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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La gueule de l'ami !

30 Novembre 2016, 05:00am

Publié par Grégoire.

La gueule de l'ami !

Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. La vie d’aujourd’hui est trop dure, trop amère, trop anémiante, pour qu’on subisse encore de nouvelles servitudes, venues de qui on aime. À la fin, on mourrait de chagrin, littéralement. Et il faut que nous vivions, que nous trouvions les mots, l’élan, la réflexion qui fondent une joie, la joie. Mais c’est ainsi que je suis votre ami, j’aime votre bonheur, votre liberté, votre aventure en un mot, et je voudrais être pour vous le compagnon dont on est sûr, toujours.

Albert Camus à René Char, Septembre 1957.

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Vers le ciel. Danseuses à la barre

28 Novembre 2016, 05:22am

Publié par Grégoire.

Vers le ciel. Danseuses à la barre

Nous les vivants, nous sommes des mendiants. Nous demandons aux morts très anciens de nous donner une pièce d'or, une chanson, un poème. Quelque chose qui remonte à la source de l'univers sans jamais s'arrêter nulle part. Nous sommes bien plus loin du feu central que les morts avec leur patience et leur âme fleurie de croix. À peine si nous savons que nous avons une âme, si nous en usons. D'ailleurs nous ne l'avons pas : c'est elle qui nous a, qui nous tient, petite fleur de chantier, survivante de nos décombres. Elle va, elle vient. Elle regarde avec nos yeux, touche avec nos mains, respire dans notre souffle et ne craint rien sinon notre lourdeur. Elle vole. Voler dans la lumière, c'est le paradis. Le vent et ses abeilles le savent. La beauté, ce que nous appelons la beauté - ce sont des retrouvailles avec nous-mêmes. Notre âme de retour au colombier. On surprend parfois son éclat dans les yeux des gens. Les yeux sont nos papiers d'état céleste. Quand j'étais enfant, je savais tout mais je ne le savais pas. Ce qu'on m'apprenait était sans âme. Je l'oubliais tout de suite. Je lisais pour rêver, aimer ou mourir - jamais pour apprendre. Lire assouplit l'âme, lui donne cette miraculeuse souplesse des roses trémières, les plus belles habitantes de Vézelay. Elles rasent les murs, mendient un peu de soleil. Ce sont des voyageuses, partant sans cesse en navigation dans l'air blond. Des danseuses à la barre. La basilique et ses os de Marie-Madeleine ne peuvent rivaliser avec ces roses trémières, leur tête dodelinant au bout de leur long cou, bénédiction donnée aux passants fatigués par la rue trop montante. 

 

Seule atteint cette grâce la tombe de Maurice Clavel en contrebas de la basilique avec, gravée sur la pierre, cette foudroyante parole d'un Évangile : « Je te remercie père, créateur du ciel et de la terre, d'avoir caché tout ceci aux sages et aux habiles et de l'avoir révélé aux tout petits. » Une croix est en creux au-dessus de cette parole, tracée dans la pierre par l'ongle d'un ange, comme jadis au couteau le même signe sur le pain. Les cimetières sont des trésors enfouis de douceur. Quelques coups de pioches dans le coeur les découvrent. Je regardais cette croix, les yeux encore colorés par la souplesse éternelle des roses trémières. Ceux qui, comme Maurice Clavel, ont cherché sans repos un peu de ciel sur terre, ne meurent pas même quand ils meurent. Leur âme continue à grandir. Grandir pour une âme, c'est diminuer, décroître, perdre ses propriétés pour connaître une souplesse de plus en plus grande, de plus en plus folle jusqu'à finalement bercer Dieu. Oui, c'est ça : bercer Dieu. 

Christian Bobin.

 

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Les joies recues

25 Novembre 2016, 05:59am

Publié par Grégoire.

Les joies recues

Je peux douter de tout, sauf des joies reçues. Elles pèsent le poids d’une pièce en or dans la paume de la main et sont aussi réelles que la mort dont elles adoucissent par avance les ténèbres. Je n’exclue pas de mourir milliardaire.

A l’hiver dernier je gardais dans ma poche une édition racornie des pensées de Pascal comme un morceau de pain en cas de famine, ou d’attente trop longue quelque part. Ma mère était alors à l’hôtel Dieu.

Au sortir de l’épicerie, dans la rue Edith Cavell, le ciel blanc se fait soudain si pressant et le gris des murs si fiévreux que pour accompagner cette féérie et peut-être pour la contrer j’ai lu tout en marchant, un fragment au hasard des pensées. Il y était question : « d’aimer ce qui en nous n’est pas nous ». J’ai remis le livre dans ma poche. Un chien a aboyé derrière une grille. Je ne sais pourquoi j’ai appelé ma mère à l’hôpital. Sa voix était légère, une petite pierre bleu. J’ai raccroché, j’ai repris mon chemin. Les courses sont une image de l’infini : on oublie toujours quelque chose.

Je n’ai jamais été aussi joyeux que cette après midi-là, d’une joie dont je ne saurais jamais la cause : la voix passagèrement délivrée de ma mère ? la clarté un peu sèche de Pascal ? Le gris nacré de la rue Edith Cavell, la fraicheur du ciel bas? Ou bien rien ? Rien est le nom le plus sûr du réel, la pièce en or pesant tout son poids dans la paume de la main. 

Je suis rentré chez moi. J’ai ouvert un livre de Dhotel comme on caresse le pelage d’un chat, j’ai lu au hasard cette phrase : « il ne m’arriverait jamais rien qu’en passant ». J’ai refermé le livre, l’oracle avait parlé.

C Bobin, RTS.

 

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Agounia

23 Novembre 2016, 04:54am

Publié par Grégoire.

Agounia

 

Un grand jardin de parcelles en damier fait un pied de nez au désert. Depuis trois générations une famille le cultive dans la daïra d’Agounia, à l’intérieur du camp de réfugiés Sahraouis d’El Ayoun.

Agounia, ton nom sonne comme une agonie. Enfants des nuages ne les poursuivant plus pour mener les troupeaux en transhumance, mais fuyant leur brulure de phosphore. Peuple ne traversant plus la surface du désert, mais la creusant en tombes où s’enterrer vivants pour échapper aux bombes et aux tirs, se mettant à creuser pour fabriquer des briques de toub pour s’abriter, la grattant pour pouvoir se nourrir, et la creusant, encore et encore en tombes où enterrer ses enfants, ne pouvant échapper à la mortelle absence de solution négociée.

