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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Lire peut-il changer votre vie...?

30 Novembre 2015, 06:17am

Publié par Grégoire.

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Incommensurable

29 Novembre 2015, 05:53am

Publié par Grégoire.

Incommensurable

 

Les actes terroristes qui ont frappés notre pays et notre nation sont terrifiants par le nombre de morts cyniquement revendiqué, aussi bien du côté des victimes que de celui des « martyrs »(1), mais plus encore par la déstabilisation morale profonde qu’ils opèrent en nous. Ceux qui viennent d’être assassinés au hasard sont innocents, mais comment en sommes nous arrivés là ? Les meurtriers commettent gravement le mal, mais sommes-nous dans le camp du bien ? Comme lors de l’effondrement des Twin Towers, nous n’arrivons pas à appréhender la signification profonde et la portée d’un tel évènement. Le mal est malheureusement banal, la violence- voire la terreur- le deviennent, mais la cohérence et la puissance des structures collectives qui poussent à la destruction de son semblable excèdent les moyens de compréhension culturels, scientifiques ou intellectuels qui sont les nôtres. L’univers et la richesse de la personne humaine nous dépassent par leur grandeur. La systémique du mal, au creux d’une mondialisation qui se veut civilisation, elle, nous désespère de  l’immense, généreux -et ambigu- projet d’une humanité meilleure.

Responsabilité

Le terrorisme, l’incapacité à intégrer les flux migratoires, l’incohérence de nos relativismes culturels et comportementaux ne sont que l’envers et l’endroit de notre difficulté à exercer la responsabilité et le discernement dans un monde devenu trop complexe, illisible et contradictoire. Nous ne sommes nous les vivants, ni innocents, ni coupables ; ni victimes, ni salauds, mais avant tout appelés à une responsabilité dont nous ne dégageons plus les contours, le périmètre et les obligations. Comment être responsable quand on ne sait plus envers qui, jusqu’où et pourquoi ? Nos idéaux humanistes, démocratiques, républicains et solidaires se rappellent à nous de manière émouvante au moment de l’épreuve, mais sont-ils encore opératoires. Quel homme voulons-nous défendre ? Que veut-on dire effectivement par droits universels et imprescriptibles de la personne humaine ? Notre responsabilité est devenue plus radicale et plus diffuse, plus personnelle et plus collective : comment l’exercer pour que le désir de faire le bien devienne réellement structurant de la vie sociale ?

Apprentissage

Nous sommes engagés dans une guerre religieuse, non pas en raison des actes qui ne sont que destruction absurde de vies innocentes, mais parce que leur justification s’adosse à un discours qui en appelle à la religion. Face à cela comment l’occident se positionne-t-il sur le terrain de l’Absolu, lui qui n’a plus de religion ? Nous sommes engagés dans un choc de civilisation, non pas entre l’Islam ou le Tiers-Monde et l’Occident et l’Europe humanistes, mais parce qu’il est extraordinairement difficile de discerner ce qui dans la mondialisation  fait civilisation et ce qui l’empêche. Autour de quel bien commun, de quels priorités et partages pourrions-nous décider de nous rassembler ? L’économie nous divise, la richesse nous oppose et les opinions nous dissolvent dans le grand vacarme de la communication.

Ce qui nous manque n’est pas un surcroît d’âme qui nous ferait nous propulser au firmament de nos idéaux et de nos rêves, mais une acceptation de la pesanteur et de la gravité, c’est-à-dire une humilité qui nous fasse prendre en compte l’extrême fragilité de cette condition humaine qui nous livre si excessivement aux mains les uns des autres. Nous devons réapprendre à être humains ensemble, mais comment, quand, où et avec quels moyens ? Et que sommes-nous prêts à sacrifier ou à perdre pour cela ? La culture d’une humanité radicale et partagée est encore à inventer et c’est pourtant celle à laquelle la révélation biblique nous prépare depuis 4000 ans.

Samuel R.

http://culture-foi.blogs.la-croix.com/incommensurable/2015/11/17/

1. Expression utilisée dans le texte de Daesh pour qualifier les terroristes

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Comment rester jeune d'esprit ?

28 Novembre 2015, 06:31am

Publié par Grégoire.

Comment rester jeune d'esprit ?

 

Ô rage ! ô désespoir ! ô viellesse ennemie ! 

N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? 

Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers 

Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ? 

Mon bras qu'avec respect tout l'Espagne admire, 

Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire, 

Tant de fois affermi le trône de son roi, 

Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ? 

Ô cruel souvenir de ma gloire passée ! 

Oeuvre de tant de jours en un jour effacée ! 

Nouvelle dignité fatale à mon bonheur ! 

Précipice élevé d'où tombe mon honneur ! 

Faut-il de votre éclat voir triompher Le Comte, 

Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ? 

Comte, sois de mon prince à présent gouverneur ; 

Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur ; 

Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne 

Malgré le choix du roi, m'en a su rendre indigne. 

Et toi, de mes exploits glorieux instrument, 

Mais d'un corps tout de glace inutile ornement, 

Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, 

M'as servi de parade, et non pas de défense, 

Va, quitte désormais le derniers des humains, 

Passe, pour me venger, en de meilleurs mains. 

 

Le Cid de Pierre Corneille, Acte 1 , Scène 4

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L'humain s'en va... mais au fond rien n'est perdu...

27 Novembre 2015, 06:13am

Publié par Grégoire.

Le véritable amour est une quiétude enflammée...

Le véritable amour est une quiétude enflammée...

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Tergiversations...

26 Novembre 2015, 06:37am

Publié par Grégoire.

Tergiversations...

 

Où suis-je ? Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire encore ? 

Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? 

Errante et sans dessein je cours dans ce palais. 

Ah ! ne puis-je savoir si j’aime ou si je hais ? 

Le cruel ! de quel œil il m’a congédiée ! 

Sans pitié, sans douleur au moins étudiée ! 

L’ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ? 

En ai-je pu tirer un seul gémissement ? 

Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes, 

Semblait-il seulement qu’il eût part à mes larmes ? 

Et je le plains encore ! Et pour comble d’ennui, 

Mon cœur, mon lâche cœur s’intéresse pour lui ! 

Je tremble au seul penser du coup qui le menace ? 

Et prête à me venger, je lui fais déjà grâce ? 

Non, ne révoquons point l’arrêt de mon courroux : 

Qu’il périsse. Aussi bien il ne vit plus pour nous. 

Le perfide triomphe, et se rit de ma rage : 

Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ; 

Il croit que toujours faible et d’un cœur incertain, 

Je parerai d’un bras les coups de l’autre main. 

Il juge encor de moi par mes bontés passées. 

Mais plutôt le Perfide a bien d’autres pensées : 

Triomphant dans le Temple, il ne s’informe pas

Si l’on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas. 

Il me laisse, l’Ingrat ! cet embarras funeste. 

Non, non encore un coup, laissons agir Oreste. 

Qu’il meure, puis qu’enfin il a dû le prévoir, 

£t puis qu’il m’a forcée enfin à le vouloir. 

