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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Propos Intempestifs sur la Prière

28 Février 2017, 04:15am

Publié par Grégoire.

Propos Intempestifs sur la Prière

Un peu de terre nue où rien n'a vraiment poussé qui vaille une moisson, mais où toutes semailles apparaissent soudain réalisables. 
Un peu de terre nue, qui tantôt nous semble la poussière de toutes sortes de morts pécheresses et tantôt le terreau de possibles sainteté. 
Un peu de terre nue recueillie dans la main de Dieu : voilà, c'est nous. 
De s'éprouver ainsi nu et précaire dans l'éternelle et amoureuse main de Dieu, c'est le fondement de l'oraison.

Il plaît à Dieu de nous prendre là où nous sommes afin de nous conduire là où il veut.

Entre Lui et nous, il y aura tout ce temps perdu à ne pas l'aimer, et ce temps ne se peut rattraper.

Lorsque enfin nous comprenons que nous ne te posséderons jamais parfaitement ici-bas, c'est Toi qui nous possèdes trop pour que nous songions à reculer

[Ne pas se soucier] du temps qu'il fait dans notre être, lorsque nous sommes occupés avec le Seigneur. Tantôt c'est la tiédeur d'un été, tantôt l'austérité d'un hiver : nous perdrions notre sérennité et notre disponibilité à chercher à connaître les lois de ces saisons capricieuses

Quand tu t'apperçois que tu penses à autre chose qu'au Seigneur, c'est qu'à cette minute tu as pouvoir d'oublier cet autre chose et de revenir au Seigneur, fais le donc aussitôt tout simplement. Et si dix fois cela arrive, reviens dix fois au Seigneur. Alors tes distractions te rendront humble mais ne t'enlèveront pas le profit de l'oraison, car Il sait combien nous l'aimons Celui auprès duquel dix fois nous revenons après que dix fois l'on nous a entraîné ailleurs.

Faire oraison c'est faire l'expérience que Dieu t'échappe toujours davantage, mais que toi tu lui échappes de moins en moins.

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Méditation de pleine conscience : de quoi ça s'agit ?

26 Février 2017, 05:14am

Publié par Grégoire.

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L'avoir nous rend durs, inquiets et tristes...

24 Février 2017, 05:52am

Publié par Grégoire.

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Tout se passe dans cette vie comme s’il nous fallait avaler l’océan.

22 Février 2017, 05:35am

Publié par Grégoire.

Tout se passe dans cette vie comme s’il nous fallait avaler l’océan.

" Depuis plusieurs années, une euphorisation forcenée s’est emparée du monde, une volonté de se divertir à bas prix. Vous savez ce mot terrible: « pro.fi.ter ». Or, c’est au bord de la falaise que nous connaissons mieux le vent et l’horizon, c’est dans la proximité de la perte que nous connaissons la grâce de tout. Les arrachements nous lavent. Tout se passe dans cette vie comme s’il nous fallait avaler l’océan.

La mort a beaucoup de vertus, notamment celle du réveil: une porte s’ouvre en nous, que notre inattention maintenait fermée. De temps en temps une épreuve vient nous rappeler que nous ne pouvons pas nous suffire… la mort brise la fenêtre vers laquelle nous n’approchions plus et elle fait venir de l’air, un ressouvenir du ciel. Quand quelqu’un disparait, le silence de la mort révèle d’un coup ce qui était comme un secret en plein jour, toutes ces choses qui rôdent dans l’éclat d’un regard, d’un rire, qui faisaient que la personne était unique. Ceux qui ont disparus mêlent leur regard au nôtre, comme si la vie ne finissait pas, comme si elle était un livre dont aucun lecteur ne pourra jamais dire: « ça y est, je l’ai lu ».

Les cimetières sont des zones de friches entre le présent et l’éternel. Lieux apaisés, ils sont les moins morbides qui soient, moins qu’un Mac Do: ces endroits voué au commerce rude. Dans les cimetières, le commerce c’est fini. Les sourires plastiques, c’est fini. Il ne reste plus qu’une vérité déchirante et très douce, réellement nourricière, des fleurs qui fanent sur des tombes magnifiquement ordinaire et goûtent à une mort non tragique. "

C Bobin.

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Harmonium.

20 Février 2017, 05:32am

Publié par Grégoire.

de Kôji Fukada.

de Kôji Fukada.

