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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Lettre ouverte à toi qui aimes différemment.

30 Mars 2016, 04:23am

Publié par Grégoire.

Lettre ouverte à toi qui aimes différemment.

Parce que la France s'est coupée en deux, ou en trois (si l'on compte ceux qui s'en fichent), et s'est plu à jeter à la rue arguments en tous genres, masculin, féminin, et autres mixtes… Parce que j'ai vu ton visage attristé par un débat où les mots – égalité, reconnaissance, couple, adoption – se couraient derrière et faisaient mauvais ménage… Parce que la loi est passée non comme une lettre à la poste mais comme un colis suspect… Parce que la haine en a profité pour tirer à bout portant à droite, à gauche, sur le clocher, sur la mairie, et en plein cœur des pour et des contre, je me décide à t'écrire pour t'exprimer ce que je crois saisir de ce mariage accordé.

 

Autant le dire tout de suite: j'ai tout pour te déplaire. Je suis prêtre de l'Église catholique désormais reléguée par l'opinion au rang d'instance morale internationale, ce qui est un malheur de confusion quand on sait que l'Église est avant tout un Corps, celui du Christ, et de plus, mystique. Aussi, peut-être m'enverras-tu paître avec mes brebis, et pourtant, j'espère, mieux, je te demande la grâce de lire ma lettre, toi qui vis dans ta chair et jusque dans ton esprit ce que les Grecs appelaient avec intelligence, loin de notre vocabulaire devenu si peu subtil, « l'amitié de similitude ». Cette particularité de moins en moins particulière, inrayable sur la carte des civilisations, présente aux tréfonds d'êtres aussi divers qu'inattendus, avant de s'imposer au monde, ou du moins de vouloir qu'il en soit ainsi, s'impose, mais on ne sait comment, à celui-ci ou à celle-là, et c'est tombé sur toi. En cet état, normalement, rien de choisi, tout est reçu. Dès lors, qui prétendrait éradiquer ce réel aussi vrai que le désir ne trompe pas, frapperait de la tête contre un mur, par endroits, qu'on le veuille ou non, richement décoré sur plusieurs millénaires. Il faut donc en convenir: Tolstoï a bien résumé la chose en révélant que « s'il y a autant d'opinions que de têtes, il y a autant de façons d'aimer qu'il y a de cœurs ». À cette évidence, le monde se rendait peu à peu, à mesure que la conscience faisait un pas en direction de la complexité de l'âme humaine. Et c'était un bien. Et ce bien ne cessait d'ailleurs de grandir… quand soudain… de ses gros sabots, le politique est venu piétiner l'harmonie en marche pour des raisons qui lui sont propres ou sales, brandissant la noble égalité qui se demande encore ce qui lui arrive. Mais qui ne le sait et désormais ne le voit: dans le champ des mentalités, on ne passe pas de force, et en exacerbant, on ne règle rien.

 

Ici – mais ce n'est pas étrange car le parallèle est aisé bien que le sujet soit autre –, je repense à la lettre VII que Rilke adressa au jeune poète et dans laquelle il écrivit en prophète que « la jeune fille et la femme, dans leur développement propre, n'imiteront qu'un temps les manies et les modes masculines, n'exerceront qu'un temps des métiers d'homme. Une fois finies ces périodes incertaines de transition, on verra que les femmes n'ont donné dans ces mascarades souvent ridicules, que pour extirper de leur nature les influences déformantes de l'autre sexe. Un jour, la femme sera. Et ce mot femme ne signifiera plus seulement le contraire du mâle, mais quelque chose de propre, valant en soi-même. » Ces mots visionnaires non encore accomplis me ramènent curieusement vers toi qui, je l'espère, demain, mais ce pourrait être aujourd'hui, continueras de donner sa propre couleur, et j'oserais dire, sa propre grâce, avec la sensibilité qui est la tienne, sans aller chercher à la table d'en face des formes de vie qui, parce qu'il faut les tordre dans tous les sens pour les faire servir à des vues de l'esprit, montrent déjà qu'elles résistent au plus simple bon sens.

 

En vérité, en vérité, je te le dis: dans cette affaire où le singulier veut rejoindre le commun, où l'originalité rêve au conventionnel, où tout un chacun veut la même alliance au même doigt et des enfants à tout prix, je crains fort que le monde ne s'appauvrisse, et que tout s'abîme sous l'uniformité désolante, y compris ce que tu es. Il n'est pourtant pas impossible d'être soi et de jouer sa vie sur sa propre portée, surtout lorsque l'on sait que le Christ et Marie, de la hauteur où ils se trouvent, enserrent de leur compréhension chaque être, autrement dit, l'être particulier. Ah! Si le monde – le tien mais aussi celui d'en face – était plus discret et moins voyeur, et au fond plus pudique à force d'être intelligent, tout rentrerait dans l'ordre et l'amour en sortirait vainqueur.

 

Voilà, cher Toi, très aimé de Dieu, ce que je voulais te dire aujourd'hui avec mon cœur de prêtre. Sers de près ton chemin. Il a ses limites et ses croix, comme celui de tous, mais il n'est pas sans avenir. Désormais, sois toi. Et seulement toi. Je t'embrasse comme un père.

 

Michel-Marie ZANOTTI-SORKINE

 

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Il est LA RESURRECTION...

28 Mars 2016, 05:14am

Publié par Grégoire.

Il est LA RESURRECTION...

La résurrection, au-delà de la joie liturgique et du feu pascal, c’est d’abord l’expérience de l’absence. Absence de signes et de traces visibles. Pas de manifestation ! « Vous cherchez Jésus ? Il n’est pas ici ! » Il n’est pas dans une victoire temporelle ou un ordre naturel idéal ! Il n’est pas dans nos projets liturgique, pas dans un évènement extraordinaire, ou dans notre immanence pieuse : Jésus ressuscité n’est plus de ce monde ! Il n’est plus selon notre conditionnement ou notre psychologie à la recherche d’équilibre ou de guérison intérieure ! Il n’est plus localisable dans le monde physique, il échappe au lieu et au temps : parce qu’Il est encore plus présent, il est LA REALITE, Celui qui s’impose à tout ce qui existe et qui en même temps nous échappe.

 

 Jésus ressuscité, est présent d’une manière incroyable : il est partout présent ; La résurrection, c’est quelqu’un, c’est Jésus qui prend possession de tout l’univers ! Jésus ressuscité : c’est Celui qui nous attend, celui qui nous précède ! Et il est ressuscité pour nous, pour tout vivre avec nous, de l’intérieur. Et cela c’est tout de suite! Dans la foi, nous avons un contact immédiat avec lui, sans aucune distance. Et cela d’une manière telle, que sa résurrection, c’est la mienne : LA REVELATION N’EST PAS UNE VITRINE : donc LA RESURECTION C’EST JESUS, plus réel et plus présent que tout le réel qui m'entoure : on ne 'respire' plus que du Jésus !


Aussi, on ne peut plus se regarder de la même manière ; On doit tout réapprendre auprès de Lui. Nous sommes déjà habitants du ciel, puisque tout en étant sur la terre -avec tout ce qui fait son poids quotidien- il vient nous prendre et nous épouser dans tout ce que nous sommes.

 

C’est cela que les femmes qui ont courus au tombeau doivent annoncer. Comment ? Pas par des mots, des consolations, des raisonnements ou des chocolats!  C'est vrai, on aimerait tellement prouver aux autres qu'on a ‘raison’ de croire à la résurrection! Et pourtant, même Jésus n'a pas cherché à prouver. Il aurait pu apparaitre à Hérode, à Pilate ou aux grands-prêtres au matin de Pâques: imaginez ces grands prêtres, dormant avec leurs phylactères, plein de leurs projets bien pieux, de quête de perfection toute humaine et bien moralisante, réveillés par une apparition de Jésus ressuscité: la cata pour eux...!  Non, Jésus ne s'impose pas de l'extérieur et la résurrection, cette présence victorieuse qui réordonne tout, cette attraction substantielle qui nous prend, est une victoire cachée.

 

C'est une victoire dont on est témoin en en vivant comme ce qui transfigure nos liens personnels, nos liens fraternels: Jésus est présent à travers chacun de ceux qui me sont donnés; Ce qui signifie que tout ce qui est en dehors de liens personnels est faux, contraire à ce que nous sommes et à la résurrection. 

 

Si nous sommes encore mort, c'est que nous restons dans notre générosité, dans ce que l'on fait, dans ce qui vient de nous, dans nos méthodes et nos trucs, et que l'on ne s'est pas livré jusqu'au bout à un autre dans un don personnel. La résurrection est une nouvelle vie, si tout en nous est pour l'amour d'un autre, pour être accueil et don personnel, pour être livré jusqu'au bout, définitivement.

 

 

Fr Grégoire.

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Quand je vis, la vie me manque...

27 Mars 2016, 04:47am

Publié par Grégoire.

Quand je vis, la vie me manque...

"J’ai vu un jeune boxeur jouer du piano. J’ai vu un œuf de caille dans l’herbe. J’ai vu un chat couvrir de brindilles la dépouille d’une souris. J’ai vu Mandelstam courir tout Moscou pour défendre cinq vieillards condamnés à mort. J’ai vu un assassin dont le cœur était un rubis. J'ai vu un pain trempé par la pluie appeler au secours. J’ai vu des liserons s’agripper à une barrière comme des prisonniers à leurs barreaux. J’ai vu un bébé offrir le trésor d’un gâteau écrasé dans sa main sale. J’ai vu la huppe maçonner son nid avec ses excréments blancs plus éblouissants que les paroles d’ermites. Je n’ai jamais lu de définition satisfaisante de l’amour. Je n’en lirai jamais. "

Christian Bobin, Noireclaire.

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N'oublions jamais que le Christ a été tué par des grands-prêtres !

26 Mars 2016, 06:47am

Publié par Grégoire.

N'oublions jamais que le Christ a été tué par des grands-prêtres !

 

Jésus a été condamné comme un blasphémateur, un séducteur, rejeté par les grands prêtres, les anciens et les théologiens : il se déclare « Fils de Dieu » ! Et Dieu : son Père ! 

Jésus est condamné parce qu'il est de trop pour les hommes... religieux ! Pour ces hommes consacrés, pour ces prêtres, ces croyants, ces «  hommes de Dieu » , ceux qui ont une bonne conscience d'eux-mêmes, qui sont sûr d'être dans le camp du Bien, qui «  ont la Vérité » : pour eux Jésus est un séducteur : il détourne de Dieu !

Il ne respecte pas la Transcendance, le sacré, la liturgie, les ornements, la Tradition, que sais-je ?! Il se laisse même toucher par les divorcés-remariés, que dis-je les prostituées et les publicains ! Ce n'est pas sérieux ! c'est même insupportable ! Où va-t-on si on le laisse faire...?

Les esprits rabougris, pleins de fausse miséricorde -ils veulent que les hommes coopèrent, ils ne veulent pas de la gratuité de l'amour- veulent l'éduquer, en faire quelqu'un qui se tient ! On ne fait pas un peuple avec des pauvres, des bougres et des lépreux que je sache ? Et bien, pour Jésus, si...!

Jésus est coupable de trop d’amour : où est le respect de la doctrine? il est trop engagé dans la vie des personnes ! C’est un amour trop fort, trop exigeant pour nous. C’est une trop grande lumière, insupportable pour nos yeux trop humains, réclamant une justice humaine ! Et cela dérange les petits esprits étriqués qui veulent faire la chasse aux mauvaises moeurs : n'est-ce pas du relativisme face à l’absolu de la loi ?! Un homme, ami des pécheurs, mangeant avec les publicains et les prostituées : mais voyons, n'avait-il pas une double vie alors? C'est trop louche... Et puis, dame : il n’y a pas de fumée sans feu : s’il est condamné, c’est qu’il y a faute !

Et cela demeure toujours. L’humanité -religieuse- d’aujourd’hui condamne ce qui n’entre pas dans ses raisonnements pieux ! Les bonnes opinions des hommes, les ragots et les jugements sans consessions des grands prêtres qui ont avec eux la reconnaissance extérieure et la hauteur hiérarchique ne supportent pas l'excès de miséricorde !

Il doit disparaitre : tel est le jugement de ces prêtres : il est trop dangereux pour le maintien de l'institution, pour la visibilité religieuse, pour l'affirmation de l'identité des croyants face à l'occupant :  il doit donc disparaitre !