A le vouloir ? Hé quoi ? C’est donc moi qui l’ordonne ? 

Sa mort sera l’effet de l’amour d’Hermione ? 

Ce Prince, dont mon cœur se faisait autrefois, 

Avec tant de plaisir, redire les exploits, 

A qui même en secret je m’étais destinée, 

Avant qu’on eût conclu ce fatal hyménée, 

Je n’ai donc traversé tant de mers, tant d’Etats, 

Que pour venir si loin préparer fon trépas, 

L’assassiner, le perdre ? Ah ? devant qu’il expire…

Andromaque (Acte V) Racine

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Partout et depuis toujours Il EST...

25 Novembre 2015, 05:18am

Publié par Grégoire.

Partout et depuis toujours Il EST...

 

O toi l'au-delà de tout, N'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ? 

Quelle hymne te dira, quel langage ? Aucun mot ne t'exprime. A quoi s'attachera-t-il ? 

Tu dépasses toute intelligence. Seul, tu es indicible, car tout ce qui se dit est sorti de toi.

Seul, tu es inconnaissable, car tout ce qui se pense est sorti de toi.

Tous les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n'ont point la pensée, te rendent hommage.

Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi. 

Tout ce qui est te prie, et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter une hymne de silence. 

Tout ce qui demeure, demeure par toi ; par toi subsiste l'universel mouvement. 

De tous les êtres tu es la fin, Tu es tout être, et tu n'en es aucun. 

Tu n'es pas un seul être, Tu n'es pas leur ensemble ; 

Tu as tous les noms et comment te nommerais-je, toi qu'on ne peut nommer? 

Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées qui couvrent le ciel même ?

Prends pitié, 0 toi l'au-delà de tout - N'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ?

Grégoire de Nazianze

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Face à la violence pure, est-ce qu’on peut encore aimer ?

24 Novembre 2015, 06:19am

Publié par Grégoire.

Face à la violence pure, est-ce qu’on peut encore aimer ?

 

Pèlerin. Plus d’une centaine de morts à Paris vendredi dernier. Face à cette barbarie,  tenter de parler d’espérance, n’est-ce pas une provocation ?

 

Adrien Candiard: S’il s’agit de dire « ce n’est pas grave, ça va s’arranger », ce n’est pas de l’espérance, mais de la naïveté ou de la bêtise.

L’espérance chrétienne, ce n’est pas de penser que « tout va aller de mieux en mieux parce que le Christ nous a sauvés. »

Ni attendre la fin des temps pour que le Juge suprême nous venge de tout le mal qui nous est fait. C’est vivre dès maintenant pour l’éternité. Autrement dit, ordonner nos priorités en fonction du poids d’éternité de chacune de nos actions.

Et ce qui est éternel, ce ne sont pas les bombes, les fusillades, c’est l’amour que l’on peut construire. Face à la violence pure, est-ce qu’on peut encore aimer ?

 

On dit toujours que « la Croix sauve le monde », mais par lui-même, cet instrument de torture ne sauve rien. Ce qui sauve le monde, c’est ce qu’a fait le Christ sur la Croix  : continuer à aimer, malgré la Croix. Toutes les croix que l’on dresse aujourd’hui sur notre monde peuvent être, si nous savons les vivre comme lui, des occasions de salut.

 

Donc le salut, ça commence aujourd’hui  ?

A. C. Le salut se joue toujours aujourd’hui, pas dans un passé fantasmé ni dans un avenir idéalisé. Aujourd’hui est un temps de détresse ? Alors, c’est aussi un temps pour l’espérance.

 

Notre défi propre, dans l’histoire du salut, est de vivre cette espérance face à la violence, souvent accomplie au nom de Dieu. Avec des questions très concrètes : malgré la barbarie, comment continuer à aimer mes frères, les victimes comme leurs bourreaux ?  

 

Aimer son prochain, certes. D’ici à tendre la joue gauche…

 

A. C. Je crois que s’il y a une chose à abandonner d’urgence, c’est le réflexe de répondre à l’agresseur sur son terrain. Le problème de la guerre, c’est que les adversaires finissent toujours par se ressembler comme deux gouttes d’eau. Avons-nous envie de ressembler à Daech ?

 

Il existe une musique qu’on entend beaucoup en Europe, et que l’on va entendre à nouveau : « Il faut réaffirmer les valeurs chrétiennes face à l’islam », voire « contre l’islam ». Mais si ces valeurs sont « face à » ou « contre » quelqu’un, il y a grand risque qu’elles ne soient plus chrétiennes !

 

Je comprends qu’on puisse éprouver un sentiment d’angoisse, et imaginer faire du christianisme un ferment identitaire pour l’Europe. Mais ce n’est pas la foi chrétienne. Cela ne peut pas l’être.

 

On vous rétorquera : « La charité chrétienne ne tient plus face à des actes de guerre. »

A. C. Daech est un ennemi incontestablement inquiétant. Mais le jour où l’on aura construit un christianisme belliqueux qui refusera l’accueil du musulman, du réfugié, du pauvre, on aura rejoint Daech sur son terrain et on aura tout perdu.

 

Sans doute que les terroristes sont des ennemis. Mais comme chrétiens, nous n’avons pas d’ennemis. Nous ne pouvons pas en avoir.

 

Si l’on vous suit jusqu’au bout, l’enjeu pour un chrétien, ce serait : « Dans quelle mesure suis-je capable d’aimer ces assassins ? »

A. C. Oui. C’est le commandement du Christ : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent. » Ce n’est pas de la naïveté. Celui qui le pense est quelqu’un qui n’a jamais vraiment essayé.

 

Il serait absurde d’envoyer des bouquets de fleurs aux terroristes. Il ne s’agit pas non plus de s’en faire des amis ni de leur chercher des excuses sociales, coloniales… Dire : « C’est de notre faute, de la faute de la guerre en Irak… » serait d’une naïveté indécente. Nier le mal, c’est s’en rendre complice, ça n’a rien de chrétien. Mais on peut chercher à le dépasser.

 

Dans votre pièce Pierre et Mohamed, vous mettiez en scène les paroles de paix de Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassiné en 1996. Lui aussi voulait dépasser le mal…

A. C. Dans les circonstances extrêmes, il y a une purification de la charité. Tout un tas d’excuses et de demi-mesures tombent. Il ne reste plus qu’un choix, entre la guerre et la sainteté. Entre la guerre et ce choix radical de la refuser.

 

Cela vaut pour nous aujourd’hui. Au Caire, on me demande souvent : « Vous croyez vraiment que c’est possible de se parler, entre chrétiens et musulmans ? »  La question, ce n’est pas : « Est-ce que c’est possible ? » mais « Comment rendre cela possible ? »

 

Oui, ça l’est, parce que je connais des musulmans dont la profondeur spirituelle, la bonté, la sincérité, donnent énormément d’espérance. C’est possible, car je sais bien que l’islam a des milliers de visages différents – des centaines de millions, d’ailleurs –, et qu’on ne peut pas le réduire aux attaques terroristes.