Toshio, sa femme et leur fille mènent une vie sans histoire, à la périphérie d'une grande ville. Sans histoire et un brin morose. A table, Toshio ne dit pas un mot. Le repas fini, il rejoint son atelier de métallerie qui jouxte leur maison. Le travail est son refuge. Un matin, alors qu'il est à son établi, il aperçoit dehors un homme qui se tient droit comme un i, sans veste, sa chemise blanche boutonnée jusqu'en haut. Un fantôme ? Toshio s'approche de lui, le salue. Ils ont un bref échange. On comprend qu'ils se sont connus naguère, en prison. Ellipse. Peu après, la femme de Toshio apprend que son mari a offert à l'automate blanc emploi, gîte et couvert. Cet étrange invité, que Toshio présente comme « un vieil ami » pour justifier sa présence, va apporter l'étonnement, le trouble, le désordre. Bref, l'histoire qui manquait tant au foyer...

Tout cela est amené pas à pas par Kôji Fukada, qui entretient brillamment un suspense insolite et indéfinissable. Ce cinéaste japonais s'était distingué, en 2013, avec Au revoir l'été, une comédie solaire, douce-amère, très rohmérienne. Harmonium est plus sombre, plus tordu. Mais pas immédiatement. Le nouveau locataire a beau avoir une drôle d'allure, il se montre très poli, bienveillant et même doué pour des activités inattendues. Ainsi, l'harmonium. La jeune fille y joue, elle doit bientôt passer un examen, alors il l'aide. La mère est touchée. Elle s'avère, surtout, de plus en plus sensible au charme mystérieux de cet homme.

Mais au mitan du film, un drame survient. Un nouveau chapitre débute alors, qui nous transporte huit ans plus tard. La famille vit au même endroit, le joueur d'harmonium n'est plus là, la fille est handicapée, la mère est devenue une obsessionnelle compulsive. Mais à y regarder de plus près, le père, lui, semble plus loquace, plus vivant ! Voilà ce qui fait le sel de ce thriller psychologique qui sonde l'assujettissement à l'autre, l'autopunition et les méfaits d'un secret enfoui.

Le plus fort, c'est que le film reste constamment palpitant, au bord du fantastique : les rares fois où l'on sort dehors, il n'y a personne dans les rues. Le cinéaste a lui-même écrit cette histoire tarabiscotée, à la violence sourde, révélatrice de rancoeurs effrayantes. La vision qu'il offre de la famille est cinglante à souhait. Mais non dénuée d'empathie pour les solitudes qui la constituent. —

Jacques Morice. Télérama.

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Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse...

18 Février 2017, 05:46am

Publié par Grégoire.

Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse...

"Quand une classe dirigeante mesure ses fortunes non plus à l'arpent de terre ni au lingot d'or, mais au nombre de chiffres correspondant idéalement à un certain nombre d'opérations d'échange, elle se voue du même coup à mettre une certaine sorte de mystification au centre de son expérience et de son univers. Une société fondée sur des signes est, dans son essence, une société artificielle où la vérité charnelle de l'homme se trouve mystifiée. On ne s'étonnera pas alors que cette société ait choisi, pour en faire sa religion, une morale de principes formels, et qu'elle écrive les mots de liberté et d'égalité aussi bien sur ses prisons que sur ses temples financiers. Cependant, on ne prostitue pas impunément les mots".

Albert Camus, "L'Artiste et son Temps" (conférence du 14 décembre 1957 à Upsala/Suède)

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je vous aime...

16 Février 2017, 05:32am

Publié par Grégoire.

je vous aime...

" Ce qu'on apprend dans les livres, c'est à dire "je vous aime".

Il faut d'abord dire "je". C'est difficile, c'est comme se perdre dans la forêt, loin des chemins, c'est comme sortir de maladie, de la maladie des vies impersonnelles, des vies tuées. Ensuite il faut dire "vous". La souffrance peut aider - la souffrance d'un bonheur, la jalousie, le froid, la candeur d'une saison sur la vitre du sang. Tout peut aider en un sens à dire "vous" , tout ce qui manque et qui est là, sous les yeux, dans l'absence abondante. Enfin il faut dire "aime". C'est vers la fin des temps déjà, cela ne peut être dit qu'à condition de ne pas l'être. La dernière lettre est muette, elle s'efface dans le souffle, elle va comme l'air bleu sur la plage, dans la gorge. "Je vous aime." Sujet, verbe, complément. Ce qu'on apprend dans les livres, c'est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s'atteindre. "
Christian Bobin

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Les confessions, thriller politique et mystique

14 Février 2017, 05:36am

Publié par Grégoire.