Et Jésus accepte non seulement de se taire, de prendre la dernière place, de passer pour un séducteur, de quelqu'un qui éloigne de Dieu, en se faisant l'agneau qu'on mène à l'abattoir, en acceptant de disparaitre.

Il choisit de disparaitre, en silence, sans gloire, sans explication, pour que son silence dise et donne le Père. Cette source excessive, surabondante, pure bonté, don absolu, obstiné, cette attraction substantielle qu'est le Père, est là, donné dans le silence de l'Agneau-innocent, dans son état victimal, victime de ses frères, jaloux de leurs raisonnements théologiques et de leur place liturgique ! 

Le corps cadavérique de Jésus est remis à l'anonymat de la terre. Il n’y a plus de corps, plus de souffrance visible pour compatir. Plus de présence. Plus de liturgie. Dieu fait homme est devenu cadavre. Il épouse la passivité de la terre. Il ne fait plus rien. C’est le grand Sabbat, le repos de Dieu !

Il n’y a plus rien. C’est l’absence. Le vide. 

Séparée du cadavre de son Fils, Marie vit cette disparition sans gloire, cet échec cuisant, brutal. Et, elle vit cette brisure, cet état cadavérique, ce silence de mort.

Il n’y a plus que l’abandon, il n’y a plus qu’a être des tout-petits face à la brutalité des faits : c’est la violence de la mort, de la mise au tombeau, qui plongent ceux qui restent dans une solitude totale : être là, comme inutile, dans un pâtir à l’état pur.

L’Eglise mystique -chaque personne unie à Jésus- est invitée à vivre le mystère du Sépulcre : c’est son ultime étape, la dernière étape. Cet état, ce sont tous ces lieux où on n’est plus rien, on n’est plus respecté dans nos droits, on est plus soumis qu’a des jugements ou des opinions, là où on ne peut plus se raccrocher à quelque chose pour faire bonne figure, alors là seulement le Père peut venir nous prendre pour nous dire -dans un silence intérieur- qui on est pour lui.

fr Grégoire.

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Le Christ crucifié, lumière...?

25 Mars 2016, 06:27am

Publié par Grégoire.

Le Christ crucifié, lumière...?

 

Les chrétiens célèbrent aujourd’hui le Christ crucifié, comme LA lumière de leur vie…! Mais, en quoi quelqu’un de crucifié, la souffrance, l'épreuve, des échecs, des trahisons, des injustices, et toutes nos morts peuvent-elles être célébrées, l'occasion d'une fête, d’un signe de reconnaissance ?? Est-ce un idéal de bourgeois stoïciens amoureux de l’ordre et de la maitrise de tout en manque de truc un peu sadique? Qui oserait aller fêter dans un hôpital, dans un asile, dans un pays communiste, les épreuves, les souffrances de ceux qui sont enfermés? 

C’est pour cela que la croix est un mystère de foi, une lumière qui nous aveugle, qui d’abord ne nous dit rien tellement elle nous dépasse, tellement elle est violente, scandaleuse, insupportable humainement parlant ! Ce devrait être l’occasion pour le chrétien de réapprendre que sa foi IL NE LA POSSEDE PAS ! Il ne sait même pas ce que sait ; et ce qu’il en touche n’est rien à côté de ce qui lui est donné et qui est caché

En cela, le triomphalisme, le fidéisme, l’évangélisation conçue comme une évidence à transmettre sont juste une erreur et une idéologie qui engendre les monstres de notre monde ! Le vendredi saint, le chrétien doit réapprendre à se taire : il est porteur d’un secret qui le fait vivre et qu’il mendie tout les jours, point! La croix est le lieu d’un salut qui nous échappe, et qui met le Christ lui-même dans le silence ! Les apôtres ne faisaient pas fière figure ce jour là ! Parce que c’est une lumière qui vient d’en haut et qui ne peut être reçu que comme un don actuel, dans une mendicité personnelle avec celui qui la vit entièrement : Jésus. 

La croix c'est Jésus-Agneau présent dans toutes nos souffrances, présents dans toutes les victimes innocentes, les victimes d'injustices, de trahisons, dans tout ceux qui soufrent, volontairement ou non, dans toutes espèces de mal. C'est la certitude caché d'une fécondité dans tout cela, que rien n'est vain, que nous ne mesurons pas notre vie, que nous ne connaissons et ne pouvons juger aucune vie. 

 

Fr Grégoire

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Rien de plus sérieux que la folle inconscience...

23 Mars 2016, 06:18am

Publié par Grégoire.

Rien de plus sérieux que la folle inconscience...

 

Il sonne à toutes les portes de la ville, un grognard,un rescapé de la Berézina actuelle; Il flotte dans sa longue pèlerine, officier sans arme ni armée, avec le regard de celui qui revient de mille voyages vécus… Sa misère est indécente, autant que ma surprise.. « Vous pourriez me faire un sandwich…? » Il fait les cent pas devant ma porte, il parle avec une intonation digne d'un monarque ou d'un tsar, nomade rimbaldien, mendiant errant dans un monde où l'on préfère s'extasier d'une expo de « street art » à New York que de se confronter au véritable art urbain, à un pèlerin de Caravage aux pieds sales qui frappe à votre porte… Et oui, c'est plus tendance et chic d'aller admirer « les mangeurs de pommes de terre »  de Van Gogh, de faire la queue entre soi au seuil d'un musée hollandais que d'accueillir cette beauté du bord des mondes, si loin de la norme esthétique bien conventionnelle… « Avec un whisky pour vous réchauffer, ça ira? » Voila comme un lundi matin peut avoir soudain  la beauté inattendue d'un conte russe, vous offrir gratuitement la visite de Celui qui nous demande tout simplement « m'aimes tu. ..? » et qui semble sans l'ombre d'un doute fort apprécier le Glenfiddich. ..! « tu es totalement folle et inconsciente… » ça, c'est une certitude !

SRD

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L’action de grâces

21 Mars 2016, 06:24am

Publié par Grégoire.

L’action de grâces

 

Si l’action de grâces maintient en nous la joie et la fait grandir, elle avive aussi en nous un désir, une soif d’aller toujours plus loin. Et tous les jours nous avons à remercier. Sachons reconnaître que Dieu a mis auprès de nous des frères qui ne sont pas des tyrans, des frères qui exercent leur autorité à la manière de saint Joseph. C’est grand, cet exercice de l’autorité dans la pauvreté et la simplicité ! On ne remercie pas assez de cela. Et puis… il y a tout ce que Dieu fait pour nous ! Tous les jours il nous donne la nourriture, et voilà qu’on se met à critiquer parce qu’on trouve que ce n’est pas assez bon, ou je ne sais quoi… tout cela parce qu’on n’est pas un vrai pauvre. Le vrai pauvre reçoit tout gratuitement ; il sait que tout lui est donné gratuitement, et il remercie. C’est extraordinaire, de voir comment les vrais pauvres remercient pour un bout de pain. Si nous avions faim, nous comprendrions ce que c’est que le don du pain, le don qui nous est fait chaque jour.

L’âme qui maintient en elle l’action de grâces dissipe tous les murmures et toutes les critiques. C’est pour cela que Jésus réclame de nous cette action de grâces. Comprenons bien : Jésus n’a pas besoin de notre action de grâces ; c’est pour nous qu’il dit cela. C’est nous qui en avons besoin, parce que nous ne sommes dans la vérité, au niveau humain religieux et au niveau surnaturel, chrétien, que quand nous remercions. Parce qu’alors nous reconnaissons notre état de pauvreté, nous reconnaissons que tout nous a été donné gratuitement, et que cela nous a été donné généreusement, et que cela ne vient pas de nous. C’est quand on manque de pauvreté qu’on manque de joie. Et l’action de grâces maintient en nous cet esprit de pauvreté.

MD Philippe, op.

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Une sainte ironie...

20 Mars 2016, 06:23am

Publié par Grégoire.

Une sainte ironie...

La parole du pape François va plus vite que la balle qui le menace. C’est assez facile somme toute de dire ce que cet homme a d’extraordinaire. Ce n’est pas son royaume d’opérette. On dirait un éclat du rocher de Monaco en plein milieu de Rome, une miette tombée de la tartine d’un ange – de la confiture de marbre. Ce ne sont pas non plus ses ancêtres, les précédents chefs de bureau. Leur lignée, dit-on, remonte à saint Pierre. L’éternité est une gamine qui joue aux osselets avec les reliques des saints. Ce n’est pas plus ses costumes époustouflants de blancheur, ni ceux crème de framboise des cardinaux qui parfois l’encerclent, rêvant de l’étouffer. Écartons tout pour bien voir la magie de cet homme, sa manière incroyable de mordre le réel, de nous mordre le cœur pour qu’il se remette à battre. L’Église catholique est une rentière avec à son cou plissé de jaune (trop de bons repas, trop de cholestérol) le collier des notes de Jean-Sébastien Bach, et à ses doigts les bagues de Rembrandt : ambre et mystère. Siestes théologiques, double anniversaire à Pâques et à Noël, la vieille dame est gâtée, gâteuse. Pour voir ce que l’héritier, le plus que jeune François, a de sublime, enlevons toutes ces images, faisons un feu de jardin avec toutes ces richesses. Voilà : ce qu’il reste c’est la parole de cet homme. Ce qu’elle a d’unique c’est qu’elle est humaine dans un monde qui ne sait plus ce qu’est l’humain. Le prodige est aujourd’hui d’être doué de bon sens, et d’un cœur rayonnant.

 

Au premier soir de son élection il souhaite une bonne soirée aux milliards d’incrédules qui le regardent sur leur écran. La plupart n’ont pas eu droit à une bienveillance aussi vraie (la vérité s’attrape à l’oreille) depuis leurs premiers jours sur terre. Il fait aussi cette chose héroïque : il demande qu’on prie pour lui puis se tait une minute, imposant au monde assourdissant une minute de suspension de souffle, de silence angélique. Tels furent ses débuts : un peu de calme aux enfers. Une toute petite fleur blanche sur la place Saint-Pierre. Depuis il n’arrête pas d’être ordinaire et profond – un homme très simplement, à lui seul une espèce en voie de disparition. Voyez les visages des politiques : ils fuient comme de l’eau et du mensonge. Voyez son visage à lui : un sourire un brin voyou, le treizième apôtre qui traverse un champ de blé à la suite de son maître insensé. Il a dans les yeux une joie soucieuse. Il sait que, pour obéir à l’essentiel, il faut rompre avec les lois. Une des lois puissantes de notre monde c’est la révérence envers le nombre et l’argent. La mafia italienne (et pas seulement elle : toutes les mafias de l’économie) ne veut pas seulement régner, elle veut qu’on la bénisse. Les tueurs vont à la messe cachés parmi les pauvres. Les tueurs veulent un nimbe d’or, une approbation du Dieu qu’ils imaginent tout-puissant et un peu gras – leur modèle en somme, l’architecte milliardaire du paradis. Et de passage dans une ville tuméfiée par la mafia, ce pape dit très crûment, très clairement : la mafia pue. Il n’accorde pas de bénédiction à ceux qui font rentrer la drogue dans les veines, et la peur dans les âmes. Hoquets de scandale, étouffement des mafieux. Personne ne se scandalise mieux qu’un bourgeois.

 

Un « réseau » couvre le monde. Une « toile ». Nous devrions faire plus attention aux mots. Cette « toile », est-ce celle de l’araignée ou est-ce celle de l’oiseleur qui attrape les migrateurs, les âmes de passage ? Tout parle à personne, jour et nuit. Les réseaux sont plus enflammés que des reins malades. La toile a des mailles de plus en plus serrées. La lumière passe de moins en moins. Quelqu’un qui nous parle, c’est très rare. Quelqu’un qui nous parle c’est quelqu’un qui nous arrête et soudain change notre vie. Cet homme sur son balcon, ce tout-blanc, par sa parole il déchire les écrans, les voiles. La toile. C’est inoubliable, une vraie parole. Elle seule peut changer le monde. L’Église, cette vieille dame sur sa fin, riche et puante de morale – voilà que par la gaieté de ce pape elle récupère une jeunesse, ressemble de plus en plus à une gitane deux fois millénaire, prête à danser. Des cardinaux méchants, véreux, assoupis, ont élu à leur tête un poète – car c’est être poète que toucher les cœurs par quelques mots lancés comme du pain aux moineaux. Cet homme est un poète. Ce poète est un penseur. Il parle aux enfants et aux génies. Il est de la même race dure.

