interrompt nullement le fonctionnement des smartphones.

« J’essaye de leur parler de quelque chose, et ils ne me regardent pas droit dans les yeux. Ils regardent leur téléphone ou leur Apple Watch », témoigne une jeune fille dans l’article cité ci-dessus.

  • « Et qu’est-ce que ça te fait, quand tu essayes de parler à quelqu’un en face-à-face et qu’il ne te regarde pas ? », lui demande la psychologue.
  • « Cela me fait mal. Mal. Je sais que la génération de mes parents ne faisait pas ça. Je peux être en train de parler de quelque chose de super-important pour moi, et ils ne m’écoutent même pas. »

Oui, on imagine que ça fait mal, en effet…

Piégé par mon smartphone

En ce qui me concerne, j’ai tenu sans téléphone mobile jusqu’à il y a quelques mois. Pendant longtemps, je me suis débrouillé avec des « télécartes ».

Mais les cabines publiques ont peu à peu été supprimées. En cas d’urgence, j’étais obligé d’emprunter le téléphone des gens. Mais avec le smartphone, ils sont devenus de plus en plus réticents à cause de toutes les informations personnelles ; trop dangereux de laisser ça entre les mains d’un inconnu, aussi sympathique soit-il.

Mais c’est ma banque qui a eu raison de mes résistances.

Comment ma banque m’a vaincu

Au mois de février, ma banque m’a envoyé un courrier m’expliquant que tous les clients devaient désormais utiliser leur smartphone pour « scanner » un code apparaissant sur l’écran pour accéder à leur compte…

Penaud, j’ai acheté un smartphone. J’étais décidé à ne m’en servir que pour la banque mais, bien sûr, très rapidement j’ai passé mes premiers appels et il s’est mis à sonner en retour…

La chute

En juillet, je m’en servais, pour la première fois, connecté à ma voiture. En août, ma fille m’installa Whatsapp, et m’inscrivit au groupe de la famille, ce qui me valut de sentir des vibrations toutes les cinq minutes, et voir apparaître toutes sortes de « notifications » sur l’écran que ma curiosité avait le plus grand mal à ignorer…

Peu à peu, ma vie a basculé.

Il y a dix jours, je me suis retrouvé pour la première fois à me promener dans la rue en « textant ».

J’ai alors levé le nez autour de moi. Je ne regardais plus le ciel bleu. Je n’entendais plus les oiseaux chanter. Je ne souriais plus aux passants (ni aux passantes…). J’étais dans la prison psychique de mes messageries et je me suis rendu compte que la plupart des gens autour de moi étaient… pareils.

Le patron d’Apple avait interdit l’iPhone à ses enfants

Ce matin, un article explique que le grand Steve Jobs, patron d’Apple, avait interdit le smartphone à ses enfants.

De même pour Bill Gates, fondateur de Microsoft, qui ne voulait pas d’ordinateur chez lui.

Y avait-il quelque part un problème que ces « génies de l’informatique » avaient remarqué et dont leurs clients ne s’étaient pas aperçus ?

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… »

Les gens sont en train d’oublier combien la vie était douce avant ces engins. Moi je m’en souviens, je vivais ainsi il y a quelques mois encore.

Je montais dans ma voiture, ou dans le train, et je partais réellement.

Je ne poursuivais pas la conversation avec les gens que je venais de quitter. Les séparations étaient plus dures, mais les retrouvailles étaient aussi beaucoup plus intenses.

En voyage, je lisais. Dans ma voiture, je rêvais. J’écoutais de la musique sans jamais être interrompu par un brutal appel téléphonique.

Quand j’arrivais chez des amis, j’étais présent, je ne poursuivais pas des échanges parallèles avec des collègues ou d’autres personnes à des centaines de kilomètres de moi. C’était plus agréable pour tout le monde.

En réunion, au travail, je me concentrais uniquement sur les problèmes discutés autour de la table. Je n’avais pas le choix. Impossible de m’évader en appuyant sur un écran pour recevoir des nouvelles de ma famille ou de mes amis, ou encore pour traiter les questions liées à d’autres collègues, autre part.

Je comprends bien l’aspect excitant de ces machines. Vous êtes tout le temps stimulé. Vous vous sentez important. Vous avez l’impression d’être dans le coup, de mener une vie trépidante. Vous êtes enivré. Le grand frisson de la vie moderne, connectée, toujours en mouvement.

Vous recevez de délicieuses décharges d’adrénaline chaque fois que ça bipe, que ça buzze, que ça sonne.

Mais si vous regardez les choses en face, vous risquez aussi beaucoup plus de devenir un zombie dépressif.

Alors, cette fois, c’est décidé : je laisse mon smartphone à la maison ! Une fois par mois, je consulterai mes comptes, et ce sera tout.

Je brise mes chaînes. Je retourne dans le monde normal. Je dis stop à la dépression, aux insomnies, aux idées suicidaires. Adieu, mon smartphone !

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Ce que j'appelle printemps...

27 Mai 2018, 01:51am

Publié par Grégoire.

Ce que j'appelle printemps...

(...) Le printemps n’est rien de compréhensible -c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien : un bruit, un silence, un rire...  à l’école où je travaillais il y avait une petite fille dont la maman était morte dans un incendie. J’aimais regarder son visage pendant les récréations. Dans ses yeux il y avait un peu de gravité et beaucoup de rires.  Elle n’avait connu sa mère que quatre ans et ces quatre ans avaient été à l’évidence plus gorgés d’amour que quatre siècles. Telle était ma pensée devant ce visage : la mère de son vivant a du versé une coupe de champagne dans l’âme de son enfant  -d’où le pétillement dans les yeux de la petite fille cette pensée que j’avais alors était une pensée printanière; Il n’y a rien à en conclure. Le printemps se moque de conclure…  

Ce que j’appelle printemps ne va pas sans déchirure Si nous regardions bien si nous regardions calmement nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette : elle est là  toute bête toute jaune Pour être là toute menue elle a dû traverser des morts et des déserts  Pour être là,  toute menue, elle a dû livrer des guerres sans pitié ce que j’appelle printemps est une chose du même ordre  une chose qui brille comme une pâquerette ou comme un lutteur couvert de sueur... 

Les esprits grincheux vont encore dire : « c’est mièvre : Pourquoi l’éloge d’une marguerite dans un pré ? 

