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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Un défaut panique d'attention

29 Avril 2018, 03:08am

Publié par Grégoire.

Un défaut panique d'attention

La racine du mauvais monde dans lequel nous nous trouvons, c'est la négligence, c'est le défaut d'attention, un manque d'attention, c'est que ça. C'est peut-être pour ça que la poésie est une chose vitale, parce que la poésie est une pierre à aiguiser l'attention, une sorte de pierre de sel, pour se frotter les yeux, pour se frotter les paupières, pour revoir le jour enfin, pour revoir ce qui se passe, pour revoir le jour et les nuits et la mort en face, cachée derrière le soleil, voir tout ça. Le voir s'en trop s'en inquiéter, s'en trop s'en alarmer. C'est ça je crois la racine du mal d'aujourd'hui qui est grande, c'est juste un défaut panique d'attention, qui suffit pour engendrer tous les pires désordres et les maux les plus terribles. Juste ça, l'attention.

Ca ne sert à rien de se plaindre, tout le monde va vous dire que c'est insupportable, tout le monde va vous dire ça, mais tout le monde y participe. Juste faire attention aux siens, faire attention à ce qui se trouve mêlé à nous dans la vie banale. Ceux qui sont là, pas ceux qui sont à dix milles kilomètres  et avec lesquels on fait semblant de parler à travers un écran, ça n'a pas de poids ça. Mais simplement faire en sorte que les gens qui nous entourent ne dépérissent pas, et peut-être même les aider, les conforter...Voilà...Faire simplement attention au plus faible de la vie, parce que c'est le plus faible qui est le plus réel et parce que c'est ça qui est digne de vivre, et qui vivra toujours d'ailleurs. Recueillir ces choses là, porter soin, prendre soin, faire attention, voilà. Ce sont  des pauvres verbes mais ce sont des verbes comme des armées en route si vous voulez, ce sont des verbes de grande résistance, et ce qui pour moi est en oeuvre dans ce qu'on appelle la poésie.

La poésie pour moi, c'est pas une chose désuète, c'est pas un napperon  de dentelle sur la table, c'est pas un vieux genre littéraire.... C'est la saisie la plus fine possible de cette vie qui nous est accordée, et un soin de regard porté à cette vie. Voilà, c'est ça la poésie. C'est pas une chose qui même est tout de suite dans les livres, c'est pas une chose de littérature en tout cas, c'est simplement chercher à avoir un coeur sur- éveillé. Sur-éveillé!

Christian Bobin.

 

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J’ai en moi une immense confiance. Non pas la certitude de voir la vie extérieure tourner bien pour moi, mais celle de continuer à accepter la vie et à la trouver bonne, même dans les pires moments.

27 Avril 2018, 03:14am

Publié par Grégoire.

J’ai en moi une immense confiance. Non pas la certitude de voir la vie extérieure tourner bien pour moi, mais celle de continuer à accepter la vie et à la trouver bonne, même dans les pires moments.

Dans son Journal, une nuit de juin 1942, elle écrit :

« Pour humilier il faut être deux. Celui qui humilie et celui qu'on veut humilier, mais surtout: celui qui veut bien se laisser humilier. Si ce dernier fait défaut, en d'autres termes si la partie passive est immunisée contre toute forme d'humiliation, les humiliations infligées s'évanouissent en fumée. Ce qui reste, ce sont des mesures vexatoires qui boule versent la vie quotidienne, mais non cette humiliation ou cette oppression qui accable l'âme. (. . . ) On a bien le droit d'être triste et abattu, de temps en temps, par ce qu'on nous fait subir ; c'est humain et compréhensible. Et pourtant, la vraie spoliation c'est nous-mêmes qui nous l'infligeons. Je trouve la vie belle et je me sens libre. »

Etty Hillesum, par Sylvie Germain.

 

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Plastic partout !

25 Avril 2018, 03:37am

Publié par Grégoire.

Les déchets plastiques s'amoncellent dans la nature et dans les décharges. Quels risques font-ils peser sur l'environnement et sur la santé, notamment des populations les plus pauvres ? Réalisée sur trois continents, une enquête fouillée sur une catastrophe annoncée.

Sur sa planche de surf fabriquée avec de vieilles bouteilles plastiques, Merijn Tinga a entrepris un étonnant périple. Afin de sensibiliser le grand public à la pollution plastique, l'activiste hollandais a suivi sur 1 200 kilomètres le cours du Rhin, de sa source à Rotterdam. Militant pour un système de consigne qui permettrait collecte et recyclage des bouteilles usagées, notamment celles fabriquées en polytéréphtalate (PET), le défenseur de l'environnement n'est pas seul à monter au créneau. Tandis que son compatriote Dick Groot arpente la campagne pour géolocaliser avec son téléphone les innombrables déchets qui s'y trouvent, en Haïti, The Plastic Bank, une start-up sociale et solidaire créée par les Canadiens David Katz et Shaun Frankson, rachète les déchets plastiques rapportés par les habitants. Alors qu'un peu partout ils s'accumulent, les scientifiques sont eux aussi à pied d'œuvre. Dans leurs laboratoires, ils traquent les effluves dégagés par les jouets mais étudient aussi la redoutable prolifération dans les océans des microparticules laissées par les plastiques dégradés, leurs conséquences sur la faune marine et dans nos assiettes.