 

Il n’y a que le pape pour être pape. Le lieu, la fonction et le nom qu’il habite sont les plus conventionnels du monde. Chaque fois qu’il parle ou même qu’il sourit, il pulvérise cette convention mortifère. Aux cardinaux congestionnés, rouges verrues sur le visage du Christ, il reproche leur « Alzheimer spirituel », la maladie de leurs « mornes visages », la lèpre de leur science inutile. Comment ne pas croire celui qui, à chaque mot qu’il prononce, fait trembler son propre pouvoir ? Comment ne pas entendre cet homme dont l’honneur est de ne jamais chercher son intérêt, sa parole qui, sur notre mort mondialisée, fait passer le souffle purifiant de Palestine, le vent léger et bleu du lac de Tibériade ? 

 

Christian Bobin

http://le1hebdo.fr/auteurs/christian-bobin-476.html

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L'art contemporain ou le dénigrement du travail...

19 Mars 2016, 06:36am

Publié par Grégoire.

L'art contemporain: fabriquer de la valeur sans travailler, sans un contact long avec une matière, avec un labeur...   L'art contemporain est un pur fruit du capitalisme : créer de la valeur sans travail !

L'art contemporain: fabriquer de la valeur sans travailler, sans un contact long avec une matière, avec un labeur... L'art contemporain est un pur fruit du capitalisme : créer de la valeur sans travail !

Extrait titré d'une version longue de la conférence gesticulée - inculture 1 où Franck Lepage développe une demi-heure son propos sur l'art contemporain . filmé à Amiens pour associations d'éducation populaire : "la Boite sans projet" http://www.boite-sans-projet.org la conf. complète : https://www.youtube.com/watch?v=ixSI7...

Christine Sourgins, auteur des Mirages de l’art contemporain, s’est prêtée à l’exercice de l’entretien à la suite d’Aude De Kerros, il y a quelques semaines. Qu’est-ce que l’art contemporain ? Sur quels mécanismes repose-t-il ? En quoi peut-on dire qu’il a tué toute représentation de la peinture en France ?

Entretien réalisé par PLG, pour Contrepoints.

Quels signes vous semblent montrer que la peinture a disparu en France ? Disparu d’où ?

  • Il n’y a pas de grandes rétrospectives de peintres français à Beaubourg par exemple (Rebeyrolle, Rustin, Crémonini, Mathieu, etc. pour les vivants, Garouste ou Truphémus etc.). Parfois les fonctionnaires de la culture l’avouent eux-mêmes comme Alain Seban, directeur du centre Pompidou : « Longtemps on a répugné à défendre les artistes français de crainte d’être accusé de nationalisme. »
  • Il y a aussi la manière dont sont traités les Salons historiques, si peu aidés qu’ils doivent accepter la présence d’amateurs pour financer l’événement et l’ensemble devient fort inégal ; les bureaucrates de la culture ont alors beau jeu de dire : « vous voyez bien, la peinture aujourd’hui n’a pas un bon niveau ».
  • Il n’y a plus d’émissions sur les grandes chaînes de télévision, de reportage sur les galeries… ou les ateliers. Idem dans la grande presse, dans les années 80, Le Figaro accordait des pages à un peintre comme Verlinde… qui, à plus de 80 ans, vient de décrocher une énorme commande de fresques… en Suisse !
  • Et dans la plupart des écoles des Beaux-Arts, il n’y a plus d’enseignement du métier (mais du conceptualisme, du marketing et du réseautage). Les jeunes, pour apprendre les techniques, s’en vont depuis longtemps, en Russie ou aux États-Unis.

Photo  SourginsConsidérez-vous que le dirigisme culturel est directement responsable de la destruction de l’art classique en France ?

Oui mais pas uniquement de l’art classique, le classique est un style parmi d’autres. Le dirigisme est responsable d’une attaque plus large contre la définition même de l’art. Duchamp a inventé le ready-made en 1913 mais le plus connu est l’urinoir de 1917 : un objet appartenant à la vie quotidienne, détourné de sa fonction utilitaire, devenant œuvre d’art par la volonté de l’artiste. Ce qui compte dans l’Art Duchampien, n’est pas d’incarner une inspiration (avec des émotions, idées, rêves, visions etc.), dans une matière grâce à un travail formel, ça, c’est la définition millénaire de l’art. Avec Duchamp, l’idée prime la forme,  c’est l’intention qui compte : l’art a une base conceptuelle. Duchamp ne crée plus, il décrète. C’est une redéfinition drastique de l’art où le sens n’est plus un don de la forme, il n’y a plus ce lien organique entre les deux, désormais le sens est en dehors de l’œuvre, dans un discours plaqué sur des objets ou des situations (performance). C’est une autre définition de l’art qui n’a plus grand-chose à voir avec l’art de Lascaux jusqu’à l’Art Moderne inclus. L’art dit contemporain est en fait l’art d’une toute petite partie de nos contemporains qui travaillent dans la mouvance de Marcel Duchamp. Pour lever toute ambigüité, j’ai proposé dans mon livre d’employer le sigle AC, pour désigner ce sens particulier du mot contemporain appliqué à l’art.

Détruire la peinture, c’est détruire des critères de jugement esthétiques.

Quel est le bénéfice tiré de cette disparition par ceux qui en sont responsables ?

Il s’agit moins d’un problème de concurrence, que de tolérer, ou pas, un  vis-à-vis révélateur : en France – le pays où s’est inventé la peinture moderne, tout de même – maintenir une peinture de qualité dénoncerait le vide et la fatuité d‘un art conceptuel usé jusqu’au rabâchage mais soutenu par les subventions. Le courant duchampien est par définition prédateur puisque le « détournement » est une de ses logiques favorites : il lui faut donc de la chair fraîche à détourner en permanence… d’où son goût pour le patrimoine qu’il peut squatter et tourner en dérision à loisir.  Détruire la Peinture, c’est aussi détruire des critères de jugement esthétique, jusqu’ici internes à l’œuvre : c’est ouvrir la voie à la spéculation qui va remplacer les critères esthétiques par les critères financiers. Il vaut mieux pour la ploutocratie au pouvoir que l’Art au sens propre, au sens premier, existe le moins possible car il attire l’attention sur la qualité ; or l’AC permet de conditionner le spectateur au règne du matérialisme et de la finance, à la dictature du quantitatif et de l’éphémère…

Ce phénomène de disparition n’est-il pas lié à une lassitude du public ? Un attrait supérieur pour la photo qui aurait remplacé la peinture ?

Qu’il y ait un intérêt pour d’autres médias, c’est normal et c’est très bien. Personnellement, j’adore le cinéma… ce qui ne m’empêche pas d’apprécier aussi la peinture ! L’invention de la fusée n’a pas périmé la bicyclette. Le problème est la disparition par le mépris : cet « articide » n’est en rien  fatal ou spontané, il a été organisé sous couvert… de politique de création : l’État s’est mêlé de ce qui ne le regarde pas, d’inspecter les artistes par exemple – nous avons des inspecteurs à la création artistique ! Cet articide fut accompagné de morts bien réelles d’artistes écœurés par l’étouffoir mis en place, et de l’étiolement de bien des talents qui n’ont pas tous résisté. Deux générations d’artistes ont été sacrifiées.

Quelle est la force de l’art contemporain ? Qu’est-ce qui explique son succès ?

Sa force est financière et médiatique et, en France, institutionnelle : c’est un art officiel, dans sa version duchampienne, l’AC (à ne pas le confondre avec les artistes vivants qui sont bien nos contemporains mais qui continuent à travailler selon une autre définition que celle de Duchamp). Mais attention, si l’art officiel n’est pas nouveau, ce qui est inouï aujourd’hui, c’est qu’en France cet art officiel n’a pas de contrepoids : l’État, les grands collectionneurs qui sont des capitaines d’industrie, les grands médias, l’Église (voyez les Bernardins), tout ce qui a du pouvoir soutient la même chose. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays, où, même si l’AC est important, il n’a pas tué la Peinture.

Nous n’osons plus penser par nous-mêmes. Notre société ne cherche plus la Vérité, mais le consensus.

Comment expliquez-vous que des personnes sincères et cultivées puissent aimer l’AC ?

Le bougisme, le jeunisme, la confusion entre culture et divertissement, ce dernier semblant s’imposer comme la version démocratique de la culture : Koons, c’est évidemment plus facile à comprendre que Cranach et ceci ouvre le faux procès de l’élitisme supposé de la Grande Peinture. Cranach est accessible à une fille d’ouvrier – j’en sais quelque chose – comme à une fille de diplomate. Dans les deux cas, Malraux a raison, qui dit que la culture ne s’hérite pas mais se conquiert : il faut faire un effort. Et l’effort, rien de plus démocratique ! C’est la-dessus que reposait l’École de Jules Ferry, celle qui m’a formée. J’ai d’ailleurs tout un chapitre du livre qui explique comment la vision de Malraux a été dévoyée. Plein de gens font des efforts pour pratiquer l’alpinisme ou la randonnée alors pourquoi seraient-ils impotents côté peinture ? Je donne régulièrement des conférences sur la peinture du XIXème au XXIème pour que le public se réapproprie cette histoire : ce sujet passionne des gens d’horizons différents ; il suffit de leur expliquer.

Autre chose, on peut être sincère, instruit, au sens où l’on connait des artistes, des styles du passé, etc. mais collectionner passivement des informations : être passé, sans s’en rendre compte, d’une attitude cultivée à une attitude de consommateur. De là, une absence de réflexion de fond chez ces gens, sincères, cultivés, « sympas » assurément, mais souvent paralysés par la peur de passer pour rétrograde, de chagriner le cousin ou le patron qui collectionnent de l’AC, bref la peur de faire des vagues, en osant penser par soi-même et le dire. Nous sommes dans des sociétés où l’on ne recherche plus la vérité, mais le consensus : c’est tellement plus cool de hurler avec les loups et de bêler avec les agneaux…

N’est-il pas une façon de mettre tout le monde sur un pied d‘égalité ?

Vu les arguments avancés par l’AC et que j’ai détaillés dans mon livre, c’est l’égalité dans la médiocrité. Je préfère viser l’égalité dans l’excellence.

L’art Duchampien, spéculation intellectuelle, a entraîné une spéculation financière : on a donc eu droit à une rhétorique obscure, alambiquée (élitiste pour le coup !) puis à un art financier avec d’un côté les grands collectionneurs qui ont droit de visite privée dans les foires, ont les bonnes infos sur les « coups » montés aux enchères etc., et de l’autre côté, en totale asymétrie, le tout venant des bobos collectionneurs, qui s’imaginent faire moderne et branché et qui, dans ce casino qu’est l’art financier, seront les dindons de la farce.

Au-delà de l’aspect « intéressé » de ses défenseurs, n’y a-t-il pas une volonté de certains groupes minoritaires de s’attaquer aux structures qui font la civilisation occidentale ?Les-mirages-de-l-art-contemporain.net

Il y a deux aspects dans votre question. Savoir si l’AC s’attaque aux valeurs qui nous permettent de vivre ensemble, la réponse est oui. Est-ce un complot ? La réponse est non. Nous vivons dans des sociétés complexes, le complot de papa avec cagoules et réunions nocturnes, c’est fini. Les choses se passent autrement, plus simplement et plus ouvertement : il suffit qu’un certain nombre d’acteurs de la société  aient, sans même se concerter, des intérêts convergents. Ces convergences seront présentées – parfois de bonne foi, c’est encore plus efficace – comme le sens de l’histoire. Exemple : la peinture c’est périmé puisque nous avons les écrans, c’est une évolution technique irréversible etc. Il y a probablement des guerres culturelles (pour reprendre une expression qui nous vient des États-Unis) comme il y a eu, après la Libération, une guerre froide. Mais les guerres culturelles sont diffuses, elles se répandent de manière virale, pas besoin de chef d’orchestre.