 

On ne peut plus différer ce dialogue ?

A. C. Nous n’avons pas le choix. Soit on essaie de se parler, soit on s’entretue. Ce que Daech cherche actuellement à faire en Europe, c’est de rendre la double appartenance – être européen et musulman – impossible.

 

Que les Européens non musulmans rejettent vigoureusement les musulmans, et que les musulmans en retour deviennent une armée de réserve du terrorisme. Si nous n’apprenons pas à nous parler, y compris de religion, et pas seulement de religion, cette stratégie marchera ! Il ne s’agit plus d’organiser des discussions en chambre, c’est notre humanité qui est en jeu.

 

Concrètement, quelle peut être la contribution des chrétiens ?

La première responsabilité revient à l’Église de France, en tant qu’institution. Elle doit continuer à refuser tout compagnonnage qui associerait la foi chrétienne à une entreprise identitaire.

 

S’opposer à Daech, c’est refuser en toute chose de lui ressembler. Ensuite, pour le chrétien lui-même, je pense que la véritable résistance à ce stade du terrorisme, c’est de redoubler, vraiment, de charité.

 

Si nos communautés ne sont pas des communautés d’amour, nous serons balayés. Et cela se joue aussi dans la vie de famille, pas seulement dans les engagements exceptionnels.

 

Au quotidien, qu’est-ce qu’on fait pour ne pas se laisser submerger par la violence ? L’espérance est, dit-on, une vertu « théologale ». Cela signifie qu’elle nous donne un accès direct à Dieu.

 

Et cet accès passe par mes actes, qui ont un sens. Et un sens extrêmement fort. Ce que je vis dans la vie de tous les jours n’est pas seulement important dans mon histoire, ni même seulement important pour l’histoire de l’humanité, c’est important pour l’histoire du salut.

 

C’est le salut voulu par Dieu qui est en jeu quand j’ai une altercation avec un autre automobiliste sur la route au Caire, ce qui m’arrive souvent !

 

Et l’espérance, c’est d’arriver à voir le lien entre ce que je vis au quotidien et l’histoire du salut, qui nous apparaît souvent si abstraite. Quand on s’aperçoit que notre effort pour aimer au sein de la vie la plus banale sauve le monde, eh bien… c’est assez encourageant

 

Pelerin.

http://www.pelerin.com/L-actualite-autrement/Dossier-special-attentats-a-Paris/Les-reactions-de-l-Eglise-et-des-communautes-chretiennes/Frere-Adrien-Candiard-Nous-n-avons-plus-qu-un-choix-la-guerre-ou-la-saintete

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le déclin du courage ou la chute spirituelle de la civilisation.

23 Novembre 2015, 05:41am

Publié par Grégoire.

le déclin du courage ou la chute spirituelle de la civilisation.

Extraits du discours prononcé par Alexandre Soljénitsyne, prix Nobel de littérature(1970) à Harvard le 8 juin 1978. Il condamne alors les deux systèmes économiques -le communisme et le capitalisme. Il dénonce surtout la chute spirituelle de la civilisation.  


"Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous, à l'occasion du 327ème anniversaire de la fondation de cette université si ancienne et si illustre. La devise de Harvard est « VERITAS ». La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d'aujourd'hui contient une part de vérité ; je vous l'apporte en ami, non en adversaire.

Il y a trois ans, aux Etats-Unis, j'ai été amené à dire des choses que l'on a rejeté, qui ont paru inacceptables. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui acquiescent à mes propos d'alors. (...) 

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d'où l'impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu'ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d'agir, qui fonde la politique d'un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu'on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu'à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d'un accès subit de vaillance et d'intransigeance, à l'égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l'Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ? 

Quand les Etats occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l'homme, et que la vie de l'homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d'Indépendance.)Aujourd'hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un Etat assurant le bien-être général. Chaque citoyen s'est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu'il a cours depuis ces mêmes décennies. 

Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d'avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l'Ouest les marques de l'inquiétude et même de la dépression, bien qu'il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments. Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n'ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel. 

L'indépendance de l'individu à l'égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n'auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d'élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l'épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l'argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs. Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ? Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ? 

Même la biologie nous enseigne qu'un haut degré de confort n'est pas bon pour l'organisme. Aujourd'hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux. 

La société occidentale s'est choisie l'organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j'appellerais légaliste. Les limites des droits de l'homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l'Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l'aide d'un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu'un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n'en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n'entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu'aux extrêmes limites des cadres légaux. 

J'ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu'une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n'allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s'en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l'homme. 

Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d'une structure sociale légaliste. 

Aujourd'hui la société occidentale nous révèle qu'il règne une inégalité entre la liberté d'accomplir de bonnes actions et la liberté d'en accomplir de mauvaises. Un homme d'Etat qui veut accomplir quelque chose d'éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n'a aucune chance de s'imposer : d'emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques.

 Il est aisé en tout lieu de saper le pouvoir administratif, et il a en fait été considérablement amoindri dans tous les pays occidentaux. La défense des droits individuels a pris de telles proportions que la société en tant que telle est désormais sans défense contre les initiatives de quelques-uns. Il est temps, à l'Ouest, de défendre non pas temps les droits de l'homme que ses devoirs. 

D'un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s'est vue accorder un espace sans limite. Il s'avère que la société n'a plus que des défenses infimes à opposer à l'abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d'horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu'ont ces mêmes enfants de ne pas regarder er de refuser ces spectacles. L'organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal. (...) 

L'évolution s'est faite progressivement, mais il semble qu'elle ait eu pour point de départ la bienveillante conception humaniste selon laquelle l'homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal, et tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu'il importe d'amender. Et pourtant, il est bien étrange de voir que le crime n'a pas disparu à l'Ouest, alors même que les meilleurs conditions de vie sociale semblent avoir été atteintes. Le crime est même bien plus présent que dans la société soviétique, misérable et sans loi. (...) 