Overdose
Symboles de la société du tout-jetable, les plastiques sont devenus incontournables dans notre quotidien. Résistants, légers et peu coûteux à produire, ils sont néanmoins une plaie à collecter et à recycler après usage. Entre les dangers que leur abandon sauvage fait peser sur l'environnement, et les risques sanitaires, liés au recyclage rudimentaire, qu'encourent les populations les plus pauvres, principalement en Chine, cette enquête fouillée, réalisée sur trois continents, dresse un état des lieux plus qu'alarmant. Face aux puissants lobbies industriels et à la catastrophe annoncée, les politiques sauront-ils prendre les décisions qui s'imposent pendant qu'il est encore temps ?

https://www.arte.tv/fr/videos/077392-000-A/plastic-partout/

 

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Les contemplatifs sont les vrais guerriers !

23 Avril 2018, 02:05am

Publié par Grégoire.

Les contemplatifs sont les vrais guerriers !

Et (ré)habiter poétiquement le monde c’est s’opposer à l’habiter techniquement dit l’homme-joie. C’est abrupt. C’est imparable. Et habiter poétiquement le monde, « c’est l’habiter aussi et d’abord en contemplatif« . Et là les esprits forts deviennent franchement indignés:

« La contemplation, ce qu’on appelle la poésie, c’est le contraire précisément. C’est le contraire même de ce qu’on entend trop souvent par poésie. Ce n’est pas une décoration, ce n’est pas une joliesse, ce n’est pas quelque chose d’esthétique, c’est comme mettre sa main sur la pointe la plus fine du réel. 

Et en le nommant, de le faire advenir. Le réel est du côté de la poésie et la poésie est du côté du réel. Les contemplatifs, quels qu’ils soient, peuvent être des poètes connus comme tels, mais ça peut être aussi un plâtrier en train de siffler comme un merle dans une pièce vide, ou une jeune femme qui pense à autre chose tout en repassant du linge. Les instants de contemplation sont des instants de grand répit pour le monde, car c’est dans ces instants-là que le réel n’a plus peur d’arriver à nous. Il n’y a plus rien de bruyant dans nos cœurs ou dans nos têtes. Les choses, les animaux, les fantômes qui sont très réels, tout ce qui est de l’ordre du vivant se rapproche de nous et vient trouver son nom, vient mendier son nom.

Habiter poétiquement, ce serait peut-être d’abord regarder en paix, sans intention de prendre, sans chercher même une consolation, sans rien chercher. Regarder presque avec cette attention flottante dont parlent les psychanalystes. »

Christian Bobin.

 

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Ordonner au soleil de se coucher

21 Avril 2018, 02:49am

Publié par Grégoire.

Ordonner au soleil de se coucher

 J’ignore comment il avait pu monter sur le toit de tôle. Comment il ne brûlait pas ses pieds nus. Mais il était là, dressé sur cette pièce de toub comme à la proue d’un navire, devant une mer déjà retirée. Un œil fermé, le bras droit tendu et son regard armé dessus, il était là, défiant le soleil couchant sur l’horizon, intimant du doigt à l’astre de fuir à son tour. Il a posé le bout de son index sur le cercle rouge et, imperceptiblement, appuie dessus, sans trembler. Comme une cerise sur une nappe, le soleil explose sur l’horizon, sous le doigt de l’enfant. Quelques nuages, serviles janissaires, tentent d’en éponger les éclaboussures. Chaque soir, faute de mieux, un enfant paré de loques et de poussière met un terme à sa journée de réfugié, et à celle du camp, du bout de son doigt. Chaque soir un tout petit enfant exilé du Sahara convoque l’astre royal à la barre de son tribunal de tôle ondulée et intime au despote de disparaître de son occident. Chaque soir un enfant sahraoui éteint le plomb fondu du jour et plonge son peuple, pour quelques heures, dans un songe de liberté.

Jean-françois Debargue

(Procédures & mode d’emploi)

Lorsqu'en 1991 le Front Polisario signe après 16 ans de guerre le cessez le feu per-mettant à la mission mandatée par l'ONU, la Minurso, d'organiser un référendum d'auto-détermination au Sahara Occidental, personne n'imagine que près de 20 ans plus tard la République arabe sahraouie démocratique (RASD) sera encore une république en exil, celle du peuple sahraoui, réfugié en plein désert algérien dans ces camps de l'oubli.
Pourquoi rien ne bouge au Sahara Occidental, dernière colonie d'Afrique, depuis plus de trois décennies ? Pourquoi continue-t-on à faire de l'aide d'urgence ou à mettre en place éducation et formations qualifiantes pour un avenir hypothéqué par le gel du processus de la décolonisation ? "Qu'avons-nous de moins que les espèces animales et végétales que vous protégez ?" me demandait une amie sahraouie.
Humanitaire, je fais partie de ceux qui entendent ou se posent ces questions et doivent les relayer à qui de droit. J'ai choisi de le faire, avec les armes émoussées de la parole et de l'écriture. Transmettre, c'est aussi vouloir être contagieux de soi-même. Vivant depuis deux ans dans mes familles d'accueil, j'ai voulu témoigner de la vie quotidienne par le récit, par les portraits esquissés, par la poésie, de cette réalité oubliée ou ignorée depuis 35 années.
De mes notes prises chaque jour est né peu à peu un journal lors de mes retours à Alger. Ce " Cri des pierres ", puisque les hommes font preuve d'un silence assourdissant, est entre vos mains aujourd'hui.