Jean Clair a défini l’AC comme « une vidange généralisée des valeurs ». J’en ai répertorié les principaux aspects, et montré dans Les Mirages de l’Art contemporain que la  transgression n’était pas une dérive, un dérapage malheureux mais une donnée structurelle à partir du moment où s’impose la définition duchampienne de l’Art. L’art dans sa première définition vise, pour faire court, la Beauté et la célébration du monde. Duchamp, après ses ready-made, n’a que faire de la beauté. Celle-ci sera remplacée par une transgression/ provocation tous azimuts. C’est  même devenu la définition de l’AC : une transgression de l’Art devenue un art de la transgression. L’AC se targue d’une fonction critique mais celle-ci n’est pas la bienfaisante critique constructive qui permet d’amender les choses. L’AC est un nihilisme qui se complait dans un système qu’il conforte en faisant mine de le contester. En fait, il est l’art, non pas de notre société (dire qu’il est son reflet pour le justifier est mensonge) mais l’expression du pouvoir d’une petite caste : celle-ci s’accommode fort bien de l’éradication de toutes les valeurs ou identités, pourvu qu’on n’abolisse pas les valeurs financières.

La Reductio ad Hitlerum nous a beaucoup discrédités, mais la corde est usée.

Ne défendez-vous pas une conception « archaïque » de la peinture, et plus globalement de la culture ?

Pas plus que le paysan qui veut des semences non trafiquées et se méfie des pesticides. Nous ne sommes plus au XXème siècle où l’industrie chimique puis le nucléaire promettaient le paradis sur terre. Le progrès oui, mais pas à n’importe quel prix : respirer est sans doute un geste très archaïque mais indispensable et vital. Je défends une culture qui permet à l’individu de s’inventer une intériorité vivifiante et de communier avec les forces créatrices qui nous entourent ; de vivre ensemble comme avec les générations qui nous ont précédés ou nous suivront. Une forme d’écologie culturelle, mon livre est un plaidoyer pour la diversité culturelle : Duchamp et ses émules (qui l’ont d’ailleurs trahi mais c’est une autre histoire) ne me gênent en aucune manière, mais qu’ils aient pris en otage les mots art, artiste – et « contemporain » – semant ainsi la confusion pour mieux éradiquer tout ce qui n’est pas eux, oui ! Les sectaires et les rétrogrades, accrochés à un urinoir  vieux d’un siècle, ce sont eux.

En quoi la puissance de l’AC est-elle gênante d’après vous ? N’est-ce pas une querelle d’artistes uniquement ?

Surtout pas, j’ai mis en tête de mon blog : « si vous ne vous occupez pas de l’AC, l’AC s’occupera de vous. » Prenons le genre. Duchamp a commencé depuis belle lurette de jouer avec, en se travestissant en « Rrose Selavy ». Depuis longtemps, sous couvert d’art, les jeunes sont « travaillés » en leur faisant accomplir des performances qui déconstruisent les stéréotypes. Beaucoup de parents se rendent compte de l’existence de l’AC quand leur gamin leur raconte une visite scolaire « bizarre » ; on les a par exemple amenés à jouer avec de la nourriture (comme Michel  Blazy), leur faisant, dans la bonne humeur, transgresser un des derniers tabous : ne pas gaspiller la nourriture car tout le monde ne mange pas à sa faim. En fait, l’AC applique des techniques de manipulation utilisées dans le marketing. C’est un dressage du citoyen sous couvert d’activités culturelles ludiques, la transgression passe mieux quand elle est drôle. Mon livre est aussi un kit de survie aux expositions d’AC : comment s’apercevoir qu’on est manipulé. L’AC est redoutable car il ne procède pas de face, mais par le biais de la subversion, or subvertir c’est contraindre en douceur.

Vous dites avoir été victime du mécanisme classique de fascisation ?

Le problème le plus récurrent est le déni. Le public ne pense pas qu’un système aussi retors se soit installé sans que les intellectuels n’aient lancé d’alerte. Mais ceux-ci n’ont rien dit car ils y ont contribué ! D’où, pour eux, l’évitement du débat : ils ont mauvaise conscience, ce qu’ils camouflent derrière l’arrogance et l’autosatisfaction. Ils affectent de ne pas entendre les critiques… refusent le débat de front. Mais le fait est que nous constatons que certaines critiques finissent par porter, parce qu’elles se diffusent, tout simplement. Et que le public commence à être immunisé contre un certain nombre de manipulations. La Reductio ad hitlerum a beaucoup servi également mais la corde commence à être usée et dissimule mal le manque d’arguments.

Que préconisez-vous pour inverser la tendance ? Cela passe-t-il par l’arrêt des subventions et du dirigisme culturel ?

Inverser la tendance voudrait dire faire la même chose à l’envers, non merci ! Il faudrait au minimum, l’arrêt des subventions pour l’AC (pas pour le patrimoine, bien sûr) et exiger la transparence dans les actions des fonctionnaires : ils travaillent avec l’argent public et ont des comptes à rendre, ce qu’ils ne font pas ; on ne connait jamais les montants et les critères d’achats des œuvres par exemple. Enfin, il faudrait que l’État arrête de vampiriser le mécénat privé. Mais cela passe aussi par une prise de conscience de chacun. On n’échappera pas à l’effort d’ouvrir les yeux sur les mécanismes du monde culturel, sur nos compromissions. Mon livre se conclut sur la phrase de Soljenitsyne :  « le mensonge ne passera pas par moi ».

Qu’envisagez-vous comme actions à court terme et long terme ?

Accompagner et présenter des artistes occultés : un site est en préparation pour que le public se réapproprie l’art d’interpréter des peintures. Et continuer sur mon blog à « déconstruire la déconstruction », ce qui donne une lettre d’information gratuite « le grain de sel du mardi ».

Christine Sourgins sera l’intervenante du prochain Café Liberté, lundi 05 mai à 20h. Café « Relais Odéon », 75006 Paris.

— Christine SourginsLes Mirages de l’art contemporain, La Table ronde, 272 pages.

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Spotlight

18 Mars 2016, 06:06am

Publié par Grégoire.

Spotlight

Spotlight raconte l'enquète, publiée en 2001, par des journalistes du Boston Globe et le scandale qu'elle révéla sur des prêtres pédophiles. Durant des décennies, l'Eglise catholique locale -mais également des instances légales et gouvernementales- ont étouffé les abus sexuels perpétrés par des prêtres sur des enfants, et ont systématiquement soustrait les coupables à la justice. Un phénomène à grande échelle : au moins un millier de victimes, rien que dans la région. Et une politique du silence qui s'étend bien ­au-delà du Massachusetts...

« Spotlight » est le nom de l'équipe de journalistes qui, au bout de longs mois d'efforts, en dépit de toutes les pressions, a cherché et révélé la vérité. Ce qui lui a valu le prix Pulitzer.

 

Critique par Marc Rastouin, sj.

Je ne suis pas allé voir ce film avec des pieds légers… et je n’en suis pas ressorti avec des pieds légers… D’un point de vue cinématographique, il est certes quasi parfait: le scénario, la mise en scène (comment tenir l’attention deux heures avec des journalistes faisant un travail d’enquête, lisant, discutant, prenant des notes c’est une performance), les acteurs (mention spécial à Mark Ruffalo), la crédibilité et la véracité historique et il mérite largement ses six nominations aux oscars. Particulièrement notable est la volonté de rester sobre, pudique, de ne pas trop en faire. Et je suis heureux que l’Osservatore Romano, La Croix et le reste de la presse catholique aient loué le film. Dont je rappelle qu’il est le récit de l’enquête du Boston Globe sur la façon dont l’archidiocèse de Boston a couvert pendant des décennies des prêtres pédophiles sans les empêcher de nuire. Je pourrais m’arrêter là mais je ne peux pas ne pas continuer un peu… Plusieurs réflexions me sont venues en repensant au film (et à l’histoire qu’il raconte). Tout d’abord c’est une grande peine – une souffrance réelle pour un catholique, un prêtre – de voir une institution fondée sur le Christ, qui avait une telle attention pour les petits enfants totalement ignorés en son temps, qui avait dit ‘celui qui scandalisera un seul de ces petits, il mérite qu’on lui attache une pierre au cou et qu’on le jette dans la mer’, trahir à ce point son fondateur. Et la question surgit nécessairement: comment cela a-t-il été possible? (une fois mises de côté les phrases habituelles sur le fait que les choses étaient différentes dans ces années-là…, que de tels faits existaient et existent dans bien des institutions analogues (depuis le monde juif ultra-orthodoxe jusqu’aux équipes sportives et aux orphelinats, etc, etc)… que la masse des abus dans les familles est la base de l’iceberg, etc, etc). Le film se garde de donner une réponse. Il suggère quelque chose, à la fois visuellement par la représentation de ces églises massives au coeur des quartiers populaires et par les réponses orales des vieux irlandais qui étaient au courant: le poids d’une institution colossale dont les écoles, hôpitaux, et autres paroisses quadrillaient et soutenaient les quartiers populaires de la ville (douloureux de voir d’ailleurs que ces prêtres abuseurs formés dans les années 50/60 venaient souvent des mêmes familles que leurs victimes et avaient souvent été eux-mêmes victimes d’abus): Regarde tout ce qui se fait, tout ce que l’Eglise fait et a fait pour cette ville et cette communauté disent ces bâtiments et ces vieux irlandais… il faut du staff, on ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs, quelques pommes pourries (6% quand même…) ne doivent pas faire oublier les milliers d’autres, etc…. On sent combien, pour justifier cet engagement institutionnel, certains (à tous les niveaux) ont choisi de fermer les yeux sur les souffrances des victimes. Il y a une logique institutionnelle. Et puis il y a aussi une autre logique que l’on rencontre dans toutes les communautés humaines fortement hiérarchisées: l’absence de contrôle effectif de la hiérarchie, la difficulté de critiquer un prêtre, la gestion opaque et autoritaire de ladite institution. Et l’on comprend mieux pourquoi cette crise remet en cause le fonctionnement au quotidien de l’église catholique et appelle à des mécanismes de partage des responsabilité, à la critique de la sacralisation excessive du prêtre (que j’ai entendu encore récemment chez certains jeunes catholiques), à l’existence de procédure indépendante d’enquête, etc. Un film qui fait réfléchir et… qui fait prier… 

http://www.marcrastoin.fr/spotlight/

 

Pour aller plus loin:

Au-delà de la lumière faite sur ce scandal et ces crimes commis, une des causes profonde de ces abus vient, semble-t-il, d’un cléricalisme -corruption du pouvoir spirituel- et un certain stoïcisme puritain -quête maladive d'être parfait, sans taches morale aucune- qui règne, régna -règnera?- dans l’Eglise-institution; autrement dit, une peur d’aimer ou une chasteté vécue comme une négation de toute tendresse ou affection humaine ! 

Une psychiatre, la Baronne Sheila Hollins UK, membre de la chambre des Lord, a coopéré avec le Vatican –Cardinal Levada- et est intervenue pour les abus sexuels en Ireland. Elle a fait un rapport sur les causes profondes de ces abus lors de la venue de Benoit XVI en Angleterre : « All priest needs a hug a day » ou elle dit que la plus part des cas de pédophilie sont apparu dans une ceinture géographie/culturelle de puritanisme moral tyrannisant, dans des sociétés ou la critique, le milieu et l’opinion était assassin, et tuant, c.a.d sans confiance, et formel.

1. Quelle place pour la croissance du coeur chez les clercs? Quelle place pour l'amitié ? Quelle place pour la femme... ?

2. Quelle place pour l'ouverture réele du coeur dans ses misères? N'est-ce pas la place de la miséricorde? Pouvoir s'ouvrir d'une fragilité, d'une tentation, et le cas échéant suivre un traitement médical, sans être immédiatement réduit à cette tentation ou ce désordre. 

3. Si les prêtres/clercs, ne connaissent pas une pauvreté radicale et/ou des oeuvres de charité pour contrebalancer leur fonction "liturgico-sacramentelle" ils seront corrompu par le pouvoir spirituel qu'ils exercent... Les siècles témoignent, et la corruption du pouvoir spirituel est pire que tout ! C'est cela qui est reproché et qui engendre souvent le laïcisme athée que nous connaissons... (et là, les laics -très pieux- ne sont pas toujous une aide en idéalisant les prêtres....)