La presse, aussi, bien sûr, jouit de la plus grande liberté. Mais pour quel usage ? (...) Quelle responsabilité s'exerce sur le journaliste, ou sur un journal, à l'encontre de son lectorat, ou de l'histoire ? S'ils ont trompé l'opinion publique en divulguant des informations erronées, ou de fausses conclusions, si même ils ont contribué à ce que des fautes soient commises au plus haut degré de l'Etat, avons-nous le souvenir d'un seul cas, où le dit journaliste ou le dit journal ait exprimé quelque regret ? Non, bien sûr, cela porterait préjudice aux ventes. De telles erreurs peut bien découler le pire pour une nation, le journaliste s'en tirera toujours. Etant donné que l'on a besoin d'une information crédible et immédiate, il devient obligatoire d'avoir recours aux conjectures, aux rumeurs, aux suppositions pour remplir les trous, et rien de tout cela ne sera jamais réfuté ; ces mensonges s'installent dans la mémoire du lecteur. Combien de jugements hâtifs, irréfléchis, superficiels et trompeurs sont ainsi émis quotidiennement, jetant le trouble chez le lecteur, et le laissant ensuite à lui-même ? La presse peut jouer le rôle d'opinion publique, ou la tromper. De la sorte, on verra des terroristes peints sous les traits de héros, des secrets d'Etat touchant à la sécurité du pays divulgués sur la place publique, ou encore des intrusions sans vergogne dans l'intimité de personnes connues, en vertu du slogan : « tout le monde a le droit de tout savoir ». Mais c'est un slogan faux, fruit d'une époque fausse ; d'une bien plus grande valeur est ce droit confisqué, le droit des hommes de ne pas savoir, de ne pas voir leur âme divine étouffée sous les ragots, les stupidités, les paroles vaines. Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n'a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d'information. (...) Autre chose ne manquera pas de surprendre un observateur venu de l'Est totalitaire, avec sa presse rigoureusement univoque : on découvre un courant général d'idées privilégiées au sein de la presse occidentale dans son ensemble, une sorte d'esprit du temps, fait de critères de jugement reconnus par tous, d'intérêts communs, la somme de tout cela donnant le sentiment non d'une compétition mais d'une uniformité. Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur : les journaux ne font que transmettre avec énergie et emphase toutes ces opinions qui ne vont pas trop ouvertement contredire ce courant dominant. 

Sans qu'il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d'idées à la mode sont séparé avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n'ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d'être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l'engouement à la mode. Sans qu'il y ait, comme à l'Est, de violence ouverte, cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d'apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l'apparition d'un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom. Aux Etats-Unis, il m'est arrivé de recevoir des lettres de personnes éminemment intelligentes ... peut-être un professeur d'un petit collège perdu, qui aurait pu beaucoup pour le renouveau et le salut de son pays, mais le pays ne pouvait l'entendre, car les média n'allaient pas lui donner la parole. Voilà qui donne naissance à de solides préjugés de masse, à un aveuglement qui à notre époque est particulièrement dangereux. (...) 

Il est universellement admis que l'Ouest montre la voie au monde entier vers le développement économique réussi, même si dans les dernières années il a pu être sérieusement entamé par une inflation chaotique. Et pourtant, beaucoup d'hommes à l'Ouest ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent. Ils la méprisent, ou l'accusent de plus être au niveau de maturité requis par l'humanité. Et beaucoup sont amenés à glisser vers le socialisme, ce qui est une tentation fausse et dangereuse. J'espère que personne ici présent ne me suspectera de vouloir exprimer une critique du système occidental dans l'idée de suggérer le socialisme comme alternative. Non, pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en oeuvre, je ne prononcerai pas en faveur d'une telle alternative. (...) Mais si l'on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l'Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. Non, je ne prendrais pas votre société comme modèle pour la transformation de la mienne. On ne peut nier que les personnalités s'affaiblissent à l'Ouest, tandis qu'à l'Est elles ne cessent de devenir plus fermes et plus fortes. Bien sûr, une société ne peut rester dans des abîmes d'anarchie, comme c'est le cas dans mon pays. Mais il est tout aussi avilissant pour elle de rester dans un état affadi et sans âme de légalisme, comme c'est le cas de la vôtre. Après avoir souffert pendant des décennies de violence et d'oppression, l'âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd'hui par les habitudes d'une société massifiée, forgées par l'invasion révoltante de publicités commerciales, par l'abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable. 

Tout cela est sensible pour de nombreux observateurs partout sur la planète. Le mode de vie occidental apparaît de moins en moins comme le modèle directeur. Il est des symptômes révélateurs par lesquels l'histoire lance des avertissements à une société menacée ou en péril. De tels avertissements sont, en l'occurrence, le déclin des arts, ou le manque de grands hommes d'Etat. Et il arrive parfois que les signes soient particulièrement concrets et explicites. Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens Américains se livrent au pillage et au grabuge. C'est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point. 

Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n'est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu'elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ? 

Comment l'Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ? Il ne semble pas que cela soit le cas. L'Ouest a continué à avancer d'un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s'est trouvé dans son état présent de faiblesse. Cela signifie que l'erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l'époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières. Elle est devenue la base da la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l'humanisme rationaliste, ou l'autonomie humaniste : l'autonomie proclamée et pratiquée de l'homme à l'encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d'anthropocentrisme : l'homme est vu au centre de tout. 

Historiquement, il est probable que l'inflexion qui s'est produite à la Renaissance était inévitable. Le Moyen Age en était venu naturellement à l'épuisement, en raison d'une répression intolérable de la nature charnelle de l'homme en faveur de sa nature spirituelle. Mais en s'écartant de l'esprit, l'homme s'empara de tout ce qui est matériel, avec excès et sans mesure. La pensée humaniste, qui s'est proclamée notre guide, n'admettait pas l'existence d'un mal intrinsèque en l'homme, et ne voyait pas de tâche plus noble que d'atteindre le bonheur sur terre. Voilà qui engagea la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l'adoration de l'homme et de ses besoins matériels.Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l'accumulation de biens matériels, tous les autres besoins humains, caractéristiques d'une nature subtile et élevée, furent rejetés hors du champ d'intérêt de l'Etat et du système social, comme si la vie n'avait pas un sens plus élevé. De la sorte, des failles furent laissées ouvertes pour que s'y engouffre le mal, et son haleine putride souffle librement aujourd'hui. Plus de liberté en soi ne résout pas le moins du monde l'intégralité des problèmes humains, et même en ajoute un certain nombre de nouveaux. 

Et pourtant, dans les jeunes démocraties, comme la démocratie américaine naissante, tous les droits de l'homme individuels reposaient sur la croyance que l'homme est une créature de Dieu. C'est-à-dire que la liberté était accordée à l'individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l'héritage du siècle passé. 

Toutes les limitations de cette sorte s'émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l'héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice. Les Etats devinrent sans cesses plus matérialistes. L'Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l'homme, mais l'homme a vu complètement s'étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société. Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l'espace, du Progrès tant célébré n'ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXème siècle, que personne n'aurait pu encore soupçonner au XIXème siècle. 

L'humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d'être utilisés d'abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que « le communisme est un humanisme naturalisé. » Il s'est avéré que ce jugement était loin d'être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d'un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l'égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique. Ce n'est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l'Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre. A première vue, il s'agit d'un rapprochement honteux : comment, il y aurait des points communs entre la pensée de l'Ouest et de l'Est aujourd'hui ? Là est la logique du développement matérialiste. (...) 

Je ne pense pas au cas d'une catastrophe amenée par une guerre mondiale, et aux changements qui pourraient en résulter pour la société. Aussi longtemps que nous nous réveillerons chaque matin, sous un soleil paisible, notre vie sera inévitablement tissée de banalités quotidiennes. Mais il est une catastrophe qui pour beaucoup est déjà présente pour nous. Je veux parler du désastre d'une conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse. 