Mais la réponse est très simple : nous n'avons que ça ! Nous n'avons que la vie la plus pauvre la plus ordinaire la plus banale : Nous n'avons en vérité  que ça !  De temps en temps parce que nous sommes dans un âge plus jeune ou parce que la fortune, les bonnes faveurs du monde viennent à nous nous revêtons un manteau de puissance et nous nous moquons de cette soi-disant "mièvrerie" Mais le manteau de puissance va glisser de nos épaules  tôt ou tard... Non  je ne suis pas mièvre, je parle de l'essentiel  tout simplement Et l'essentiel,  c'est la vie la plus nue,  la plus rude,  celle qui nous reste quand tout le reste nous a été enlevé : La marguerite dans son pré, le plâtrier qui siffle, les planètes lointaines : voilà  au contraire  quelque chose qui est rude, émerveillant, parce que ces choses résistent à tout.

 

Christian Bobin.

 

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Carnet d'une allumeuse

25 Mai 2018, 02:56am

Publié par Grégoire.

Carnet d'une allumeuse

" Mon drame n'est pas celui des femmes : c'est celui des penseurs, des voyants, des poètes. Ce sont leurs visions qui m'assaillent, leur foudre qui me tue. Le «je-ne-sais-quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue » n'effleure pas les femmes, puisqu'il n'est que les hommes pour questionner la mort.

Penser pour une femme, quelle folie ! Cela commence par un accroc dans le velours noir de la nuit, par quoi entre l'eau sale des idées, ruinant le velours rose du coeur. Quelle mondaine me fera la charité de son ennui ? Quel mannequin me prêtera ses épaules, que j'y accroche ma pensée ?

Si au moins j'étais quelque banale déesse, ou bien une de ces goules qui s'inquiètent seulement de quel vide aimanter les mâles ! Hélas, les ténèbres qui laquent les yeux de cervidés des filles me font défaut. Ma nuit n'est qu'expérience intérieure. Rien de plus haut sous le soleil — mais rien de plus terrible."

Lydie Dattas, Carnet d'une allumeuse.

Carnet d'une allumeuse

« Aucune différence entre un camp de concentration et le monde ». Sous l’apparente outrance des préliminaires de ce carnet intimiste se cache la sensibilité exacerbée d’une jeune femme confrontée aux indélicatesses de son prochain, aux intempéries du réel, aux affres du néant. Lydie Dattas, poétesse française née en 1949, fut frappée, dans sa jeunesse, par une double révélation, à la fois fondatrice et saisissante : l’étroite corrélation entre la féminité et l’apparence physique d’une part ; la puissance abyssale du désir masculin d’autre part. À l’aune de ce double postulat, l’adolescente, séduisante malgré elle, expérimente l’avidité irréfrénable du mâle : « L’homme était une poudrière que le détonateur du regard pouvait faire sauter ». Face à cette menace explosive, elle se referme comme une fleur la nuit venue, se démarque de ses consœurs lycéennes émoustillées par les chuchotements du diable à leurs oreilles : « Les parfaites cherchaient la clé de chair ouvrant le monde. Dressées pour sourire comme certains chiens pour mordre, ces roses interchangeables composaient un bouquet mondain, laissant dans leur sillage la puanteur d’un parfum de luxe. J’étais cette rose noire qui sautait du bouquet ! ».

L’adolescente prend dès lors nettement conscience de la malice de l’homme dont le commerce romantique recèle un double-fond : « Un gouffre s’ouvrit : l’amour mentait ! ». Et mesure tout le pouvoir subséquent que l’homme délègue à son corps défendant au sexe dit faible : « Comme l’enfant conduit la vache au pré, la fillette mène le géant où elle veut ». Lydie chavire les cœurs, gonfle le sang, retourne le cerveau de ses soupirants : « J’étais cette goutte de nitroglycérine tombant dans le cœur des hommes pour en évincer le monde ».

Indifférente aux ruts express, la jouvencelle porte plus volontiers son attention sur les émanations éthérées de la poésie, arpente les méandres obscurs de la métaphysique ou s’émerveille de la beauté élémentaire de l’existence : « J’aimais tellement la vie que j’aurais pu en mourir. Percé de soleil rouge, mon verre de grenadine m’était une Sainte-Chapelle. Tout ce qui vivait m’était sacré. Pleurer m’était une extase. La danse des talons de la grêle me ravissait ».

Alors, pourquoi donc ce qualificatif rugueux d’allumeuse ? L’amie de Jean Genet et de Christian Bobin s’explique : « J’étais ce bois de réglisse qu’un reître mâchonnait sous un porche glacial. Forçant vainement mes cuisses avec son genou, il me traita méchamment d’allumeuse. Mes larmes gelèrent sur mes joues. Dans une bibliothèque publique, j’ouvris un vieux dictionnaire : Allumeuse : celle qui éclaire, qui donne de la lumière. La petite sœur des prophètes… ».

Effeuillant ses souvenirs d’enfance et d’adolescence sous la forme étincelante de la prose poétique, l’auteur de La nuit spirituelle – poème sublime composé suite à sa brouille avec Genet – s’épanche au détour d’une alchimie stylistique maîtrisée, confie son amertume sous le voile opaque de la métaphore. Le feu de sa poésie jaillit telle la balle d’un flingue muni d’un silencieux : subreptice et feutrée est la détonation, ravageur et létal est l’impact.

De sa voix lumineuse et implacable, l’ex-épouse du gitan Alexandre Romanès, avec qui elle créa le cirque Lydia Bouglione, compose un numéro d’équilibriste aux confins du subliminal et de l’innommable. Elle foudroie de sa radicalité les coriaces stéréotypes momifiant la femme et tente de redéfinir la féminité en lui conférant une consistance spécifique, une dimension spirituelle au-delà de ses fonctions biologiques et de la coquetterie séductrice auxquelles elle est communément jumelée.

http://www.lacauselitteraire.fr/

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La sensation d’une présence entière et imprévue

23 Mai 2018, 02:22am

Publié par Grégoire.