De plus, souligne-t-elle, la vie affective des prêtres doit être développés et ceux qui réfléchisse à la formation des clercs doivent y être attentif : un prêtre est un homme ! Il a donc besoin d’aimer, d’amitié et de tendresse ! 

N’est-ce pas les cri du pape François récemment :

« Je voudrais tellement une Eglise de pauvres, pour les pauvres ! » -et-

« N’ayez pas peur de la tendresse ! » 

fr Grégoire.

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Notre civilisation est morte. Qui serait prêt à mourir pour nos valeurs?

17 Mars 2016, 06:06am

Publié par Grégoire.

Notre civilisation est morte. Qui serait prêt à mourir pour nos valeurs?

Michel Onfray, jeudi s’ouvre à Cologne le Carnaval, avec la journée de la femme qui sera l’occasion pour rappeler les agressions sexuels de masse du 31 décembre. Quelle a été votre réaction aux faits?

«Je trouve sidérant que notre élite journalistique et mondaine, intellectuelle et parisienne, si prompte à traiter de sexiste quiconque refuse d’écrire professeure ou auteure, n’ait rien à dire au viol de centaines de femmes par des hordes d’émigrés ou d’immigrants, comme on ne dit plus, car le politiquement correct impose migrants. Cette même élite, si prompte à trouver de l’antisémitisme partout, y compris chez moi quand j’écris un livre contre Freud qui désire travailler avec les nazis pour sauver la psychanalyse sous le III° Reich , n’a rien à redire non plus sur les déclarations antisémites quand elles viennent de musulmans intégristes. La France a renoncé à l’intelligence et à la raison, à la lucidité et à l’esprit critique. Michel Houellebecq a raison : nous vivons déjà sous le régime de la soumission».

 

Dans votre livre «Penser l’Islam», vous dédiez quelques pages au rôle de la femme dans le Coran traitée d’inférieure par rapport à l’homme. Est-ce que les problèmes de Cologne naissent du Coran à votre avis ?

«Ces problèmes relèvent surtout de la situation libidinale de jeunes hommes sans partenaires sexuels et dans une situation sociologique sans points de repères. Cette régression fait songer à ce que furent probablement les rapts de femmes dans les hordes primitives. Le Coran affirme l’inégalité entre les hommes et les femmes, une sourate dit aussi : “Vos femmes sont pour vous un champ de labour : allez à votre champ comme vous le voudrez” (II.223), mais l’invitation au viol collectif ne s’y trouve tout de même pas explicitement recommandé».

 

Quelle est a été votre impression sur la communication des autorités allemandes à propos des faits à Cologne et dans d’autres villes?

«Pour effacer le réel il suffit de ne pas le dire. C’est la loi des médias: ce qui n’est pas montré n’a pas d’existence. Mais la multiplication des réseaux libres fait que la domination des médias d’Etat se trouve supprimée par les médias libres qui rapportent ce qui a vraiment eu lieu».

 

Elisabeth Badinter a affirmé qu’il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe, si c’est pour parler vrai. Etes-vous d’accord?

«Elle a tout à fait raison. Et je suis suffisamment insulté pour souscrire sans réserve…».

 

Sur la question du terrorisme islamiste, vous tenez pour responsables «des décennies des bombardement occidentaux» d’un coté, mais de l’autre vous expliquez que une attitude belliqueuse et totalitaire de l’islam est bien ancré dans le Coran. N’y a t-il pas contradiction? A qui va la responsabilité majeure?

«Les deux ne s’excluent pas: l’occident a tué 4 millions de musulmans depuis la première guerre du Golfe (selon un rapport des Physicians for Social Responsability, ndr) et le Coran invite à la guerre contre les infidèles. Ce mélange détonnant produit la situation dans laquelle nous nous trouvons. Je rappelle qu’à l’époque où les Etats-Unis travaillaient avec Ben Laden contre les soviétiques en Afghanistan le terrorisme islamique n’était pas d’actualité sur la planète».

 

Pourquoi prendre la première guerre du Golfe en 1991 comme point de départ? Si la «guerre de civilisations» existe, comme vous dites, ne remonte-t-elle pas à plus avant dans le temps? 

«Oui, bien sûr, elle existe depuis l’Hégire et je le montre dans un très gros livre auquel je travaille et qui s’appellera Décadence. Les Croisades, la chute de Constantinople, la bataille de Lépante, la collaboration du Grand Mufti de Jérusalem avec les nazis, la fatwa contre Salman Rushdie, relèvent de cette histoire tourmentée qui dure encore. Cette méconnaissance des relations entre les deux civilisations chez nos gouvernants, ajoutée à leur imprudence, à leur cynisme, à leur bêtise, explique l’état actuel des choses. L’islam politique est une bombe avec laquelle l’occident joue depuis toujours».

 

Selon votre analyse, un Islam de paix et un Islam de guerre trouvent également leur justification dans le Coran. Est-il raisonnable d’espérer alors dans une victoire de l’Islam de paix? Et que pourrait faire l’Occident pour la favoriser?

«On ne fait la paix qu’en la voulant et on ne la fait qu’avec nos ennemis. Le pacifisme table sur le cerveau et l’intelligence, la raison et le dialogue, la culture et la civilisation ; la guerre, quant à elle, mise sur les instincts et les passions, la vengeance et la haine, la barbarie et l’inhumanité. La France fut la patrie des Droits de l’homme, mais ne l’est plus, la France fut la patrie de la paix perpétuelle avec l’abbé de Saint-Pierre ( dont Kant s’inspire), mais elle ne l’est plus, la France fut la patrie du pacifisme avec Jaurès , mais elle ne l’est plus. Cette même France pourrait prendre l’initiative d’une grande diplomatie et d’une conférence mondiale pour la paix. Mais je n’y crois pas. François Hollande n’a aucun charisme international et il n’a pour seule perspective que d’être réélu, or, la testostérone du chef de guerre est hélas un argument électoral».

 

Vous écrivez que l’islam en ce moment n’a pas trop d’intérêt à être pacifique, vu qu’il pourrait vaincre et dominer. Trouvez-vous la civilisation occidentale vraiment à bout de ses forces, et celle musulmane tellement en progression en Europe?

«Oui, notre civilisation judéo-chrétienne est épuisée, morte. Après deux mille ans d’existence, elle se complait dans le nihilisme et la destruction, la pulsion de mort et la haine de soi, elle ne crée plus rien et ne vit que de ressentiment et de rancoeur. L’islam manifeste ce que Nietzsche appelle “une grande santé”: il dispose de jeunes soldats prêts à mourir pour lui. Quel occidental est prêt à mourir pour les valeurs de notre civilisation : le supermarché et la vente en ligne, le consumérisme trivial et le narcissisme égotiste, l’hédonisme trivial et la trottinette pour adultes?».

 

Vous suggérez des négociations avec l’Etat islamique, qui cependant dit travailler pour l’Apocalypse, la bataille finale entre musulmans et «mécréants» a Dabiq. N’est il pas possible que les jihadistes agissent selon une logique différente par rapport à notre rationalité?

«La France ne trouve pas indigne de négocier avec des pays qui soutiennent ce terrorisme quand il s’agit de faire du commerce et de vendre ses avions de combat : Arabie saoudite, Qatar, Turquie… Les djihadistes sont des soldats qui obéissent à leur calife qui est un chef de guerre et un chef d’Etat. La diplomatie ne saurait fonctionner qu’avec des Etats amis, moralement impeccables et inconnus d’Amnesty International. Il faut diner en compagnie du diable avec une grande cuiller».

 

Vous vous déclarez toujours de gauche, mais sur le terrorisme et sur nombreux d’autres sujets vos opinions sont le contraire de la ligne politique de la gauche au gouvernement. Seriez-vous prêt à vous présenter aux élections du 2017?

«La gauche libérale qui est au pouvoir en France depuis 1983 est très libérale et plus du tout de gauche. Je suis, pour ma part, resté de gauche et antilibéral. Cette gauche qui supprime les 35 heures, envoie des syndicalistes en prison, légitime la location d’utérus des femmes pauvres pour les couples riches, fait de l’école le lieu où seuls les enfants de bourgeois s’en sortent, donne les pleins pouvoirs à l’argent dans la santé et la culture, les transports et les médias, la police et la défense n’est pas de gauche. La voilà aujourd’hui qui réalise les idées du Front National sur l’état d’urgence et la déchéance nationale et de la droite sur la guerre impérialiste! Quant à me présenter aux présidentielles, c’est impossible : je suis un homme seul et sans parti, sans argent et sans réseaux. Mais, pire, je suis un homme d’éthique et de conviction, ce qui est contradictoire avec l’exercice d’une campagne présidentielle où le mensonge et la démagogie font la loi».

 

Pourquoi avez-vous décidé de publier «Penser l’islam» en France seulement dans un deuxième temps? Et après sa sortie en Italie, envisagez-vous de reprendre à vous exprimer dans les médias français?

«Parce que la date de parution coïncidait avec la date de commémoration des attentats de janvier et qu’en France il n’y a plus de place que pour le compassionnel qui est l’antipode du philosophique. Déposer des peluches au pied de la statue de la république est la seule manifestation d’intelligence autorisée par le pouvoir d’Etat soutenu par le pouvoir médiatique. Je reprends la parole, oui, bien sûr, en mars avec la parution de Penser l’islam et d’un livre politique Le miroir aux alouettes. Et puis je crée mon média indépendant pour économiser la bêtise médiatique française».

 

@Stef_Montefiori 3 febbraio 2016

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ARCTIQUE !

15 Mars 2016, 06:13am

Publié par Grégoire.

Short film released in 2015, on the occasion of the publication of the book ARCTIQUE by French photographer Vincent Munier (Kobalann Publishing). The book is available at vincentmunier.com/arctique

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T'as le mouv' Bro'?

14 Mars 2016, 06:05am

Publié par Grégoire.

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Miséricorde !

13 Mars 2016, 06:11am

Publié par Grégoire.

Miséricorde !

L'enjeu de la miséricorde, c'est accepter de se laisser chercher d'une manière accrue par notre Père qui veut se donner à vivre et à connaitre; car la « miséricorde » est la manière dont Dieu est tourné vers nous, nous gouverne et nous attire à Lui pour nous faire vivre de ce qu'il est  :

 

La manière dont Dieu est vers moi, c’est ce qu’on appelle la miséricorde, et c’est pour nous d’abord cet acte créateur, cet acte actuel de Dieu qui me fait apparaitre à partir de rien, qui me fait exister. Dieu me fait ‘apparaitre en lui en m’aimant. C’est un acte actuel: Dieu me porte actuellement, dans mon être, de l’intérieur. C’est donc un amour créateur qui s’impose à nous sans notre consentement. C’est un amour substantiel qui réalise quelqu’un d’une manière définitive, sans condition ni coopération…

 

Dans l’incarnation du Christ, cet amour va plus loin puisqu’il nous recrée: la rédemption est une recréation, qui là encore s’impose à nous sans notre consentement ! Dieu ne nous a pas demandé la permission pour s’incarner; même à Marie: « tu vas enfanter un fils! point ! »- ça s'impose !

(cf Vat II, Gaudium et spes n°22. Cf Somme Théologique, IIIa pars, Q1 & Q2.) De fait ça c’est assez insupportable pour notre conscience d’enfants de consommateur du XXIe siècle, qui absolutisent leur choix de destination de vacances ou de couleurs des murs… ça s’impose ! C’est notre marque propre d’être second : je suis par un autre, « ab alio » comme dit Thomas d’Aquin.

 

Cette vie divine qui déjà est là, en nous, en germe, vivre à la taille de Dieu -car c’est ça la vie chrétienne- cela réclame notre bonne volonté : puisque c’est un don qui nous dépasse, je dois re-choisir constamment de mendier sa lumière (foi), ses désirs sur moi (espérance) et me laisser déborder par son amour (charité) qui est l’épreuve la plus forte que nous puissions connaitre : son don actuel nous rend pauvre, aveugle et sans efficacité ou résultats apparent. Son attraction sur nous nous fait hostie, agneau, holocauste, blé à moudre… bref, nous mets dans la situation la plus inconfortables qui soient, tout le contraire d’une espèce de repos mystico-planant ou d’une soumission stoïcienne volontariste et rigide saupoudré de la bonne conscience satisfaite d’être dans le bon camp !

