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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Un petit coup de blues pour terminer l'année...?

31 Décembre 2015, 21:00pm

Publié par Grégoire.

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Ballet aquatique !

31 Décembre 2015, 05:54am

Publié par Grégoire.

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Détente visuelle...

30 Décembre 2015, 06:38am

Publié par Grégoire.

Détente visuelle...

 

Ce qu’on appelle la beauté c’est ce qui nous tape sur le cœur, ce qu’on va ramener chez soi, une parole, un bouquet de fleurs, un regard, un sourire…Ce sont des trésors de pauvres qui ont une énorme vertu c’est celle de nous apaiser, de commencer à nous consoler. Elle nous console d’un chagrin que nous ne pensions pas avoir, que nous ne connaissions pas, qui est en nous…Peut-être depuis toujours.

Christian Bobin

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Le canard... hilarant...!

29 Décembre 2015, 06:18am

Publié par Grégoire.

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Solubilité de l’espoir dans l’oubli ?

28 Décembre 2015, 05:15am

Publié par Grégoire.

Solubilité de l’espoir dans l’oubli ?

Ma sœur Sahraouie Nuena me l’a dit une nouvelle fois : « Ce que tu lis tu l’oublies, ce que tu entends tu l’oublies. Mais ce que tu vois, tu ne peux l’oublier ». Nuena est une spécialiste, défenseure des oubliés, oubliée elle-même.

 

Nuena, à 40 ans d’intervalle, la même détermination

 Bien sûr je pourrais décrire les murs effondrés, les toits au sol, les vieilles tentes montées en toute hâte le long du camp de Smara, la moitié des habitations de banko d’Aousserd détruites, Dakhla redevenue sable à 80%. Bien sûr, je pourrais raconter une dizaine de jours passée avec ma famille d’accueil dans une petite serre à tomates de quatre mètres sur deux transformée en tente de poche, à quatre dont un jeune enfant malade et quelques centaines de mouches.

  

Mais qui pourra raconter les fêlures de ces êtres humains encore étonnamment debout, les fissures profondément inscrites dans leur vie d’exil, les blessures infligées par 40 années d’épreuves ?

Qu’on ne s’y trompe pas ; la luminosité dont certains font preuve passent aussi par ces failles dont ils sont lézardés :

 Dounda, qui fait l’admiration de ses professeurs a donné sans compter à Fatma, sa petite sœur lourdement handicapée plusieurs années de son adolescence et de sa scolarité. Cette année, brusquement, leur papa est mort. Cet homme dans la force de l’âge, en d’autres lieux , ne vous rendait qu’avec regret la main qu’il vous serrait, une fois prisonnière de la sienne. Je sais aujourd’hui qu’il y mettait l’intensité d’un pressentiment d’urgence. Du jour de sa mort, Fatma n’a plus ouvert la bouche, pour manger, pleurer ou sourire. Elle s’est laissé mourir une semaine après son père. Comme s’il avait usé d’une ultime  grâce paternelle pour la délivrer et l’accueillir. Qui décèlera les fêlures  sillonnant déjà la courte vie de Dounda ?

 

Dounda et Fatma

Et Ghalia, dont le sourire peine à cacher la fatigue et l’anémie, prête à accoucher de son troisième enfant, elle qui déclarait adolescente ne pas vouloir donner vie dans ces camps où elle est née, qui dira la fragilité de ce qu’elle à finit d’accepter de construire?

Et cette femme assise dans la poussière, pleurant sur, croyais-je, les gravats et ses maigres biens éparpillés autour d’elle et qui , nous l’apprimes par une voisine devenait folle d’avoir perdu sa fille… Quel homme, même s’arrogeant les pouvoirs d’un despote de Droit Divin pourra en réparer la brêche?

Combien sont ils à se composer une façade digne et résistante face à l’usure du temps, à un assistanat déshumanisant, à l’injustice de l’application de leurs Droits. Combien sont ils encore  à héberger l’espoir dans ce provisoire qu’ils finissent eux mêmes par devenir?

 

 Ironie des mots et de l’histoire! Les premiers responsables du Polisario voulurent détruire les quelques habitations en dur laissées par des bédoins de passage et que voulaient utiliser les nouveaux réfugiés  arrivés en exil à Dakhla il y a 40 ans. La tente, symbole du provisoire, rappelait et devait rappeler chaque jour le retour espéré. Aujourd’hui, la plupart des responsables du Polisario habitent Tindouf… Ces dix dernières années les plus avisés analysaient que l’espoir d’un changement ne viendrait plus des camps mais des territoires occupés. Mais après l’intinfada, l’espoir écrasé de Gdeim Izik et l’emprisonnement de la relève générationnelle Sahraouie à l’encontre de tous les Droits, seule la recherche de solutions familiales ou personnelles semble devenir prioritaire. L’espoir peut il survivre à un provisoire de quatre décennies? S’éteindra t’il dans une sédentarisation rampante?                                                                                                                                                    

Demain la quatrième génération vivra gratuitement mal dans ces camps, buvant coca-cola, mangeant PAM, fumant American Legend, en regardant des Soap Opera turcs et en se face-bouquant. Ils ne pouvaient pas espérer mieux que cette extinction annoncée, ceux qui vont fêter l’anniversaire des quarante ans de la trompeuse “marche verte”,paravent civil d’une invasion militaire, tout en omettant le rapport de la Cour Internationale de Justice du 15 octobre 1975 déboutant le Maroc de ses arguments de souveraineté sur le Sahara Occidental et autorisant le Peuple Sahraoui à faire valoir son droit à l’autodétermination.

J’ai vu les petits enfants des “enfants des nuages” jouer dans des lacs boueux et plus provisoires que leur avenir, ignorant qu’on leur avait volé une mer.

 

 J’ai vu leurs grands parents ayant jadis suivi les bienfaits de la pluie dans leurs transhumances nomades faire des rigoles pour protéger des mêmes nuages  cet exil honni.

 

 J’ai vu grandir malgré leur “retard de croissance harmonieuse”les enfants Sahraouis, je les ai vu jouer sans jouets, étudier sous les néons défaillants des camps, continuer d’apprendre dans d’autres pays pour… revenir faire des briques de sable. Ces vies difficilement construites, se soutenant solidairement je les vois fragiles et fissurées, dernier abri d’un espoir légitime, menacées de la pluie fine et persistante de notre oubli.

 

Jean-François Debargue

Le 02 novembre 2015

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Le plus grand roi de l'humanité

27 Décembre 2015, 06:30am

Publié par Grégoire.

Le plus grand roi de l'humanité

 

Un jour il crie, un autre jour il pleure. Il traverse tout le registre de l’humain, la grande gamme émotive, si radicalement homme qu’il touche au dieu par les racines. Il est doux et abrupt. Il brise, il brûle et il réconforte. La bonté est en lui comme une matière chimiquement pure, un diamant. Son esprit est légèrement absent, et ce rien d’absence est sa manière d’être attentif à tout. Pris dans un chaos de désirs et de plaintes, serré par une foule qui se bouscule ses faveurs comme on voit des moineaux s’abattre en nuée sur un seul morceau de pain, il distingue très bien le frôlement d’une seule main sur un pan de son manteau, il se retourne aussitôt et demande qui l’a touché, qui lui a dérobé une part de sa force.

 

La voleuse---car c’est bien sûr une femme, car les femmes ont su très vite connaître en lui la plus grande intelligence vivante, l’intelligence du don, car les femmes ne se trompent pas sur la lumière qui sort de lui, c’est la même qui s’en va d’elles pour baigner les chairs de leurs enfants---la voleuse par amour est celle qui l’a sans doute le mieux entendu: prenez ce que je vous donne, je vous le donne sans condition et, parce que je vous le donne absolument, il y en a absolument pour tous---ce qu’on partage se multiplie. Il dit qu’il est la vérité. C’est la parole qui est la plus humble qui soit. L’orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence.

 

Rien n’est présent que l’amour. La vérité, il l’est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde. Que des millions d’hommes se soient nourris de son nom, qu’ils aient peint son visage avec de l’or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie: sa parole n’est vraie que d’être désarmée. Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre---mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour.

 

Telle est la figure du plus grand roi d’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait l’entendre. Le monde n’entend que là où il y a un peu de bruit et de puissance. L’amour est un roi sans puissance, dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour. Quelque chose avant sa venue le pressent.