Elle a fait de l'homme la mesure de toutes choses sur terre, l'homme imparfait, qui n'est jamais dénué d'orgueil, d'égoïsme, d'envie, de vanité, et tant d'autres défauts. Nous payons aujourd'hui les erreurs qui n'étaient pas apparues comme telles au début de notre voyage. Sur la route qui nous a amenés de la Renaissance à nos jours, notre expérience s'est enrichie, mais nous avons perdu l'idée d'une entité supérieure qui autrefois réfrénait nos passions et notre irresponsabilité. 

Nous avions placé trop d'espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu'on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. A l'Est, c'est la foire du Parti qui la foule aux pieds, à l'Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n'est même pas le fait du monde éclaté, c'est que les principaux morceaux en soient atteints d'une maladie analogue. Si l'homme, comme le déclare l'humanisme, n'était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n'en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d'acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l'accomplissement d'un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l'expérience d'une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n'y étions entrés. 

Il est impératif que nous revoyions à la hausse l'échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n'est pas possible que l'aune qui sert à mesurer de l'efficacité d'un président se limite à la question de combien d'argent l'on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d'un gazoduc. Ce n'est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l'humanité peut s'élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.

 Quand bien même nous serait épargné d'être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu'est fondamentalement la vie, la société. Est-ce vrai que l'homme est au-dessus de tout ? N'y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ? Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ? A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l'intégrité de notre vie spirituelle ? 

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l'être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l'ère moderne. 

Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n'avons pas d'autre choix que de monter ... toujours plus haut." 

Alexandre Soljénitsyne, Le Déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978 

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Eloge du rien

22 Novembre 2015, 05:56am

Publié par Grégoire.

Eloge du rien

 

"Nous n'aurons jamais d'autre secours que celui là, que cette beauté qui nous éclaire en nous précipitant dans une nuit plus grande encore. J'écris, je ne fais rien. J'aime cette vie-là pauvre en évènements. Ce retrait fait place nette, et ce qui peut sembler austère n'est que la disposition de toutes choses- pensées, fruits et encres- en vue de la plus grande abondance qui soit. Je bois un café, pour la brûlure de la tasse entre les doigts. Je regarde une peinture pour le silence. J'attends mais ce n'est pas pour attendre. Je me tais, je ne fais rien, et dans ce rien d'une soirée, j'apprends lentement à nommer ce qui me comble et m'échappe: l'émerveillement d'une petite feuille verte, égarée dans la crue des lumières."

C Bobin, L' Enchantement simple.

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"J’ai connu la sensation d'une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien

21 Novembre 2015, 05:03am

Publié par Grégoire.

"J’ai connu la sensation d'une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien

"J’ai connu la sensation d'une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien. Cette sensation n'a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues les lassitudes et même les désespérances, Je tourne autour d'un mot : la bonté, c'est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal.        

Mais dans la mort de ceux qu’on aime, peut-on vraiment sereinement y trouver de la joie ? là, il faudrait parler sur la pointe des pieds... Je pense qu'il faut faire très attention  sur cette question de la mort et de la joie… Comment pourrais-je vous dire ça ? J'ai de la joie à aller dans les endroits même les moins éclairés qui soient Je pense par exemple à des hôpitaux ou des maisons de retraite : là où les questions qu’on nous posent et l’attention qu’on nous porte sont si froides qu’elles nous vident l’âme, ce sont souvent des lieux plus terribles que la mort elle-même… bah c’est étonnant, j'ai une joie profonde à traverser les épaisseurs de grisaille la dureté que le monde met sur certains visages à la fin d'une vie et à voir soudain deux yeux qui brûlent dans l'ombre : L'humain est un soleil ! La vie voilà la seule merveille Et c'est la seule merveille non commercialisable ! l'humain est un soleil que l'on peut aller chercher dessous les décombres  dessous les fatigues dessous les pertes.

 

Christian Bobin, extrait "du minuscule et de l'imprévisible".

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"Même dans l’enfer, et nous y sommes, il y a des merveilles"...

20 Novembre 2015, 05:47am

Publié par Grégoire.

"Même dans l’enfer, et nous y sommes, il y a des merveilles"...

"Même dans l’enfer, et nous y sommes, il y a des merveilles"...

"et nous y sommes". Oui, c’est ça qui est étonnant. Nous vivons dans un enfer. La merveille est toujours à côté du terrible et parfois elle est dedans. Et si je mets plus l’accent sur l’une que sur l’autre, on va dire que c’est par courtoisie ou même par ce que je qualifierais d’élégance ou par désir d’élégance. Aujourd’hui, la coutume et la bien-pensance veulent que l’on insiste sur les ténèbres, et que, puisque tout est noir, on va rajouter une couche de noir. On va prendre une laque pour que ce soit bien plus solide. Notre monde est peut-être plus terrible qu’il n’a jamais été d’ailleurs. Mais je me dis: "Faisons le travail de celui qui va regarder, qui va trouver quelques lueurs au fond de cette cave". L’autre travail, qui est celui des fossoyeurs, ils sont tous candidats pour ça. Ils n’ont même pas assez de pelles et de pioches. Je préfère, par goût, pour des raisons même qui m’échappent, d’enfance, de tempérament, aller de ce côté-là. Mais je sais que l’autre côté existe, évidemment. Je creuse et quand je trouve quelque chose, c’est toujours sur un fond dur. Peut-être que si je n’avais pas eu cette ombre un peu forte sur mes épaules, je n’aurais pas vu cette lumière donnée par la fleur d’églantier.

 

C Bobin.

 

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"J'écris pour voir clair dans l'éblouissement"

19 Novembre 2015, 05:43am

Publié par Grégoire.

"J'écris pour voir clair dans l'éblouissement"

 

Jünger, qui est un écrivain que j’aime beaucoup, on lui a dit: "Mais vous ne parlez jamais de votre mère". Il a rétorqué: "Est-ce qu’on parle de l’air que l’on respire?"

 

Que vous aimiez Jünger, ça peut étonner quand même. Peut-être pour ses derniers livres... Mais Orages d’acier(3), par exemple...

 

Quand j’aime quelqu’un, je ne fais pas de détail. Je le prends dans mes bras et je l’emporte à jamais. Je lui ouvre une petite chambre dans la maison rouge du cœur. Avec ses défauts, avec sa jeunesse, les choses imprécises, les choses maladroites, tout ça. Orages d’acier, c’est quelque chose qui me plaît aussi. Très jeune, Jünger a une sorte de bravoure, il est comme enivré. Il a écrit un livre qui est un drôle de livre: La guerre comme expérience intérieure(4). Il faut bien entendre le titre. C’est un livre un peu nietzschéen, un livre épris du combat. Avec le temps son esprit s’est adouci. Moi je le tiens pour un écrivain aussi grand que Montaigne. C’est un Montaigne du XXe siècle. Il a la même vertu que Montaigne. Quand j’ouvre un de ses livres - je pense notamment aux journaux parisiens -, quand il est dans Paris occupé, quand son esprit vagabonde comme il l’a toujours fait, il a un soin pour la matière, pour les gens, pour les nuages, pour les livres, le même soin profond, très humain. C’est le soldat le moins militariste que je connaisse. Et c’est l’homme le plus fraternel pour la vie fragile. Quand il croise la première femme portant une étoile jaune dans les rues de Paris, il lui fait un salut militaire. Ce salut qu’on ne rend qu’aux vainqueurs, il le donne d’instinct aux martyrs. Son livre Sur les falaises de marbre (5) est sans doute le livre anti-hitlérien, antitotalitaire le plus radical. Il a failli lui coûter cher. C’est un homme, s’il est ivre c’est de songes mais pas de sang. C’est un homme de merveilleuse, de très bonne compagnie. Croyez-moi car moi je me sens en paix. Sauf si je pense que le tissu de la vie est la guerre, mais pas la guerre qui se pratique en Syrie.