Agounia, agonie silencieuse. Pendant que d’autres creusent ton pays, volent tes richesses naturelles, raclent tes fonds marins, enfouissent les Droits Humains au fond des geôles, trois générations cultivent les seules parcelles qu’on veut bien leur laisser. Celles d’une situation mise en jachère par l’ONU, d’une injustice comme autant d’adventices invasives tolérée par des pays  coupables et complices, d’une assistance déculpabilisante, celle d’une négociation dont les semences seraient stériles.

Agounia, agonie n’en finissant pas. Et toujours aucun germe d’espoir. Pourtant cette année riche en évènements exceptionnels aurait du faire craqueler cette terre d’exil :

- Les inondations de novembre 2015 et d’Août 2016 offrant une fois de plus le choix d’un provisoire Sahraoui de toub ou de tente à consolider, ou bien d’un avenir algérianisé de parpaings.

-La mort du Président Sahraoui le 31 mai 2016 et quarante jours plus tard l’élection d’un nouveau Président à la fois combattant de la première heure et diplomate chevronné permettra t’elle de sortir de l’impasse ? « Chaque jour je me dis qu’aujourd’hui n’est pas un bon jour pour combattre et qu’il fallait combattre hier. Chaque jour », me disait un ami Sahraoui….

-Les provocations marocaines de chasser la Minurso, pour l’emploi de l’euphémisme « d’occupation », d’expulser à tour de bras, journalistes, avocats et défenseurs des Droits Humains, de transgresser le mur de leur honte  dans la zone d’Alguergarat, ces provocations n’ont jamais été aussi nombreuses et n’ont  toujours pas entamé l’indifférence ou dérangé les intérêts de quelques « Etats voyoux ». Dans ce monde où la provocation et l’outrance mènent  au pouvoir, la place des Sahraouis restera t’elle l’exil et la prison ?

Agounia, agonie négociée. Malgré ces évènements inédits depuis un an, la terre n’a pas bougé, l’espoir ne germe pas. Cette part d’humanité légitime d’un pays viable, ces hommes en attente de justice ne sont ils destinés qu’à devenir part d’humus d’une terre d’exil désertique et définitive ?

Agounia, c’est pourtant sous une de tes tentes que sans me connaitre on m’offre les seules richesses, une couverture pliée dans un coin, pour  réchauffer corps et âme, du thé et du lait pour que je cesse de m’altérer. Je n’ai vécu cela que sous les tentes de réfugiés. Le « si peu » est offert sans délai et sans hésitation. « Celui que tu accueilles aujourd’hui, peut être t’abritera t’il ce soir ? »

L’agonie, cette bataille perdue par le froid du cœur, par qui est elle vraiment livrée ?

Jean-François Debargue,10 novembre 2016, Agounia.

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Il n'y a de sainteté que celle des mères...

21 Novembre 2016, 05:17am

Publié par Grégoire.

Il n'y a de sainteté que celle des mères...

Il n'y a pas de plus grande sainteté que celle des mères épuisées par les couches à laver, la bouillie à réchauffer, le bain à donner. Les hommes tiennent le monde. Les mères tiennent l’éternel qui tient le monde et les hommes. La sainteté future du petit François d'Assise, pour l'instant barbouillé de lait et de larmes, ne tiendra sa vraie grandeur que de cette imitation du trésor maternel- généralisant aux arbres, aux bêtes et à tout le vivant ce que les mères ont depuis toujours inventé pour le profit d'un nouveau né .

D'ailleurs il n'y a pas de saints. Il n'y a que de la sainteté. La sainteté, c'est la joie. Elle est le fond de tout. La maternité est ce qui soutient le fond de tout. La maternité est la fatigue surmontée, la mort avalée sans laquelle aucune joie ne viendrait. Dire de quelqu'un qu'il est saint, c'est simplement dire qu'il s'est révélé, par sa vie, un merveilleux conducteur de joie - comme on dit d'un métal qu'il est bon conducteur quand il laisse passer la chaleur sans perte ou presque, comme on dit d'une mère qu'elle est une bonne mère quand elle laisse la fatigue la dévorer, sans reste ou presque... 

Christian BOBIN, le très bas.

 

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L'amour vient de l'attention...

19 Novembre 2016, 05:15am

Publié par Grégoire.

L'amour vient de l'attention...

La beauté, le Christ n'en parle jamais. Il ne fréquente qu'elle, dans son vrai nom: l'amour. La beauté vient de l'amour comme le jour vient du soleil, comme le soleil vient de Dieu, comme Dieu vient d'une femme épuisée par ses couches. Les pères vont à la guerre, vont au bureau , signet des contrats. Les pères ont la société en charge. C'est leur affaire, leur grande affaire. Un père, c'est quelqu'un qui représente autre chose que lui-même face à son enfant, et qui croit à ce qu'il représente: la loi, la raison, l'expérience. La société.  Une mère ne représente rien en face de son enfant. Elle n'est pas en face de lui mais autour, dedans, dehors, partout. Elle tient l'enfant levé au bout des bras et elle le présente à la vie éternelle. Les mères ont Dieu en charge. C'est leur passion, leur unique occupation, leur perte et leur sacre à la fois. Être père, c'est jouer son rôle de père. Être mère, c'est un mystère absolu, un mystère qui ne compose avec rien ,une tâche impossible et pourtant remplie, même par les mauvaises mères. Même les mauvaises mères sont dans cette proximité de l'absolu, dans cette familiarité de Dieu que les pères ne connaîtront jamais, égarés qu'ils sont dans le désir de bien remplir leur place, de bien tenir leur rang.

Les mères n'ont pas de rang, pas de place. Elles naissent en même temps que leurs enfants. Elles n'ont pas comme les pères une avance sur l'enfant-l'avance d'une expérience, d'une comédie mainte fois jouée dans la société. Les mères grandissent dans la vie en même temps que leur enfant, et comme l'enfant est dès sa naissance l'égal de Dieu, les mères sont d’emblée au saint  des saints, comblées de tout, ignorantes de tout ce qui les comble . Et si tout beauté pure procède de l'amour, d'où vient l'amour, de quelle matière est sa matière, de quelle nature sa surnature? La beauté vient de l'amour.