 

Quelque chose après sa venue se souvient de lui. La beauté sur la terre est ce quelque chose. La beauté du visible est faite de l’invisible tremblement des atomes déplacés par son corps en marche. Il vient d’une famille où on travaille le bois. Il travaille les coeurs qui sont autrement durs que le bois. Ils sont quelques-uns à entrer dans son travail. Il les forme avec peine aux principes d’une économie nouvelle: on ne fait rien par série, on va de l’unique à l’unique. On ne vend pas, on donne.Il parle souvent de son père. Un adulte qui parle de son père, c’est un homme qui réchauffe une ombre. Lui, c’est différent.

 

On dirait, comme il en parle, que son père n’est pas dans le passé mais dans l’avenir.Son père a le verbe haut. Sa voix effarouche les bêtes et les hommes. Le père a réputation d’orage, le fils vient l’apaiser, l'apprivoiser. Il dit: mon père, voyez, c’est comme un homme qui avait deux fils, un calme et un fou qui a voulu sa part d’héritage tout de suite et qui l’a dépensée en vins, en femmes, en jeux de toutes sortes. Ensuite il a eu faim, le fou, il n’avait plus un sou en poche et il est revenu honteux à la maison. Il s’est caché dans un coin et il mangeait avec les bêtes. Le père, quand il l’a découvert, l’a serré dans ses bras, l’a tiré en pleine lumière et a décidé d’une grande fête, pour tout le monde. L’autre fils a râlé, ça ne lui plaisait pas, autant de dépenses d’un seul coup et pour qui, pour un ingrat, un fainéant, à quoi ça sert d’être raisonnable, économe et fidèle, à quoi ça sert alors?

 

Le père buvait, chantait, riait. Il n’a rien entendu de ces reproches. C’était un homme particulier: il n’entendait que la joie---pour le reste, il était sourd. Sa mère, il n’en parle jamais. Elle est partout dans lui. C’est une petite paysanne, presqu’une adolescente. C’est sur son visage qu’il a ouvert les yeux pour la première fois. Cette première fois est pour lui comme pour tout être humain, inscrite au plus profond de la chair, ineffaçable.

 

Dans les campagnes, on dit d’un enfant qu’il “tient” plutôt de son père ou plutôt de sa mère. Lui, il “tient” de sa mère l’ampleur de son regard, et la douceur maintenue jusque dans ses paroles, ses paroles les plus rudes. Elle le voit mourir. C’est la pire chose qui puise arriver à une mère. Il n’y a pas de mots pour cette douleur. Il n’y a aucun mot dans aucune langue pour ce qui nous arrache vivant à notre vie. Il n’y a que ses mots à lui qui sont plus que des mots. Il ne semble pas suivre le chemin connu de lui. On pourrait même parler d’hésitations. Il cherche simplement quelqu’un qui l’entende. Cette recherche est presque toujours déçue, son chemin est celui des déceptions, d’un village à l’autre, d’une surdité à la suivante.

 

Christian Bobin.

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L'esprit de Noël

26 Décembre 2015, 06:03am

Publié par Grégoire.

 

Noël est pour beaucoup vécue comme une fête pleine d'ambivalence, de douceur, mais aussi de frénésie, de joie et de solitude exacerbée, de discrétion et de tapage. Pour Christian Bobin, un événement digne de ce nom est assez rare dans une vie et c'est très difficile d'en parler. Noël c'est aussi une fête que la société nous intime en quelque sorte de fêter. Or, "il faut percer beaucoup d'épaisseur pour que l'humain en nous se réveille".

"Noël est une période très singulière, attachante et passionnante à voir." Pour Christian Bobin, seuls les enfants savent en parler. "Le meilleur de ce temps là est consacré à quelque de plus léger q'un simple flocon de neige, quelque chose qui est  presque invisible, qui est très faible, et qui suppose une passion infinie de l'attente." Or les enfants ont comme il l'appelle "la passion infinie de l'attente". Pour lui, l'enfance est "l'attente des portes du paradis", sans doute laplue belle des espérances.

"Quelque chose se passe qui semble avoir effacé pendant quelques heures toutes les déceptions de la vie."

Le poète Christian Bobin se souvient des soirs de Noël où quand il était enfant, ses parents le réveillaient pour le conduire au pied du sapin... Pour lui, Noël est comme une brèche ouverte dans le temps. "Quelque chose se passe qui semble avoir effacé pendant quelques heures toutes les déceptions de la vie. C'est comme si on attendait quelque chose, quoi je ne sais pas exactement, mais ce que l'on attend là, c'est ce que l'on attend toute la vie."

Les babioles

 

Mon petit garçon avec ses yeux pensifs

ses gestes et ses mots tranquilles de grande personne 

m’a désobéi pour la septième fois, 

et je l’ai frappé, je l’ai renvoyé

durement sans l’embrasser, 

car sa mère qui était patiente est morte.

Puis j’ai eu peur que le chagrin l’empêche de dormir 

et j’ai été le voir dans son lit, 

mais il était dans un profond sommeil 

paupières battues et cils encore mouillés 

de son dernier sanglot.

Alors, ému, je l’ai embrassé 

et mes larmes remplaçaient les siennes, 

car sur une table tirée à son chevet 

il avait mis à portée de sa main

une boîte de jetons et une pierre veinée de rouge, 

un bout de verre usé par la plage

et six ou sept coquillages, 

une bouteille avec des campanules, 

et deux sous français, le tout rangé avec soin 

pour consoler son pauvre cœur. 

Et ce soir-là, dans ma prière, 

j’ai pleuré, j’ai dit à Dieu :

Ah, quand à la fin nous serons couchés sans un souffle 

et que, morts, nous ne te blesserons plus,

tu te rappelleras de quelles babioles 

nous avons fait nos joies 

et comme nous avons peu compris 

ta grande loi de bonté. 

Alors tu ne seras pas moins père 

que moi dont tu as pétri l’argile, 

tu laisseras ta colère, tu diras : 

Voyons, ce sont des enfants.

 

Coventry PATMORE.

 

Recueilli dans Dieu en poésie,

Présentation de Jean Grosjean,

Gallimard, Folio junior, 1984.

 

 

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Le plus grand roi de l'humanité...

25 Décembre 2015, 06:28am

Publié par Grégoire.

Le plus grand roi de l'humanité...

 

Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit. Ce qu’on sait de lui, on le tient d’un livre.

 

Avec l’oreille un peu plus fine, nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles en écoutant le chant des particules de sable, soulevées par ses pieds nus.

 

Rien ne se remet de son passage et son passage n’en finit pas. Ils sont d’abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l’événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille.

 

Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d’elle-même. Deux mille ans après lui, c’est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d’Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d’un souffle. Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas.

 

A croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard de ce qu’il espère.

A croire que la mort n’est guère plus qu’un vent de sable.

A croire que vivre est comme il marche... sans fin

 

L’humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous: c’est une des choses que dit cet homme. C’est l’unique chose qu’il cherche à nous faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l’autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue. C’est ce qu’il s’épuise à nous dire, l’homme qui marche: ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire. Il va droit à la porte de l’humain. Il attend que cette porte s’ouvre. La porte de l’humain, c’est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un.

 

Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient aux déportés de les regarder dans les yeux sous peine de mort immédiate. Celui dont je n’accueille plus le visage---et pour l’accueillir, il faut que je lave mon propre visage---celui-là, je le vide de son humanité et je m’en vide moi-même. Il est juif par sa mère, juif par son père, éternellement juif par cette façon d’aller partout sans trouver nulle part un abri, merveilleusement juif par son amour enfantin des devinettes---comme l’oiseau qui interroge par son chant et reçoit pour toute réponse une pierre et chante encore, même mort chante, encore, encore, encore, bien après que la pierre qui l’a tué est redevenue friable, poussière, silence, moins que silence, rien, et toujours cette vibration du chant pur dans le rien manifesté du monde. 

 

La mort est économe, la vie est dépensière. Il ne parle que de la vie, avec ses mots à elle: il saisit des morceaux de la terre, les assemble dans sa parole, et c’est le ciel qui apparaît, un ciel avec des arbres qui volent, des agneaux qui dansent et des poissons qui brûlent, un ciel infréquentable, peuplé de prostituées, de fous et de noceurs, d’enfants qui éclatent de rire et de femmes qui ne rentrent plus à la maison, tellement de monde oublié par le monde et fêté là, tout de suite, maintenant, sur la terre autant qu’au ciel.

 

C’est une pesanteur des sociétés marchandes et toutes les sociétés sont marchandes, toutes ont quelque chose à vendre que de penser les gens comme des choses, que de distinguer les choses suivant leur rareté, et les hommes suivant leur puissance. Lui, il a ce coeur d’enfant de ne rien savoir des distinctions. Le vertueux et le voyou, le mendiant et le prince, il s’adresse à tous de la même voix limpide, comme s’il n’y avait ni vertueux, ni voyou, ni mendiant, ni prince, mais seulement, à chaque fois, deux vivants face à face, et la parole dans le milieu des deux, qui va, qui vient.

