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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Tout est là...

31 Mai 2015, 06:12am

Publié par Grégoire.

Tout est là...

 

"Pourquoi chercher Dieu quand tout est là ? Je me sens proche, souvent, des mystiques, et pour les mêmes raisons qui les ont presque toujours rendus suspects aux yeux des Églises.

"Si un mystique est quelqu'un qui fait l'expérience de la présence de Dieu, ou qui appelle "Dieu" la présence dont il fait l'expérience, il n'a plus besoin d’Église, plus besoin de dogmes, plus besoin d'espérance : Dieu est là, tout est là, et nous sommes déjà sauvés.

"Les Églises, au contraire, se nourrissent de l'absence de Dieu et de l'espérance du salut."

Que mes contradicteurs me pardonnent. Mais j'ai vécu ma propre sortie d'une religion aliénante, pour me retrouver libéré par la parole du Christ.

J'ai acquis cette conviction que Dieu est trop grand pour se laisser enfermer dans une religion. Quelle qu'elle soit. Et c'est heureux. Dieu parle à tout homme. Avec ou sans intermédiaires.

André Comte Sponville.

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Tout amour a une source cachée...

30 Mai 2015, 06:08am

Publié par Grégoire.

Tout amour a une source cachée...

"La vérité c'est l'infini d'amour parfois reçu dans cette vie quand nous n'avions vraiment plus rien. Il suffit d'une seconde pour le connaître et comprendre -même si "comprendre" n'est pas le mot-que cet infini nécessairement a un lieu qui doit nécessairement lui aussi être infini." 

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur.

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Lumières ordinaires...

29 Mai 2015, 06:00am

Publié par Grégoire.

Lumières ordinaires...

"La seule tristesse qui se rencontre dans cette vie vient de notre incapacité à la recevoir sans l'assombrir par le sentiment que quelque chose en elle nous est dû: rien ne nous est dû dans cette vie, pas même l'innocence d'un ciel bleu. Le grand art est l'art de remercier pour l'abondance a chaque instant donnée."

Christian Bobin, L'inespérée.

 

"Le temps est la toupie de Dieu. Les saisons sont peintes sur son tour. La toupie tourne de plus en plus vite, jusqu'au jour où, comme si elle avait heurté un invisible obstacle, elle sort de son axe, bascule sur le côté, s'arrête : quelqu'un vient nous sortir du tourbillon de nos soucis et de peines."

Christian Bobin, Prisonnier du berceau.

 

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La Loi du Marché

28 Mai 2015, 05:56am

Publié par Grégoire.

La Loi du Marché

 

À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ?

Pas de lourdeur maladroite, d'insistance dégoulinante, mais au contraire beaucoup de finesse, de dignité, de regard concret qui n'en rajoute pas. (...) Il faut dire aussi que Brizé est parfaitement épaulé par des comédiens admirables. (...) On se dit qu'il y a, là aussi, une justesse (...) entre le film, son sujet, et la façon dont il a été fabriqué. 

Lindon est colos­sal. De simpli­cité, de vérité. Avec une écono­mie de jeu qui confine à l’as­cèse. Brizé a choisi de toujours placer sa caméra dans son dos. Nous sommes alors cet homme bafoué, qui rare­ment s’exas­père, mais qui ne lâche rien.

Une mise en scène quatre étoiles.

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La vraie révolution est amoureuse...

27 Mai 2015, 06:28am

Publié par Grégoire.

La vraie révolution est amoureuse...