Ainsi, et malgré ce qu'on croit trop souvent, la liberté humaine n'est pas première: comme on n'est pas libre d'exister, de respirer, d'être homme ou femme, de naitre dans tel pays, à telle époque, dans telle culture, de recevoir telle éducation, d'être telle personne (âme) d'avoir telle capacité physique (corps)…

La miséricorde c’est Dieu qui s’impose comme il veut, selon les voies que lui à choisit : c'est d’abord un don qui nous fait exister et qui dans la rédemption se sert de nos pauvretés pour nous mettre à sa taille, et c'est encore une miséricorde que notre réponse.

C'est pour cela que Dieu permet le péché originel, -et toutes nos médiocrités, nos rapines, nos fautes quelles qu’elles soient- il s'en sert pour nous entrainer dans un don qui va plus loin que la première création: "Ô bienheureuse faute qui nous a valu un tel sauveur!" Être miséricordieux implique donc de porter, de prendre la faute de tout nos frères comme si c’était la notre pour être -nous-mêmes- source de vie divine à travers les blessures qu’elles nous causent !

 

C'est en cela que sa miséricorde ne permettra pas non plus que notre refus soit absolu (dixit St Augustin repris par St Thomas)

 

La miséricorde est donc plus qu'une pitié que certains croyants trop satisfait d'eux-mêmes appellent excès de libéralisme ou plus orgueilleusement ‘manquement à la doctrine’… ceux qui font la volonté de Dieu que Dieu soit d’accord ou non !  La miséricorde, c’est un don excessif, qui est de trop, qui s'impose, au delà de notre conscience et de notre coopération; c'est donc oui complètement ‘anti-éducatif’, ça fait de nous des gens irresponsables et qui doivent être comme pourris de cette miséricorde ! Car c’est l’excès de bonté qui nous corrige, qui brise nos coeurs durs et rigide ! c’est une bonté excessive qui nous fait fondre…! Oui : trop de bonté, trop de gratuité puisque c'est à la taille de Dieu. Et c'est cela la vérité: c'est que Dieu est Père: pure source, pure attraction, pure bonté !

Fr Grégoire.

 

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Le dieu innombrable

11 Mars 2016, 05:54am

Publié par Grégoire.

Le dieu innombrable

Dans la même journée j'avais rencontré Dieu deux fois. La première, dans le métro. Dans les veines de métal, tous ces globules blancs des visages fuyants. Et puis cet homme endormi sur son strapontin. Maigre, jeune, lumineusement noir. Ses tempes - deux petites falaises d'os contre lesquelles battait l'océan du sommeil. Son repos - une ascèse. On aurait dit une statue de bois brûlé, oubliée dans le métro par son créateur - un génie sans doute. Toute présence est divine, mais les présences sont si rares. À quoi tiennent-elles ? Je pensais avant de découvrir ce dormeur que la parole - quand elle se fait plus coupante qu'une lame de rasoir - ou le regard - quand il a la découpe d'un diamant - engendrent ce qu'on appelle une « présence ». Mais là il n'y avait ni parole, ni regard. Juste un prince d'Éthiopie dormant dans sa tenue de maçon. Son sommeil avait de l'altitude. Les textes sacrés parlent de la nécessité d'un éveil, mais l'esprit peut aussi emprunter cette voie d'un sommeil. Quand une mère se penche sur son enfant endormi, elle se penche sans le savoir sur un livre saint. Non, je me trompe. Ce n'était pas une tenue blanche, farineuse de maçon que portait ce sage. Plutôt l'uniforme de tout le monde aujourd'hui : jean, baskets, tee-shirt. Mais son abandon - tête cassée sur sa poitrine, jambes allongées, interminables - était celui d'un dieu de ce pays où Rimbaud, un temps, vendit du café. Des savants situent l'origine de l'humanité en Afrique. Je suis descendu à la Madeleine. J'ai laissé cet Adam noir poursuivre son rêve jusqu'à la fin des temps.

La deuxième vision est arrivée plus tard, gare de Lyon. L'homme, une sorte de Goliath, était allongé sur le sol, ivre mort, le filet d'un sourire à ses lèvres. Quatre policiers harnachés comme des hannetons l'entouraient. Je n'ai jamais vu un corps aussi grand. Il tenait du bûcheron et de l'arbre abattu. Il était à lui seul plus grand que la gare. C'était une autre vision de l'humain, donc du divin. Un homme jeté à terre comme il arrivera à chacun de nous. Les représentants de l'ordre semblaient perdus, chargés d'une mission angélique dont ils n'avaient pas l'habitude. La foule des abeilles voyageuses allait, venait. Je cherche ce qui me sépare de ceux qui, comme moi, lèvent leur visage sur le tableau d'affichage de la gare. Je ne trouve rien. Une quarantaine de moi-même lèvent leurs yeux vers le panneau comme si allait y apparaître l'heure et le quai de leur mort. Un jour, je saurai voir en chacun le suaire de Turin, l'ombre du Dieu couché. Dans la dernière heure, je ne compterai que mes visions - pas ces heures grises qui les séparaient. Ce sera mon trésor pour l'au-delà. Je l'offrirai au dieu innombrable qui prenait parfois forme de prince, d'ivrogne ou de rose trémière.

Christian Bobin.

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Pourquoi les fanatiques religieux saccagent-ils l’art ?

10 Mars 2016, 06:10am

Publié par Grégoire.

 Pourquoi les fanatiques religieux saccagent-ils l’art ?
 Pourquoi les fanatiques religieux saccagent-ils l’art ?

Par Viviane Chocas, Valery de Buchet

 

Pour l’artiste engagé Adel Abdessemed et le magistrat Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste, c’est le désir et la mémoire que l’on tue.

 

Madame Figaro. - Adel Abdessemed, vous êtes berbère, vous avez grandi en Algérie et vous êtes de nationalité française. Quel contexte a décidé de votre exil en France à 23 ans ?

Adel Abdessemed. - Ça commence dur… ! J’ai grandi à Batna, une petite ville calme. On ne faisait pas de politique, on ne savait rien, on jouait pieds nus… Je peignais un visage, une plante, dans le silence et la tranquillité. Et soudain, on vous arrache la plus belle chose, le début d’une vie idéale : les terroristes sont venus des grandes villes. Cela a été une prise de conscience, vers 1989. Comme le disait Stefan Zweig, « l’avenir ne nous rendra jamais ce que le passé nous a offert ». J’ai quitté l’Algérie grâce à l’aide de deux religieuses, les sœurs Colette et Françoise, et d’un prêtre français. Je leur dois la vie. J’ai fui après l’assassinat du directeur des Beaux-Arts d’Alger et de son fils. Comme pour beaucoup d’autres morts, c’est une plaie ouverte, car je ne connais pas la vérité. Et cela me poursuit ; j’étais à New York le 11 septembre 2001, j’ai vu la seconde tour tomber… Je pense aussi à tous ces jeunes animés par une pulsion mortifère.

 

Marc Trévidic, le fanatisme a imprégné votre carrière pendant plus de dix ans, notamment quand vous dirigiez le pôle antiterroriste du Parquet de Paris. Comment nourrit-il votre imaginaire, comme le montre votre premier roman, Ahlam (1) ?

Marc Trévidic. - J’ai quitté ma Bretagne, mais mon parcours est beaucoup moins violent. Après plusieurs essais sur le terrorisme, je voulais traiter de la confrontation entre l’art et le fanatisme religieux. Le roman m’a semblé être la meilleure façon de faire. Tout État totalitaire - religieux ou laïque - ne supporte pas l’art, qui est d’abord l’expression d’un individu. On le voit bien dans le fonctionnement du salafisme. Tout ce qui sort du groupe, ce qui différencie, est insupportable. Cela va plus loin : tout régime totalitaire ne supporte pas non plus les relations amoureuses, qui dissocient encore plus du groupe. On comprend mieux alors pourquoi les fondamentalistes rejettent l’art, que ce soit la musique, le chant, la danse, le dessin ou la peinture figurative : parce qu’il fait naître le désir. Ce qui explique le voile intégral également : tout cela est une utilisation de règles prétendument religieuses pour prendre le pouvoir sur des individus.

 

L’artiste pressent les signes de la violence dans le monde.

 

A. A. - L’artiste s’oppose, il va contre. Je pense que plus on est nombreux, plus on devient imbéciles. L’art est une quête et une vérité individuelle contre le groupe même. L’art peut, entre le bien et le mal, rétrécir le temps ou l’étirer, comme une pâte à modeler. Je ne sais pas comment on peut exister sans art, sans imagination…

M. T. - Adel a évoqué quelque chose de très intéressant ; la pulsion de mort. Tous les jeunes que j’ai pu voir sont nourris de l’idée que la mort a plus de valeur que la vie. C’est Merah qui dit aux policiers à sa porte : « J’aime la mort autant que vous aimez la vie. » Il n’est pas étonnant, dès lors, que tout ce qui concerne le désir, l’amour, la création n’ait pas eu beaucoup de valeur à ses yeux.

A. A. - Ces jeunes sont dans un vide absolu. Avec la mort, ces gangstéro-fanatiques adolescents redeviennent maîtres de leur existence.

 

Pourquoi, dans votre travail à tous les deux, l’adolescence est-elle une étape clé ?

A. A. - Parce que c’est l’âge du désir, de l’idéal… C’est Françoise Hardy qui chante : « C’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure… »

M. T. - C’étaient les années 1960, une époque plus insouciante. On ne craignait pas le chômage, des portes s’ouvraient avec le rock, la pilule… Aujourd’hui, notre société se ferme.

 

A. A.- On a peur des épidémies, peur du sida, peur du terrorisme, peur du tsunami, peur du krach économique… On vit dans la peur, comme des animaux toujours en alerte. L’autre jour, je voulais acheter une bouteille d’huile d’olive quand un ami me dit : « Non ! Le FN est derrière cette huile. » Un autre ami arrive chez moi, j’écoutais de la musique et il m’interpelle : « Adel, tu écoutes Wagner ? Il a nourri l’imaginaire des SS ! » Alors je mets Beethoven. Il reprend : « Non, car Beethoven a fait rêver Staline. Il n’écoutait que lui ! » Nous tombons dans la culpabilité. Comme dans « les Frères Karamazov », nous sommes tous coupables, en permanence.

M. T. - C’est aussi la peur de la société moderne qui fait souvent agir les jeunes femmes fanatisées. Ce n’est pas tant la religion qui les attire que l’idée qu’elles n’auront pas à affronter les problèmes de la vie, qu’elles seront prises en charge. Avec un voile intégral, avec un mahram (homme avec lequel il est interdit de se marier, NDLR) qui les accompagne pour sortir de chez elles, avec un site qui leur dira comment éduquer leurs enfants… Elles ne se posent plus de questions, elles abdiquent leur liberté pour un confort. À cet égard, je cite souvent la fable le Loup et le Chien, de La Fontaine. Le chien bien gras se moque du loup efflanqué, mais le loup lui réplique qu’il n’a point de collier...

 

En mars 2001, les talibans détruisent les bouddhas de Bamiyan, en Afghanistan. En juin 2012, les islamistes détruisent des mausolées musulmans de Tombouctou, au Mali. En février 2015, Daech détruit des trésors du musée de Mossoul, en Irak. En août 2015, c’est le début de la destruction de Palmyre, en Syrie. Pourquoi un tel acharnement à saccager les œuvres du passé ?

 

M. T. - C’est le thème de mon livre. Pour les terroristes, ces lieux, ces œuvres sont contre la religion et relèvent de l’idolâtrie. Cette confrontation à la beauté de l’art leur est insoutenable, il leur faut la détruire. En faisant table rase des autres cultures, ils s’imposent plus facilement. Dans 1984, d’Orwell, il est question de refabriquer l’Histoire… Les fanatiques n’en ont pas la capacité, donc ils détruisent.

 

A. A. - Pas seulement. Aujourd’hui, il y a les vendeurs de Daech ! Un réseau international achète les œuvres pillées. Il existe un grand marché, de l’Afrique du Sud à la Chine en passant par la Turquie. Les fanatiques connaissent parfaitement la valeur de ces œuvres.

 

Quelles sont pour vous les solutions ?