 

Ce qu’il dit est éclairé par des verbes pauvres; prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre. C’est peut-être le seul homme qui ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l’amour et de la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la désaffection et de la désaffection à la mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de l’indifférence une vertu.

Christian Bobin

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L'indestructible II

24 Décembre 2015, 05:55am

Publié par Grégoire.

L'indestructible II

La chaise vide au monastère du Carmel fait face à une croix. Le vide contemple la douleur. Ce n’est pas une indifférence mais la plus grande concentration. La paille et le bois de la chaise sont pénétrés jusque dans leurs noeuds d’une pensée sans pensée. La petite chaise est une sainte. 

Le vieil instinct ruiné des hommes se rallume à la vue d’un cloître. Il ne s’agit même pas de Dieu -simplement d’une intense façon d’habiter sur Terre. « Le soleil se plaît davantage dans un réfectoire de monastère que dans un restaurant », dit Mandelstam.

 

Je te propose une énigme, dit le Christ : il y a quelque chose qui n’existe pas et pourtant cette chose est la seule qui existe. Tu as trouvé? 

 

Leurs corps sont sculptés dans du silence. Leurs gestes sont sobres, lumineux leurs habits. Parfois leurs esprit boite. Un saint qui ne boiterait pas ne serait pas un saint. 

Les ivrognes de l’absolu ont le vin doux. Leurs imperfections -malgré l’irréprochable qualité des tissus et des lumières- amène notre imperfection, degré par degré jusqu’au ciel.

 

Je pense à leur grand frère tout blanc, le pape François. Son sermon de Noël 2014 aux cardinaux est l’envers nécessaire du sermon sur la montagne. Il parle de « la maladie des visages mornes » et dénonce en poète un « Alzheimer spirituel » atteignant les princes de l’Eglise. C’est qu’aujourd’hui nous n’avons plus le temps de vivre -même les bébés ne l’ont plus. Il faut d’abord qu’on nous parle comme ça, qu’on reçoive une pluie d’eau de javel sur la tête. Les béatitudes viendront après., seulement après. Le cerveau des hommes a été percé. Il en jaillit jour et nuit des images qui nous mènent en enfer. Nous sommes les pères de nos diables. 

 

Une infernale efficacité est devenue notre seule prière: donnez nous nos dollars et notre alcool de vitesse. Faites que nous ne pensions plus à notre vie.

Aux fraternités de Jérusalem une soeur adore à genoux une absence. Nos petits dieux à nous portent une étiquette de prix, brinquebalant à leur poignet.

 

A la chartreuse de la Verne, une fenêtre brûle. Une seule qui suffira pour tout.

Les plus belles mains peuvent se voir dans les monastères, exposées vivantes au milieu des plus chastes lumières. Que les mains des moines s’allègent et s’élancent pour une prière, ou que lourdes, croisées, elles dorment quelques instants sur leur genoux, elles sont l’intelligence absolue de l’abîme.

 

Au couvent des petites soeurs des pauvres en Bretagne, j’ai vu un chapelet -une friture de Jésus Christ, la douleur des enfers prête à connaitre la paix de mains aimantes, grain caramélisé par grain caramélisé.

 

L’enfant qui compte ses billes ne fait rien, comme la religieuse qui égrène son chapelet. Ce rien, béni soit-il, est un trésor. 

La nuit entre au monastère pour s’y laver. Les étoiles s’y refont une beauté. L’univers y revient à sa densité originelle : un seul point d’énergie dont les prières font luire les milles facettes. 

 

Personne jamais n’effacera les gens qui s’effacent.

 

Christian Bobin. La prière silencieuse.

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L'indestructible

23 Décembre 2015, 05:50am

Publié par Grégoire.

L'indestructible

 

Au moyen-âge où les monastères éclosent, l’air grésillent d’anges aussi nombreux que des éphémères l’été, autour d’une lampe de jardin. Jusqu’à Jean-Sébastien Bach, croire en Dieu ou sentir le printemps ouvrir les fleurs roses de nos poumons c’est tout un. Puisqu’aujourd’hui par une grâce terrible tout a été détruit, ce livre invite à rejoindre l’élémentaire qui est l’indestructible : un feuillage à la fenêtre d’une bibliothèque. Des ombres pour abriter nos morts. Des robes glacées comme des cascades. Des paroles d’amour plongées dans des cuves de silence. La nuit dans sa première jeunesse. 

Les deux personnes les plus mystérieuses au monde sont le moine et la prostituée. Un corps qui brûle, une bible qui crie -la misère est soeur du divin.

« Je suis entré dans ce monde comme un loup et j’en sors comme un agneau » telle est la dernière parole d’un condamné à mort américain, une montagne de muscle tatouée. Aux offices les chants des moines ne monteront pas plus haut.

Au cimetière des Pères de Sainte-Croix, brillent de petites croix toutes blanches -les dents de lait de l’Eternel. 

Un livre de poésie, même oublié sur un rayon de bibliothèque, témoigne à bas bruit de la splendeur de la vie. Qu’il reste un cercle de pierre avec au milieu une poignée de contemplatifs donnant leur vie à un dieu dont rien ne les assure -préserve le monde du pire.

L’hôpital avale sa ration de souffrants. J’attends quelqu’un aux urgences. Deux policiers apparaissent, encadrant un homme menotté en survêtement noir ahuri, détenteur d’une puissance dangereuse de bébé. L’un des policiers s’adresse à lui d’une voix surnaturellement patiente, comme une mère à son enfant malade. Son collègue ricane sans bruit, moins doué de sensibilité que les briques du bâtiment. Je suis devant une parabole inédite, un Evangile dont un feuillet vole sous mes yeux.

L’image absolue, celle qui nous délivre des images, s’élabore dans la clôture d’un monastère. 

Au Carmel d’Angers une religieuse entre vivante au paradis de la peinture hollandaise. A la Grande Trappe un moine, quatre ange assis à sa gauche, deux à sa droite, patiente dans la salle d’attente de l’Eternel. A voir la porte et la croix de l’abbaye de Fontgombault on entend Wall street s’effondre. Le couloir des petites soeurs des pauvres, pour le traverser il faut des siècles. Tout au bout, nos parents disparus nous attendent.

Christian Bobin, la prière silencieuse, Gallimard.

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J'ai rencontré Jésus mendiant silencieusement...

22 Décembre 2015, 05:39am

Publié par Grégoire.

Osez la bienveillance... Merci !

Osez la bienveillance... Merci !

J'ai rencontré Jésus mendiant silencieusement...

 

Vendredi 18 déc. On me fait rencontrer une jeune femme handicapée : ses pieds visiblement ne se déploient pas. Elle se déplace difficilement, avec une canne. Elle parle avec difficulté. Montre aussi très vite des signes de fatigue. Paupières qui tombent, mais « j’écoute » dit-elle avec un immense sourire. 

Elle est atteint d’une maladie des nerfs et des muscles depuis 2 ans, après avoir inhalée des produits toxiques dans une coopérative de vin ou elle travaillait. 

Elle a perdu son travail. On lui a refusé toute indemnisation ou reconnaissance d’accident du travail. Son mari l’a quitté. Elle a 3 enfants, dont 1 handicapé; malformation du coeur et de la colonne vertébrale.

Elle vit au 2e étage d’un immeuble sans ascenseur, sans eau chaude, extrêmement bruyant (techno à partir de 22h). Appartement qu’elle ne peut quitter ayant une dette de loyer de 700 euros.

 

Je me permets de faire un appel aux dons pour cette personne. Vous êtes 100 abonnés sur ce blog : on devrait vite réunir cette somme. Je compléterais si besoin en faisant 1-2 soirée/lecture de C Bobin.

 

Si vous voulez aider, merci de m’envoyer un mail à brgregoire@hotmail.com

Je vous dirais où envoyer votre don. L’intégralité des dons sera reversé à cette personne. Merci !

fr Grégoire.

 

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Il n’y a rien de nécessaire sauf d’être là, à chaque instant, de plus en plus

21 Décembre 2015, 06:48am

Publié par Grégoire.

Il n’y a rien de nécessaire sauf d’être là, à chaque instant, de plus en plus

" J’ai connu la sensation d'une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien Cette sensation n'a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues les lassitudes et même les désespérances Je tourne autour d'un mot : la bonté c'est la bonté qui me stupéfie dans cette vie elle est tellement plus singulière que le mal..."