Berger puis éleveur d'ovins et technicien agricole, Jean-François Debargue a choisi de quitter sa ferme d'Auge pour coordonner deux projets en tant que volontaire bénévole dans un camp de réfugiés sarhaouis, en plein désert saharien. Il y vit depuis fin 2007 et partage la vie quotidienne des familles dans l'un des quatre principaux camps de cette république exilée en Algérie.

 

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Méthode Kneipp : l’eau froide fait des miracles

19 Avril 2018, 02:54am

Publié par Grégoire.

Pape de la médecine naturelle en Allemagne depuis plus de cent ans, l’abbé Kneipp est encore méconnu chez nous. Son credo : l’eau froide, c’est bon pour la santé ! Mode d’emploi d’une méthode toute simple qui révise l’art du bain et de la douche.

Pape de la médecine naturelle en Allemagne depuis plus de cent ans, l’abbé Kneipp est encore méconnu chez nous. Son credo : l’eau froide, c’est bon pour la santé ! Mode d’emploi d’une méthode toute simple qui révise l’art du bain et de la douche.

De l’eau, des plantes : l’abbé a inventé une philosophie de santé globale.
Le sourire est enfoui, les épais sourcils noirs, en broussaille et les cheveux blancs, domptés par une calotte. En Allemagne, l’effigie de Sebastian Kneipp figure sur tous ses produits de soin (huiles de bain, tisanes, etc.). Près de six cent soixante hôtels, centres thermaux ou cliniques adhèrent à sa doctrine, et son nom se décline en adjectif : « kneippen ».

Tout a commencé en 1847. Sebastian Kneipp, 26 ans, atteint de tuberculose et déclaré incurable, tombe sur une publication du docteur Hahn : « De la force et des effets de l’eau fraîche sur le corps humain ». N’ayant plus rien à perdre, il s’administre un autotraitement. Au programme : course à pied deux fois par semaine sur les bords du Danube et plongeons dans une eau à 5 °C !

Un « remède de cheval » qui le guérit en quelques mois. Il décide alors de poursuivre ses recherches sur l’hydrothérapie et soigne – avec succès – son entourage. Accusé de charlatanisme, il est envoyé en Bavière par les autorités ecclésiastiques, au monastère des dominicains de Bad Wörishofen. Il y remplace le curé. En 1886, il publie son premier traité sous le titre “Ma cure d’eau”. Surnommé le « docteur de l’eau », il enrichit sa méthode pour en faire une véritable hygiène de vie qui considère le corps dans sa globalité. Et finira par soigner le pape Léon XIII, alors âgé de 80 ans.

Mieux vaut prévenir que guérir, pensait l’abbé. « Ceux et celles qui ne réservent pas quotidiennement un peu de temps pour leur santé devront un jour consacrer beaucoup de temps à leur maladie. » Bains partiels, douches écossaises… « S’il existe pour moi un seul remède, ce sera l’eau », déclare Sebastian Kneipp. Aujourd’hui, en France, on découvre sa méthode et ses produits de soins, tout à fait dans l’air du temps.

Deux grands principes

Selon le curé bavarois, adepte de la douche écossaise, il faut endurcir l’organisme pour prévenir la maladie.

1. De l’eau entre 0 et 18 °C
L’eau froide est idéale pour « rétablir l’ordre dans le corps ». Elle ôte la chaleur superflue (dont la transpiration) tout en obligeant l’organisme à générer sa propre énergie calorifique pour éliminer les éléments « inutiles et insalubres » (« graisses et mauvaises humeurs » !).
L’eau chaude ne doit intervenir que pour seconder l’organisme incapable de produire sa chaleur naturelle (quand on se sent frigorifié) ou pour intensifier le bénéfice de l’eau froide.

« Le contraste chaud-froid dilate et contracte les vaisseaux sanguins, ce qui réactive le système neurovégétatif (cœur, foie, estomac…), mais aussi le système hormonal et immunitaire », explique Joachim Bohm Rammel, ostéopathe (également directeur de la physiothérapie au Sebastianarium, centre de soins et école de formation à Bad Wörishofen, en Allemagne).

2. Des applications localisées
S’il s’agit d’entretenir sa forme, entre une et trois douches froides au lever par semaine suffiront (durée : une minute). Sinon, on trempe ou on arrose bras, genoux, visage ou coudes, selon le problème. 
Les applications d’eau localisées décongestionnent la zone traitée, mais, curieusement, agissent sur d’autres endroits par un effet dérivatif (comme le font l’acupuncture et la réflexologie).