L'amour vient de l'attention. L'attention simple aux simples, l'attention humble aux humbles, l'attention vive à toute vie,et déjà à celle du petit chiot dans son berceau, incapable de se nourrir, incapable de tout, sauf des larmes. Premier savoir du nouveau-né, unique possession de prince à son berceau: le don des plaintes, la réclamation de l'amour éloigné, les hurlements à la vie trop lointaine- et c'est la mère qui se lève et répond, et c'est Dieu qui s'éveille et arrive, à chaque fois répondant, à chaque fois attentif, par delà sa fatigue. Fatigue des premiers jours du monde, fatigue des premières années d'enfance.  De là vient tout, hors de là rien .

Christian Bobin, le très bas.

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La mère...

17 Novembre 2016, 05:09am

Publié par Grégoire.

La mère...

Elle est belle. Non, elle est plus que belle. Elle est la vie même dans son plus tendre éclat d'aurore. Vous ne la connaissez pas, vous n'avez jamais vu aucun de ses portraits, mais l'évidence est là, l'évidence de sa beauté, la lumière sur ses épaules quand elle se penche sur le berceau, quand elle va écouter le souffle du petit François d'Assise, qui ne s'appelle pas encore François, qui n'est qu'un peu de chair rose et fripée, qu'un petit d'homme plus démuni qu'un chaton ou un arbrisseau.

Elle est belle en raison de cet amour dont elle se dépouille pour en revêtir la nudité de l'enfant. Elle est belle en mesure de cette fatigue qu'elle enjambe à chaque fois pour aller dans la chambre de l'enfant. Toutes les mères ont cette beauté. Toutes ont cette justesse, cette vérité, cette sainteté. Toutes les mères ont cette grâce à rendre jaloux Dieu même- le Solitaire, dessous son arbre d'éternité. Oui, vous ne pouvez l'imaginer autrement que revêtue de cette robe de son amour. La beauté des mères dépasse infiniment la gloire de la nature. Une beauté inimaginable, la seule que vous puissiez imaginer pour cette femme attentive aux remuements de l'enfant.

Christian Bobin, le très bas.

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Comment 6 millions de morts peuvent-ils être placés sous silence médiatique ?

15 Novembre 2016, 05:50am

Publié par Grégoire.

Comment 6 millions de morts peuvent-ils être placés sous silence médiatique ?

Un génocide est en cours, plus de 6 millions de personnes (dont pour la moitié des enfants de moins de 5 ans !) ont été massacrées dans l'indifférence générale et avec l'appui des États-Unis et de l'Europe ! Des centaines de milliers de femmes et de filles ont été violées et mutilées par les armées d'occupation. Et tout cela pour une raison principale : s'emparer des richesses minières exceptionnelles dont recèle le sous-sol du pays…

 

On connait la méthode, on amplifie certaines nouvelles et on en dissimule d'autres tout aussi horribles. On parle beaucoup de la crise des migrants et du moyen orient en ce moment, avec la lutte contre le terrorisme ( ?), lutte assez inquiétante avec l'entrée de la Russie, appelée par al Assad, qui ne fera pas dans la dentelle, en ciblant (tous ?) les adversaires du président syrien. Pendant ce temps on occulte volontairement ce qui se passe au Congo, pourtant, quitte à émouvoir les bonnes âmes promptes à pleurer sur le sort monté en épingle de pauvres migrants, il faudrait garder quelques larmes pour un génocide en cours, dont on ne parlera pas dans vos médias préférés, qui semblent faire dans les lamentations sélectives.

Un génocide dont ont été complices nos dirigeants et la communauté internationale

En plein centre de l'Afrique, le Congo est un pays riche, rempli de matières premières (diamants, or, étain, gaz, pétrole, uranium, coltan…), de forêts, d'eau, de femmes et d'hommes, d'une multitude de tribus rassemblées sous une nation dessinée par les colons, et qui ne correspond historiquement à pas grand-chose. Suite au génocide au Rwanda, les pays voisins ont de plus profité du flou politique et institutionnel au Congo (limitrophe du Rwanda) pour attaquer de toutes parts ce gigantesque pays rempli de trésors.

Et les Occidentaux dans tout cela ? La culpabilité des dirigeants américains et européens quant au génocide au Rwanda les a poussé à mener une politique pro-Rwanda, laissant les rebelles rwandais passés du côté congolais libre de faire ce qu'ils voulaient, aidés par des alliés ougandais et du Burundi…

Mais surtout, les nombreuses richesses naturelles en RDC sont vitales pour les économies occidentales, notamment pour les secteurs automobile, aéronautique, spatial, les hautes technologies et l'Électronique, la joaillerie… Le coltan surtout (dont le Congo détient au moins 60 % des ressources mondiales) est essentiel dans la fabrication des composants électroniques que l'on retrouve dans les TV, les ordinateurs, les smartphones mais aussi certaines armes comme les missiles ! La RDC subit aussi des déforestations massives. Les principaux importateurs ? USA, Europe, Chine. Pas étonnant.

Mais puisque l'intrusion guerrière semble interne à l'Afrique, personne ne peut accuser les USA et les autres puissances occidentales de profiter des ressources et des richesses du Congo en intervenant directement. Non, c'est encore plus pratique de laisser les peuples se descendre entre eux. Parallèlement, les USA soutiennent les dictatures qui se succèdent au Congo et les milices rwandaises et ougandaises. Joyeux.

Pauvreté entretenue et conditions de vie abjectes, viols incessants (et un taux de SIDA atteignant les 20 % de la population dans les provinces de l'est), déplacements de population, outrages, épidémies… : une stratégie de déshumanisation est en place afin de rendre les victimes impuissantes, une situation terrible sur laquelle il n'y a pas de mots assez durs.

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″Tant que l'opinion publique abdique, le Congolais reste le ″nègre″ de l'Afrique″. Baloji, Tout ceci ne vous rendra pas le Congo

Les dirigeants occidentaux sont-ils assoiffés de richesses au point de laisser perpétrer un nouveau génocide ? Oui, au point de laisser perpétrer et même couvrir un nouveau génocide. Avec des armes, des entrainements militaires venant de nos élites. Une chose : ce qui se passe au Congo, des affaires politiques et économiques au génocide, n'est pas déterminé par les Congolais seuls, mais aussi par les puissances carnassières, avides de richesses et sans considération pour les peuples.