 

"...La consolation c’est quelqu’un, quelqu’un qui prend un peu de feu du langage et qui nous le jette à la figure, comme un coup de canon, et qui nous arrache à cet empêchement de connaitre, qui nous sauve de l’illusion de trop connaitre, et qui nous déchire ce voile sur le réel et qui nous donne de recevoir : un chose ténue et délicate, comme le baiser d’une lumière sur notre cœur gris...  La vie à l’état pur aussi fine que l’air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse... 

la vie à l’état pur, telle qu’elle est en elle-même : oisive et patiente, abondante et mortelle, qui nous invite à être comme la terre nue, oublieuse d’elle-même, faisant même accueil à la pluie qui la bat et au soleil qui la réchauffe. 

Il n’y a rien de nécessaire sauf d’être là, à chaque instant, de plus en plus. "

Extrait du minuscule et de l'imprévisible.                     

 

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Le monde industriel...

20 Décembre 2015, 05:29am

Publié par Grégoire.

Le monde industriel...

"Le monde industriel c’est le monde tout entier, une fable noire pour enfants, une mauvaise insomnie dans le jour. 

La présence de l’argent y est considérable, autant que celle de Dieu dans les sociétés primitives.
Elle irradie de la même façon. Elle gouverne le mouvement des pensées comme celui des visages...

Ils sont là comme des éboueurs de l’argent, comme des esclaves d’un nouveau genre, des esclaves millionnaires. 
Ils ordonnent, ils décident, ils tranchent. 
Ils parlent beaucoup.
La parole est leur matière première. Ils parlent beaucoup mais ce n’est jamais une parole personnelle.
Ils parlent suivant ce qu’ils font, suivant une idée générale de ce qu’il y a à faire dans la vie, une idée apprise.

Ce sont les hommes du sérieux, les hommes sans ombre. 
L’éclat de l’argent égalise leurs traits.

On dirait le même homme à chaque fois, la même absence hautaine, la même ruine de toute aventure personnelle, singulière."

Christian Bobin

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El Club

19 Décembre 2015, 06:21am

Publié par Grégoire.

Pour public averti.

Pour public averti.

Film chilien, 1 h 37

« Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière des ténèbres » : c’est par ces mots de la Genèse que commence le nouveau film du cinéaste Chilien Pablo Larrain, à qui l’on doit notamment  No .

Baignant dans des couleurs crépusculaires, le film s’ouvre sur la silhouette d’un homme en contre-jour qui, sur l’étendue d’une vaste plage, entraîne un chien. Peu à peu, on découvre qu’il vit dans une maison du bord de mer et que cette maison abrite d’autres adultes, surtout des hommes mais aussi une femme. Un peu plus tard, on comprend ce que ces quatre hommes et cette femme font là, au long de journées mornes qui ne semblent rythmées que par l’enjeu des courses locales de lévriers.

Par petites touches successives, le réalisateur plonge le spectateur dans l’atmosphère lourde et sournoise d’une communauté de religieux mis au ban de leur Église pour avoir « péché ». Il apparaît, une fois encore par des moyens détournés, que certains d’entre eux sont liés à des scandales de pédophilie, mais pas seulement : le spectre des années Pinochet flotte aussi sur le scénario.

Un événement vient troubler la petite vie discrète de cette communauté et décide la hiérarchie ecclésiastique à envoyer une sorte de superviseur pour remettre de l’ordre, s’assurer que les pensionnaires savent bien pourquoi ils sont là, dans ce lieu où ils ne devraient se consacrer qu’à la prière et à la pénitence. Ce directeur de conscience s’attelle à la tâche avec sérieux, reçoit les uns et les autres en confession, mais rien ne semble pouvoir stopper la corruption de leurs âmes.

Avec ce film à la forme appuyée mais cohérente, dérangeant, cru et violent dans son propos, Pablo Larrain porte le fer dans la plaie d’une humanité terrible de cynisme, de mensonge, de chantage et d’hypocrisie. Dans cette confrontation terrible avec un mal tout en nuances, masques et secrets, la bataille paraît inégale. 

Cette rude expérience de cinéma, « sur la foi et la culpabilité », est menée par un réalisateur dont le pays a connu les heures sombres de la dictature, indigné par la façon dont l’Église a pu soustraire certains de ses prêtres à la justice – quelles que soient leurs fautes. Restant volontairement ambigu, il ne lève pas le malaise installé au long de son film : non par « pessimisme », dit-il, mais par volonté de dépeindre « une distorsion spirituelle ».

 

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à quoi je tiens...?

18 Décembre 2015, 05:16am

Publié par Grégoire.

à quoi je tiens...?

 

"Vous vous dites: à quoi je tiens.

À quoi tient une vie, la mienne, toutes vies, n'importe laquelle.
À des riens elle tient. À des choses de trois fois rien.
Et cette chose, à quoi elle sert?

D'abord à rien.Elle est soustraite de l'utilité mortelle de toutes choses dans la vie. Elle brille par son inutilité. Elle est en excès par défaut.
Ce qui ne sert à rien sert à tellement de choses.

Cela tient lieu du monde.. ou de l'âme ou de la beauté jamais atteinte.
Cela tient lieu de tout.

Vous pouvez tout quitter sauf cette chose.

Sauf ce ce nom, sauf ce ciel d'un printemps dans la vie à jamais éteinte.
Une faiblesse vous retient là, vous y ramène à chaque fois.

La douce pente de faiblesse vous incline, corps et âmes, vers cette seule chose comme un asile.
C'est une énigme de rien.

C'est un mystère d'enfance.
C'est une coutume qui vient de l'enfance, une cérémonie partout respectée dans les chambre d'enfants: ce désordre.

Cette moisson d'insignifiance dans les tiroirs. Ces bouts de chiffons, ces queues de comètes et ces dentelles d'anges.
Tout ces riens à quoi l'enfance donne de la valeur.

Ce à quoi on donne de la valeur vous en donne en retour.
Ce n'est qu'à vous, donc c'est vous."

Christian Bobin, La part manquante.

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La joie la plus profonde, c'est la joie d'un coeur blessé

17 Décembre 2015, 06:04am

Publié par Grégoire.

La joie la plus profonde, c'est la joie d'un coeur blessé

 

Une phrase très belle d'un gitan dit: "La plus belle vie, c'est la vie qui a connu beaucoup de souffrance"

Parce que tout ce qui ouvre le coeur fait venir de l'air...et l'air c'est l'Esprit qui nous monte à la tête... c'est Dieu même. Notre coeur est si dur parfois... il faut bien que les épreuves soient là pour le fracturer comme une pierre sur un morceau de bois sec à enflammer. Il ne faut pas rechercher les épreuves parce que ça serait du masochisme. La joie peut donner évidemment la même chose. Mais, je sais que, dans cette vie, on ne peut pas choisir et c'est pour cela que je ne fais pas de l'angélisme et que je prends ce qui vient, ce qui m'est donné ou ce que je subis parfois; je prends et j'essaye de tout accueillir!

 

Christian Bobin, interview.

 

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Sourire du ciel...

16 Décembre 2015, 05:30am

Publié par Grégoire.

Sourire du ciel...

La poignée en cristal de la porte du paradis, en t’écrivant j’arrive presque à la tourner. Presque. C’est assez beau, cette vie où on ne peut rien faire qu’échouer, tu ne crois pas ?

Lire est une passion lente. S’émerveiller d’un rire gravé dans l’air va plus vite à l’essentiel.

Je sens mon visage s’éclairer comme si le livre sur lequel je me penche était une bougie.

L’abandon est ce tremblement de terre que la bête du cœur devine avant qu’il arrive.

Un poème est le maximum de sensibilité qu’un homme ou une femme puisse connaître. Un rien de de plus et les poumons du langage éclatent, comme ceux des plongeurs qui remontent trop vite du fond de l’océan.

Vivre – gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés.

Les femmes sont brutales, n’est-ce pas. Les madones sanglantes. Elles piétinent dans l’enclos de la liberté – sautent  par-dessus la barrière et vont se perdre dans la nuit. Sans elles pas de vie risquée, aucun amour, rien.

J’ai été toi et c’était la même révélation.

Le poète perce quelques trous dans l’os du langage pour en faire une flûte. Ce n’est rien  mais ce rien parle de l’éternel.

Quand je lis un poème, c’est la mort des horloges.

J’épluchais une pomme rouge du jardin quand j’ai soudain compris que la vie ne m’offrirait jamais  qu’une suite de problèmes merveilleusement insolubles. Avec cette pensée est entré dans mon cœur l’océan d’une paix profonde.