Les confessions, thriller politique et mystique

 

Un moine, une rock-star, une auteure pour enfants au succès mondial et une tripotée de ministres de l'économie. Tous se retrouvent dans un palace allemand pour un G8 qui va décider de l'avenir de nombreuses nations, en particulier les plus pauvres. A la tête de ce séminaire de super VIP, le patron du FMI, un Français bien sûr… campé par Daniel Auteuil.

Que font les trois premiers cités dans cet environnement très politique ? Ils sont les invités-cautions de ce rendez-vous qui promet de bouleverser les cartes. Mais rien ne va se passer comme prévu. Car Daniel Roché (Daniel Auteuil) est retrouvé mort, étouffé par un sac plastique qui appartenait au moine (Toni Servillo). Qui devient le premier suspect. Tout petit problème, il a fait vœu de silence

 

Cet affrontement insolite entre la métaphysique et l’économie tourne à la fable altermondialiste, jusqu’au final, dont la poésie rappelle Vittorio de Sica.

Toni Servillo ? On jurerait qu’il porte une auréole...

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L'atelier de Giacometti

12 Février 2017, 05:00am

Publié par Grégoire.

L'atelier de Giacometti

Je vous propose de faire un détour, d’aller de A à B en passant par toutes les autres lettres de l’alphabet. C’est mon infirmité à moi, c’est ma manière digressive d’aller vers les choses, peut-être par peur qu’elles s’enfuient si je vais tout droit vers elles. 

On va installer dans l’air une toute petite écuelle de chat. On va la perdre et on va la retrouver tout à la fin. C’est l’écuelle d’un petit chat noir qui se trouve dans cette maison. Elle est placé sous une chaise, près d’une porte-fenêtre, et donc le matin elle est comme criblée par les flèches du soleil. 

Je cherche du secours dans tout ce que je vois, et un matin mes yeux se sont portés sur cette écuelle, elle était rempli d’eau fraiche, et le cercle était parfait, il était comme enflammé par la lumière, il était pur, impassible. Quand le chat, à sa manière faussement flâneuse est venu et avec sa petite langue rose a fait éclaté le cercle impassible. 

Frappons maintenant à la porte de l’atelier de Giacometti. Peut-être le sait-on il y a eut deux-trois événement fondateurs pour Giacometti comme il n’y en a guère plus pour chacun de nous dans nos vies. Un de ces évènements c’est une rencontre. Il est jeune, il rencontre un vieil hollandais qui est bibliothécaire à la Haye et qui circule dans un train en tenant un pot de fleurs sur ses genoux. Les deux hommes se lient d’amitiés et plus tard Giacometti apprend que cet homme cherche à reprendre contact avec son jeune compagnon de train. « J’ai pensé qu’il avait perdu quelque chose, alors j’ai écris. Il me proposait de l’accompagner pour un nouveau voyage, il me trouvait sympathique. Il était vieux et seul. Moi j’avais très envie d’aller à Venise, j’étais pauvre et lui il payait. Avant de partir, j’ai volé 1000 francs suisse dans le tiroir de mon père, en me disant si ça fini mal, s’il devient pressant je rentrerais de mon coté. On a traversé un col à cheval dans le Tyrol et il a pris froid. Le matin suivant, de douleur, il se tapait la tête contre le mur. Il avait aussi des calculs dans les reins, on lui a fait des piqures. J’ai passé la journée assis à son chevet, lisant, je me souviens une étude de Maupassant sur Flaubert. Il pleuvait. De temps en temps il disait quelques mots : demain, ça ira mieux. Dans la fin de l’après midi j’ai eu l’impression que son nez s’allongeait. Il respirait mal. Les joues se creusaient. J’ai eu très peur. Il va passer. Le médecin est venu « fini, le coeur a lâché, ce soir il sera mort. » Ce fut pour moi un abominable guet-apens la négation de tout ce que je pouvais croire sur la mort. La mort, je l’avais toujours imaginé comme une aventure solennelle. Et c’était donc que cela : nul, dérisoire, absurde. En quelques heures il était devenu un objet. Rien. Mais alors la mort devenait possible à chaque instant pour moi et pour les autres. C’était comme un avertissement. Il y avait eu tant de hasard: la rencontre, le train, l’annonce. Comme si tout avait été réparé pour que j’assiste à cette fin misérable. Ma vie a bel et bien basculé d’un seul coup ce jour là. Les enfants ont une telle assurance : on se croit là pour toujours. Qui d’ailleurs n’a pas l’air de se croire là pour toujours ? Tout est devenu fragile pour moi à vingt ans. Depuis je n’ai jamais pu dormir sans une lampe ni me coucher sans penser que je n’allais peut-être pas me réveiller. Cette histoire m’a trotté dans la tête, une telle précarité : qu’un homme passe et disparaisse comme un chien. » Entretiens de Giacometti, Herman. 