La sensation d’une présence entière et imprévue

Je ne sais pas ce que c’est que Dieu. J’ai la sensation d’une présence entière et imprévue qui m’empêche de m’en remettre d’être sur cette terre. Ce n’est pas le Dieu enfermé dans les consignes automatiques des Eglises, ni celui des peuples qui se le lancent au visage comme des enfants se jettent des cailloux. Ce Dieu là est aussi raide, aussi dur aussi menaçant qu’une pierre; c’est plutôt leur forces, leur croyance mortifère en eux-mêmes qu’ils adorent et se balancent à la face. 

Pour moi, Dieu est lié à ce qu’il y a de plus faible dans cette vie mais est aussi invincible qu’un courant d’air. Il se présente dans tout ce qui nous sort de nos petites affaires; c’est un dérangeant qui rentre dans les têtes pierreuses et les vies bétonnés de certitudes. Et là ou ça fait joli d’en parler, je ne crois pas non plus qu’il y ait Dieu.

« ça n’arrive jamais à Dieu d’être le plus fort » ce n’est pas contraire à la toute puissance paternelle: j’ai connu ça, j’ai eu un père extraordinairement bienfaisant, ses yeux étaient deux boulangers, il sortait sans arrêt du bon pain de ce regard là, sans arrêt sans arrêt. La vraie toute puissance paternelle n’est pas écrasante, c’est une puissance qui nous soulève, qui nous nourrit; d’ailleurs ce qui reste de mon père ce sont les instants ou il était le plus démuni, fragile, une présence pure. 

Christian Bobin.

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La vie dans sa plus belle robe

21 Mai 2018, 01:52am

Publié par Grégoire.

La vie dans sa plus belle robe

Quand quelqu’un annonce qu’il va lire de la poésie, on cherche la sortie: c’est devenu une punition, quelque chose de desséchée, de décoratif, d’inutile, ça devrait être l’inverse. Je ne sais pas par quel artifice ce mot de poésie est devenu absent, vieillot, couvert de poussières et souvent synonyme d’ennuis.

Remplaçons, si vous voulez, ce mot de "poésie" par celui de « parole amoureuse » je n'attends, je ne cherche que cette parole, je ne désire et ne veux fréquenter qu'elle. Où qu'elle soit. Elle peut fleurir n'importe où dans la vie. La poésie est parole aimante, parole émerveillante, pétales d'une voix tout autour d'un silence. Toujours en danger de n'être pas entendue. Toujours au bord du ridicule, comme sont toutes les paroles d'amour. Elle ne s'écrit pas avec des mots: sa matière première, son or pur, son noyau d'ombre, ce n'est pas le langage mais la vie.

La poésie, elle est venue à partir du moment ou j’ai compris que je n’étais pas capable de vivre dans le plein jour du monde, d’avoir une activité normale; Avec un peu de patience, j'aurais fait un assez bon idiot du village. C'est un métier que plus personne n’exerce: trop difficile sans doute. Il est plus aisé de devenir médecin, ingénieur ou même écrivain. Plus aisé et gratifiant aux yeux du monde.

J’ai compris peu à peu, que ce que l’on appelle la poésie, ce n’est pas un genre littéraire, c’est pas un truc joli, un truc gentil, c’est de ré-habiter le monde et l’apprivoiser à nouveau et c’est aujourd’hui que j’arrive à la regarder dans les yeux: elle est aussi dure à fixer que le soleil. Se faire silencieux, se rendre attentif, s’étonner, vivre, aimer, souffrir, ce sont des actes qui n'en font qu'un seul. Si la poésie n'est pas la vie dans sa plus belle robe, alors ce n'est rien. Le travail d'un troubadour, c'est quoi? être amoureux, porter l'amour et le chant de château en château, de buisson en buisson, foutre le feu à la forêt de vivre.

La poésie, serais-ce une fantaisie de repus? la poésie est d’un autre sang, d’un autre rang, mais, la définir ce serait la tuer. Un poème c’est quelque chose entre un meurtre lumineux et des fiançailles éternelles, quelque chose comme une déclaration de vie, l’allié de la délicatesse: c’est une histoire de coeur qui déborde du temps, un engouffrement d’infini, un ruissellement de lumières…

La poésie c’est ce qui salue la vie dans tout ce qu’elle a de plus perdu, dans ce qu’elle a de plus infâme, de plus malfamé; la poésie c’est ce qui fait d’une gueuze une reine: dans son monde tout est renversé: la reine c’est celle qui n’a plus rien, c’est celle qui est retirée et dans ce retrait elle a commencé a recueillir toute les étoiles qui tombent du ciel. Ce qui nous y fait entrer ce sont les choses infimes et même infirmes, muettes, auxquelles on ne prête plus attention, ce sont les choses mauvaisement nommés ‘petites’.

C Bobin.

 

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L’amour, ce gueux, ce mendiant, cette aurore qui gagne en nous comme un incendie

19 Mai 2018, 01:21am

Publié par Grégoire.

L’amour, ce gueux, ce mendiant, cette aurore qui gagne en nous comme un incendie

Qui nous garde, qui nous protège et de quoi? Au bout du compte la mort, si tard qu’elle vienne, nous fera tomber. Il aura fallu auparavant se faire attentif, recueillir sa voix dans une nuit secrète, épurer sa clarté, inventer son chant. Donner à sa parole la souveraineté des rivières, filant sans trêve jusqu’au silence surabondant pour s’y jeter et s’y perdre. Ainsi, parfois la nuit commence avec le jour. Et, personne à appeler, personne à qui délivrer cette parole, toujours vraie, de plus en plus vraie: rien. Je ne veux rien. S’en remettre au jour qui passe. Comme un voyageur, faire preuve d’aucune hâte, d’aucune impatience. Rien jamais ne sera acquis. Aucun savoir ne peut résoudre l’étonnement de notre vie. Aucune illusoire maîtrise ne peut détourner le cours de l’insouciant ruisseau qui va en nous et ne sait où il va, accédant à des instincts en friche, bouleversant des terres sans âge, dont le soulèvement se confond alors avec la douleur qui nous en vient, insupportable, radieuse. 