Ainsi, un bain de pieds froid soulage les cerveaux en ébullition : pour lutter contre le froid, le cerveau envoie du sang vers les pieds, ce qui nous allège la tête.

Cure d'eau chez soi

L’avantage de la méthode Kneipp est sa simplicité. Un lavabo, une douche, une bassine, et le tour est joué. Sebastian Kneipp recommandait la modération. Inutile d’abuser de ses cent vingt types de bains ! 
Première étape : identifiez votre problème (migraine, insomnie, jambes lourdes, etc.).
- Deuxième étape : pratiquez le soin approprié jusqu’à complet rétablissement.

Pour ne pas attraper froid, veillez à ce que la température de la pièce ainsi que celle du sol soient suffisamment élevées. Les parties du corps non mouillées doivent être chaudement couvertes. Surtout, ne vous essuyez pas. Séchez-vous en agitant les bras ou les pieds, mouvements qui induisent une chaleur naturelle et prolongent la réaction de l’organisme.

Les douches
Réglez la pomme de douche sur la pluie la plus douce ou remplacez-la par un tuyau en caoutchouc. Dirigez le jet de biais, à dix-quinze centimètres de la peau, le temps que l’épiderme rougisse.

- Pour lutter contre le stress
Un ruissellement froid sur les cuisses apaise l’anxiété mais aussi la gueule de bois des lendemains de fête. Il traite également la cellulite et les jambes lourdes.
- Pour alléger les jambes
Remontez du gros orteil à l’intérieur des genoux. Insistez sur le creux derrière l’articulation, riche en ganglions lymphatiques. Puis redescendez le jet par le bord opposé jusqu’à la cheville. Recommencez l’affusion en allant stimuler la rotule. Ce soin soulage les jambes lourdes, et a un effet secondaire sur la zone du thorax, des abdominaux et sur les organes urinaires.
- Pour faire passer la migraine
Adaptez un tuyau en caoutchouc sur le robinet du lavabo. Baladez un jet d’eau tout autour du visage en dessinant un cercle, puis insistez sur le front et terminez par deux secondes sur chacun des yeux clos. Laissez réagir un peu avant de tamponner délicatement avec une serviette. Miraculeuse sur les maux de tête, la douche du visage efface également les boutons d’acné et lisse les mines fatiguées.

Les bains
Rassurez-vous, les plongeons dans l’eau froide restent toujours fugaces (trente secondes maxi).

- Contre l’insomnie 
Le bain de pieds avec de l’eau jusqu’à mi-mollets allège les esprits encombrés et ainsi facilite l’endormissement. Posologie : de trois à sept soirs par semaine. Durée : trente secondes. 
- Contre les maux de ventre
Le bain de siège recouvre le haut des cuisses et le nombril. Pris quotidiennement durant sept jours avant les règles, il les promet moins douloureuses. Il combat aussi les hémorroïdes, les lenteurs digestives. Durée : de une à dix secondes.
- Contre les coups de pompe
Le bain de bras jusqu’aux biceps donne un coup de fouet à l’organisme, régule la tension, soulage les vertiges et les maux de tête. Durée : trente secondes.

http://www.psychologies.com/Bien-etre/Medecines-douces/Se-soigner-autrement/Articles-et-Dossiers/Methode-Kneipp-l-eau-froide-fait-des-miracles

http://​​​​​​​https://fr.sott.net/article/20028-La-therapie-par-le-froid-pour-perdre-du-poids-renforcer-les-defenses-immunitaires-et-plus-encore

Pourquoi les bains de mer réguliers sont-ils bénéfiques pour la santé ?

On parle ici des bains de mer pratiqués avec régularité tout au long de l’année. Qu’il fasse beau, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige… le concept est de se baigner en bord de mer avec un simple maillot de bain quelles que soient les conditions. Il s’agit avant tout d’une activité de baignade : on peut barboter, faire son aquagym ou véritablement nager dans l’eau. Mais à la base, il n’y a pas de notion de compétition : il s’agit avant tout de passer un bon moment dans l’eau. On y reste pendant quelques minutes : généralement 1 minute par degré en hiver (si l’eau est à 11°C, on reste 11 minutes), mais certains y restent plus longtemps en fonction de leur habitude des bains et de leur condition physique, en faisant toujours attention de sortir avant les premiers signes d’hypothermie.

L’action sur les articulations 

L’une des actions les plus puissantes du bain de mer régulier se fait sur le système cardio-vasculaire 

 action positive sur la tension artérielle et la fréquence cardiaque.

impact sur le psychisme et le système nerveux

Les bains de mer ont un effet antidépresseur, euphorisant et anxiolytique. 78% des baigneurs réguliers déclarent que les bains les mettent de bonne humeur, 56% que cela les stimule et 44% que cela les calme.

https://www.guillaume-barucq.com/bains-de-mer-reguliers-bienfaits/

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Le platrier siffleur

17 Avril 2018, 03:06am

Publié par Grégoire.