Ce qu’il faut savoir, c’est que de ce fracas dans la vie insouciante d’un jeune homme de vingt ans, de cette irruption du chaos de la mort, d’une certaine façon est née la grande oeuvre de Giacometti : les statues qu’il fait, qu’il n’arrête pas de faire maigrir à coup de doigts, à coup de pouce sur l’argile, ces statues je les voies comme un peuple de statues de l’ile de Pâques, miniatures, faces tournées vers l’invisible, impénétrables, très costaud et très fragile, les deux choses à la fois. 

L’ami voyageur de Giacometti en étant harponné par la mort, lui a fait le plus beau cadeau qui soit. Au fond je me dis qu’il n’y a peut-être pas la mort, il n’y a peut-être pas ce qu’on appelle ainsi. Il n’y a peut-être que la vie qui nous appelle à l’aide et qui a besoin de toutes genres d’accidents pour que nous lui rendions grâce, pour que nous la portions à son plus haut, pour que nous lui donnions toutes nos forces de pensée et de songe. Il n’y a peut-être que la vie, et qu’elle est plus grande que tout ce que nous rêvons comme tranquillité. 

Vous vous souvenez de la petite langue rose du chat noir? Le cercle d’eau de l’écuelle était parfait, on ne pouvait pas avoir de perfection plus grande. Il était comme un sommet de l’art sans artiste de la vie. Et c’est cette chose là que le chat merveilleusement a brisé. Je dis merveilleusement parce qu’il m’a appris par ce geste, que la vie est bien plus haute que toutes nos sagesses et que tout nos rêves de perfection. Qu’il n’y a qu’une suite d’accident lumineux et peut-être que le vrai repos à quoi humainement, et c’est normal, et c’est invincible, nous aspirons, le vrai repos, le repos qui nous comblera vraiment, ce serait de n’être plus jamais en repos et de travailler toujours comme à fait Giacometti, comme fait le chat quand il cherche sa nourriture, sa distraction, quand il cherche sa place dans le monde entre la lumière et l’ombre. 

Christian Bobin.

 

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Se mettre en colère contre le mal de notre monde !

10 Février 2017, 05:19am

Publié par Grégoire.

"Comment se fait-il que quand une personne sans-abri âgée meurt d’exposition aux intempéries, ça n’intéresse pas les journaux, alors que le marché boursier qui perd deux points fait les gros titres ? "

"Ne pas partager la richesse avec les pauvres c’est du vol !"

« Une nouvelle tyrannie est ainsi née, invisible et souvent virtuelle, qui impose unilatéralement et sans relâche ses propres lois et règles »

Pape François.

 

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Arrêtez de ranger, vivez dans le désordre !

8 Février 2017, 05:32am

Publié par Grégoire.

Avis aux bordéliques indécrottables, incorrigibles du fouillis et autres désorganisés chroniques : malgré la réprobation de la société, c'est vous qui avez tout bon selon Eric Abrahamson, docteur en philosophie, professeur de management à l'université de Columbia et auteur d'un savoureux ouvrage intitulé "A perfect mess", l'ennemi, c'est l'ordre !

Avis aux bordéliques indécrottables, incorrigibles du fouillis et autres désorganisés chroniques : malgré la réprobation de la société, c'est vous qui avez tout bon selon Eric Abrahamson, docteur en philosophie, professeur de management à l'université de Columbia et auteur d'un savoureux ouvrage intitulé "A perfect mess", l'ennemi, c'est l'ordre !

Deux tiers d'entre nous se sentent coupables, voire honteux de leur propre désordre, et plus de la moitié avoue porter un jugement aussi hâtif que négatif sur ceux qui vivent, travaillent et roulent (car, quand la maison et le bureau ont tout du foutoir, le binz s'étend généralement jusque dans la voiture) au mépris des règles de rangement et de classement prônées par les gourous de la productivité, les " home organisers " qui se font payer (très cher !) pour réorganiser une maison de la cave au grenier. Sans parler de certaines émissions populaires où des Madames Musclor bombardées spécialistes de l'ordre, fondent au cri de " C'est du propre ! " sur de sympathiques crados bourrelés de complexes, pour les obliger à se débarrasser de tout ce qui les encombre.