Ainsi avais-je appris ma leçon, oubliant tout le reste qui méritait d’être oublié et que les écoles infligent aux enfants assombris. Leçon ancestrale, coutume venue de la nuit des temps : attendre infiniment, mais sans rien attendre de personne. Inventer dans le silence d’une rêverie mes propres contemporains : cette franchise d’une étoile, cette pure mélodie d’un feuillage, cet atome de lumière sur le mur. Couper et tailler les plus souples branches de l’âme, puis les confier au quatuor de l’air, du feu, de la terre et de l’eau, afin que toute chose vienne en moi éprouver leur résonance, dans l’anonymat de mon nom, dans l’oubli de toute appartenance. Regarder se lever l’arc-en-ciel sur la page rafraîchie par l‘ondée d’une absence. Et, surtout, fuir la persuasion des raisons, la douceur des consolations, la bienveillance des maîtres. Ne servir que ce maître-mot : l’amour. Ce gueux, ce mendiant, cette aurore qui gagne en nous comme un incendie, de proche en proche embrasant la forêt endormie dans l’arrière-pays de nos pensées, là où nous ne savons plus, là où nous arpentons, dans la dissolution de tous repères, une vie crue, sauvage et d’un seul tenant. 

Reconnaître cette allure gauche qui est la sienne, à tenir dans le creux de ses mots une rose d’eau vive et à trébucher souvent sur le chemin inégal, sans jamais rien en perdre. Entendre la lenteur de son pas : comme elle est nécessaire. Comme folle serait l’impatience…

C Bobin.

 

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des fourmis dans les mains....

17 Mai 2018, 01:25am

Publié par Grégoire.

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Le monde est rempli de visions qui attendent des yeux

15 Mai 2018, 02:14am

Publié par Grégoire.

Le monde est rempli de visions qui attendent des yeux

Les présences sont là, mais ce qui manque ce sont nos yeux. Qui la voit cette petite fougère prise dans une branche épineuse ? Le vent la connaît, le vent lui parle.

Je ne pense pas que la nature connaisse la solitude terrible dans laquelle nous pouvons nous trouver. Je suis parfois soufflé par la conversation incessante du pré qui fait face à la fenêtre devant laquelle j'écris. Je regarde, je n'entends rien, la fenêtre est fermée, et quand bien même serait-elle ouverte, aucune rumeur ne me parviendrait, mais je vois très bien l'agitation des brins. Ils sont comme huilés par la lumière. Si j'avais le talent de regarder à fond — un talent qui me manque trop souvent —, je verrais, parce que je le sens, que chaque brin est différent du brin voisin. Ils sont sans arrêt pris dans un événement. Dans l'événement de la brise, de la pluie, dans l'événement des lumières qui vont, qui viennent, qui s'affairent on ne sait trop à quoi, du jour qui s'en va, du froid qui remonte de la terre. Est-ce qu'il y aura encore un autre jour ? Le pré est rempli de mille questions qui sont sans impatience d'une réponse. Quand j'écris avec la vision de ce pré, je suis devant le plus grand concurrent qui soit. Je suis devant un maître écrivain, un des plus grands poètes, qui n'a pas de nom, pas de visage, mais qui travaille jour et nuit. 

Il est possible que, par l'attention aux choses menues, très simples, très pauvres, je trouve peut-être ma place dans ce monde. Il y a quelque chose de la suave tyrannie des techniques qui commence à être défaite dans un instant de contemplation pure qui ne demande rien, qui ne cherche rien, même pas une page d'écriture. La plupart du temps, je regarde, je ne note pas, je n'écris pas. La contemplation est ce qui menace le plus, et de manière très drôle, la technique hyperpuissante. Et pour une raison très simple, c'est que les techniques nous facilitent la vie apparemment. Mais c'est un dogme d'aujourd'hui qu'on ait la vie facilitée. Qui a dit que la vie devait être facile et pratique ?

Christian Bobin.

 

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Il n'y a rien de nécessaire dans cette vie, sauf d'être là, à chaque instant, de plus en plus.

13 Mai 2018, 03:45am

Publié par Grégoire.

Il n'y a rien de nécessaire dans cette vie, sauf d'être là, à chaque instant, de plus en plus.

La perfection d’un verre rempli d’eau sur une table en bois m’anéantis. J’essaye de faire le même travail clair de présence. J’essaye d’atteindre par l’écriture à cette plénitude du verre, du bois et de l’eau. 

Les iris éclairent le mur près du garage. Je suis un piètre jardinier. Je laisse les ronces et les fleurs à leurs aventures. Je n’interviens pas dans leur drame. Hier le ciel s’est mis à tourner autour de la flamme mauve des iris. L’univers, avec ses astres, trouvait asile dans leur bourgeon durcit pareil à des ongles laqués de noir. Une fleur venait d’éclore, ses trois pétales dressées, légèrement gluant. Je me suis agenouillée devant la reine mendiante. J’ai regardé cette larme qui coulait sur sa joue. Je cherchais à en savoir plus. 

Prenez une fleur, une seule fleur, passez des heures à la contempler, a pensez à elle quand vous êtes loin d’elle, et vous verrez descendre vers vous les étoiles, les morts aimés et les grandes promesses de l’enfance. Et peut-être, avec un peu de chance et d’obstination, Dieu qui n’est rien. Combien précieux ce rien. Combien inestimable.

Les modernes meublent la maison de l’âme quand c’est la contraire qu’il faudrait : la vider, n’y laisser que deux, trois présences élémentaires. Un verre d’eau plus profond que le cerveau de Pascal, un iris avec la raideur doctorale de sa tige, et tout en haut la fleur, un crachat de pleine lune, une bave angélique. 

Ils disparaitront avant moi ces iris, et ils reviendront après. La nature est un grand bégaiement. Elle me défie d’écrire une phrase aussi nécéssaire qu’un verre d’eau, aussi pure que la souillure immortelle de l’iris. J’ai pensé à toi, et que cela faisait longtemps que je n’étais pas allé dans le pays où tes os se reposent. Par la pensée j’ai fait quelques pas sur le pont rouge où tu aimais te promener, et j’ai jeté un iris dans l’eau. Il ira vers toi. Toutes les rivières filent vers ceux que nous aimions voir marcher dans la lumière. 

Le bourgeon gagné de vers, pointu comme une lame noire, j’ai cru un instant comprendre sa dureté, et qu’elle protégeait une éternité de douceur, qu’elle rayait la vitre entre les vivants et les morts. Et puis cette pensée s’en est allé comme les autres. Restait le Dieu appuyé contre la porte du garage, et l’énigme de son silence mauve. Rien ne ressemble plus aux fleurs couleurs de nuit que les yeux des enfants mendiants qui vous barrent le chemin espérant une pièce ou une phrase parfaite porteuse d’un soleil pur. 