La situation au Congo sera résolue par les Congolais eux-mêmes. Mais la communauté internationale doit instamment cesser de soutenir Rwandais, Ougandais et toutes les milices perpétuant cet état de guerre insupportable leur permettant de mettre la mains sur les richesses d'un pays sans avoir de compte à rendre personne.

6 millions de morts. Dont la moitié d'enfants en bas âge. Le monde dit ″libre″ – nous – doit impérativement regarder en face ce que sa ″liberté″ laisse faire. Pourquoi tant de violence et si peu de bruit de la part des médias ?  

Est-ce inintéressant pour les européens ? N'est-ce pas assez sensationnel, ce massacre qui se compte en millions de personnes ? Est-ce trop loin de ″chez nous″, appliquent-ils une fois encore cette odieuse ″Loi de proximité″ ? Pourquoi aucune réaction, aucun impact dans l'imaginaire collectif, ni indignation, ni colère, ni émotion ?

Notre devoir en tant que citoyens du monde est donc de faire passer le message. Que le monde sache. Avant que le monde bouge. Il y a des coupables en Europe comme il y en a en Afrique. Le silence des puissants tue autant que le bruit des mitraillettes. Mettons tous les assassins face à leurs responsabilités.

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Une rencontre vraie... là.

13 Novembre 2016, 05:47am

Publié par Grégoire.

Une rencontre vraie... là.
"Je n’ai jamais eu le goût du voyage, c’est vrai. 
Une seule chose m’intéresse :  une rencontre. Mais, une vraie rencontre. C'est je pense la chose la plus rare au monde.

Je pense qu’elle peut se faire à la porte de chez moi comme au bout du monde. Je ne ressens pas la nécessité de donner à mes rencontres des paysages autres, parce que je crois que tout est là, dans la cour de récréation où le gosse est assis et regarde les autres jouer.
C’est une petite cour, dans une petite école, dans une petite province, et pourtant l’univers entier est là. 
Ça, j’en suis persuadé."
C.Bobin
 
 
 
 
 
 
 

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Hallelujah

12 Novembre 2016, 12:23pm

Publié par Grégoire.

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Lumineuse solitude...

11 Novembre 2016, 05:44am

Publié par Grégoire.

Lumineuse solitude...

« Il est si paisiblement seul, si lumineusement seul que le filles le regardent. La solitude parfois repousse (…) Et la solitude parfois attire. C’est qu’il y a autant de solitudes que de lacs. On devrait dire à ces jeunes filles que c’est très beau d’aller vers un solitaire, que cela donne des frissons comme d’approcher un animal sauvage et doux. Le malheur c’est que, si vous réussissez à attraper un solitaire, vous le perdez : il n’est plus seul. Ce qui brillait autour de lui commence à s’éteindre. Les vers luisants sont fascinants dans le ciel plein d’herbe des bas fossés. Dans le creux de la main, ils n’ont presque plus de charme et ne donnent qu’une lumière pauvre, avare. Certaines choses et certains êtres ont besoin de la distance qui les sépare de nous, et que cette distance demeure infranchissable. »

Christian Bobin.

 

 

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Une plaie de lumière...

9 Novembre 2016, 05:09am

Publié par Grégoire.

Une plaie de lumière...

" J'ai vu un jour ce qu'on ne voit jamais. J'ai vu quelqu'un mourir d'amour. C'était dans un café, un automne à Paris. La jeune femme qui me parlait venait d'être abandonnée par un homme au cœur d'or. Ils avaient partagé le pain de dix années entières. Il l'a quittée comme on cesse de lire un livre, gagné en une seconde par un sommeil analphabète. Un geste avait suffi que rien n'annonçait et cette jeune femme s'était découverte aussi vaine qu'un livre jeté sur le parquet d'une chambre. Depuis elle allait comme un fantôme dans les rues surpeuplées de visages inutiles.

Le couteau de la séparation s'était enfoncé dans son cœur et le manche en bougeait à chaque respiration. Elle ne maudissait ni ne geignait. Elle cherchait à comprendre ce que même les anges, affolés autour d'elle comme des abeilles ayant perdu le chemin de la ruche, ne pouvaient comprendre.
.......

Dans un café où je l'écoutais ce jour-là, elle parlait du ciel et de son ami, de leur fuite commune, et sa parole était comme deux mains plaquées contre une plaie par où la lumière giclait à flots."

C. Bobin, Ressusciter.

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Damien Ricourt... hors du commun

7 Novembre 2016, 06:03am

Publié par Grégoire.

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L'ennui léger...

6 Novembre 2016, 05:31am

Publié par Grégoire.

L'ennui léger...

Tout se passe comme si notre vie suivait d'autant plus sûrement son cours que nous en étions absents. Durant tous ces jours, une pensée, éclose au plus sombre de la mémoire. Elle est là. On sait qu'elle est là, proche, à portée de mot, mais on la cherche en vain, on ne la trouve pas et ce sont d'autres pensées qui viennent et s'imposent, celle d'un voyage ou d'un chagrin, d'autres encore, jamais celle désirée, jamais celle vous concernant. J'écris dans un carnet bleu noir. Les mots peuvent aider, pour peu qu'ils conduisent jusqu'au moment de leur insuffisance éternelle. Je nomme « bonheur » cette absence de repos, « calme », cette sollicitation ininterrompue des pensées. Je vous écris l'évidence : que chaque soir je vais m'endormir dans le lit que me fait votre voix.

Christian Bobin, l'enchantement simple.

 

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Innocence...

5 Novembre 2016, 06:54am

Publié par Grégoire.

Innocence...

Elle avait huit ans. Elle accompagnait son père dans l'épicerie où je travaillais pendant un été. Lui était un Arabe au regard doux et timide, vieilli prématurément par le travail en usine. Sa petite fille lui servait de traductrice,  adoucissant ses déplacements dans un monde dont il ne connaissait pas la langue. Il y avait sur le visage de l'enfant tant d'intelligence et de bonté que son sourire, quand je lui ai rendu la monnaie, est aussitôt rentré en moi, s'ajoutant aux lumières qui, avec le temps, se déposent dans mon coeur comme une poussière d'or et m'aident à vivre sans craindre les obscurcissements parfois inévitables de la vie.


C.Bobin, Ressusciter.

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Les chemins noirs...

4 Novembre 2016, 16:33pm

Publié par Grégoire.

Les chemins noirs...
Les chemins noirs...