Pour leur bien

" Comme si la pensée et la créativité s'épanouissaient mieux dans le vide ! ", commente Eric Abrahamson, qui déplore qu'aujourd'hui comme hier, la phrase la plus souvent entendue par les enfants et les adolescents soit " Range ta chambre ". " Parmi les gens que j'ai interrogés pour écrire mon livre, beaucoup ont évoqué la jubilation qu'ils éprouvaient, enfants, à être entourés d'une mer de jouets et la douloureuse incompréhension que suscitait en eux la colère de leurs parents, exaspérés par cette pagaille ! Mais quand je leur ai demandé si ces souvenirs les poussaient à se montrer plus coulants avec leurs propres enfants, la réponse a été négative : persuadés qu'eux-mêmes réussiraient mieux dans la vie s'ils étaient plus ordonnés, ils tiennent absolument à inculquer le sens de l'organisation à leurs enfants, sous pré texte que c'est 'pour leur bien'. Une femme m'a même confié : 'Je suis terriblement jalouse d'une de mes amies ! Bien qu'elle ait trois jeunes enfants, elle est merveilleusement organisée : on peut aller chez elle à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, il n'y a jamais le moindre désordre, pas même un jouet qui traîne ! "

Bureau vide ?

Résultat de cette éducation, qui plonge ses racines dans la religion (faute d'ordre, impossible de préserver l'orthodoxie de la pensée) et dans la révolution industrielle (une société organisée comme une machine, quel rêve !), la classification et la planification deviennent pour beaucoup une fin en soi. De ce fait, le désordre a mauvaise presse : au boulot, il est interprété comme une preuve d'incompétence, et à domicile comme un témoignage d'immaturité. Dans un couple divorcé sur huit, un des partenaires n'hésite pas à affirmer que le désordre de l'autre a été l'élément-clé de leur séparation, et tous les PDG du monde posent pour la photo derrière des " tables de travail " immenses et désertiques, oubliant la question célèbre d'Albert Einstein, luimême en froid avec l'ordre : " Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d'un bureau vide ? " " Dans mon propre bureau, reconnaît Eric Abrahamson, la moindre surface plate est occupée par une pile. Mais comme les papiers les plus récents et les plus importants sont sur le haut, je m'y retrouve toujours ! Et je ne perds pas mon temps, et donc mon argent, à introduire dans mon désordre un ordre qui, de toute façon, ne durera pas. En fait, j'ai atteint un niveau de désordre idéal, de désorganisation optimale. Le stade où, si je m'organisais davantage, je deviendrais moins efficace ! "

" Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d'un bureau vide ? " Albert Einstein

 

Aucun doute : trier, classer, ranger, étiqueter, ça prend plus de temps qu'empiler - environ un tiers de notre journée de travail ! Pourtant, selon Eric Abraham-son, les super-organisateurs qui se vantent d'avoir un bureau " impeccable " mettent plus longtemps (beaucoup plus longtemps, même, puisqu'une enquête - par internet - a montré que la différence est de 36 %) à y chercher quelque chose que ceux dont l'environnement professionnel est, de leur propre aveu, " plutôt en désordre "... et qui se contentent souvent de faire pivoter leur chaise pour retrouver le document nécessaire sur le cinquième tas à main gauche.

Le désordre, ça crée !

Et de citer, parmi bien d'autres, le chercheur Léon Heppel, qui n'aurait pas découvert l'action régulatrice des hormones sur les cellules, dans les années 1950, sans le désordre proverbial qui régnait sur son bureau, et qui lui a permis de rapprocher deux lettres de confrères décrivant deux résultats différents du même processus cellulaire. " Un bureau mal rangé met en contact des choses qui, dans un monde ordonné, cloisonné, ne se seraient pas rencontrées. " En encourageant les associations et les interactions d'idées, le désordre favorise donc l'innovation. C'est vrai pour les grandes entreprises - Microsoft, par exemple, a toujours travaillé dans le désordre - comme pour les scientifiques - si son laboratoire avait été plus en ordre, Alexander Fleming n'aurait proba blement jamais " inventé " la pénicilline - ou les artistes, Jean-Sébastien Bach, par exemple, ayant été un maître du dés ordre tout autant que de l'orgue. Normal psychologiquement, les désordonnés sont ouverts à l'imprévu et à la surprise, et capables d'improvisation. " Dans l'espace, mais aussi dans le temps, souligne Eric Abrahamson. Les personnes qui ne se laissent pas enfermer dans un horaire sont toujours prêtes à faire de la place dans leur journée pour une activité inattendue et à saisir l'occasion qui passe. Les obsédés de l'agenda électronique, par contre, sont incapables de souplesse ! " Or, sans flexibilité, pas de créativité. CQFD.