 

C Bobin, 17.08.2014 

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L'inconnu me dévore

11 Mai 2018, 03:53am

Publié par Grégoire.

L'inconnu me dévore

L’inconnu me dévore n’est pas un livre. C’est une rencontre. C’est un testament spirituel, que l’auteur dit avoir songé à l’intituler Lettre à mes filles sur l’amour de Dieu. C’est sans aucun doute le plus bel héritage qu’a pu laisser Xavier Grall à ses cinq « Divines », appellation qu’il emprunte à Saint-Pol-Roux. À l’heure où l’opinion publique se préoccupe des querelles dérisoires d’héritage financier dans la famille Hallyday, cet ultime livre de Xavier Grall nous élève loin de l’empire des illusions pour concentrer notre regard sur la vie, sur le seul authentique héritage que nous puissions donner à ceux que nous avons aimés. Xavier Grall ne lègue pas des objets morts, terrestres, à ses Divines et à ses lecteurs. Il leur lègue les quelques trésors qu’il a amassé dans les Cieux.

La Croix et le sens païen de l’Ouvert

Xavier Grall était breton. À son retour de ses longues années à Paris, il a appris à voir sa terre maternelle. La voir, c’est-à-dire l’aimer, au point d’en éprouver un certain sentiment nationaliste. Son amour pour la Bretagne justifie chez lui son amour des mers et de la navigation. Pour le poète, l’amour de la terre coïncide avec l’amour de la mer : le sol dans lequel il puise sa liberté n’a pas la froide rigidité du rocher, ou l’épaisse surdité de la glaise. Son sol d’eau, lui, se meut, il tangue, il brusque. Il se dérobe sous la saisie de l’homme et le conduit entre Héraclite et Platon pour s’émouvoir à la façon d’un Charles Péguy disant: « Meuse, toi qui passes toujours et qui ne part jamais. »  Cet amour de la terre qui est ici un amour de la mer, dresse le sublime paradoxe qui illumine au fil des pages son expérience de l’amour de Dieu : il faut chercher le lointain dans le prochain, et le prochain dans le lointain. « Je crois que ceux-là qui ont prié devant la mer seront bénis par Celui qui a créé la Mer. » Prier devant la mer, c’est prier l’Ouvert : c’est être ici dans l’ailleurs en unissant son âme à la mélodie des deux cieux qui se regardent face à face. Le paysage maritime est pour le poète breton un aperçu de la béatitude, le seul qui ne soit pas indigne de sa « nostalgie de l’Immense ». 

Au fil des quatre chapitres principaux, Xavier Grall établit donc un véritable carnet de bord de sa quête amoureuse de Dieu. Il le cherche dans tous les recoins de sa vie, dont il nous propose plusieurs tableaux. Du souvenir douloureux de son enfance à la solitude des chapelles abandonnées, du murmure angélique des retables au « son des jazz déchirants », des délices de l’Orient au Maghreb de feu dont la légèreté rajeunit la foi dans le Nazaréen, jusqu’au souvenir tragique et heureux de son frère défunt. « Tout est dans Tout », peut-il alors écrire avec la ferme certitude de celui qui a aimé. « Tout est Bible, Testament, Signe ». Au cœur de ce spectacle, bien sûr le dogme a son autorité. Il guide les brebis vers le Seigneur dans les sûrs chemins de la raison, loin des forêts ténébreuses de l’égarement. Pour autant, le poète nous met en garde, à la suite du Fils de l’homme: « Il faut avoir des yeux pour voir et des oreilles pour entendre », car « tout est fabuleux pour qui sait regarder ». Xavier Grall, qui est un amant éloigné de l’Orient dont il chérit la légèreté, nous dit qu’elle est essentielle pour ne pas perdre « le secret du salut » : « étrange sensualité du christianisme » en effet, qui annonce la résurrection des corps. Étrange sensualité de la femme qui se repent en mouillant et en parfumant les pieds du Roi de Miséricorde. Sensibilité étrange du culte marial qui a épousé la poésie des peuples s’étendant de la Samarie jusque sur la baie de Lindisfarne… C’est cette poésie mystique que Xavier Grall nous exhorte à raviver et à chérir. A la fois chrétien et païen, le poète est en fait la reprise catholique et mystique du tonnerre nietzschéen. « Nous avons, dit-il, perdu le gai savoir en perdant le sens de l’Air, de l’Eau, du Feu. L’État, l’Usine, le Président, la nouvelle trilogie de la dépendance. Je voudrais être le dernier Indien de l’Amazonie échappé à la déchéance et rendre hommage au Soleil. Pour être libre. »

Xavier Grall, père aimant et témoin du Lointain

Charles Péguy disait du père de famille qu’il est le dernier héros du monde moderne. Le livre de Xavier Grall est d’abord le livre d’un père de famille. Il est la trace écrite d’un homme qui a trouvé la foi là où elle s’éprouve : dans l’amour et la souffrance. Critique implacable, parce qu’aimant, d’un certain catholicisme, des bigots jusqu’aux ecclésiastiques profanateurs tout droit issus de la blessure de l’aggiornamento, Xavier Grall leur oppose une conception profonde et authentique de la foi, celle de la vie mystique et du sens du sacré. Cette vie devient chez ce père de famille un legs : un soleil à distribuer, écrit-il dans son incipit. Elle est l’œuvre légère d’un chrétien léger, comme l’est la grâce face à la pesanteur de l’existence. Cette œuvre, en tant qu’elle est celle d’un père, est une leçon de vie en même temps qu’un témoignage. Elle est le témoignage du saint paradoxe d’un père à ses filles sur « la souffrance humaine et la dignité du chrétien qui s’en va, lucide et déchiré ». Elle est leçon de vie, car elle nous apprend à voir Dieu à partir de notre œil à travers lequel le Père a un jour décidé de se chercher. La foi, sous la plume de Xavier Grall, est ainsi une occasion d’émerveillement. L’émerveillement est sa sève de vie, qui s’ouvre et se découvre dans la saisie tragique de l’éternel dans le fugace. Elle est aussi apprentissage et rencontre, car « il faut beaucoup vivre pour donner du sens à la Parole apprise ». Si la foi est mouvement, « la religion est voyage ». Combien superstitieux et prétentieux serait le chrétien qui croirait un jour posséder Dieu ! La foi, rappelle Xavier Grall, est un éternel dépassement, persévérance infinie dans l’infinie vision de la Face des faces. Le soleil se lève à l’Est : il nous faut redécouvrir la poésie et l’intensité du christianisme oriental, réinsuffler la vie mystique dans nos vieux grimoires de théologie. « Risque spirituel : les âmes stagnantes sont des âmes mortes. » Il n’y aura d’amour du prochain que dans l’amour du Lointain qui est Dieu, toujours irréductible à notre prise et à nos assurances. « Aller loin, loin, loin: telle est la vocation de l’homme. » Contre les « sédentaires de l’Esprit », « âmes stagnantes » donc « âmes mortes », Xavier Grall en père de famille dresse un ode au dessaisissement de soi dans l’amour de l’Inconnaissable, condition de possibilité d’une authentique charité fondée sur le don perpétuel et total : « Donner, se donner, nous sommes tous dans les mains du grand Amant. »