Le platrier siffleur

« Les contemplatifs, quels qu'ils soient, peuvent être des poètes connus comme tels, mais ça peut être aussi un plâtrier en train de siffler comme un merle dans une pièce vide, ou une jeune femme qui pense à autre chose tout en repassant du linge ».

Ce texte est issu d'une conversation dans la forêt. Il a pour auteur les sapins austères et les fougères lumineuses. Il y est question, mieux que dans un salon, de nos manières de vivre, c'est-à-dire de perdre. Le nom merveilleux de cette perte est la poésie - ou si l'on veut : l'humain.

« C’est très petit, ce que je fais. J’essaye de recueillir des choses très pauvres, apparemment inutiles, et de les porter dans le langage. Parce que je crois qu’on souffre d’un langage qui est de plus en plus réduit, de plus en plus fonctionnel. Nous avons rendu le monde étranger à nous-mêmes, et peut-être que ce qu’on appelle la poésie, c’est juste de réhabiter ce monde et l’apprivoiser à nouveau. » 

 

« J’ai entendu, il n’y a pas longtemps, un plâtrier siffler, mais – comment dire…? – il avait mille rossignols dans sa poitrine, il était dans une pièce vide, il enlevait un vieux papier peint, il était seul depuis des heures à cette tâche et il sifflait. Et cette image m’a réjoui et j’ai eu comme intuition que cette humeur là rinçait la vie, la lavait, comme si cette gaieté de l’artisan réveillait jusqu’à la dernière et la plus lointaine étoile dans le ciel. Ça, vous voyez, ce sont des riens, des moins que rien, des micro-événements, des choses minuscules, mais ce sont ces événements qui fracturent la vie, qui la rouvrent, qui l’aident à respirer à nouveau. Lorsque de tels événements adviennent, croyez-moi, vous le savez. Vous le savez parce qu’une sorte de gaieté vous vient. C’est sans valeur marchande, la gaieté, sans raison, sans explication! Mais c’est comme si, tout d’un coup, la vie elle-même passait à votre fenêtre avec une couronne de lumière un peu de travers sur la tête. »  

Christian Bobin.

 

 

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" J'étais gai, insouciant. J'étais en accord avec tout et je vous ignorais. Le bonheur est un meurtre."

15 Avril 2018, 02:07am

Publié par Grégoire.

" J'étais gai, insouciant. J'étais en accord avec tout et je vous ignorais. Le bonheur est un meurtre."

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Pour écrire un seul vers...

13 Avril 2018, 04:49am

Publié par Grégoire.

Pour écrire un seul vers...

Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.

Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.

Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent.

Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

Rainer Maria Rilke – Pour écrire un seul vers (1910), Les Cahiers de Malte --

 

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De ne pas oublier le plaisir et la satisfaction à faire quelque chose de lent et de difficile.

11 Avril 2018, 03:56am

Publié par Grégoire.

De ne pas oublier le plaisir et la satisfaction à faire quelque chose de lent et de difficile.

« La commodité est la force la plus sous-estimée et la moins comprise dans le monde aujourd’hui ». Certes, elle est ennuyeuse, mais elle est un puissant moteur des décisions humaines, bien plus que le désir ou que la récompense, estime le juriste américain Tim Wu (@superwusterWikipédia), dans une remarquable tribune pour le New York Times« Elle est pourtant la force la plus puissante qui façonne nos vies et nos économies ». La commodité semble prendre nos décisions pour nous, nous faisant souvent remiser nos véritables préférences au profit du facile voire du plus facile. La commodité transforme nos options et nos opinions. Une fois que vous avez goûté à la machine à laver, laver ses vêtements à la main semble être une tâche irrationnelle. Une fois que vous avez goûté à la télévision en streaming, attendre pour regarder un film semble stupide. Résister à la commodité, comme ne pas posséder de smartphone, semble même en passe de devenir une excentricité, voire de relever du fanatisme. Notre goût pour la commodité en engendre toujours plus : plus il est facile d’utiliser Amazon et plus Amazon devient puissant et plus il est encore plus facile d’utiliser Amazon. La commodité est l’allié naturel du monopole, des économies d’échelles et du pouvoir de l’habitude.

 

Pour Tim Wu, la commodité est devenue à la fois un idéal, une valeur et un mode de vie. Rendre les choses plus faciles, plus accessibles ouvre des possibilités qui semblaient autrefois difficiles à atteindre. Bien sûr, reste que la commodité n’est pas toujours bonne. « Bien que comprise et promue comme un instrument de libération, la commodité a un côté sombre. Avec sa promesse d’efficacité douce et sans effort, elle menace d’effacer le genre de luttes et de défis qui aident à donner un sens à la vie. Créé pour nous libérer, elle peut devenir une contrainte sur ce que nous sommes prêts à faire, et ainsi, de manière subtile, peut nous asservir ».