YES !

A cela s'ajoute que les adeptes du " minifoutoir ", des " gratte-ciel de papier ", du " bon débarras " ou du " chantier de fouilles archéologiques " sont, par définition, éminemment adaptables, et donc moins contrariés que les maniaques de l'ordre par les inévitables vicissitudes de l'existence : retards, annulations, modifications de dernière minute, etc. De là à les considérer comme plus doués pour le bonheur, il n'y a qu'un pas, qu'Eric Abrahamson franchit allègrement. " L'ennui, c'est qu'ils se sentent coupables, parce que, dès leur jeunesse, tout s'est ligué pour les persuader que le désordre était une tare. Il ne faut évidemment pas en abuser : si vous ne rangez jamais rien, vous finirez par être complètement submergé. Mais un désordre modéré est, sous bien des aspects, largement supérieur à un ordre parfait ! " N'hésitez donc plus à dire oui au désordre.

Par Marie-Françoise Dispa

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on ne doit jamais dire à quelqu’un plus que ce qu’il peut entendre

6 Février 2017, 05:46am

Publié par Grégoire.

on ne doit jamais dire à quelqu’un plus que ce qu’il peut entendre

J’étais invité à parler d’un poète qui est un des plus grand, Jean Grosjean. Et quand je suis parti, en ouvrant la porte, une armée de flocon de neige est venu à ma rencontre et j’ai baissé les bras. J’ai perdu cette bataille, je n’ai pas pu bouger, et je n’ai pas pu aller saluer la mémoire vive de Jean Grosjean. Il m’est resté dû à cette défaite lié à la neige, quelques pages noircies. 

Quand quelqu’un n’est plus, il faut parler de lui comme d’un vivant absolu. Et d’abord il faut le faire revenir. Et pour le faire revenir, le mieux est de montrer ses entoures, sa maison, son jardin, les gens qu’il a aimés. Les connaissances obliques sont parfois les plus pertinentes. 

Dans la salle à manger d’Avant-les-Marcilly, il y a un tableau qui représente la mère de Jean Grosjean jouant du violon. Cette mère est morte très jeune. Jusqu’à la fin des temps qui coïncide avec son dernier souffle, car tout vie humaine même brève, même coupée à la hache traverse toutes les pages de l’histoire et toutes les pages de la Bible, sa mère tôt disparu a joué pour lui. Les morts ne sont séparés des vivants que par l’incrédulité des vivants, par leur frilosité, la lune qui est le visage des morts, qui est leur visage sans reproche tourné vers nous, très importante dans l’oeuvre de Jean G : elle en a écrit un peu plus de la moitié.

La délicatesse de ses mots, si grandes que son écriture se glisse entre la fleur et l’éclat de la fleur, entre le vernis et la peinture. 

La salle à manger est sombre même en été, même en hiver, tout le temps, et curieusement l’oeil si fait comme l’oeil d’un chat. Le dogme de la lumière absolue, le dogme d’une correspondance parfaite entre ce qu’on sait et ce qu’on vit, Jean G n’y a jamais cédé. Il a toujours su que l’ombre était toujours charitable aux êtres de lumières que nous sommes. Ils s’y rafraichissent. Ils s’y reposent. On ne doit  -et c’est une de ses formules favorites puisé d’un voyage en Orient- on ne doit jamais dire à quelqu’un plus que ce qu’il peut entendre. 

Son jardin est si petit qu’il est infini. de temps en temps il est traversé par Emily Dickinson. « Je ne suis personne, et toi? personne non plus? Alors nous sommes deux, mais ne dit rien, on nous chasserait tu sais. » ED.

Christian Bobin.

 

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Juste la fin du monde

4 Février 2017, 05:33am

Publié par Grégoire.

“Juste la fin du monde”: le bouleversant portrait d’une famille à vif

“Juste la fin du monde”: le bouleversant portrait d’une famille à vif

Après douze ans de séparation, un écrivain revient dans sa famille pour annoncer qu’il est atteint du sida et va mourir. Xavier Dolan réussit une adaptation poignante de Jean-Luc Lagarce.

En prenant pour matériau la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce, Xavier Dolan s’essaie pour la deuxième fois à l’adaptation théâtrale. La première, c’était Tom à la ferme, d’après la pièce de Michel Marc Bouchard.

Les deux œuvres comportent beaucoup d’échos : deux portraits de famille anxiogènes ; un contexte provincial, voire rural ; et l’introduction d’un corps inadapté, plongé dans ce bouillon toxique au risque de sa dissolution. Dans l’un comme dans l’autre, c’est l’homosexualité qui vient frapper à la porte tel un invité dérangeant.