Quand tu avançais c’est un monde qui avançait avec toi, comme avec la mariée sa traîne, injuste et sainte. Noireclaire. Ta mort n’y change rien : je te vois en mouvement, toujours en avançant, et la vie surabondante te suit, le printemps arrive avec ton nom.

Je t’écris pour t’emmener plus loin que ta mort.

 Christian bobin, Noireclaire

 

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La grâce de solitude...

14 Décembre 2015, 06:07am

Publié par Grégoire.

La grâce de solitude...

 

Ce que je pourrais vous dire à propos de la solitude, je pourrais le dire à propos de l’amour et de beaucoup d’autres choses. Toutes ces choses-là se touchent et jouent ensemble. Il est très difficile d’en isoler une. Tous ces atomes sont liés, comme ceux qui composent l’air que l’on respire … D’ailleurs toutes ces choses-là sont « respirantes » : aident à respirer ; elles donnent la plus grande respiration possible. L’amour, la solitude, l’écriture, le chant, le jeu, j’aime par exemple à les faire tourner comme des toupies sur la page, parce que je les éprouve dans ma vie même comme tournant l’une sur l’autre, l’une dans l’autre.

Cependant, que saurais-je dire de la solitude des autres … Bien qu’il me soit déjà arrivé d’écrire là-dessus, je reconnais que personnellement j’ai tendance à parfois aller trop vite vers du sublime, vers du céleste. Il faut donc bien préciser que je n’ai pas choisi de vivre comme je vis, même si j’en suis heureux et même si je m’éprouve vivant dans cette vie-là, un peu étrange et un peu, par certains côtés, retiré …

Je n’ai pas choisi cette vie-là et je dois même ajouter - c’est une pensée qui me vient souvent et qui me fait sourire - qu’à peu de choses près, j’aurais fait un assez bon autiste ! Il y a peut-être eu un handicap au départ, peut-être quelque chose m’a-t-il manqué … Certaines choses m’ont été données et d’autres n’ont pas été données. Mais on ne peut pas tout recevoir comme on ne peut pas tout donner non plus … Je crois que cela n’est pas en notre pouvoir. C’est peut-être dans le pouvoir de Dieu mais pas dans le nôtre. Certaines choses ne m’ont pas été données, qui ont fait – et cela j’en suis presque sûr – que j’aurais pu être un sauvage beaucoup plus renfrogné que je ne le suis … et peut-être même malheureux. Tout s’est joué à très, très peu … Voilà pourquoi j’ai scrupule à aller vers ce qui ressemblerait à une théorie de la solitude. De même, je supporte assez mal les théories, les grands systèmes de pensée ou les pensées trop construites, trop élaborées sur l’amour … comme sur tout ce que vous voudrez.

 

L’amour et la solitude ne sont pas si éloignées que cela …

 

Si peu éloignées que l’un des plus beaux titres de poésie est celui d’Eluard : « L’amour la solitude ». Ils ne sont même pas séparés par une virgule … C’est très juste car l’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage. Ce n’est pas séparé et ce n’est pas séparable.

Mais moi je vous dis cela aujourd’hui, à quarante-cinq ans … Il m’a fallu beaucoup d’années, beaucoup de temps, pour que j’arrive à entendre un peu de ces choses-là. C’est venu petit à petit, par des occasions, par des hasards, par des rencontres. Curieusement, ce sont quelques personnes, quelques rencontres, qui m’ont donné la solitude. C’est un don, qui m’a été fait. Comme le reste d’ailleurs … Ce n’est pas à moi, c’est quelque chose que l’on m’a donné.

 

Comment peut-on faire don de la solitude ?

 

Je crois qu’on vous donne cela en vous aimant. Mais en vous aimant pleinement, sans raison, de façon sans doute insensée … Si l’on reçoit ne serait-ce qu’une parcelle, un rien, un fragment d’un amour de ce genre-là, après, c’est tout ouvert devant vous … Et même si ce qui vous a été donné disparaît, ça reste ouvert ! C’est le plus grand bien-être physique, mental et spirituel. Je me refuse à séparer ces domaines-là. Même si le langage m’amène à les formuler en trois fois, en trois mots différents, même si pour réfléchir, pour écrire, pour parler entre nous - ou pour parler de façon générale - je sui obligé de passer par un mot et ensuite l’autre, je sais que tous ces états en nous ne sont pas séparables. La chair, l’esprit, l’âme, le cœur … qu’on les appelle comme on veut - c’est important aussi qu’ils aient chacun leur nom - ne sont en réalité pas séparables. Et toutes ces choses-là sont irradiées par un regard, quand ce regard est vraiment juste, vraiment tout de bienveillance, aimant. A partir de là, c’est une liberté, une respiration inimaginable ! Après vous pouvez vous ennuyer, ça n’a plus d’importance. Après on peut même connaître la mauvaise solitude à certains moments, ça n’a plus d’importance. C’est comme si on m’avait donné une nourriture … qui suffit. Qui suffit même si elle n’est plus renouvelée, même si elle n’est plus redonnée, même si on ne sait pas très bien en quoi elle consiste. Il suffit peut-être d’avoir reçu cette chose et de ne pas douter qu’elle a été donnée. De ne pas faire porter le doute là-dessus. De peut-être laisser tout le reste de la vie dans un grand tremblement, dans une fièvre, dans une inquiétude - car je crois que l’inquiétude est bonne - mais de ne pas douter de ce tout petit point-là. Dès lors, en même temps qu’à l’amour, c’est à notre solitude, c’est-à-dire à notre liberté, qu’on s’est donné. Pour moi, les mots solitude et liberté sont pleinement équivalents.

Christian Bobin, la grâce de solitude.

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L'amour est attraction et don...

12 Décembre 2015, 05:43am

Publié par Grégoire.

L'amour est attraction et don...

 

En amour, le but n’est pas douleur ou joie,

mais amour !

Le libre amour unit, il s’allume par l’amour

comme la flamme par la flamme. Mais d’où vint

la première flamme ?

Quand la flamme secrète apparaît, elle fait du 

dedans et du dehors un seul foyer, et toutes les

 barrières tombent en cendres.

Le poète dit : «  Qui donc possède l’amour sans

le payer de son prix ? Quand vous refusez le don de

 vous-même l’univers tout entier vous devient avare. »

 

Rabindranath Tagore, « La fugitive »

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L'idiot. ДУРАК’ / DURAK

11 Décembre 2015, 06:40am

Publié par Grégoire.

Inspirée librement du livre de Dostoïevski, l'idiot est une figure du Christ qui veut sauver les gens, mais dont personne ne veut.

Inspirée librement du livre de Dostoïevski, l'idiot est une figure du Christ qui veut sauver les gens, mais dont personne ne veut.

ДУРАК’ / DURAK :  l'idiot ou 'trop con'.

 

Dima est un jeune plombier qui doit gérer les canalisations des logements sociaux d’un quartier d’une petite ville de Russie. Un soir, lors d’une inspection de routine, il découvre une énorme fissure qui court le long des façades de l’immeuble. Selon ses calculs, le bâtiment est sur le point de s’effondrer et d’ensevelir les 800 locataires qui y vivent. Une course contre la montre va sengager

 

À mi-chemin entre Dostoïevski et Kafka, L’Idiot! décrit le parcours christique et tragiquement solitaire de ce trouble-fête avec l’acidité de la satire et la nervosité du thriller. Yuriy Bykov capte cette odyssée nocturne quasiment en temps réel, caméra à l’épaule.

 

 

Le Courrier de Russie : Quelle est votre histoire ?

Youri Bykov : Mon histoire est celle d’un petit village, Novomitchourinsk, dans la région de Riazan. Une localité sans histoire, née en même temps que moi, en 1981. Mes parents s’y sont installés lors de la construction de sa centrale électrique. Nous vivions dans un baraquement pour ouvriers. Mon père était chauffeur de camion. Ma mère avait un travail éprouvant dans une usine de préparation de dalles. Une vie dure à une époque difficile. J’avais dix ans quand l’Union soviétique a cessé d’exister. Mon père venait de nous abandonner. Ma mère m’élevait seule. Les années 1990 ont frappé durement notre petite bourgade : réductions de personnels, banditisme… De nombreux jeunes gagnaient leur vie grâce au racket et à la délinquance. J’ai eu de la chance de ne pas sombrer dans ce milieu.

LCDR : Où avez-vous trouvé refuge ?