REPORTAGE - Pendant des mois, Sylvain Tesson a arpenté à pied les routes de campagne entre le Mercantour et la Normandie. Avant la parution du récit de ce périple (Sur les chemins noirs, Gallimard), il déclame sa flamme pour ces hommes, ces villages et ces paysages parfois défigurés qui constituent le patrimoine éternel de la France.

 

Comme les hommes politiques contemporains manquent d'imagination! Si l'un d'eux chaussait une paire de croquenots (façon Mitterrand à Solutré) et traversait la France à pied, il décollerait dans l'opinion. Un «effet Lazare» lui garantirait de ressusciter dans les sondages. Les Français préfèrent les édiles s'envoyant un muscadet dans un bistrot plutôt que s'arrogeant des frais de bouche exorbitants. En outre, rien de mieux que le lent défilement des paysages pour savoir de quoi on parle, passer en revue les aspects de la France, croiser des visages. Parcourir les routes était la technique de Louis XI. Il cheminait incognito, humait l'air du royaume; il ne bricolait pas les horloges, lui. Il n'a pas été imité.

 

Quand je me suis lancé dans la traversée de la France à pied, du Mercantour au Cotentin, je n'étais soumis à aucun enjeu! Je sortais d'un séjour à l'hôpital. J'avais le corps branlant, le souffle court, la tête enfoncée, il me fallait reconquérir des forces. Les médecins m'avaient sauvé. A présent, ils recommandaient la «rééducation». Un mot des années soviétiques! Plutôt que de me refaire une santé dans un centre de soins, je pensais que tracer une diagonale à pied, du Mercantour au Cotentin, était une idée acceptable.

Au même moment, un rapport gouvernemental sur l'«hyperruralité» était rendu public. Il avait été commandité par Jean-Marc Ayrault et distinguait une quarantaine de «bassins de vie hyperruraux» dans le pays. Entendez là des zones mal goudronnées, pas assez connectées à internet et trop éloignées des administrations publiques. Pour moi, la définition du paradis! Des marges où échapper aux tentacules du poulpe moderne! Mais l'Etat ne l'entendait pas de cette oreille. Les aménageurs publics écrivaient (en d'autres termes, bien entendu): «Courage citoyens, nous arrivons! Nous allons coucher les ronces, arranger le territoire et bientôt vous serez reliés au centre et vous serez prémunis contre tout comportement étrange et de tout vote non conforme car vous rejoindrez le dispositif!» Il fallait donc se dépêcher.

 

J'avais mon objectif de voyage et l'Etat me fournissait la carte générale. J'allais traverser le pays sur des axes dérobés, à travers des zones dépeuplées, sur ce que j'appelais mes «chemins noirs». Ces axes sont matérialisés sur les feuilles au 1/25.000 de l'IGN, véritables œuvres d'art. Ce ne sont pas les chemins de randonnée balisés ni des petites routes asphaltées, mais des pistes rurales, des lisières forestières, des sentiers oubliés. Un réseau parfait pour se tenir à l'ombre. Comme le peuple ne va plus à pied, les broussailles ont recouvert ces voies. On y croise des crapauds, une biche, et parfois de drôles de gens qui vous disent des choses très antiques. Ils ne tirent pas leur science de l'ouverture au monde -tarte à la crème- mais de la connaissance d'un arpent du territoire. Ils n'ont pas d'opinion sur Trump mais ils sont incollables sur l'emplacement des arbres et la santé des bêtes. Qui est le vrai savant? Celui qui a ses idées sur la question de l'Orient ou celui qui connaît la carte locale des essaims sauvages?

Je partis en août de la frontière italienne. Au début, je n'allais pas fort et pas très droit non plus. Je traversais le Var, les pays du Verdon, de Valensole, de Lure et du Ventoux, je passais le Rhône à Pont-Saint-Esprit, longeais le Vivarais, montais le mont Lozère, descendais vers la Margeride, traversais l'Aubrac, gagnais la Creuse, franchissais la Loire, parcourais la Gâtine, la Mayenne, l'Avranchais et parvins, après trois mois de claudication, à la pointe du Cotentin. Là, il fallait s'arrêter ou sauter à l'eau. C'est l'avantage des frontières, naturelles ou pas: elles offrent un cadre. Elles limitent les ardeurs et prémunissent contre les débordements. Certains veulent les abolir, ils ne savent pas les lois de l'hydraulique.

Un des nombreux «visages artistiques» de la France: un bois aux allures de «vallée aux fées».

Il me fallut ces semaines passées à cueillir les mûres pour m'apercevoir que les chemins noirs se prolongent hors de la carte. Ils ne se réduisent pas à des sentes entre des murets. Ils se déploient dans notre territoire intérieur. Nos propres existences peuvent suivre des chemins de traverse et s'épanouir hors de toute soumission, derrière l'orée du monde. Vous voulez vivre libre? Fermez les écoutilles, trouvez vos chemins noirs et prenez la fuite, c'est-à-dire la première issue de secours qui se présentera à vos pas hésitants. Ensuite, la foulée s'affirmera. Dans son Traité du rebelle, l'écrivain Ernst Jünger avait nommé cette antique tentation de la dissimulation «le recours aux forêts». Il avait inventé la figure de l'anarque pour désigner celui qui ne voulait rien posséder de commun avec son époque, pas même pour s'y opposer. Un repli égoïste, le recours aux forêts? Oui, et après? Réformer le monde selon son opinion, le dynamiter pour sa foi, est-ce plus noble que lui tourner le dos?

Prendre les chemins noirs ne s'entend pas littéralement. Nul besoin pour cela de postuler à l'Office national des forêts. Certains s'enferment dans leur cabinet de travail, quelques-uns choisissent les monastères où la soupe est servie à heure fixe. Il y en a même, jadis, qui finissaient perchés sur une colonne dans le désert. Peu importe la manière, l'essentiel est de se royaumer soi-même, en son for imprenable. On refusera ainsi de se conformer à ce que le philosophe Giorgio Agamben nomme «le dispositif», cette toile où nous englue la révolution digitale, le fatras médiatique et l'entreprise de domestication de nous-mêmes par les puissances politiques et les enseignes laides. «Soyez hygiéniques!», clame le dispositif, «Vivez longtemps! Allumez vos écrans! Indignez-vous quand on vous enjoint de le faire! Admirez! Conspuez! N'employez pas tel mot! Levez le pouce! Baissez-le!» Et c'est ainsi que nous flottons en nous persuadant de vivre. Les chemins noirs -ceux de l'esprit, ou ceux de la campagne, ceux de la solitude, ceux de la pleine nature- offrent l'échappée.