Or, quand « nous laissons la commodité décider de tout, nous nous abandonnons trop ». Pour Tim Wu, la commodité est née avec les appareils ménagers et les aliments préparés. « La commodité était la version domestique d’une autre idée de la fin du XIXe siècle, l’efficacité industrielle et la «gestion scientifique» qui l’accompagnait. Elle représentait l’adaptation de l’éthique de l’usine à la vie domestique. »

Aussi banal que cela puisse paraître aujourd’hui, la commodité, ce grand libérateur de l’humanité du travail, était un idéal utopique. Elle promettait d’éliminer les corvées, de créer du loisir, d’apporter à chacun du temps libre. La commodité comme libération s’est enivrée de science-fiction, nous montrant que dans le futur, la vie serait encore, toujours, plus commode. Le rêve de commodité semble basé sur le cauchemar du travail physique. Mais celui-ci est-il toujours un cauchemar ? Notre humanité s’exprime aussi par des actions incommodes et des actions qui prennent du temps. C’est peut-être pour cela que chaque avancée de la commodité génère des résistances. Des gens « résistent par entêtement, oui (et parce qu’ils ont le luxe de le faire), mais aussi parce qu’ils voient une menace pour eux-mêmes, sur leur sentiment de contrôle sur ce qui leur importe ».

 

À la fin des années 60, la première révolution de la commodité a été remise en cause. Pour la contre-culture, la commodité était devenue un signe de conformité et le besoin de réaliser son potentiel individuel, de vivre en harmonie avec la nature plutôt que de chercher à surmonter ses nuisances a généré une riche critique. Depuis, comme une réponse à cette critique, l’essor des nouvelles technologies a généré une nouvelle vague de technologies de la commodité facilitant l’essor de l’individualité. Tim Wu fait commencer cette nouvelle vague avec l’avènement du Walkman de Sony en 1979. « Avec le Walkman, nous pouvons voir un changement subtil, mais fondamental dans l’idéologie de la commodité. Si la première révolution de la commodité promettait de vous faciliter la vie et le travail, la seconde vous promettait de vous faciliter la possibilité d’être soi. Les nouvelles technologies étaient des catalyseurs de l’individualité. Ils ont conféré une efficacité à l’expression de soi. »

« Cette vision est si séduisante qu’elle a fini par dominer notre existence. La plupart des technologies puissantes et importantes créées au cours des dernières décennies offrent une commodité au service de la personnalisation et de l’individualité. Pensez au magnétoscope, à la liste de lecture, à la page Facebook, au compte Instagram. Ce genre de commodité n’est plus une question d’économie de travail physique – beaucoup d’entre nous n’en font pas beaucoup de toute façon. Il s’agit de minimiser les ressources mentales, l’effort mental, nécessaire pour choisir parmi les options qui s’expriment. La commodité est un simple clic, un guichet unique, l’expérience transparente de « plug and play ». L’idéal est la préférence personnelle sans effort. »

La commodité a tué Napster au profit des solutions de streaming. À mesure que chaque tâche devient plus facile, nous sommes agacés par celles qui restent à un ancien niveau d’effort et de temps. Pour Tim Wu, « les technologies d’individualisation actuelles sont des technologies d’individualisation de masse ». La personnalisation finalement se révèle « étonnamment homogène » (nous ne disions pas autre chose). Ce qui devait nous représenter comme uniques nous rend en fait tous semblables. Le format et les conventions de Facebook nous dépouillent de toutes les expressions d’individualité, à l’exception des plus superficielles, comme la photo particulière d’une plage ou d’une chaîne de montagnes que nous choisissons comme image de fond.

« Je ne veux pas nier que rendre les choses plus faciles peut nous servir de manière importante, en nous donnant beaucoup de choix (de restaurants, de services de taxis, d’encyclopédies open source) où nous n’en avions que peu ou pas du tout. Mais être une personne, c’est seulement en partie avoir et exercer des choix. Il s’agit aussi de la façon dont nous faisons face aux situations qui nous sont imposées, qui consistent à surmonter des défis dignes et à mener à bien des tâches difficiles – lutter nous aide à devenir ce que nous sommes. Qu’advient-il de l’expérience humaine quand tant d’obstacles, d’exigences et de préparatifs sont éliminés ? »

« Le culte de la commodité d’aujourd’hui ne reconnaît pas que la difficulté est une caractéristique constitutive de l’expérience humaine. La commodité est une destination sans aucun voyage. Mais monter une montagne est bien différent de prendre la télécabine jusqu’au sommet, même si vous vous retrouvez au même endroit. Nous devenons des gens qui se soucient principalement ou seulement des résultats. Au risque de faire de notre vie une série de promenades en tram. »

 

La commodité doit servir quelque chose de plus grand qu’elle-même, de peur que cela ne mène seulement à plus de commodité. Dans son livre classique de 1963, La femme mystifiée, la journaliste féminine Betty Friedan a examiné ce que les technologies ménagères avaient fait pour les femmes et en concluait qu’elles avaient surtout créé plus de demandes. «Même avec tous les nouveaux appareils ménagers, écrivait-elle, la ménagère Américaine moderne consacre probablement plus de temps aux tâches ménagères que sa grand-mère. Quand les choses deviennent plus faciles, nous pouvons chercher à remplir notre temps avec des tâches plus faciles. Tant et si bien qu’à un certain moment, la lutte pour la vie devient la tyrannie des corvées minuscules et des décisions mesquines.