Y.B. : Dans la musique, l’écriture d’histoires… j’ai même publié dans le journal local. J’ai travaillé comme ouvrier dès la fin du secondaire. Parallèlement, j’ai commencé à faire du théâtre. Je passais pour un vrai idiot. Mais c’est comme ça que j’ai été repéré par l’acteur Boris Nevzorov, alors que je jouais une pièce de Molière dans une petite salle de notre commune. Il était en tournée. Il m’a invité à Moscou et j’ai été reçu à l’Académie russe des arts du théâtre sur ses conseils. J’avais 20 ans. Je n’avais jamais essayé d’intégrer une quelconque université avant cela. Ma mère me disait toujours qu’il fallait payer beaucoup de pots-de-vin pour étudier à Moscou.

« Je suis arrivé à la capitale avec mon sac rempli de patates et d’espoirs. »

LCDR : Avait-elle raison ?

Y.B. : En fait, l’art est un domaine dans lequel la corruption n’a quasiment aucun sens, car si tu ne joues pas bien, ça se voit tout de suite. J’ai passé une audition, ils m’ont accepté et j’ai commencé à étudier. J’étais entouré de « fils et filles de ». Et moi, j’étais arrivé à la capitale avec mon sac rempli de patates, de concombres et d’espoirs. Finalement, j’ai rapidement laissé tomber ce cursus pour intégrer l’Institut national de cinématographie. Je voulais être acteur. Je le suis devenu en 2005, mais de nouveau, j’ai changé de voie.

LCDR : Vous souhaitiez être derrière la caméra ?

Y.B. : J’ai compris que jouer n’était pas pour moi, même si j’avais eu des propositions intéressantes pour rejoindre des compagnies dans des théâtres réputés. Je me suis lancé plutôt  dans l’apprentissage du métier de réalisateur, tout seul, car je ne pouvais pas me permettre de payer une seconde éducation. Je gagnais ma vie en faisant de petits boulots, j’ai été animateur dans un club pour enfants, manutentionnaire, agent de sécurité… Ces travaux m’ont permis de mettre de l’argent de côté pour tourner mon premier court-métrage, Natchalnik, en 2009 (ci-dessous). Il m’a valu le premier prix dans la catégorie « court » du festival Kinotavr [plus grand festival de cinéma en Russie, ndlr], devant un jeune réalisateur qui sortait tout frais de l’Institut national de cinématographie. J’étais sous le choc.

LCDR : Pourquoi ?

Y.B. : Je n’avais étudié nulle part, j’avais tout réalisé sur mes propres fonds, sans instructeur, ni mentor. J’étais le petit gars de la campagne qui réussissait. J’ai du mal à y croire jusqu’à présent. Rien ne me prédestinait à une telle carrière. J’ai gagné à la loterie en quelque sorte.

LCDR : L’idiot est votre troisième long-métrage, après Jit (« Vivre ») et Le Major. Tous les trois sont très sombres, touchants et violents. Où puisez-vous cette noirceur ?

Y.B. : Je suis un cinéaste, je suis attiré par les sujets épineux et les problèmes que rencontre la société. Ça m’intéresse de savoir comment les gens surmontent leurs difficultés. Je ne parle pas de violence mais d’émotions. Le Major était basé sur l’affaire Evsioukov, ce policier qui avait tiré sur des gens dans un supermarché en 2009. La population avait été interpellée par cette tragédie, et j’avais envie de tourner un film sur l’arbitraire dans la police russe : un agent renverse un enfant sur la route, tente d’étouffer l’affaire avec ses collègues mais finit par se repentir. Le film montrait notamment à quel point la police se croyait tout permis en pensant être protégée par le pouvoir. L’idiot, lui, montre le pouvoir des fonctionnaires de province. C’est un cinéma d’auteur, il attire l’attention des spectateurs sur les problèmes de la société. C’est très important pour faire réfléchir. La Russie que je filme existe, je n’invente rien, et il me plaît de l’observer.

LCDR : De nombreuses critiques s’élèvent en Russie, lorsque des films présentant une image négative du pays sont diffusés à l’étranger. Je pense notamment au scandale autour de Leviathan, d’Andreï Zviaguintsev.

Y.B. : Leviathan montre une image radicalement négative de la province russe, et il a bénéficié d’un accueil chaleureux en Occident. Le film a été primé à Cannes, aux Golden Globes, nommé aux Oscars… On en a parlé dans tous les médias, y compris sur les chaînes de télévision publiques. Le ministère de la culture russe s’est retrouvé dans une situation embarrassante : il avait soutenu un film dirigé contre l’État et qui critiquait violemment la politique fédérale dans les régions russes. Andreï Zviaguintsev est devenu une sorte d’ennemi, la population s’est posé des questions : pourquoi notre argent permet-il de financer des films qui nous présentent comme des bouseux ? Les Russes sont très susceptibles, comme des enfants. Cela ne signifie pas qu’ils sont mauvais, simplement, ils sortent de 70 ans d’esclavage communiste et des tumultes des années 1990. Si tu froisses un Russe, que tu parles avec lui sans faire de compromis et que tu essaies de lui imposer une marche à suivre, sa réaction sera forcément négative – tu deviendras un ennemi.

LCDR : Avez-vous connu des problèmes semblables avec L’idiot ?

Y.B. : Mon film est également sorti dans les salles en Russie et à l’étranger, mais à moindre échelle que Leviathan. Et surtout, à la différence de ce dernier, L’idiot utilise un langage cinématographique simple. Il a rapidement été piraté, et la société russe et l’intelligentsia ont pu se faire une idée du film. Et les gens ont compris queL’idiot parle de problèmes russes à des Russes, afin d’entamer un dialogue dans le pays. En revanche, mon film a engendré des tensions au sein du milieu cinématographique. Sorti au même moment, L’idiot a été comparé au film d’Andreï Zviaguintsev, ce qui a créé une vraie scission au sein de la communauté. Deux camps se sont formés : celui de L’idiot, pro-Poutine, et celui de Leviathan, la classe libérale « éclairée ». C’était incroyable, et totalement injustifié. Zviaguintsev est simplement plus mature que moi, plus radical, il ne craint pas de faire un cinéma dépressif, pessimiste et complexe, alors que je suis plus proche des gens.

LCDR : Comment vous adressez-vous aux gens, justement ?

Y.B. : Je pense qu’il faut aller vers le dialogue. Il ne faut pas reprocher au peuple russe son développement « trop lent », sinon il risque de s’isoler et de soutenir le pouvoir, qui l’utilisera. Par exemple, les libéraux ne devraient pas comparer le monde russe au fascisme, comme ils le font aujourd’hui. Il faut être plus délicat avec ses concitoyens. Il faut construire des ponts entre les couches de la société et ne pas traiter tout le monde d’idiots et partir vivre en Europe.

« Balabanov était à la fois alcoolique et très clair dans son esprit »

LCDR : Le scandale autour de Leviathan a également marqué une rupture dans le financement public du cinéma en Russie. Le ministre de la culture n’a pas hésité à dire qu’il ne voyait pas de raison de financer des films sur la « Russie-caca »…

Y.B. : La situation est très ambiguë. D’un côté, Andreï a exprimé sincèrement ce qu’il voulait dans son film, mais de l’autre, il a fait fermer le robinet des financements pour le cinéma d’auteur. Les conditions qu’exige aujourd’hui le ministère de la culture ne laissent plus de place à des scénarios traitant de problèmes sociaux ou d’une possible lutte contre le pouvoir. Le budget est destiné à des productions militaro-patriotiques ou à des mélodrames. Je ne qualifierais pas cette politique de censure – personne n’interdit de projeter quoi que ce soit –, mais il est plus difficile de trouver l’argent nécessaire à la production.

LCDR : L’idiot est dédicacé au réalisateur russe Alexeï Balabanov, décédé il y a un peu plus de deux ans.

Y.B. : Balabanov est mort l’année de la sortie de L’idiot. Et si je ne le fréquentais pas, c’est un réalisateur pour lequel j’éprouve à la fois de l’admiration et de la compassion. Balabanov était un homme particulier, un nationaliste qui n’aimait pas la culture occidentale, à la fois alcoolique et très clair dans son esprit. Il souffrait beaucoup à l’intérieur. Et si nous sommes contraints de vivre en faisant des compromis, lui vivait comme il l’entendait. C’est pourquoi il me semble que cet hommage est justifié.

 

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Chanson du miroir déserté

10 Décembre 2015, 05:26am

Publié par Grégoire.