Cet « inconnu » qui dévore Xavier Grall est ainsi ce Dieu Inconnu du Panthéon grec que saint Paul disait être le Christ. Cet inconnu dévore, tant le désir qu’il suscite est grand et sans fin. Il dévore délicieusement celui qui se prend à le goûter dans les œuvres rédemptrices de la tribulation, à s’y désaltérer auprès de son Sang débordant du calice eucharistique. Avec la Révélation chrétienne, l’Inconnu du panthéon hellénistique ne perd pas son nom. Il le révèle, il l’habite, pour que la fête universelle continue, et pour que commence le Grand Voyage. Dans son dernier souffle, Xavier Grall nous livre ainsi l’ultime souhait d’un homme de foi qui, comme saint Paul dans son exil hors des terres de Judée, a trouvé Dieu dans le voyage risqué de la vie divine. Ce souhait, ce don ultime et récapitulatif, c’est l’abandon de soi dans le mystère de la mort. Trente-sept printemps sont nés depuis.  Dans les orgues du firmament, ils continuent de chanter les louanges de la Création.  Et le Dieu caché joue en lui-même avec ses morceaux d’infini, comme au commencement du monde.

https://philitt.fr/2018/03/12/xavier-grall-ou-la-mystique-du-lointain/

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Je ne peux rien sur ma vie, surtout pas la mener..

9 Mai 2018, 02:52am

Publié par Grégoire.

Je ne peux rien sur ma vie, surtout pas la mener..

Il y a une chose qui manque à cette vie très souvent et dont on aura jamais assez, c’est l’intelligence. Quand j’entend l’intelligence, j’entend par là non pas quelque chose qui se diplôme, qui s’étudie, qui s’achète, non rien de tout ça. C’est plus proche du bon sens, c’est simplement la pointe du diamant de la vie, du présent de la vie, c’est la facette la plus exposé au soleil de la vie, l’intelligence. Tout le monde peut ou devrait théoriquement l’avoir et l’a par naissance. C’est une simple question de bon sens et je dirai même d’improvisation. 

Il y a une musique dont la matière même est d’improvisation c’est le jazz. Et, c’est une musique ou les gens vieillissent très bien d’ailleurs si on regarde. Les vieillards les plus  vivants, les plus beaux, les plus réjouissants à voir, ce sont souvent des pianistes, ou des saxophonistes. A croire que cette musique là fait traverser le temps comme un jeu d’enfant, ou comme on joue à la marelle, en sautant et en riant d’une case à l’autre jusqu’a la mort comprise.

Le ressort même de la vie c’est improviser. Pas de règles, pas de lois, connu en tout cas. Il y a des lois mais très difficile à trouver parce que très simple, et ce qui est le plus simple est toujours le plus difficile. Il n’y a pas vraiment de règles et c’est à vous de les découvrir. On vous donne juste, exactement comme en Jazz, on vous donne un tempo, on vous donne un thème, et puis là dessus c’est à vous et vous seul de vous débrouiller, d’improviser, d’inventer, de diminuer le rythme, de presque vous taire, comme Miles Davis  pouvait faire qui, en jouant une note tout les quart d’heure emplissait le temps, largement, amplement. 

La vérité de la vie n’est peut-être pas musicale, mais a coup sur elle emprunte au savoir très enfantin, très gamin des joueurs de jazz quand ils sont à leur meilleurs, c’est à dire quand ils oublient qu’on les écoute et quand ils sont tous en train de se chahuter dans une petite formation à trois ou quatre comme ces gosses qui sortent de l’école et qui se lancent des boules de neige ou qui jouent à s’attraper et qui poursuivent quelque chose peut-être de surement de plus grand qu’eux. Je ne sais pas comment la dire cette chose, le… l’évidence d’une fête, le réel peut-être, le dieu du réel qui passe en se moquant de nous, et dont on peut toucher parfois le manteau, pour peut que l’on bouge très vite, pour peut que l’on sache se réjouir et surtout surtout improviser, très vite, pour toucher le manteau incroyablement lumineux et doré de ce dieu là, qui déjà s’éloigne et s’en va et nous condamne à ré-improviser, à réinventer, à parler à nouveau comme si on ne l’avait jamais fait, comme si jamais personne au monde ne l’avait fait. Le monde vient d’apparaitre, c’est ça qu’on peut entendre dans la musique classique quand elle est joué avec l’attention qu’il faut, et dans le jazz, quand il est joué avec une joie non commerçante et non machinale. Le monde vient d’apparaitre, tu peux non pas mettre la main dessus -ce ne serait plus vivant mais la marque de la mort- mais tu peux juste frôler le manteau du dieu invisible. Improvise, surtout improvise. 

Christian Bobin. 

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À la table des hommes..

7 Mai 2018, 04:08am

Publié par Grégoire.

À la table des hommes..

"Partir, dit-on, c'est mourir un peu. Mais partir d'où, pour aller où, et qu'entend-on par "mourir un peu" ? Comment le verbe mourir peut-il s'accommoder d'un adverbe de quantité alors qu'il désigne un événement à chaque fois unique, définitif, absolument inquantifiable ?

Il en est du verbe mourir comme du verbe aimer : leur adjoindre un adverbe de quantité, d'intensité ou de manière revient à en moduler le sens de façon radicale, l'air de rien. "Il m'aime / Elle m'aime / Je t'aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie... 