C’est-à-dire...?

Le tissu de la vie est une confrontation. On peut dire que c’est une guerre paisible. C’est une confrontation sans cesse. Quelque chose ou quelqu’un vient à votre rencontre et vous avez affaire à cette chose, à cette personne. Il faut faire émerger quelque chose, si possible, de pur, de lumineux. Alors qu’une fleur ou un arbre qui vient à votre rencontre c’est peut-être plus facile, encore faut-il avoir les yeux pour le voir. L’éternel est un peu captif de ce monde. Il faut l’en arracher. C’est pour ça qu’il faut avoir quelque chose de guerrier. L’idéal serait d’avoir une âme contemplative et guerrière en même temps. Un guerrier contemplatif, si vous voulez. C’est ce que j’aimerais être.

 

Il y a un autre écrivain qui est très présent dans vos livres, c’est André Dhôtel. Comment a commencé ce compagnonnage? Qu’est-ce qui vous attire chez lui. De quoi vous parle-t-il ?

Je ne sais plus quand ses livres sont arrivés jusqu’à moi. Mais ce que je sais c’est que dès qu’ils sont arrivés ils ne sont plus jamais repartis. Et ils ont ramené tous leurs frères un à un. Ce qui me touche c’est son toucher de la vie, c’est la justesse profonde d’un homme qui fait que la grâce est à l’intérieur de la disgrâce. Pour le résumer, je dirais - et il est tout entier là-dedans -, qu’il a écrit, ça fait une demi-page, le plus beau texte de toute la littérature de tous les temps. Je peux vous le résumer, ce texte. Il commence par une question d’enfant, Dhôtel a la vertu de commencer par une question d’enfant que nous ne poserions pas, que nous ne saurions pas poser. Est-ce qu’on peut détester une fleur? Il commence par répondre oui. Et il parle des achillées, des fleurs qui sont des ombellifères. Il dit "Un jour j’ai vu une achillée qui était grise pâle, un blanc sale, et je ne l’ai pas aimée". Ensuite, il continue et dit: "Je suis allé dans un autre jardin un peu plus tard et j’ai vu des fleurs de cette sorte-là, d’autres achillées mais colorées. Et elles étaient éclatantes, magnifiques. Je les ai adorées". Ensuite, et c’est là où ce texte me bouleverse, il dit: "Je suis revenu vers la première, c'est-à-dire la souillon, la rejetée et je l’ai aimée d’amour". On sent même qu’il l’a aimée plus que les autres. Et ça, c’est tout à fait le mouvement de ses livres.

Entretien avec C Bobin.

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Quelle réponse politique à la terreur ?

18 Novembre 2015, 06:12am

Publié par Grégoire.

Quelle réponse politique à la terreur ?

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Quand quelqu'un que l'on aime meurt, on s'aperçoit qu'on devient désert…

17 Novembre 2015, 05:54am

Publié par Grégoire.

Quand quelqu'un que l'on aime meurt, on s'aperçoit qu'on devient désert…

 

« Nous sommes sans arrêt confrontés à des séparations. La vie a une main qui plonge dans notre corps, se saisit du cœur et l’enlève. Pas une fois, mais de nombreuses fois. En échange, la vie nous donne de l’or. Seulement, nous payons cet or à un prix fou puisque nous en avons, à chaque fois, le cœur arraché vivant…

Chaque séparation nous donne une vue de plus en plus ample et éblouie de la vie. Les arrachements nous lavent. Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan. Comme si périodiquement nous étions remis à neuf par ce qui nous rappelle de ne pas nous installer, de ne pas nous habituer. La vie a deux visages : un émerveillant et un terrible. Quand vous avez vu le visage terrible, le visage émerveillant se tourne vers vous comme un soleil.

 

Ceux qui ont disparu mêlent leurs visages au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement, dans une métamorphose incessante. C’est pourquoi il est impossible de définir aussi bien la vie que la mort. On ne peut que parler d’une sorte de flux qui sans arrêt se transforme, s’assombrit puis s’éclaire de façon toujours surprenante. La mort a beaucoup de vertus, notamment celle du réveil. Elle nous ramène à l’essentiel, vers ce à quoi nous tenons vraiment. »

 

Entretien avec Christian Bobin

extrait du numéro spécial de La Vie : "Vivre le deuil"

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à Dieu...

16 Novembre 2015, 06:27am

Publié par Grégoire.

à Dieu...

Ah donne-nous des crânes de braises 

Des crânes brûlés aux foudres du ciel 
Des crânes lucides, des crânes réels 
Et traversés de ta présence 

Fais-nous naître aux cieux du dedans 
Criblés de gouffres en averses 
Et qu’un vertige nous traverse 
Avec un ongle incandescent 

Rassasie-nous nous avons faim 
De commotions inter-sidérales 
Ah verse-nous des laves astrales 
A la place de notre sang 

Détache-nous, Divise-nous 
Avec tes mains de braises coupantes 
Ouvre-nous ces voûtes brûlantes 
Où l’on meurt plus loin que la mort 

Fais vaciller notre cerveau 
Au sein de sa propre science 
Et ravis-nous l’intelligence 
Aux griffes d’un typhon nouveau

 

Antonin Artaud
Le Pèse-nerfs

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Pray for Paris !

15 Novembre 2015, 07:01am

Publié par Grégoire.

Pray for Paris !

"On a parfois le plus grand mal à concevoir et admettre, mon Dieu, tout ce que tes créatures terrestres s'infligent les unes aux autres en ces temps déchaînés. .
 

Je regarde ton monde au fond des yeux, mon Dieu, je ne fuis pas la réalité pour me réfugier dans de beaux rêves - je veux dire qu'il y a de la place pour de beaux rêves à côté de la plus cruelle réalité - et je m' entête à louer ta création, mon Dieu, en dépit de tout! "
 

Etty Hillesum, Quand souffle l'esprit.

 

 

 

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Gardez votre sang froid et soyez fort !

14 Novembre 2015, 23:53pm

Publié par Grégoire.

Gardez votre sang froid et soyez fort !
Gardez votre sang froid et soyez fort !

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La mesure de l'amour c'est d'aimer sans mesure...

14 Novembre 2015, 06:04am

Publié par Grégoire.

La mesure de l'amour c'est d'aimer sans mesure...