Chanson du miroir déserté

Où es-tu toi dans moi qui bouges

Toi qui flambes dans moi soudain
Et ce mouvement de ta main
Pour mettre à tes lèvres du rouge

Où es-tu plaisir de ma nuit
Ma fugitive passagère
Ma reine aux cheveux de fougère
Avec tes yeux couleur de pluie

J’attends la minute où tu passes
Comme la terre le printemps
Et l’eau dormante de l’étang
La rame glissant sur sa face

Dans mon cadre profond et sombre
Je t’offre mes grands secrets
Approche-toi plus près plus près
Pour occuper toute mon ombre

Envahis-moi comme une armée
Prends mes plaines prends mes collines
Les parcs les palais les salines
Les soirs les songes les fumées

Montre-moi comme tu es belle
Autant qu’un meurtre et qu’un complot
Mieux que la bouche formant l’o
Plus qu’un peuple qui se rebelle

Sur les marais comme à l’affût
Un passage de sauvagines
Et battant ce que j’imagine
Anéantis ce que tu fus

Reviens visage à mon visage
Mets droit tes grands yeux dans tes yeux
Rends-moi les nuages des cieux
Rends-moi la vue et tes mirages

 Aragon, Elsa

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N'ayez pas honte de la chair ! N'ayez pas peur du corps de votre frère !

9 Décembre 2015, 05:25am

Publié par Grégoire.

être capable de pleurer et de demander le don des larmes... Être proche de la chair de nos frères... Le cœur fermé se justifie toujours.

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Le visage de la miséricorde...

8 Décembre 2015, 05:02am

Publié par Grégoire.

Le 8 décembre, nous entrons dans l’année de la Miséricorde, voulue par le Pape François : un temps favorable durant lequel nous sommes invités à « fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père » (Pape François).

Le 8 décembre, nous entrons dans l’année de la Miséricorde, voulue par le Pape François : un temps favorable durant lequel nous sommes invités à « fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père » (Pape François).

Jésus est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, « riche en miséricorde » (Ep 2, 4) après avoir révélé son nom à Moïse comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34, 6) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments. Lorsqu’est venue la « plénitude des temps » (Ga 4, 4), quand tout fut disposé selon son dessein de salut, il envoya son Fils né de la Vierge Marie pour nous révéler de façon définitive son amour. Qui le voit a vu le Père (cf. Jn 14, 9). A travers sa parole, ses gestes, et toute sa personne,[1] Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu.

2. Nous avons toujours besoin de contempler le mystère de la miséricorde. Elle est source de joie, de sérénité et de paix. Elle est la condition de notre salut. Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché.

6. « La miséricorde est le propre de Dieu dont la toute-puissance consiste justement à faire miséricorde ».[5] Ces paroles de saint Thomas d’Aquin montrent que la miséricorde n’est pas un signe de faiblesse, mais bien l’expression de la toute-puissance de Dieu. C’est pourquoi une des plus antiques collectes de la liturgie nous fait prier ainsi : « Dieu qui donne la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié ».[6] Dieu sera toujours dans l’histoire de l’humanité comme celui qui est présent, proche, prévenant, saint et miséricordieux.

“Patient et miséricordieux”, tel est le binôme qui parcourt l’Ancien Testament pour exprimer la nature de Dieu. Sa miséricorde se manifeste concrètement à l’intérieur de tant d’événements de l’histoire du salut où sa bonté prend le pas sur la punition ou la destruction. D’une façon particulière, les Psaumes font apparaître cette grandeur de l’agir divin : « Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse » (Ps 102, 3-4). D’une façon encore plus explicite, un autre Psaume énonce les signes concrets de la miséricorde : « Il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés. Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes, le Seigneur protège l’étranger. Il soutient la veuve et l’orphelin, il égare les pas du méchant » (145, 7-9). Voici enfin une autre expression du psalmiste : « [Le Seigneur] guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures… Le Seigneur élève les humbles et rabaisse jusqu’à terre les impies » (146, 3.6). En bref, la miséricorde de Dieu n’est pas une idée abstraite, mais une réalité concrète à travers laquelle Il révèle son amour comme celui d’un père et d’une mère qui se laissent émouvoir au plus profond d’eux mêmes par leur fils. Il est juste de parler d’un amour « viscéral ». Il vient du coeur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon.

7. « Eternel est son amour » : c’est le refrain qui revient à chaque verset du Psaume 135 dans le récit de l’histoire de la révélation de Dieu. En raison de la miséricorde, tous les événements de l’Ancien Testament sont riches d’une grande valeur salvifique. La miséricorde fait de l’histoire de Dieu avec Israël une histoire du salut. Répéter sans cesse : « Eternel est son amour » comme fait le Psaume, semble vouloir briser le cercle de l’espace et du temps pour tout inscrire dans le mystère éternel de l’amour. C’est comme si l’on voulait dire que non seulement dans l’histoire, mais aussi dans l’éternité, l’homme sera toujours sous le regard miséricordieux du Père. Ce n’est pas par hasard que le peuple d’Israël a voulu intégrer ce Psaume, le “grand hallel” comme on l’appelle, dans les fêtes liturgiques les plus importantes.

Avant la Passion, Jésus a prié avec ce Psaume de la miséricorde. C’est ce qu’atteste l’évangéliste Matthieu quand il dit qu’« après avoir chanté les Psaumes » (26, 30), Jésus et ses disciples sortirent en direction du Mont des Oliviers. Lorsqu’il instituaitl’Eucharistie, mémorial pour toujours de sa Pâque, il établissait symboliquement cet acte suprême de la Révélation dans la lumière de la miséricorde. Sur ce même horizon de la miséricorde, Jésus vivait sa passion et sa mort, conscient du grand mystère d’amour qui s’accomplissait sur la croix. Savoir que Jésus lui-même a prié avec ce Psaume le rend encore plus important pour nous chrétiens, et nous appelle à en faire le refrain de notre prière quotidienne de louange : « Eternel est son amour ».

8. Le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux, nous pouvons accueillir l’amour de la Sainte Trinité. La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude. L’évangéliste Jean affirme pour la première et unique fois dans toute l’Ecriture : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8.16). Cet amour est désormais rendu visible et tangible dans toute la vie de Jésus. Sa personne n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les relations avec les personnes qui s’approchent de lui ont quelque chose d’unique et de singulier. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pécheurs, les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde. Tout en Lui parle de miséricorde. Rien en Lui ne manque de compassion.

Face à la multitude qui le suivait, Jésus, voyant qu’ils étaient fatigués et épuisés, égarés et sans berger, éprouva au plus profond de son coeur, une grande compassion pour eux (cf. Mt 9, 36). En raison de cet amour de compassion, il guérit les malades qu’on lui présentait (cf. Mt 14, 14), et il rassasia une grande foule avec peu de pains et de poissons (cf. Mt 15, 37). Ce qui animait Jésus en toute circonstance n’était rien d’autre que la miséricorde avec laquelle il lisait dans le coeur de ses interlocuteurs et répondait à leurs besoins les plus profonds. Lorsqu’il rencontra la veuve de Naïm qui emmenait son fils unique au tombeau, il éprouva une profonde compassion pour la douleur immense de cette mère en pleurs, et il lui redonna son fils, le ressuscitant de la mort (cf. Lc 7, 15). Après avoir libéré le possédé de Gerasa, il lui donna cette mission : « Annonce tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5, 19). L’appel de Matthieu est lui aussi inscrit sur l’horizon de la miséricorde. Passant devant le comptoir des impôts, Jésus regarda Matthieu dans les yeux. C’était un regard riche de miséricorde qui pardonnait les péchés de cet homme, et surmontant les résistances des autres disciples, il le choisit, lui, le pécheur et le publicain, pour devenir l’un des Douze. Commentant cette scène de l’Evangile, Saint Bède le Vénérable a écrit que Jésus regarda Matthieu avec un amour miséricordieux, et le choisit :miserando atque eligendo.[7] Cette expression m’a toujours fait impression au point d’en faire ma devise.

9. Dans les paraboles de la miséricorde, Jésus révèle la nature de Dieu comme celle d’un Père qui ne s’avoue jamais vaincu jusqu’à ce qu’il ait absous le péché et vaincu le refus, par la compassion et la miséricorde. Nous connaissons ces paraboles, trois en particulier : celle de la brebis égarée, celle de la pièce de monnaie perdue, et celle du père et des deux fils (cf. Lc 15, 1-32). Dans ces paraboles, Dieu est toujours présenté comme rempli de joie, surtout quand il pardonne. Nous y trouvons le noyau de l’Evangile et de notre foi, car la miséricorde y est présentée comme la force victorieuse de tout, qui remplit le coeur d’amour, et qui console en pardonnant.