Il n'y avait pas que l'allégorie du repli intérieur dans ma balade. La chute, le coma, l'hôpital m'avaient dévitalisé. La marche me rendait des forces. Elle injectait sa bonne sève dans les veines, les fibres, les cellules. En m'arrachant à tout écran -écrans de contrôle et écrans de la grande hypnotisation collective-, les chemins noirs me perfusaient leurs bonnes substances. Abattre 30 kilomètres sur des cailloux m'évitait de passer à côté de l'existence. J'échappais à ce «projet moderne» que Cynthia Fleury, dans Les Irremplaçables, désigne par «l'expropriation de l'expérience».

Pendant trois mois alternèrent sous mes yeux les visages artistiques de la campagne française. Celle de Pierre George, géographe duTemps des collines, de Giono, barde de la Provence, de Vialatte, fou des volcans, des poètes de la Loire, des peintres normands et de Barbey d'Aurevilly, prince des bocages. C'était tour à tour une marqueterie de champs, un versant du soleil, une vallée aux fées. Parfois une source coulait, un clocher sanglotait et un troupeau mouchetait un replat. Une exposition de tableaux, en somme. Ce pays avait une propension à receler la splendeur. Arthur Young, l'agronome anglais qui voyagea en France entre 1787 et 1790 le répétait dans ses célèbres souvenirs. Partout où le menaient ses pas, il s'extasiait de «la beauté de ce pays».

Mais soudain, un chancre venait tacher la toile. La colline inspirée, coiffée de sa petite église époque force tranquille, surplombait une ZAC avec hangars et pavillons, une de ces zones périurbaines qui n'appartiennent ni à la ville ni à la campagne. Bernard Maris, victime du néant islamique, appelait «néant géographique» ces taches qui gagnaient sur la carte.

Comment avait-on réussi à couvrir si promptement de métastases le pays, à le veiner si consciencieusement d'autoroutes? Même un être humain ne s'enlaidit pas à ce point en cinquante ans! La défiguration du territoire avait été orchestrée de main de maître. La Ve République s'y était appliquée. L'industrialisation des campagnes à l'après-guerre, l'urbanisation et le démembrement avaient initié le travail. Le septennat de Giscard avait orchestré l'explosion des zones pavillonnaires. Celui de Mitterrand, avec la décentralisation, l'éclosion des hypermarchés. Rocades et départementales avaient été chargées de relier les pavillons aux centres commerciaux. En France périurbaine, on passait son temps en voiture. Internet avait achevé la mutation et faisait flotter une atmosphère fantomatique dans les collectivités. Les mairies annonçaient fièrement des villages «sous vidéosurveillance» ou des programmes «voisins vigilants». Mais nous ne voulions pas de voisins vigilants! Nous voulions des voisins de tablée au banquet de la campagne pochetronne. Elle n'avait jamais existé que dans les tableaux de Bruegel, certes. Mais on a le droit d'être nostalgique de ses fantasmes, non?

J'allais donc par les allées de ce pays qui avait été insolemment beau au temps où il s'appelait la France et qui s'était mystérieusement enlaidi en devenant l'Hexagone. Il ne faudrait jamais laisser les œuvres d'art à la charge des administrateurs. Dans un musée, ils auraient cassé les porcelaines avec leurs mains pas habituées à caresser les choses.

Au détour d'un lacet, au bas d'une pente, je tombais sur des paysans. Certains me proposaient un coup à boire, d'autres me regardaient en biais. Certains m'entretenaient de leurs malheurs, d'autres répondaient à peine à mes saluts. J'étais parti naïf. Quatre mois d'hôpital et un bon coup sur le crâne m'avaient prédisposé à la rêverie romantique. Je pensais rencontrer des fils de la terre qui me parleraient de l'agriculture comme le faisait Henri de Pazzis, pionnier de la production biologique et auteur d'un superbe traité: La Part de la terre. Pour lui, le paysan s'apparentait au poète. Tous les deux, artiste et cultivateur, faisaient jaillir leurs fruits respectifs de la nuit: un alexandrin ou un rutabaga. Dans les deux cas, c'étaient des joyaux procédant de l'informe. Bref, les péquenots devaient être des voyants occupés à la prière, à l'épiphanie de l'être. Je ne rencontrai pas beaucoup de ces doubles princes de l'esprit et du labour. Pour l'instant les exploitants conventionnels étaient occupés à autre chose qu'à philosopher. Ils cultivaient avec acharnement pour alimenter le Moloch. Des années de politique bruxelloise les avaient incités à produire intensivement. Ils n'étaient plus que 500.000. Leurs exploitations, cultivées avec les méthodes de l'impérialisme américain (uniformisation et napalmisation) offraient à l'œil un paysage déprimant. Les haies, les bosquets, les marais et les talus avaient laissé la place aux grandes steppes rentables piquetées de garages et croûtées d'engrais. Aujourd'hui, la prospérité était retombée. La mondialisation avait ouvert son marché frankensteinien. Et tous ces cultivateurs souffraient de regagner leur ferme le soir, à bord de tracteurs acquis au temps où on leur expliquait qu'avant de s'enrichir il fallait d'abord s'endetter.

Alors, pour ne pas trop mélancoliser dans les fossés, je remontais vers les hauteurs afin de retrouver l'écho de la ruralité morte. Sur les plateaux, au creux des vallons, dormaient les ruines. En quelques actes, les paysans avaient déserté les hauts lieux. Les révolutions industrielles, la saignée paysanne de 1914 et le dépeuplement rural des années 1950 avaient fait refluer les paysans et rendu le territoire aux sentinelles immémoriales, loups, salamandres, vipères: personnes très fréquentables. Là, un promeneur solitaire pouvait croiser des fantômes, et un œil exercé à la cartographie détectait des chemins noirs.

Dans les alpages, avec un survivant de la mondialisation qui achève le mouvement de dépeuplement des campagnes entamé dans les années 50.