Pas du tout", scandent les amoureux sur un ton enjoué en effeuillant des marguerites. Mais la désinvolture n'est qu'un masque, le jeu s'avère bien plus sérieux qu'il n'y paraît car l'enjeu est extrême en vérité - il en va présentement, ardemment de l'amour.

On risque son cœur, sa joie, son plus vif espoir. L’amour, la mort : on ne badine ni avec l'un ni avec l'autre. Effeuiller le verbe mourir ainsi qu'une fleur des champs c'est mettre à nu son propre cœur, ses pensées, son espérance."

 

À la table des hommes..

Métamorphose et transgression. Les mondes de Sylvie Germain explorent les mystères les plus diffus de l’humain, de la vie, des générations, de la folie. Transmission et transgression. Genèse. Genèse de toute vie. Et le cœur des hommes, entre la grâce et le mal. Comment décrire ce paradigme sans en souiller la poésie, sans en abîmer la fragilité ? Sylvie Germain, au fil de cette œuvre insolite et de cette écriture dense, ici presque hallucinée, construit un univers nourri d’interrogations et dont la profondeur donne le vertige.

Elle puise dans la richesse des récits bibliques pour bâtir des paraboles imbibées de tissus de sens. Le livre de Tobias, la lutte de Jacob avec l’ange, ont inspiré « Nuit-d’Ambre » ou « Tobie des marais ». Il y a aussi cette question de l’effacement, de la vie invisible, explorée dans « Hors champ » ou « Jours de colère », prix Femina 1989.

L’enfant porcelet

« À la table des hommes » convie une bête symbolique, le porc, animal sacrificiel chez les Cananéens, image du péché dans les Évangiles : « Ces truies qui retournent se vautrer dans la boue. » Les premières pages ne sont que bruissements, ahanements et feulements, et le craillement d’une corneille familière. Odeur d’humus et de fougères, terre froide, puanteur de chairs. Un porcelet se nourrit à la mamelle d’une femme dans un paysage ravagé. Quelle époque ? On le découvrira au fil du récit.

La métamorphose se joue au cours d’une scène d’une violence folle. Le pourceau devient homme, dépourvu de tout, vêtements et préjugés. Des villageois le recueillent, il vit chez une vieille, dans une caravane sans roues, houspillé par des gamins sournois tandis que commence le lent travail d’apprentissage. Tout grouille comme dans une scène de Teniers. Babel, devenu Abel par la grâce d’une Zelda en quête de géniteur, après un long voyage s’arrête auprès de Clovis, entêté à résoudre Dieu à une hypothèse mathématique, et de son frère Rufus, garçon simplet qui aime rire. Apprendre, oui, mais apprendre à sauver sa nature animale n’est pas aisé. Quelle folie. Quelle sombre et belle folie.

« À la table des hommes », de Sylvie Germain, éd. Albin Michel, 272 p., 19,80 €.

https://www.sudouest.fr/2016/01/03/vautre-dans-un-joyeux-peche-2232560-4670.php

« C'est incroyable comme elle ressemble à ses personnages. »

Le murmure est d'une fervente lectrice découvrant la grâce subtile de Sylvie Germain. C'était en mai dernier, au Salon du livre de Prague dont la France était l'invitée d'honneur. Silhouette d'elfe, fin visage triangulaire dévoré par un immense regard d'eau claire, la romancière, venue dédicacer ses ouvrages devant un public tchèque enthousiaste, semble tout droit sortie d'un de ces récits fabuleux dont elle a le secret. Sous ses allures d'éternelle enfant à la façon de Valentine que l'âge rend «de plus en plus rêveuse, fragile, voire apeurée» dans son dernier roman, Tobie des marais (Gallimard, 1998), Sylvie Germain cache une puissance créatrice ayant désormais atteint sa pleine maturité. C'est sur les conseils de l'écrivain Roger Grenier, à qui elle avait envoyé un recueil de nouvelles rédigées après sa thèse de philosophie, que la jeune femme s'est lancée dans l'écriture d'un premier roman. En 1985, à 31 ans, elle faisait une entrée remarquée en littérature et abondamment récompensée puisque Le livre des nuits, fantastique conte-fleuve de sept cents pages, ne reçut pas moins de cinq prix. En 1989, Jours de colère (Folio) fut couronné par le Femina. Et dix ans plus tard, les treize ouvrages que cette travailleuse acharnée compte à son actif constituent une œuvre impressionnante de force et de cohérence, traversée par une question centrale: l'énigme du mal, qu'il s'agisse des horreurs de la guerre d'Algérie dans Le livre des nuits ou des crimes commis sur les enfants à travers L'enfant méduse (Folio). Chez elle, imaginaire et mysticisme se rejoignent constamment. D'où cet étrange univers, mi-concret, mi-sacré, dans lequel la dimension métaphysique côtoie le lyrisme le plus sensuel tandis que les emprunts à la Bible sont habilement transposés dans le monde d'aujourd'hui. 

Souvent sollicitée pour donner une conférence ou participer à un colloque, cette solitaire quitte peu la ville de Pau où elle vit avec son ami, photographe polonais. Alors, pourquoi cette escapade dans la capitale de la Bohême? Un lien puissant relie Sylvie Germain à cette ville où un élan du cœur l'amena à vivre et à enseigner entre 1986 et 1994. De sa «période tchèque» sont nés trois romans, La pleurante des rues de Prague, Immensités et Eclats de sel (Folio), ainsi qu'un portrait du poète Bohuslav Reynek.

Le cheminement spirituel d’une jeune femme hors du commun

Dans cette biographie, Etty Hillesum apparaît sous la plume de Sylvie Germain à la fois comme un maître de sagesse, un guide spirituel et un modèle de résistance intérieure. Déportée et morte en 1943 à Auschwitz, la jeune femme laissera derrière elle une œuvre spirituelle brève mais intense. Au milieu de la barbarie ambiante, souhaitant étouffer en elle et autour d'elle tout sentiment de haine, elle déclare vouloir être « le cœur pensant de tout un camp de concentration ».

« Hantée par la Shoah, Sylvie Germain fait resurgir avec une intensité poignante la figure lumineuse de cette femme qui ne fut pas une “sainte” au sens propre du terme mais un “franc-tireur assez déroutant”. »

L’Express

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Django. Un prophète.