 

"Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige. Au fond je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte. Et puis, il y a autre chose encore. Avec cette capacité d’aimer - qui s’est agrandie vertigineusement - a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent - parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent ! Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille. Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour. En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré. Alors, amis, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous "

 

Christiane SINGER.

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La vérité

12 Novembre 2015, 06:41am

Publié par Grégoire.

La vérité

chef-d'oeuvre du cinéma français !

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Moine...?

11 Novembre 2015, 06:11am

Publié par Grégoire.

Parler de Dieu, comment fait-on aujourd’hui ?

C’est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils ont souvent une définition très simpliste de Dieu. Le grand penseur et poète, Jean Grosjean, qui fut aussi prêtre, écrivait : « Dieu, c’est l’abîme intérieur ». Dieu, c’est notre abîme intérieur. Ce n’est pas une autorité qui viendrait nous écraser ou nous culpabiliser. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui vient nous dire comment il faut vivre. C’est l’insondable en nous mais qui fait que nous vivons, c’est-à-dire que nous inventons, que nous créons, que nous jouons, que nous rions. Voyez, c’est à peu près l’inverse de tous les intégrismes. C’est une puissance vitale qui traverse la mort mais qui n’en est pas défaite, c’est comme un printemps portatif.

Christian Bobin.

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La confiance : le risque partagé ?

10 Novembre 2015, 06:39am

Publié par Grégoire.

Conversation entre Haïm Korsia, Grand Rabbin de France et Frère Samuel, Philosophe et théologien de la Communauté des Frères de Saint-Jean, animée par Nathalie de Baudry d’Asson - 24 juin 2015

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L'insoumise

8 Novembre 2015, 06:11am

Publié par Grégoire.

L'insoumise

“Son nom est connu dans un cercle d’initiés qui la considèrent comme une icône de la pensée contemporaine et qui se ressourcent régulièrement dans ses écrits.

Je fais partie de ces personnes qui, par les hasards d’une amitié, à l’adolescence, ont eu la chance de tomber sur La Pesanteur et la Grâce, et, comme bon nombre d’étudiants, je le suppose, j’ai appris par coeur certains fragments qui résonnaient en moi comme des aphorismes de sagesse et de compréhension du monde. Pendant des années ce livre de chevet fut pour moi comme la boussole du marin au milieu de l’océan déchaîné.

Trente ans après, mes recherches sur Hannah Arendt me firent lire ou relire certains textes comme La Condition ouvrière et L’Enracinement. Je fus, de nouveau, frappée par sa profondeur d’analyse, son courage physique et intellectuel, la pertinence de ses propositions, son mystère aussi, ce mystère d’une vie brisée à trente-quatre ans dans le feu de la recherche de la vérité. Aujourd’hui, nous avons besoin de la pensée de Simone Weil, de sa clairvoyance, de son courage, de ses propositions pour réformer la société, de ses fulgurances, de ses questionnements, de son désir de réenchanter le monde.”

(extraits de la préface)

 

La sortie en librairie d’un ouvrage consacré à celle que l’on confond trop souvent  avec son illustre et populaire homonyme est source, pour son admirateur, de joie et de terreur. Plaisir de voir que l’on s’attache à promouvoir la connaissance de Simone Weil, aussitôt doublé d’une angoisse portant sur la qualité de cette promotion. Ce n’est donc pas sans appréhension que l’on apprend que Laure Adler, après avoir marché Dans les pas de Hannah Arendt en 2005 [1], a décidé de livrer un opus consacré à la philosophe [2] dont on célèbrera en 2009 le centenaire. Evénement qui est le prétexte comme souvent d’une déferlante éditoriale dont L’insoumise a été le premier symptôme.

Le texte, qui ne se veut pas « biographie » mais « récit », a souvent recours à la première personne, et se conçoit effectivement plus comme le récit de l’exploration, par la journaliste et écrivain, de la vie de son héroïne, que comme une biographie stricto sensu. En ce sens, le livre s’inscrit dans la longue tradition des textes « non savants » [3] – souvent enflammés, parfois partiaux, la plupart du temps hagiographiques - qui constituent la bibliographie weilienne de seconde zone. La première se limitant au périmètre encore restreint d’ouvrages scientifiques, abordant Simone Weil de façon exigeante – et surtout de façon philosophique, ce qui semble être encore la justice la plus adaptée à la mémoire de cette philosophe, méconnue comme telle. N’allons toutefois pas jeter le bébé Adler avec l’eau du bain.

 

« Les temps chamgent. Nous vivons une période de cacophonies, de brouillage de repères, d’absence de plus en plus accentuée de la notion de valeur […] Les riches deviennent de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. La droite séduit la gauche qui, elle-même, demeure aphone ou inaudible sur les grands thèmes qui nous tiennent à cœur […] Brouillage, cynisme, opacité même, si on fait semblant de tout nous dire sous prétexte de tout communiquer. Elle, Simone Weil, c’est le contraire » [4]

 

L’urgence de peindre la figure de Simone Weil semble se justifier aux yeux de Laure Adler par le besoin de justifier par le personnage insoumis une grille d’analyse qui se veut insoumise au monde dans lequel nous vivons. Bref, le propos ne donne pas à penser mais pense pour nous, et ce didactisme est regrettable, tout comme peuvent agaçer les questionnements personnels adlériens qui structurent ce parcours weilien. Mais cela ne doit pas éclipser le côté positif de l’affaire. Si c’est bien l’ego de Laure qui commande, il poursuit un louable but : celui de faire connaître largement la vie et les grandes lignes de la pensée de Simone. 

Traitant d’un auteur dont la progression de la pensée s’enracine dans la diversité de chaque expérience vécue, l’option de récit biographique choisie par Laure Adler doit s’attacher à manifester le surgissement de la pensée au sein d’un parcours humain. Sur ce plan il faut reconnaître à l’ancienne directrice de France Culture une démarche d’une justesse sincère dans l’interprétation et la connaissance des écrits et de la pensée de Simone Weil. Recoupant les sources traditionnelles de la bibliographie weilienne, L’insoumise permet de découvrir les grands traits de la personnalité de la jeune philosophe, même si on ne comprend pas vraiment ce qui motive le choix de la part de l’auteur d’un parcours biographique à rebours pour le moins déstabilisant – l’ouvrage s’ouvrant sur la mort de l’héroïne et s’achevant sur ses jeunes années. Mais surtout, le mérite de Laure Adler est de s’attacher à donner de celle qui fut tant décrite comme une pasionaria de l’ascèse une image plus vivante, très cohérente dans ses excès, et probablement plus juste.