Parfois, je traversais des espaces cultivés «biologiquement». Depuis cinq décennies, certains paysans montaient au secours de la terre maltraitée. Dans les années 1960, des pionniers avaient commencé à refuser de considérer l'agriculture comme une guerre ouverte. Ils étaient aujourd'hui 70.000 à se conformer à l'appellation «bio». Il était facile de ricaner: certes, ils recouraient à des techniques agricoles vieilles comme l'antique à laquelle ils donnaient le nom d'«innovation». Mais la cause était belle, et ses fruits étaient bons et les efforts gagnaient lentement du terrain: les 30.000 fermes bio en activité couvraient aujourd'hui 5 % de la surface cultivée du pays. Les paysages de cette ruralité-là étaient faciles à distinguer: les champs n'étaient pas des dalles de ciment ni les élevages des unités de bagnards.


De qui une idée peut-elle être la patrie? D'un pur génie, d'un ectoplasme, d'un hologramme ou d'un incube? Il fallait qu'un type qui prononce pareil aphorisme n'ait jamais grelotté dans un ravin rocheux de la Tinée, essuyé ses lèvres après une lampée de vin jaune du Jura, apprécié l'explosion d'une huître de Cancale, ni pleuré, enfant, à une belle page de François le Champi. Peut-être n'avait-il pas d'appareil sensoriel, ce capitaine idéaliste, pas d'estomac, pas de palais, pas d'organes destinés à la jouissance des choses. Seulement un cerveau puissant, hégélien, capable d'ambition, d'humour et de synthèse.Tous ces cultivateurs n'avaient pas entendu le discours de Wagram de François Hollande pour la bonne raison qu'il n'avait pas encore été prononcé. En cette rentrée 2016, le Président a lancé sa définition de la France dans le but de continuer à la diriger: elle serait une «idée» et ne constituerait pas une «identité». Je ne crois pas les trahir, ces culs-terreux des chemins noirs, en disant qu'ils auraient été étonnés d'apprendre qu'ils vivaient dans une idée. Dans une idée, la taulière de Saint-Martin, près de Mayet, qui me servit un Viandox sous des trophées de chouettes empaillées en me parlant des esprits qui rôdaient dans le village? Dans une idée, cette demi-sorcière de Lure qui déplorait le recul du noyer sur le versant septentrional de sa montagne chérie et redoutée? Dans une idée, ce couvreur de Mayenne qui avait glissé de son toit et que la randonnée sur les chemins de France avait remis d'aplomb? Dans une idée, ces viticulteurs du Ventoux qui vénéraient leurs ceps sur les pentes bénies des Dentelles de Montmirail?

Une identité est une idée, certes, mais une idée ancrée sur une géologie, fécondée par une lumière, battue par une lente procession d'hommes dont les corps, pas du tout idéaux, se sont décomposés dans les strates. Sinon, c'est que l'on n'est pas dans un pays mais à l'université d'été de La Rochelle.

Sur les chemins noirs, libérés de toute obligation de précaution sémantique, certains des paysans que je rencontrais avaient des opinions sur ce mot hénaurme, ce mot dont j'avais le sentiment qu'il était réservé à tout autre qu'à un citoyen français, ce mot aussi impossible qu'un oursin: «l'identité». Jusqu'alors, je croyais que l'identité française consistait en la gloire que chacun se faisait de se refuser à en posséder une. On s'ébaubissait de l'identité tamoule, persane et inuite. Il y avait même un podium des identités. La katangaise avait eu sa gloire, la tibétaine recueillait encore des suffrages, la syrienne occupait le haut du pavé en ce moment. La française, niet. J'avais pourtant rencontré des êtres qui me parlaient de leur campagne, de leurs habitudes, de ce dont ils se nourrissaient, des paysages et des vins qu'ils aimaient, des bêtes qu'ils élevaient, des terres qu'ils travaillaient, des lieux qu'ils peuplaient depuis des siècles et qu'ils osaient appeler «chez nous». Ils ne me semblaient pas des gens moins généreux, moins humanistes, moins évangéliques que ceux qui se proclamaient universalistes et ne voulaient pas prononcer le mot identité. Ils n'étaient pas défigurés par la «haine de l'autre». Ils ne bavaient pas. Certains m'invitaient même à entrer dans la cuisine.

Marcher: le meilleur moyen de dissoudre ses idées noires, selon Sylvain Tesson.

Traversant le pays au rythme d'une foulée faible, je compris la définition de l'identité par Fernand Braudel. J'avais relu le premier tome de L'Identité de la France dans les forêts d'Ussel. (A l'époque de la parution du livre, son titre n'avait ému personne.) Braudel définissait l'identité du pays par l'acrobatie insensée qu'un effort plurimillénaire avait nécessité pour assembler, sur un petit territoire, un «émiettement obstiné» de territoires physiques et pour absorber une «invraisemblable accumulation» de passé. Ce qui aurait dû être un disharmonieux bric-à-brac avait produit un miracle. Une noce de la pierre, du temps, de la lumière et du travail. La France, pour Braudel, était cet «amalgame» (mot superbe! mot conspué!) qui imposait des «responsabilités énormes». Mais il avait fallu du temps pour cela. Du temps et un peuple pas trop étourdi par la valse récente des migrations.

Un jour de novembre, j'arrivai au nord du Cotentin. Les longues marches ont toujours des vertus médicinales: le sang m'était revenu aux joues et mes idées noires s'étaient dissoutes entre les haies. Règle de rééducation: d'abord marcher, ensuite se mettre debout.Et cette marqueterie si fragile, cet équilibre des hommes sur le sol faisait qu'on ne pouvait pas user de ce pays comme d'une plate-forme d'idées. On ne pouvait disposer légèrement de cette Histoire engluée dans le sol. On ne pouvait malmener cette géographie diffractée. Ou alors, c'est qu'on prenait le pouvoir uniquement pour se changer les idées.

Je regrettais que cinq courtes décennies aient suffi à défigurer le pays. Les chirurgiens esthétiques avaient agi sacrément vite. Mais il y avait de beaux restes, des interstices, des coulées noires, des chemins silencieux, des haies de fougères et des murs derrière lesquels bivouaquer. Tant que demeuraient des territoires de la liberté où jouer ses propres danses, tout n'était pas perdu. Il y avait de quoi pleurer, certes. Mais il n'y avait aucune raison de se plaindre.

Les Chemins noirs, de Sylvain Tesson.

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Journée sans rien...

4 Novembre 2016, 12:16pm

Publié par Grégoire.

Journée sans rien...

Journée sans rien. 