M. T. - Cela passe par l’éducation et la culture, Adel l’a dit. Aujourd’hui, on parle beaucoup de déradicalisation. Ceux qui sont vraiment radicalisés ont malheureusement fermé leurs écoutilles. Mais les jeunes qui ont 12-13 ans, on peut et on doit les mettre en garde. Il faut leur donner un bagage intellectuel pour résister à ce copain qui un jour viendra leur dire : « Viens avec moi, c’est tellement mieux là-bas. » Donnons-leur de quoi se défendre. De quoi avoir le réflexe de fermer leur ordinateur sur cette propagande qui les aura horrifiés.

A. A. - Le grand souci, ce sont aussi les prisons françaises. Quels seraient les moyens de les surveiller ?

M. T. - Vous avez raison, on ne se donne pas les moyens d’être efficace. C’est typique de la France. On a basculé d’une solution à l’autre. La première était de faire tourner ceux qui faisaient du prosélytisme en prison entre plusieurs maisons d’arrêt, tous les quatre mois. Ils arrivaient quand même à propager le virus. Seconde pratique : on les regroupe tous. Problème : dans le lot, des jeunes faiblement radicalisés côtoient les plus durs. Pour moi, la solution est à plusieurs étages : il faut que les plus durs soient séparés de la population pénale, que les faiblement radicalisés soient mis dans des structures avec de vrais moyens.

 

Adel Abdessemed, vos œuvres résonnent-elles aujourd’hui différemment pour le grand public ? Par exemple Untitled, cette pièce en lames de cutter qui reproduit une scène d’égorgement entre un père et son fils, montrée en décembre 2014 pour la clôture de la galerie d’Yvon Lambert ?

A. A. - J’ai créé cette œuvre avant que Daech ne diffuse les images de ses exécutions. J’ai fait venir mon père pour le scanner, travailler en 3D… L’artiste pressent les signes de la violence dans le monde. L’art précède les événements. L’art, c’est le secret. C’est indéchiffrable. On est travaillé, dépassé par quelque chose de non dit, une énergie, profonde, intime.

M. T. - Je ne suis pas un artiste, mais je pense que l’artiste a une sensibilité exacerbée, qui se nourrit des cultures, du passé. Et comme l’Histoire se reproduit souvent, l’artiste voit plus tôt que les autres ces signes avant-coureurs d’un passé qui resurgit.

 

Dans votre roman, Marc Trévidic, vous parlez aussi beaucoup de fraternité…

M. T. - Oui, surtout au début. Une amitié naît entre une famille de musulmans qui accueille à bras ouverts le héros, un peintre français chrétien, sur une petite île de Kerkennah, en Tunisie. Enfant, j’y suis allé avec mes parents et j’y ai vécu des moments où un Français chrétien dans un pays musulman ne ressentait aucune appréhension. La religion ne dévorait pas tout. Cela existera encore…

A. A. - Notre époque vit la grande trahison de l’amitié. Entre les peuples, entre les cultures, entre juifs, chrétiens et musulmans. C’est en train de mourir. C’est pour cela que dans mon art j’essaie de revenir à Grünewald (le retable d’Issenheim, de Grünewald, a inspiré « Décor » en 2012, quatre Christ en fil de fer barbelé, NDLR ). Le Christ porte un message de souffrance et la douleur de toute l’humanité. Il parle de nous, dans l’actualité.

M. T. - Dans les pays musulmans, c’est vraiment la femme qui peut sauver les choses. En Tunisie, s’il n’y avait pas eu (après la chute du régime de Ben Ali et la prise du pouvoir par Ennahdha) les femmes pour manifester contre le projet de Constitution voulant faire d’elles le « complément » de l’homme et non plus son égal, c’était fini. L’islam radical n’apporte rien aux femmes.

A. A. - La femme est la porte de sortie, la plus grande porte.

 

Adel Abdessemed, dans un livre d’entretien (2), vous évoquez le moment où votre frère demande à votre mère de se couvrir et votre refus de cela…

A. A. - Il était très gentil, mon grand frère, mais il n’avait ni mon audace ni ma révolte. Je l’ai vu pleurer pour que ma mère mette ce foulard. Chez nous, les larmes sont rares. Moi, j’ai remplacé les larmes par le rire. Ma mère n’est pas religieuse, mais elle a dû se couvrir en Algérie sous la pression sociale, cette même pression qui s’exerce en France dans les quartiers. Il y a dix ans, ma mère est venue en France, je lui ai demandé d’ôter son foulard. C’était une condition pour venir chez moi. Elle l’a fait. Il y a un milliard et demi de musulmans qui excluent la femme. Ils ont beau avoir des ressources énergétiques, ce sont les plus pauvres de la planète. S’ils considèrent la femme à nouveau, peut-être bâtiront-ils quelque chose. Sinon, rien.

 

(1) Ahlam, de Marc Trévidic, éd. JC Lattès.

(2) Entretien avec Pier Luigi Tazzi, d’Adel Abdessemed, éd. Actes Sud. À lire aussi : La Peau du chaos, Correspondance, d’Adel Abdessemed et Adonis, éd. Actes Sud ; et Adel Abdessemed par…, Manuella éditions.

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"Le miroir des âmes simples et anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d'amour..."

9 Mars 2016, 06:05am

Publié par Grégoire.

 "Le miroir des âmes simples et anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d'amour..."

Chef-d'oeuvre de la littérature mystique française, Le Miroir des âmes simples et anéanties révèle une richesse spirituelle qui place Marguerite Porete, dans la lignée de saint Bernard, Maître Eckhart ou Hadewijch d'Anvers. Du coeur de l'expérience religieuse la plus radicale - Dieu est Amour -, Marguerite Porete pose les questions de l'Évangile : l'Amour vrai est-il soumis à autre chose qu'à lui-même ? Fût-ce à la morale ? À la religion ? La force et l'audace de ces interrogations, qui en 1310 conduiront Marguerite Porete au bûcher de l'Inquisition, traversent les siècles à la rencontre de tous ceux qui, aujourd'hui comme hier, "fin Amour demandent".

 

 

 

"Penser ici ne vaut plus rien, ni oeuvrer, ni parler.

Amour me tire si haut (penser ici ne vaut plus rien)  par ses divins regards, que je n'ai nul désir.

Penser ici ne vaut plus rien, ni oeuvrer, ni parler.

Amour m'a fait, en sa noblesse trouver les vers de ma chanson.

Elle chante la pure divinité dont Raison ne saurait parler, et mon unique bien-aimé :

Il n'a point de mère mais il est issu de Dieu le Père, et aussi de Dieu le Fils.

Son nom est le Saint Esprit :

Mon coeur lui est tellement uni qu'il me fait vivre dans la joie.

Le bien-aimé, en ce qu'il m'aime, me donne ici sa nourriture.

Je ne veux rien lui demander, car ce serait grande malice.

Je dois plutôt toute me fier en cet amour de mon amant..."

 

 

XXII

 

Comment cette Âme est comparable à l’aigle et comment elle prend congé de Nature

 

Amour

 

     Adonc est cette Âme comparable à l’aigle, parce qu’elle vole haut et très haut, plus haut encore qu’aucun autre oiseau, car elle est empennée de Fine Amour. Elle regarde plus clairement la beauté du soleil, le rais du soleil, la splendeur du soleil et du rais qui lui donne nourriture de la moelle du haut cèdre [4]. […]

 

XXIII

 

Comment cette Âme a deux potences et comment elle est ivre de ce que oncques elle ne boit 

 

Amour

 

    Cette Âme affranchie s’appuie sur deux potences, l’une à droite, l’autre à gauche. De ces deux potences, l’Âme est forte contre ses ennemis, comme château sur motte de mer, que l’on ne peut miner. L’une de ces potences, qui tient l’Âme forte contre ses ennemis et qui lui garde les dons de sa richesse, c’est la vraie connaissance qu’elle a de la pauvreté de soi-même. La potence de gauche sur laquelle elle s’appuie en tout temps, c’est la force. Et celle de droite est la haute connaissance que l’Âme reçoit de la Divinité pure.

 

     Sur ces deux potences, l’Âme est appuyée, grâce à quoi elle n’a garde de ses ennemis, ni à droite ni à gauche, car elle est si ébahie de la connaissance de sa pauvreté qu’elle semble parfaitement stupide au monde et à elle-même. Et elle est tellement ivre de la connaissance de l’Amour et de la grâce de la Divinité pure, qu’elle est toujours ivre de connaissance et remplie de louange de l’amour divine. Et ivre non seulement de ce qu’elle a bu, mais très ivre et plus qu’ivre de ce que oncques ne but ni jamais ne boira.

 

Raison

 

     Ah ! pour Dieu, Amour ! qu’est-ce à dire que cette Âme est ivre de ce que oncques elle ne but ni jamais ne boira ? Il semble, à ce que je puis entendre de ces paroles, qu’il est plus important, pour cette Âme, de s’enivrer de ce que son ami a bu et boira de la divine boisson de sa bonté même, que de ce qu’elle a bu et boira de la divine boisson de ce même tonneau.

 

Amour

 

     C’est exact : le plus la rend ivre, non qu’elle ait bu de ce plus, ainsi qu’il a été dit ; mais il en est ainsi parce que son ami en a bu, car, entre lui et elle, par la transformation de l’amour, il n’est pas de différence, quoi qu’il en soit de leurs natures. Amour fait en sorte que cette transformation, qui a entraîné l’ivresse de l’Âme, ne soit jamais autre. Il advient bien qu’il y a plusieurs bondes sur un tonneau, mais le plus clair vin et le plus nouveau et le plus profitable et le plus délectable et le plus enivrant est le vin de la bonde de dessus. C’est la boisson souveraine, de laquelle nul ne boit sinon la Trinité. Et de cette boisson, sans qu’elle en boive, l’Âme anéantie se trouve ivre et ivre l’Âme oubliée, mais très ivre et plus qu’ivre de ce que oncques ne but ni jamais ne boira.

 

LXXIII

 

Comment il faut que l’esprit meure afin qu’il perde sa volonté

 

Raison

     Mais dites-moi, pour Dieu, dame Amour, je vous en prie, pourquoi faut-il que l’esprit meure pour perdre sa volonté.

 

Amour

    Parce que l’esprit est tout plein de volonté spirituelle et que nul ne peut vivre de vie divine aussi longtemps qu’il a volonté, ni avoir satisfaction s’il n’a perdu volonté. Et l’esprit n’est pas parfaitement mort tant qu’il n’a pas perdu le sentiment de son amour et que sa volonté n’est pas morte, laquelle lui donnait vie, et c’est dans cet abandon que le vouloir se trouve plein de satisfaction du plaisir divin. Et en cette mort croît la vie supérieure qui toujours est libre ou glorieuse. [5] […]

 

 

Marguerite Porete, Le Miroir des simples âmes anéanties, Éditions Jérôme Millon, Collection Atopia, 1991, rééd. 2001, pp. 79-80-81-82-153-154.

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Loué sois-tu le risque !

8 Mars 2016, 10:33am

Publié par Grégoire.

 

L’homme maitrise comme jamais l’espace et le temps, la puce et le gène.
Et pourtant, il se révèle incapable d’assurer l’avenir harmonieux de la « maison commune » de l’humanité et il manque cruellement de « projet » laissant trop souvent libre cours aux pires des excès des fondamentalismes de toutes espèces.


En 2015, l’encyclique « Laudato si » du pape François, s’adressant au-delà du catholicisme à tous les hommes de bonne volonté, a été l’un des textes les plus forts poussant à la prise de conscience d’une nécessaire gouvernance tant mondiale qu’individuelle.

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Au large

7 Mars 2016, 05:52am

Publié par Grégoire.