Dans une autre parabole, nous recevons un enseignement pour notre manière de vivre en chrétiens. Interpellé par la question de Pierre lui demandant combien de fois il fallait pardonner, Jésus répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante dix fois sept fois » (Mt 18, 22). Il raconte ensuite la parabole du « débiteur sans pitié ». Appelé par son maître à rendre une somme importante, il le supplie à genoux et le maître lui remet sa dette. Tout de suite après, il rencontre un autre serviteur qui lui devait quelques centimes. Celui-ci le supplia à genoux d’avoir pitié, mais il refusa et le fit emprisonner. Ayant appris la chose, le maître se mit en colère et rappela le serviteur pour lui dire : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » (Mt 18, 33). Et Jésus conclut : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur » (Mt 18, 35).

La parabole est d’un grand enseignement pour chacun de nous. Jésus affirme que la miséricorde n’est pas seulement l’agir du Père, mais elle devient le critère pour comprendre qui sont ses véritables enfants. En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde. Le pardon des offenses devient l’expression la plus manifeste de l’amour miséricordieux, et pour nous chrétiens, c’est un impératif auquel nous ne pouvons pas nous soustraire. Bien souvent, il nous semble difficile de pardonner ! Cependant, le pardon est le moyen déposé dans nos mains fragiles pour atteindre la paix du coeur. Se défaire de la rancoeur, de la colère, de la violence et de la vengeance, est la condition nécessaire pour vivre heureux. Accueillons donc la demande de l’apôtre : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Ep 4, 26). Ecoutons surtout la parole de Jésus qui a établi la miséricorde comme idéal de vie, et comme critère de crédibilité de notre foi : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). C’est la béatitude qui doit susciter notre engagement tout particulier en cette Année Sainte.

Comme on peut le remarquer, la miséricorde est, dans l’Ecriture, le mot-clé pour indiquer l’agir de Dieu envers nous. Son amour n’est pas seulement affirmé, mais il est rendu visible et tangible. D’ailleurs, l’amour ne peut jamais être un mot abstrait. Par nature, il est vie concrète : intentions, attitudes, comportements qui se vérifient dans l’agir quotidien. La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix. L’amour miséricordieux des chrétiens doit être sur la même longueur d’onde. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants. Comme il est miséricordieux, ainsi sommes-nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres.

10. La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Eglise. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux croyants. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne face au monde, rien ne peut être privé de miséricorde. La crédibilité de l’Eglise passe par le chemin de l’amour miséricordieux et de la compassion. L’Eglise « vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde ».[8] Peut-être avons-nous parfois oublié de montrer et de vivre le chemin de la miséricorde. D’une part, la tentation d’exiger toujours et seulement la justice a fait oublier qu’elle n’est qu’un premier pas, nécessaire et indispensable, mais l’Eglise doit aller au-delà pour atteindre un but plus haut et plus significatif. D’autre part, il est triste de voir combien l’expérience du pardon est toujours plus rare dans notre culture. Même le mot semble parfois disparaître. Sans le témoignage du pardon, il n’y a qu’une vie inféconde et stérile, comme si l’on vivait dans un désert. Le temps est venu pour l’Eglise de retrouver la joyeuse annonce du pardon. Il est temps de revenir à l’essentiel pour se charger des faiblesses et des difficultés de nos frères. Le pardon est une force qui ressuscite en vie nouvelle et donne le courage pour regarder l’avenir avec espérance.

11. Nous ne pouvons pas oublier le grand enseignement que saint Jean-Paul II nous a donné dans sa deuxième encyclique Dives in misericordia, qui arriva à l’époque de façon inattendue et provoqua beaucoup de surprise en raison du thème abordé. Je voudrais revenir plus particulièrement sur deux expressions. Tout d’abord le saint Pape remarque l’oubli du thème de la miséricorde dans la culture actuelle : « La mentalité contemporaine semble s’opposer au Dieu de miséricorde, et elle tend à éliminer de la vie et à ôter du cœur humain la notion même de miséricorde. Le mot et l’idée de miséricorde semblent mettre mal à l’aise l’homme qui, grâce à un développement scientifique et technique inconnu jusqu’ici, est devenu maître de la terre qu’il a soumise et dominée (cf. Gn 1, 28). Cette domination de la terre, entendue parfois de façon unilatérale et superficielle, ne laisse pas de place, semble-t-il, à la miséricorde… Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle de l’Eglise et du monde, bien des hommes et bien des milieux, guidés par un sens aigu de la foi, s’adressent, je dirais quasi spontanément, à la miséricorde de Dieu ».[9]

 

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Je ne peux emporter avec moi que les souvenirs qui ont été renforcés par l'amour.

7 Décembre 2015, 05:29am

Publié par Grégoire.

Je ne peux emporter avec moi que les souvenirs qui ont été renforcés par l'amour.

 

Les derniers mots de Steve Jobs

"J'ai atteint le sommet du succès dans les affaires.
Aux yeux des autres, ma vie a été le symbole du succès.
Toutefois, en dehors du travail, j'ai eu peu de joie. Enfin, ma richesse n'est rien de plus qu'un fait dans lequel je me suis habitué.

En ce moment, allongé sur le lit d'hôpital et me rappelant toute ma vie, je me rends compte que tous les éloges et les richesses dont j'étais si fier, ont été transformé en quelque chose d'insignifiant devant la mort imminente.
Dans l'obscurité, quand je regarde les feux verts de l'équipement de la respiration artificielle et que j entend le bourdonnement de ses sons mécaniques, je peux sentir le souffle de la proximité de la mort qui m'attend.
C'est seulement maintenant que je comprends, une fois qu'on a accumule assez d'argent pour le reste de sa vie, que nous devons poursuivre d'autres objectifs qui ne sont pas liés à la richesse.

Ils doivent être quelque chose de plus important :
Par exemple, les histoires d'amour, l'art, les rêves de notre enfance...
Dieu nous a formé d'une manière que nous pouvons sentir l'amour dans le cœur de chacun de nous, et pas les illusions construites par la célébrité ou l'argent que j'ai gagné, je ne peux pas les emmener avec moi.
Je ne peux emporter avec moi que les souvenirs qui ont été renforcés par l'amour.

C'est la vraie richesse qui vous suivra ; qui vous accompagnera et vous donnera la force et la lumière pour aller de l'avant.
L'amour peut voyager a des milliers de kilomètres et c'est ainsi. la vie n'a pas de limites. Bouge-toi où tu voudras. Fais de ton mieux pour atteindre les objectifs que tu souhaite atteindre. Tout est dans ton cœur et dans tes mains.

Quel est le lit le plus cher du monde ? Le lit d'hôpital.
Vous, si vous avez de l'argent, vous pouvez engager quelqu'un pour conduire votre voiture, mais on ne peut pas embaucher quelqu'un pour prendre sa maladie .Les choses matérielles perdues peuvent se retrouver. Mais il y a une chose que vous ne pouvez jamais trouver quand on perd sa vie.

Quel que soit l'étape de la vie dans laquelle nous sommes en ce moment, au final, nous allons devoir affronter le jour ou le rideau tombera.
Faites un trésor de l'amour pour votre famille, de l'amour pour votre mari ou femme, de l'amour pour vos amis…

Que chacun agisse avec amour et occupez-vous de votre prochain."
Steve Jobs

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essayer de rencontrer quelqu'un

6 Décembre 2015, 05:22am

Publié par Grégoire.

essayer de rencontrer quelqu'un

 

Il n'y a rien de plus rare, ni de plus vivant, ni de plus important au monde que d'essayer de rencontrer quelqu'un. L'autre est un miroir. Si le miroir est de bonne qualité, il nous permet de nous deviner en lui. Il y a très peu d'événements fondateurs dans une existence. Quatre ou cinq. Tout ce qui mérite le nom d'événement est sans doute de l'ordre de la rencontre. Le coup porté par une émotion, le bouleversement induit par une beauté ou une épreuve, font que l'on se rencontre soi-même tout en découvrant autre chose de soi. La rencontre est le but et le sens d'une vie humaine. Elle permet qu'on ne la traverse pas en somnambule. 

 Un visage est éclairant quand un être est bienveillant et qu'il est tourné vers autre chose que lui-même. Le soin qu'il prend de l'autre, l'illumine, le rend vivant. Il capte une lumière et la renvoie. C'est quelque chose de rare.

 Si on regarde ce qui est autour de nous, de plus fragile, de plus banal, nous pouvons y voir quelque chose d'illuminant. Les mères le savent bien. Quand l'une d'entre elles se penche sur le berceau de son tout-petit en train de dormir, elle est une géante qui veille sur la course des étoiles. Ces choses-là, qui ne sont petites qu'en apparence, sont le meilleur de l'existence. L'esprit est la vraie trace de la vie en nous.

 

Christian Bobin, extraits d’un interview pour Le Point

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