Histoires de familles

Certes le statut de Tom (interprété par Xavier Dolan dans Tom a la ferme) et celui de Louis diffèrent sur un point fondamental : le premier était le petit ami du fils de famille mort ; le second est le fils qui a choisi de rompre les attaches, est parti à la capitale faire sa vie (en l’occurrence devenir un auteur reconnu et célèbre) sans revenir voir les siens pendant douze ans. Mais Louis est à peine moins étranger à sa famille que Tom à celle de son petit ami. Et si le fils ici n’est pas déjà mort, il est quand même là pour apporter une funeste nouvelle, celle de son sursis.

Ce sont donc des histoires de familles qui aimantent le cinéma de Xavier Dolan vers le théâtre. Mais cette aimantation se double, tout particulièrement dans Juste la fin du monde, du désir de filmer la famille comme un petit théâtre. Voire comme du mauvais théâtre. Une scène, régie par sa somme de conventions, où chaque acteur se doit de tenir un rôle, endosser un costume, dire un texte non dénué de fausseté.

Le vernis à ongles n’est pas encore sec et la mère rate l’entrée en scène du fils

Louis, le revenant (au sens le plus littéral du terme), fait son entrée de façon inopinée, arrive en taxi sans avoir précisé l’heure, et c’est toute la mise en scène de la mère qui s’en trouve bousculée. Le vernis à ongles n’est pas encore sec et elle rate l’entrée en scène du principal intervenant, crie ses premières répliques depuis les coulisses d’une autre pièce.

Le film fait alterner des espaces scéniques centraux, où tous les comédiens se rassemblent : le salon à l’heure de l’apéro, la table en terrasse à celle du déjeuner, la salle à manger en fin d’après-midi ; et des travées, où les personnages s’isolent à deux, coulisses à découvert propres aux confidences et à l’expression de soi (la chambre de la petite sœur, la cuisine avec la mère, la voiture avec le grand frère).

Usages du close-up

Sur les scènes centrales, la comédie de la réconciliation fait toujours long feu et le groupe invariablement se disloque dans des éclats de voix (on résiste à se rassembler, on se lève violemment de table, on sort de la voiture en claquant la porte et en laissant l’autre à l’intérieur). L’espace scénique est intenable à plusieurs, personne ne veut jouer la même pièce. Dans les coulisses en revanche, de l’intime se libère, mais une parole résiste, reste toujours empêchée, celle pour laquelle le fils est revenu et qu’il ne pourra jamais libérer.

Cette impossibilité du groupe à tenir ensemble – inscrite dans le texte –, Xavier Dolan la double d’un découpage qui fragmente systématiquement la cellule familiale. Presque toujours les cadres isolent les protagonistes, scindent les espaces, disjoignent ceux qui parlent de ceux qui écoutent. C’est le pari d’une mise en scène qui privilégie quasi exclusivement le gros plan.

Les visages, surfaces sensibles tremblantes, semblent extirpés du décor. Chaque close-up est une bulle où le film pourrait être avalé en entier par le monde intérieur de chacun de ses personnages. Et même lorsque parfois deux acteurs occupent à égalité un cadre, le point se fait alternativement sur l’un et sur l’autre et atomise leur coprésence.

Une présence toujours incomplète

Toujours seuls parmi les autres. Louis particulièrement, lorsqu’un des membres de sa famille lui parle, est le plus souvent en amorce, épaule à contre-jour bord cadre face à sa sœur, silhouette de dos à l’extrémité des plans. L’amorce, c’est ce qui le définit absolument. Une amorce de retour (vite écourté), une amorce de confession (qui n’ira pas à son terme), une présence toujours incomplète. Sa mère : “Tes deux ou trois mots, ton petit sourire, ça va pas suffire. Ils vont être déçus.”

Quelle force souterraine et irrépressible isole irrémédiablement Louis de cet aréopage parmi lequel il a grandi ? Les principaux intéressés se le demandent. La mère : “Il n’y a pas eu de drame pour qu’il nous évite comme ça !” Sûrement l’homosexualité (mais les mentions furtives de cette différence sexuelle par les membres de la famille sont pourtant loin d’être hostiles). Aujourd’hui la maladie, fardeau impartageable. Et par-dessus tout la réussite professionnelle, le déplacement géographique et de classe.