Au large

A Marguerite Porete et quelques autres

 

Pensées vives et blanches 

dont le mercure vient doucement corrompre l'or du temps

transparences anéanties des béguines

qui fluent au soleil cramoisi de l'Histoire

libres tant que défaille le pouvoir d'en rien dire

 

Pensées d'un très vieux rouge mêlées à ce sable qui tangue

semblables en leur rondeur lisse et noire à ces olives

d'où se dresse la fierté des algues au flot montant

Pensées blondes et pourtant d'où coule l'obsidienne

de cette nuit si chaude et tendre de l'être qui s'enfuit

électrisant nos ciels de silencieux orages

Le temps emplit nos coupes

 

Rien 

hors boire cette fêlure fée

cette perte

et choyer au foyer de nos corps

le souffle et l'incendie de la conscience

 

Le roi des elfes glisse à la crête des vagues

sous la poudre des siècles luit la noirceur neuve de son regard 

Dans la cendre le joyau mat de l'unité

dans l'évidence ténue des cendres

hors de tout doute

immédiat

vertige de certitude

 

Bref

l'un

que l'on ne saurait dire

Présent pourtant

caresse

à la peau comme à l'âme

inévitable

respiration de certitude

 

Présent

au coeur de vos fragments

présent

dans l'éclair même de la fracture

Inexpugnable

 

Et silence

 

Aussi cette clarté que vous prêtez aux choses

c'est bévue

et quoique multiplient ombres et spectres à l'écran

au fond des choses rien n'est sûr

hors de ce coeur battant de toute preuve

 

Lavez vos yeux, lisez le prisme

Il n'y a là 

voyez

que l'eau de votre histoire,

narquoise qui secoue d'un beau rire

les hoquets de ces cystres où votre sang se perd

 

Confiez aux nuages vos rêveries d'espace1

et soufflez ces fumées

Plus jamais ne reverrez vos mères

 

Les retours ne sont lourds que d'absence

leurs poids sont faux

et leurs mesures mensonges

 

Rien qui revienne ne saurait être amour

 

 

1"Nous avons appelé notre cage l'espace, et ses barreaux déjà ne nous contiennent plus"

                                                                                  Louis Aragon . La nuit de Moscou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Transports. Fragiles sommeils

5 Mars 2016, 06:43am

Publié par Grégoire.

Transports. Fragiles sommeils

Les rues de Nevers — des veines d’où le sang serait parti depuis des siècles. J’entre dans une église comme dans ce palais dont parle Rimbaud, d’où l’on a vidé tous les meubles « pour ne pas voir une personne aussi peu digne que vous ». Sous une cloche de verre, Bernadette Soubirous, comme un insecte pris dans l’ambre, dort de son sommeil de cire. Les saintes sont de drôles de filles. Le silence qui règne ici, à quoi le comparer : à la poussière de craie dans la rainure des tableaux à l’école – quelque chose de sec, qui fait tousser et qui ennuie. Le plus vivant est le bruit d’une chaise raclée par un fidèle. On dirait le grognement de Dieu dans son sommeil. Je reprends le chemin de la gare. Le ciel repeint les jardins. Le vent tourmente les roses trémières au long cou de décapitées. Dans les villes inconnues marche quelqu’un qui a notre visage, notre âge et notre nom, quelqu’un qui est nous mais ayant épousé une autre vie.

J’ouvre un livre dans le train. Lire est un adieu au monde. Un à un les voyageurs s’endorment, touchés par la baguette féérique d’une fatigue. Le train longe la vieille usine du Creusot. C’est donc là que je suis né, dans cette ville noble d’être pauvre. En vérité, ce n’est pas là mais dans un livre, devant une histoire qui me serrait la gorge. Il s’agissait d’épargner à une reine une mort injurieuse. Arrivé à la fin de ma lecture, je n’avais pu sauver la soupçonnée et c’est sans doute que le livre était mal écrit.

À l’instant de descendre du train, je découvre les seuls passagers éveillés : une mère et sa fille. L’enfant regarde fascinée un nuage dans le ciel. La mère contemple en souriant le petit visage captif des anges. On dirait un poème sans auteur. Le sourire est un trésor aztèque. Nos âmes, ce sont nos actes. L’âme d’un poète, c’est son haleine sur la vitre de papier blanc, celle d’un assassin, c’est le deuil qu’il porte de lui-même. Les saintes sont des tanks. Un sourire est plus puissant qu’une colonne de chars. Le Creusot est un bloc de prose. C’est par sa dureté que j’ai tout compris de la poésie. À trois ans, j’ai levé les yeux et j’ai vu la ville éternelle au-dessus de la ville, ses anges en bleu de chauffe et ses jardins de nuages. J’ai commencé mon vrai métier : attendre. C’est un métier qui exige beaucoup. L’attente pure est celle qui ne sera jamais comblée. Le manque est la lumière donnée à tous.

La poésie est le nom laïc de la sainteté. La sainteté est l’accord intuitif, fragile, avec la vie sauvage – rien qui tienne sous verre ou sous dogme. Le train repart avec sa cargaison d’ensommeillés. Le poème de la petite fille au nuage glisse sur les rails, s’éloigne, s’efface. Tout passe. Rien ne demeure que la gloire écrite de nos jours pauvres. 

Christian Bobin.

 

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Qu'est-ce qu'une vie réussie...?

4 Mars 2016, 06:07am

Publié par Grégoire.

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Quand vous mettez le pied sur une fourmilière, ne soyez pas surpris de voir les fourmis vous envahir

3 Mars 2016, 06:29am

Publié par Grégoire.

Quand vous mettez le pied sur une fourmilière, ne soyez pas surpris de voir les fourmis vous envahir

À propos de la vague de réfugiés en Europe… par le Père Henri Boulad.

" C’est mathématique, comme deux et deux font quatre. Il est étrange de voir qu’une Europe toute pétrie de culture et de rationalité se trouver tout à coup désemparée face au raz-de-marée de réfugiés qui déferle sur son territoire. C’était pourtant prévisible, aussi logique que le principe des vases communicants. On pense toujours que le danger est fictif, éloigné et qu’un pareil scénario est impensable. Mais voilà qu’on est tout à coup rattrapé par la réalité, qui vous frappe de plein fouet.

Que diable êtes-vous venus faire dans notre Moyen-Orient, demandent ces réfugiés ? Quelle mouche vous a piquée ? – L’appât du gain et de territoires à conquérir ? L’odeur du pétrole et du gaz naturel ? Vous pensiez qu’il suffisait de renverser un ou deux dictateurs pour que ces pays tombent dans votre escarcelle. Mais les choses sont bien plus compliquées.

Cessez donc de lorgner vers nos pays pour convoiter leurs richesses. Cessez d’intervenir dans nos affaires et de faire main basse sur nos ressources. Un journaliste occidental demandait un jour à Bachar el-Assad : « Que pouvons-nous faire pour vous aider ? » Sa réponse fut : « Fichez nous la paix, rentrez chez vous et laissez-nous régler nos problèmes entre nous. »

Ces masses qui déferlent aujourd’hui sur votre continent étaient très bien chez elles. Elles vivaient relativement heureuses dans leur maison, leur village, leur ville… avec un confort relatif et une sécurité garantie par des régimes musclés. Appelez-les des dictatures si vous voulez. Mais vos régimes « démocratiques » sont-ils pour autant meilleurs ?

Pour renverser ces dictatures vous avez formé et financé des hordes de barbares. Pour les motiver, vous avez encouragé les idéologies les plus rétrogrades en habillant cette mascarade de grands mots : liberté, démocratie, droits de l’homme… L’hypocrisie et la duplicité ont rarement atteint un tel degré d’effronterie.

Cependant, par un retour de flamme et un effet boomerang, le chaos que vous avez créé chez nous se retourne aujourd’hui contre vous. Tôt ou tard, la justice finit par l’emporter. On parlait autrefois de « justice immanente ». Eh bien oui, il faut y croire : justice sera, justice se fera. Jésus nous a prévenu : « Celui qui use du glaive périra par le glaive ». Cela peut prendre du temps, mais ça finit un jour par arriver.

Quand on vous parlait du Tiers-monde, de sa misère, de ses guerres, de ses famines, c’était pour vous abstrait, lointain, irréel. Vous regardiez cela à la télévision d’un œil distrait et indifférent pour passer aussitôt au match de foot ou au défilé de mode.

A présent, ces populations sont sur vos routes, elles défilent sous vos fenêtres, en attendant d’envahir vos maisons. Vous les entendez taper, hurler, gronder, réclamer, revendiquer. La chose ne se passe plus à des dizaines de milliers de kilomètres par écrans interposés, mais à vos portes, sous votre nez. Vous comprenez tout à coup que ce qui était lointain et hypothétique est devenu une dure et brutale réalité.

Chaque pays a le droit et le devoir de sauver son identité, sa culture, ses valeurs, ses principes, son héritage

Accueillir ces gens dans vos foyers, comme vous y invite le Pape François, n’est qu’un palliatif, une solution provisoire, irréaliste. On ne peut, au nom de grands principes humanitaires, ouvrir ses portes pour accueillir toute la misère du monde. Cependant, entre une ouverture tous azimuts et une fermeture systématique, il y a un juste milieu à trouver, un « seuil de tolérance » à respecter, des limites à ne pas franchir, sous peine de se voir engloutir, submergé. Chaque pays a le droit et le devoir de sauver son identité, sa culture, ses valeurs, ses principes, son héritage.

Il faut donc que l’occident mette au point une juste politique d’accueil et d’intégration. Toute personne ou groupe qui refuse de s’adapter aux normes du pays qui l’accueille devrait être immédiatement exclu. « Tu es le très bienvenu chez nous, mais si tu ne veux pas t’adapter, eh bien, rentre chez toi par le premier avion. »

Ce juste milieu est possible, à condition que chaque pays fixe des lois claires d’intégration et les applique de façon stricte, sans céder à l’intimidation, aux pressions et au « politiquement correct ».

Mais au-delà d’une sage politique d’accueil, il faut chercher plus profond la racine du mal. Celle-ci gît dans l’effrayant déséquilibre qui existe entre une poignée de nantis et le reste du monde, entre pays riches et pays pauvres. Pour tenter d’y remédier, des milliers d’associations d’aide humanitaire et de promotion au développement sont nées. Tout cela n’est encore qu’un palliatif. Ce qu’il faut, c’est une réforme radicale au niveau planétaire. Le monde est à repenser à neuf, sur la base de principes et de valeurs, et non d’intérêts et de profits.

Il faut que ces millions de déracinés se trouvent heureux chez eux, car ils ne le seront pas ailleurs, malgré tous les avantages matériels qu’ils pourraient y trouver. Cet occident qui miroite à leurs yeux n’est finalement qu’un mirage. Transplantés dans une autre culture et une autre mentalité, les réfugiés se trouvent perdus et malheureux. On ne sort pas impunément un poisson de son eau.

Nous sommes dans un monde UN et solidaire. Le bonheur de chacun dépend de celui de tous. D’où l’urgence de mettre en œuvre ce « principe de responsabilité » prôné par Hans Jonas. La mondialisation en cours suppose une nouvelle approche des problèmes. Comme le disait Teilhard de Chardin il y a près de cent ans : « L’âge des nations est passéIl s’agit pour nous, si nous ne voulons pas périr, de secouer les anciens préjugés, et de construire la Terre.” Au lendemain de la deuxième guerre mondiale,  Einstein formulait une idée similaire : « Une nouvelle manière de penser est nécessaire si nous voulons survivre. »

Aujourd’hui, l’urgence des urgences c’est un véritable sursaut, un supplément d’âme, un réarmement moral. Changer les politiques ou les dirigeants ne résout rien. Ce qu’il faut, c’est un réveil de la conscience, une conversion du coeur, une volonté farouche de s’attaquer aux racines du mal qui sont au fond de chacun de nous. Tel devrait être le rôle des religions, à condition que celles-ci ne se dégradent pas en idéologies et ne deviennent pas des vecteurs de fanatisme, de fascisme et d’intolérance."

 © Henri Boulad, sj pour Dreuz.info.

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Etes-vous atteint de "dégradation de l’étonnement"?

1 Mars 2016, 06:27am

Publié par Grégoire.

Etes-vous atteint de "dégradation de l’étonnement"?

"Dès que quelqu’un se sent un peu plus sûr de lui, il commence à s’emparer de facultés qui ne sont pas les siennes, mais celles du Seigneur.

[…] Et si quelqu’un est un ministre de Dieu, il finit par se croire différent du peuple, propriétaire de la doctrine, détenteur d’un pouvoir, fermé aux surprises de Dieu. La « dégradation de l’étonnement » est une expression qui me parle particulièrement.

Parfois, je me suis surpris à penser qu’une bonne glissade ferait du bien à certains personnages si rigides, car ainsi, en se reconnaissant pécheurs, ils rencontreraient Jésus." 

Pape François, Le nom de Dieu est Miséricorde.

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