Une conséquence fâcheuse de vivre dans un monde où tout est «facile» est que la seule compétence qui compte est la capacité de faire plusieurs choses à la fois. À l’extrême, nous ne faisons rien en réalité ; nous ne faisons qu’arranger ce qui sera fait, ce qui est une base bien fragile pour remplir une existence. »

Pour Tim Wu, nous devons nous ouvrir aux inconvénients. Si nous n’avons plus besoin de fabriquer notre beurre ou de chasser notre propre viande, nous ne serons personne si la commodité devient la valeur qui transcende toutes les autres. « Lutter n’est pas toujours un problème. Bien souvent, elle est une solution. Et notamment la solution à la question qui sommes-nous ? » Nos hobbies, nos occupations, nos passions, nos vocations sont des activités qui nous aident à nous définir. Ils impliquent une résistance significative avec le monde et nous aident à nous définir. Des activités qui prennent du temps, qui nous exposent au risque de l’échec et de la frustration, mais qui nous apprennent quelque chose du monde et de notre place dans le monde.

Et Tim Wu de nous inviter résister à la tyrannie de la commodité. De ne pas oublier le plaisir et la satisfaction à faire quelque chose de lent et de difficile. Certes. C’est là certainement un conseil facilement moraliste. Reste que dans un monde qui optimise toujours plus la commodité, l’enjeu n’est-il pas d’en définir des limites au risque sinon qu’elle n’en ait jamais ?

Hubert Guillaud

 

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Les enfants qui s'en sortiront le mieux dans la vie sont ceux qui ont le moins accès aux écrans...

10 Avril 2018, 11:42am

Publié par Grégoire.

Pour le Docteur Anne-Lise Ducanda, membre du "collectif surexposition écrans", et invitée ce mercredi de Bourdin Direct, protéger les jeunes enfants des écrans de smartphones ou de tablettes est un "impératif de santé publique".

C'est une alerte pour le moins inquiétante qu'a lancée ce mercredi dans Bourdin Direct le Docteur Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI (Protection maternelle et infantile) dans l’Essonne, et membre du "collectif surexposition écrans". "Il faut protéger vos enfants et les éloigner des écrans!". Un "impératif de santé publique", selon elle.

Mon fils a été trop exposé aux écrans, il souffre aujourd'hui de troubles autistiques

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La mort n’est rien, elle se traverse comme un pré

9 Avril 2018, 01:40am

Publié par Grégoire.

La mort n’est rien, elle se traverse comme un pré

Dans la boutique de livres anciens où je feuilletais un livre de Marceline Desbordes Valmore, un clochard édenté aux yeux mauvaisement bleus inquiétait le libraire. Les trous entre les dents du clochard communiquaient avec les enfers. Le libraire et lui avaient même corpulence, même gouaille, même goût dangereux pour la joute oratoire. Chacun était le diable de l’autre. Deux miroirs mis face à face font exploser l’univers. Le clochard avait l’ivresse savante. Serrant entre ses mains un livre rare de saint Just, il entreprit avec le libraire une orageuse discussion autour du mot « décollation ». Le bleu roulant dans ses yeux laissait craindre le pire - et pourquoi pas la tête du libraire « décollée » et roulant dans la sciure populaire du soleil d’été.

Le clochard était un de ces Goliath que la fronde d’une seule parole, pour peu qu’elle soit bienveillante, suffit à renverser. Je trouvai cette parole. Les deux diables s’apaisèrent et rirent avec moi. Je revins à Marceline Desbordes Valmore. Du livre, s’élevait du bleu qui ennoblissait la librairie tapissée d’or. Les poèmes tremblaient entre mes mains comme un moineau ressuscité. La beauté est de la digitaline pour le cœur.

Dans le Livre des morts tibétain, on trouve des paroles destinées à être lues à l’oreille du mort, afin de lui faire prendre conscience que le monde n’est que sa création : il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais que l’âme éternelle engendrant par son vide toutes les apparitions. Le libraire et le clochard étaient moins réels que les poèmes de Marceline dont je sentais le souffle à mon visage, comme d’un soleil lointain. Le livre datait de 1820. Il avait sa reliure dite « d’attente », un cartonnage blanc plâtre, marbré de bleu. Les pages avaient la douceur du chiffon. La voix de Marceline me sautait au visage, la mort n’est rien, elle se traverse comme un pré.