« On découvre une autre Simone Weil, loin des clichés de femme pieuse, dévote, renfermée sur elle-même... Les historiens du catholicisme ont essayé de la récupérer » [5]

 

Ce qui fascine Laure Adler chez Simone Weil, c’est objectivement sa grande liberté, tant dans sa façon de mener sa vie que dans celle de concevoir la pensée:

A Simone Weil appartient le monde, et il est illimité. En Simone Weil réside une faculté de résistance, d’humour, de gaieté, d’absence de peur, de joie de vivre aussi » [6]  Oui, Simone Weil est inclassable, oui, il est difficile de lui donner une couleur politique, de la rattacher à une chapelle ; elle semble avoir traversé tous les idéaux et toutes les idéologies, s’y être intensément immergée pour aussitôt après en faire ressortir les faussetés, les lâchetés et les limites. Non, Simone Weil ne supportait pas la médiocrité, celle qu’elle pensait être sienne et celle qu’elle rencontrait, elle se révoltait et s’enflammait, prenant fait et cause pour tout ce qui la touchait. Mais liberté et engagement ne sont pas forcément synonyme d’insoumission. Il semble un peu rapide de désigner comme insoumise une philosophe dont la pensée repose profondément sur la notion… d’ordre ! La vocation de l’homme, selon Simone Weil, n’est-elle pas effectivement de réintégrer l’ordre de l’univers, régi par la nécessité qui est parfaite obéissance à la Sagesse divine ? L’héritage stoïcien et cartésien (aux échos malebranchistes) est décisif pour comprendre l’importance de la notion d’ordre dans la pensée métaphysique de Simone Weil, et ses conséquences sur la pensée du politique. Son œuvre, touchant aux thèmes les plus divers, présente une grande unité dans son inspiration, et peut être à ce titre qualifiée de philosophie.

 

Notes

[1] Laure Adler, Dans les pas de Hannah Arendt, Gallimard, 2005

[2] Laure Adler, L’insoumise, actes-sud, 2008

[3] Cf. interview de Laure Adler du 14/11/2008 dans un quotidien sétois : « C’est la première fois qu’on publie un livre non savant sur Simone Weil, sans tenir compte de ce qui a été publié après la guerre sous l’impulsion de sa mère ». Laure Adler omet de préciser que l’édition des écrits de Simone Weil après la guerre a été prise en charge par Albert Camus, avec le soutien de Mme Weil.

[4] L’insoumise, p. 9.

[5] Cf. interview du 14 novembre 2008.

[6] L’insoumise, p. 259.

 

Journaliste et écrivain, Laure Adler a animé de nombreuses émissions littéraires ou de débat, tant à la radio qu’à la télévision. Elle a dirigé pendant six ans France-Culture et a assuré des fonctions éditoriales chez Grasset, au Seuil, et actuellement chez Actes Sud. Elle est par ailleurs l’auteur de nombreux livres de fiction ou de non-fiction, parmi lesquels : Dans les pas de Hannah Arendt (Gallimard, 2005), A ce soir (Gallimard, 2001), Marguerite Duras (Gallimard, 1998), L’Année des adieux (Flammarion, 1995).

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Vos enfants ne sont pas vos enfants...

7 Novembre 2015, 05:57am

Publié par Grégoire.

Vos enfants ne sont pas vos enfants...

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit, 

Parlez-nous des Enfants.

Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,

Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, 

pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, 

mais ne tentez pas de les faire comme vous.

Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.

L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance 

pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;

Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.

 

Khalil Gibran Le Prophète

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Le scandale de la miséricorde...

6 Novembre 2015, 12:36pm

Publié par Grégoire.

Le scandale de la miséricorde...

 

L’histoire de l’Église abonde tristement de cette tentation : toutes les hérésies relativisant le primat de la grâce (pélagianisme, jansénisme…), l’Inquisition, les compromissions avec le pouvoir temporel, la corruption de l’autorité des pasteurs en un pouvoir tyrannique, la séduction de la gloire humaine et de la bonne réputation…  

L’une des formes que prend aujourd’hui la tentation de diminuer la vérité est de ramener la miséricorde à une espèce de faiblesse, en considérant qu’elle relève de l’exception (la justice étant la règle). Or, l’Évangile nous montre bien que la règle, c’est la miséricorde !

La miséricorde, c’est un amour de la personne qui va jusqu’au bout sans avoir peur des persécutions, du qu’en dira-t-on ou, simplement, du désordre… C’est pourquoi les témoins de la miséricorde furent si souvent incompris, critiqués, voire combattus.

 

La miséricorde, c’est ce que proclame tout chrétien faisant le signe de Croix : prendre la place de l’autre jusqu’au bout comme si on avait commis l’acte répréhensible, accepter d’être « assis à la table des pécheurs» et d’y laisser sa peau. C’est le réalisme du lavement des pieds et du don dans l’eucharistie : un don qui est de trop, excessif, insupportable même ! Dieu, le très-haut qui se fait le Très bas, donné à tous, A TOUS, qui vient chercher en priorité ceux qui sont perdus, ce qui ne peut pas être repris, ce qui est sans espoir, sans solution, sans dignité, médiocre, nul, considéré comme déchet, mort, même néfaste à nos yeux !

"Au dernier jour, nous serons jugés sur l'amour !" dit Jean de la Croix.

La miséricorde est ainsi LA note caractéristique de toute communauté chrétienne. Ainsi, il y a deux manières de gouverner une communauté : selon le bien de chacune des personnes qui la composent, ou bien pour la propreté du tout. La première regarde l’intention profonde des personnes ; la seconde, sous prétexte de justice et de bien commun, réduit les personnes à leur actes extérieurs et se corrompt rapidement en une espèce de « tyrannie des bien-pensants ». La première est celle du Christ, la seconde celle des Pharisiens !

" le jugement sera sans miséricorde pour celui qui n’a pas fait miséricorde, mais la miséricorde se moque du jugement. Jacques 2, 13.

fr Grégoire.

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La théorie du meilleur : ou ces fragilités qui sont nos forces

6 Novembre 2015, 06:34am

Publié par Grégoire.

Jean-Baptise Hibon

S’il est une personne capable de nous convaincre qu’il y a en chacun de nous un potentiel immense, c’est Jean-Baptise Hibon. Dans notre société du ‘tout image’, la visibilité de son handicap ‘moteur cérébral’ aurait pu le murer dans une condition d’assisté à vie.

Mais Jean-Baptiste Hibon a fait de sa fragilité une force vitale, comme en témoigne la densité de son parcours. L’étudiant mène de front un DEA en psychologie sociale, une formation à la méthode Vittoz et un diplôme en organisation des systèmes complexes. L’homme se marie et devient père de deux enfants. Le professionnel se lance dans le conseil ‘handicap et diversité’ et fonde le ‘Réseau Humain’ (premier réseau socioprofessionnel dédié au monde du handicap). Il intervient notamment auprès d’écoles, de professions médico-sociales et de grands groupes du CAC 40.

Parce que son élocution est abîmée, il donne envie de l’écouter vraiment. Ainsi il nous frappe au cœur. Et quand ses mots nous submergent d’émotion, c’est sa distance par rapport à lui-même et son sens de l’autodérision qui nous aident à grandir.

Lien(s) : http://lereseauhumain.com/

bibliographie : « Ivre de joie, avec le handicap souffrir ou renaitre », Editions de l'Emmanuel, 2003

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