Juste une clarté exténuée dans le ciel, comme au-delà de plusieurs épaisseurs de lumière. Des images par milliers, abondantes, le gaspillage d'un été. Ces pages s'entassent sur la table de marbre du jardin. Un vent enfantin les disperse dans l'herbe, contre la haie.

C'est sans importance, vous savez bien. J'écris pour extraire de ce tourment la substance noire, radieuse, qu'il contient en son centre, pour vous chasser de moi, pour lancer contre vous le chien des mots. Et c'est sans importance....

C Bobin, l'enchantement simple.

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Dinguement saint...

3 Novembre 2016, 06:52am

Publié par Grégoire.

Dinguement saint...

"Les saintes que j'ai connues ne se souciaient pas de l'être. Elles étaient de tous âges et de toutes apparences. Elles avaient en commun d'aller dans le monde avec un grand naturel et une décision enjouée, comme s'il n'y avait jamais eu ni loi ni morale. Chacune donnait sans y penser plus d'amour que le soleil donne de lumière.

L'une dans son vieil âge s'occupait d'un petit jardin et dormait dans une chambre grande comme une noisette.  Une autre, quand elle entrait dans une pièce, la gaieté entrait avec elle, comme un moineau voletant dans ses yeux clairs. Une troisième, âgée de quatre ans, trouvait dans les jeux dont elle ne se lassait pas une raison suffisante pour rire jusqu'à la fin du monde et même au-delà. Et quelques autres encore ainsi, toutes ignorantes d'elles -mêmes et apportant au monde un bien plus précieux que la vie. "


C Bobin, Ressusciter

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Je suis né pour aimer, pour passer dans la vie comme un étranger...

1 Novembre 2016, 06:50am

Publié par Grégoire.

Georges Brassens (22 octobre 1921-  29 octobre 1981) célèbre poète-auteur-compositeur et interprète français, entretint une correspondance fournie avec son ami philosophe Roger Toussenot entre 1946 et 1950. Dans cette lettre intime et amicale, Brassens offre un visage méconnu, dissertant philosophie et poésie : pourquoi ne pas chanter plutôt que raisonner?

Georges Brassens (22 octobre 1921- 29 octobre 1981) célèbre poète-auteur-compositeur et interprète français, entretint une correspondance fournie avec son ami philosophe Roger Toussenot entre 1946 et 1950. Dans cette lettre intime et amicale, Brassens offre un visage méconnu, dissertant philosophie et poésie : pourquoi ne pas chanter plutôt que raisonner?

Mon cher ami,

Nous avons longuement discuté avec toi ce dernier dimanche. Corne d’Auroch s’obstinait à te vouloir fait pour la philosophie. J’ai gueulé. Je lui ai dit qu’aider un ami à tout abandonner pour suivre la voie de la poésie ne pouvait jamais être une faute. Car un poète est à la fois philosophe, philologue, moraliste, historien, physicien, jardinier et même marchand de maisons. De plus, on ne trouve la quadrature du cercle que par la poésie. Emile a trop réfléchi et inutilement. Moi, je sens que si tu persévères dans tes recherches métaphysiques, tu te perdras dans une forêt. Nom de Dieu, j’insiste ! Sans doute, ta récente définition de l’art est très belle, mais pourquoi ne pas la remplacer par des ailes de moulin ? Il faut que ça bouge, comme sur l’écran. Le reste se fait tout seul. Ce n’est pas à toi d’expliquer les mécanismes ; c’est aux autres de les deviner et de les démonter eux-mêmes. Tu perds ta force et ton temps à faire le travail des imbéciles. Oui, je sais : Bergson est quand même un poète. Et toute la poésie de Valéry est faite d’opérations critiques. Et tu ne le sais que trop, toi. Mais il me semble que tu t’exténues en t’imposant déjà, par goût de la cérébralité, des exigences qui ne tarderont pas à devenir surhumaines. Que veux-tu que cela me fasse, à moi, que tout « fond apparent représente ce que la forme n’a pas pu exprimer » ? Suis-je plus avancé maintenant que tu me l’as fait savoir ? Non, je sais une pensée de plus.

Je ne connais pas un homme de plus (j’espère que tu ne vois pas du paternalisme ou de la prétention pédagogique dans mes propos…). Je suis né pour aimer, pour passer dans la vie comme un étranger et pour être indifférent à ce que l’on me raconte. Rien de toi ne me laisse insensible, mais comme ton cher Gide, comme toi et comme moi-même, je ne t’estime que dans ce que tu pourrais faire. Et j’ai tort de te redire ces choses, de même que tu as tort d’expliquer d’autres choses à d’autres êtres. Tout ce que tu peux me faire comprendre, je l’ai déjà entendu dans un concert. Montre-nous des gens qui marchent, qui s’aiment, qui font des choses charmantes et bêtes comme la vie, des moulins qui tournent… Sers-toi de l’absurde comme d’un bloc de marbre. Crée des images. Elles contiennent toutes les pensées, tous les axiomes possibles, tous les aphorismes. Bien sûr, tu me diras qu’un aphorisme est une image intérieure, et je le conçois fort bien. Mais 200 aphorismes font un traité de philosophie ou un livre de haute morale. Même Gide est un moraliste. Il énonce des idées, des justifications, il transforme la notion de plaisir en une notion de devoir ; il se croit obligé (noblesse oblige) de critiquer, de comparer, de créer des critères. Or, je l’aime mieux quand il s’agenouille au hasard et ne cherche plus Dieu, se disant que Dieu est partout. Rimbaud nous bouleverse plus qu’André Breton. Pourquoi ? Parce qu’il chante et n’apprend rien à personne. Si révélation il y a dans sa poésie, il ne s’en préoccupe pas d’une façon dialecticienne. Tu disais toi-même : « Les fruits nous consolent et les idées nous désespèrent. » Alors, nous sommes d’accord ? Excuse-moi, mon vieux, de te donner des conseils.

C’est Bonafé et les études littéraires et grammaticales qui remontent comme un mets que l’on a mal digéré. Tes erreurs sont certainement fructueuses. Nous raisonnons trop. Et moi je raisonne quand je te reproche de raisonner. Nous sommes des enfants pour qui le monde entier est un école. Mais nous sommes encore trop studieux. Il faudrait pouvoir crier avec Rimbaud: « Oh là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! »
Dans tous nos gestes et dans chacune de nos pensées, tu occupes la plus grande place, la seule possible. Nous t’embrassons.

Georges

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