Le portrait, d’une justesse coupante, d’un transfuge social

Juste la fin du monde fait le portrait d’une justesse coupante d’un transfuge social, la solitude afférente, le sentiment de honte qu’induit de façon plus forte que toutes les autres cette différence-là. Gaspard Ulliel oppose à l’overacting de ses partenaires (registre explosif où Nathalie Baye et Léa Seydoux s’illustrent avec beaucoup de relief) une douleur rentrée, un sourire triste, un être-au-monde empêché absolument bouleversants.

En retrait comme un narrateur proustien, fragilisé comme un Swann en fin de vie (Swann était le pseudo qu’utilisait Saint Laurent dans ses fugues solitaires à l’hôtel et de fait Ulliel paraît à jamais transfiguré par sa prestation chez Bonello), il réduit son jeu à une pure instance perceptive, à la fois éloigné et atteint, impuissant à produire autre chose que du reproche involontaire.

L’expulsion finale, filmée avec une intensité suraiguë comme une évacuation déchaînée, une exfiltration opérée manu militari à des fins sanitaires, est d’une puissance inouïe, qui laisse le spectateur aussi pantelant que le personnage. Moins ornementé que d’autres, comprimé jusqu’à l’asphyxie, Juste la fin du monde est le film le plus rêche de Xavier Dolan. Mais pas un des moins fulgurants.

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Juste la fin du monde (Can., Fr., 2016, 1 h 37)

 

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Nous vivons tous dans le «presque »...

2 Février 2017, 05:30am

Publié par Grégoire.

Nous vivons tous dans le «presque »...

Je me trompe si souvent que, lorsque je lis un livre de sagesse, je me sens comme une fourmi devant sa perfection de montagne blanche. Ouvrant L’Imitation de Jésus Christ traduite du latin par Corneille, je réveillai cette phrase : « La vie est un torrent d’éternelles disgrâces. » Sa puissance et l’allégresse paradoxale de son ton éclaboussèrent de bonne humeur ma journée à venir. La traduction de Corneille faisait de mes yeux deux nouveau-nés éblouis. Les poètes sont les rebouteux de l’invisible. La simple autorité des mots remet l’âme d’équerre. Il était neuf heures du matin et j’entrais ravi dans le torrent d’éternelles disgrâces. Le chant du coucou avait retenti dès que j’avais poussé les volets. Il me donnait de bonnes nouvelles de cet autre monde qui n’est séparé du nôtre que par notre distraction. Un ange jouait au ping-pong par-dessus le filet des apparences. Sa petite balle de soleil tapait en plein cœur. Il y a quelque chose de talmudique dans l’appel du coucou, comme une question plus précieuse que toutes les réponses qu’on pourrait lui apporter. Dans le jardin, les fleurs jaunes et vert amande portant le nom de l’oiseau affichaient la même confiance enjouée. J’entendais aussi un pivert délivrant de la corne de son bec les ondes endormies dans l’écorce d’un bouleau. De voir le chat bondir sur un papillon avec la grâce aristocratique d’un Noureev me révéla les origines félines de la danse. Les bêtes et les saints ont toujours le mouvement juste.

Tous nos arts ont une racine primitive. L’écriture a la dureté d’une flèche vibrant dans le flanc d’un cerf en fuite. L’élégance serait d’écrire sans que personne s’en aperçoive. Emily Dickinson y est presque parvenue. Nous vivons tous dans le «presque » - c’est l’arbre depuis lequel nous lançons nos chants. Dans le chant indéfiniment relancé du coucou, sous sa lumière, un grain de désespoir, un grain seulement. Quand une montagne de découragement s’élève en une seconde devant moi, je cherche le chemin de contrebandier qui permettra de la franchir. Il y en a toujours un. Un bourdon au col d’Astrakan fourrageait dans l’or d’un pissenlit. Parfois, il glissait et tombait du soleil sur lequel il remontait aussitôt en grommelant. Je n’avais jamais vu quelqu’un travailler avec autant de courage - Bach peut-être. Les grâces de la nature nous sont données par les morts pour nous aider à vivre encore. « La vie est extraordinairement simple », dit le coucou sans souci d’être cru. Lorsque je me tourne vers le passé, je reçois en plein visage les rayons du visage de mon père. La grande lumière passe par de minuscules brèches. Une semaine avant sa propre disparition, mon père avait tenu entre ses mains un pivert qui venait de mourir dans le jardin de la maison de cure : une tiède Bible de plumes turquoise, dont une brise soulevait les pages obscures, toutes consacrées à une ardente méditation sur « l’éternel torrent de disgrâce » qu’est la vie irrésistible.

Christian Bobin

 

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