5 Mai 2018, 02:49am

Publié par Grégoire.

Django. Un prophète.

Nul n'est bon que mon père, s'irrite le Christ qu'on voulait flatter, laissez-moi tranquille avec vos fables. Et tournant brusquement les talons, il bouscule au passage une branche de lilas qui parfumait le ciel. La bonté est la seule énigme. Nul ne sait ce qu'il fait, qui il est.

Django Reinhardt croyait jouer de la guitare, rien de plus. Sur son cercueil, dessous la croix vissée au bois, avant que la terre l'embrasse et l'entoure de ses mille bras, on posa sa guitare : jamais le Christ n'aura été aussi parfaitement consolé. Et jamais une guitare n'aura aussi précisément révélé ce qu'elle était, qui elle servait. La musique de Django, ce sont les bandelettes défaites du dieu.

J'ai depuis toujours du mal à sortir de ma chambre. On a mis ma chambre dans mon crâne pour que je n'en sorte jamais. Je suis si loin des gitans que je ne peux que les aimer profondément, viscéralement. Ce qu'ils trouvent dans l'air, je le trouve dans les poèmes.

La musique de Django est un bijou de quatre sous hors de prix. Précieux autant que l'air dans nos poumons. La gaieté qui passe est un carrosse, une lettre d'un prophète, une main tendue à nos naufrages. L'univers est fait de cordes. Dieu qui s'est brûlé la main les tend, les retend, les gratte pour faire sortir la joie qui est la matière de la matière. Une mélodie et ça part comme une allumette : les visages s'enflamment.

Il n'y a qu'une parole pour balayer le parvis d'un visage à ce point, le désencombrer de ses ombres. La parole de ce gitan est d'or et de cordes. La vitesse du jeu est celle d'une bonne nouvelle pour venir au coeur. Chaque note amène un problème que la note suivante résout. La gaieté est la solution. Il pleut du bleu. C'est l'aube aux joues timides dans la nuit qui traîne encore. En route vers une gaieté d'enfant avec un courage d'enfant. Joie du vagabondage de deux notes dans l'air qui s'ennoblit de les accueillir.

L'âme est une gitane. Le papier d'Arménie en brûlant purifie une chambre. Cette musique fait de même pour le coeur. Elle ne brûle pas plus longtemps, deux, trois minutes. C'est Dieu qui passe sa main dans les cheveux de l'air, c'est le sublime de vivre une vie où l'on ne comprend rien et le bonheur d'une rasade de rires. Vivre comme une fille défait ses cheveux !

Dans la vie, un souci chasse le souci précédent comme des cartes à jouer qui s'abattent sur la table, l'une recouvrant l'autre à peine apparue. J'ai quitté la table de jeu. J'ai regardé le présent. J'avais au coeur une musique si simple que même ma mort n'aurait pu la faire taire. 

Christian Bobin.

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tout nous est donné au départ, mais il faut faire les travaux les plus épuisants pour retrouver une simplicité première

3 Mai 2018, 02:28am

Publié par Grégoire.

tout nous est donné au départ, mais il faut faire les travaux les plus épuisants pour retrouver une simplicité première

"Écrire est une drôle d'expérience: il faut mourir mille fois pour retrouver la fraîcheur des violettes qu'on avait au départ. On pourrait même en rire : tout nous est donné au départ, mais il faut faire les travaux les plus épuisants pour retrouver une simplicité première. Cette première simplicité part comme le visage de l'enfance se modifie, parce qu'elle est seulement naturelle. Elle vient une première fois et puis elle est perdue, et il faut beaucoup de travail pour la retrouver. 

Il faut toute une vie pour retrouver une fraîcheur qui en devient surnaturelle. L'acuité, la bienveillance et la tension du regard sont les mêmes chez un enfant et chez un vieux génie. Dans les yeux tous ronds des touts-petits, il y a une confiance qui n'est pas encore entamée, et c'est ça qui roule sans arrêt, c'est ça qu'on peut retrouver chez un homme très âgé, tremblant et à moitié aveugle, et c'est miraculeux de le retrouver. On peut comprendre qu'un tout-petit ait confiance parce qu'il n'a jamais été trahi, mais que la même confiance folle roule à nouveau dans les yeux d'un vieillard est le même mystère devenu abyssal. 

Ce qui scintille dans les regards, c'est la croyance que tout est possible, même l'impossible, c'est à dire la bonté. 

Cela me donne la même émotion que devant une fleur toute fraîche qui va vers la mort. C'est comme si, dans la confiance qu'on peut trouver dans un regard âgé, la vie contredisait ce qu'elle nous avait appris de la trahison et du malheur, comme si elle nous disait : " Tu vois, ce n'était pas inévitable, que je me perde. "   

Il y a une eau fraîche et chantante dans les yeux des nouveau-nés, et c'est très étonnant de voir que quelqu'un est parvenu à traverser toute sa vie en transportant un peu d'eau dans ses mains jointes sans en perdre la moindre goutte. C'est comme dans un conte. J'ai vu deux ou trois visages comme ça dans ma vie, et c'est déjà énorme : cela suffit pour que, malgré l'immensité du malheur, l'espérance soit intacte."

Christian Bobin, La lumière du monde.

 

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Kintsugi

1 Mai 2018, 02:33am

Publié par Grégoire.

Kintsugi

"J'ai lu dans un livre traitant de l'Orient que mon père avait dans sa bibliothèque qu'au Japon, quand une poterie est cassée, plutôt que de masquer l'endroit où on l'a réparée, on la recolle avec une laque saupoudrée d'or, pour mettre la fêlure en beauté. On appelle cela la jointure de l'or. La poterie porte alors les signes de son histoire. Et plus elle a de fêlures, plus elle est appréciée, parce que l'or la traverse comme un fleuve riche et abondant."

 

Diane Ducret, les indésirables.

 

 

" Cet art (de "kin" qui signifie l'or et "tsugi", les jointures) est pratiqué au Japon depuis le 15ème siècle. Il consiste à réparer les objets brisés avec une laque recouverte de poudre d'or pour que les cicatrices restent apparentes. Une philosophie de l'acceptation de l'imperfection qui incite à aborder les échecs, blessures et autres maux de la vie d'une nouvelle manière"

cf Céline Santini, Kintsugi, l'art de la résilience.

 

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