Les livres anciens avec leurs chairs adoucies et leurs délicates rousseurs m’émeuvent de revenir triomphants des ténèbres. Selon le Livre tibétain, la grande illumination s’empare du mort puis, peu à peu, les fantômes des sous-bois psychiques s’avancent, colères, envies et peurs. Si le mort ne peut résister à ses propres créations, il s’éloigne de la lumière incréée, rechute et entame un nouveau cycle, éprouvant une fois de plus l’inextricable mélange de clair et d’obscur qu’est toute vie. La voix de Marceline Desbordes Valmore éclatait dans le cœur comme dans une chambre de cristal. Le recueil de poèmes était hors de prix. Je l’ai remis sur son rayonnage. Je suis sorti dans la rue en pente. J’avais entrevu la lumière décisive, celle qui bondit du fourré de la très haute poésie. Maintenant je rechutais, j’entamais un nouveau cycle, sortant de cette librairie parisienne dont je découvrais le nom en me retournant : « Poussière du Temps ». Le soleil avalait le bleu. La voix de Marceline passait en rivière rafraîchissante sous tous les bruits de la rue. Je continuais de l’entendre - un murmure à l’oreille de l’errant que j’étais, éberlué par le monde illusoire et par le bleu affolé dans les yeux d’un clochard bibliophile.

Christian Bobin.

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Cette vie merveilleusement perdue, à chaque seconde qui va

7 Avril 2018, 02:13am

Publié par Grégoire.

Cette vie merveilleusement perdue, à chaque seconde qui va

Prochain Seul en scène, 

à partir de textes de Christian Bobin, dès mai 2018 : 

 

Cette vie merveilleusement perdue, à chaque seconde qui va

 

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Dans la cellule du maître à l’esprit serein

5 Avril 2018, 04:17am

Publié par Grégoire.

Dans la cellule du maître à l’esprit serein

Une allée secrète à l’écart, couverte de mousse verte
Sur le jeune feuillage une légère rosée
On récite les soutras au milieu des bambous luxuriants
Dans la chambre spacieuse, seul je ferme la porte
Au milieu des arbres je me repose, 
admirant les crêtes brumeuses
J’écoute les oiseaux qui se réjouissent
Dans les rayons du matin
Me laissant aller au plaisir de la quiétude
Des affaires du monde de poussière, d’emblée, je m’éloigne.

Wei Ying-wu (poète chinois, 737-792)

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La solitude épure la vue, elle nous dit que nos jours passent plus vite que le vent sur les eaux, que notre âme est plus pauvre que l'ombre sur la terre...

3 Avril 2018, 01:01am

Publié par Grégoire.

La solitude épure la vue, elle nous dit que nos jours passent plus vite que le vent sur les eaux, que notre âme est plus pauvre que l'ombre sur la terre...
" C'est dans l'émerveillement de paroles vraies que je découvrais une autre vie possible, cachée dans cette vie même. Cette vision très vite se refermait. Chaque fois qu'on m'emmenait dans de la famille éloignée, j'étais saisi par une angoisse semblable à celle qui vient aux bêtes qu'on emmène à l'abattoir, quand elles ont l'intuition foudroyante qu'elles ne reverront plus jamais le ciel changeant et les herbes parfumées : la convention - cette interdiction faite à l'âme de respirer - régnait. Les paroles comme des mouches s'agglutinaient sur le ruban collé des convenances. Les cadeaux pesaient comme de la fonte. Les repas duraient des siècles. La vie était une mendiante que des serviteurs avaient la consigne de laisser à la porte. C'était comme si on m'avait enlevé le coeur pour le poser sur une plaque de marbre froid - et l'oublier là.
 
Je pensais à la solitude de ma chambre comme à un paradis, que je ne reverrais plus. Je me demande comment j'ai pu survivre à tant d'absence. Du fond de leur cercueil les morts devaient connaître plus de fantaisie que je n'en trouvais dans ces salles à manger où j'ignorais quel bois était le plus dur, celui des tables basses ou celui des visages.
 
Un rayon de soleil sur un coin de table me donnait plus de joie qu'à Napoléon l'annonce d'une victoire sur une armée ennemie."
 
C.Bobin, Prisonnier au berceau

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L'Homme-Joie

1 Avril 2018, 00:13am

Publié par Grégoire.

L'Homme-Joie

Lorsque je dis que la parole est le cœur, je parle de quelque chose de rude, de cette partie la plus dure de la vie que parfois seul le jet de la mort vient ouvrir. Je fais simplement le pari qu’il peut s’ouvrir avant : dans la façon que nous avons de parler les uns avec les autres, de se réjouir d’être en face les uns des autres, d’aimer les choses qui sont belles et bonnes, et vivantes et qui pour une fois ne nous parle pas d’économie ou du devenir terrible de ce monde dans lequel je suis comme vous embarqué.

Ce que j’entends par Homme-Joie, c’est notre capacité à chacun à être traversé par quelque chose dont nous ne sommes pas les possesseurs, dont nous ne sommes même pas la cause. C’est comme un courant d’air qui advient, quelqu’un a oublié de fermer la porte ou un visage a brisé la fenêtre. C’est juste cet air qui rentre, ce fracas silencieux en nous. C’est tout simplement la vie surprise à nouveau à son point de naissance quel que soit l’âge que l’on a. J’ai vu passer dans les yeux de mon père, vieil homme, des lumières de jeunesse incroyable. L’Homme joie n’a pas d’âge, pas de lieu, pas de nom propre. C’est juste notre capacité à ressentir un peu plus loin que nous.

Christian Bobin.

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