" La poésie est révolutionnaire par les temps qui courent… Les puissances mortifères qui se développent à certains moments dans l’histoire ne supportent pas la moindre herbe de vie, la moindre brise, il faut qu’il n’y ait plus aucun courant d’air dans les rues de la ville. Il faut que le ciel soit fermé et il n’y a rien qui rouvre tout, à la fois les fenêtres et à la fois le ciel, comme la poésie. Ou comme une parole d’enfant. Il n’y a rien d’aussi puissant. La parole poétique qu’on pourrait qualifier d’amoureuse est par essence subversive, elle n’est pas gentille, elle n’est pas mièvre, elle n’est pas sentimentale. Elle est insurrectionnelle, elle multiplie, c’est une force de vie, pas de mort…

 Et pour lui donner sa vraie résonance, il ne faut surtout pas laisser seulement aux poètes ! La poésie, c’est le surgissement de la vérité dans le langage, et si vous l’entendez comme cela, vous comprenez tout de suite pourquoi on ne peut pas s’en passer. La poésie, cette vie dormante qui parfois se réveille pour tisser un lien entre deux personnes, ce n’est pas uniquement de la littérature, c’est une chose nécessaire et vitale, sinon, on parle comme on dit pour ne rien dire. Sinon on n’a aucune chance de comprendre ce qu’on vit.

 Les mots qui servent à rendre compte de la vie d’aujourd’hui la plupart du temps sont prémâchés et donc ils ne sont pas nourriciers. Aujourd’hui, on nous voile les choses sous prétexte de nous les éclairer, on nous éloigne du monde sous prétexte de nous l’expliquer, on ne peut guère ouvrir un journal ou entendre une émission de radio ou de télé sans qu’on vous parle d’économie, or moi je crois que la langue économique, ce n’est pas la première. Ce n’est pas la plus vitale. Je pense que ce dont on meurt, c’est de tout ce qui n’est pas humain dans la langue. On a besoin tout simplement d’un langage et d’un monde qui ne soient pas mis tout entier sous un code barre. Quelque chose qui ne cherche pas à satisfaire un besoin, une envie ou à asseoir une puissance. On en a un besoin affolant, cela explique une partie des choses qui se passent. L’argent a une main mise sur presque tout. Il faut aller dans une forêt de mensonges en se guidant juste avec son instinct et son oreille, essayer d’entendre là où on nous ment. On peut y arriver…"

 Christian Bobin.

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Une journée particulière...

26 Mai 2015, 05:53am

Publié par Grégoire.

Chef d'oeuvre. En replay sur Arte.

Chef d'oeuvre. En replay sur Arte.

A Rome le 6 mai 1938. Alors que tous les habitants de l'immeuble assistent au défilé du Duce Mussolini et d'Hitler, une mère de famille nombreuse et un homosexuel se rencontrent.

Voici" l 'oeuvre" de Ettore Scola dénonçant le fascisme de manière admirable .... Rome, le 8 mai 1938. Hitler vient de renforcer son alliance avec Mussolini. L’Italie vit sa seizième année de fascisme, fuite en avant vers la guerre et toujours plus d’autoritarisme .. Plan rapproché sur un ensemble d’immeubles modernes regroupés autour de une cour vidée et de leurs locataires, partis assister à la cérémonie du Duce .. Tous, sauf Antonietta, mère de famille nombreuse, et Gabriel, homosexuel consigné par la police dans son appartement. Elle est une épouse et mère dévouée, Lui est présentateur radio exclu pour être ce que il est ... Les deux absents de la fête fasciste vont faire connaissance puis se rapprocher...."Une journée particulière" de Ettore Scola, est un film très puissant et subtile .

Sublime Sophia "Antonietta"Loren utilisée ici à contre-emploi , star sensuelle de l’Italie glamour, joue une femme prématurément vieillie, victime à sa manière de l’idéologie extrémiste jusque à cette rencontre avec Gabriel qui lui offrira l 'opportunité de révéler enfin sa fatigue pour cette oppression continue .. Marcello Mastroianni, s'écarte de la même manière de ses rôles habituels de homme à femmes ..et incarne un personnage élégant, fragile et possédant une grande sensibilité ..Les deux protagonistes vont enfin s'exprimer librement lors de cette journée volée, sur leurs conditions de vies bien évidement mais également sur l 'aspect politique qui s'immisce de manière constante dans les échanges .La radio de la concierge chante ses hymnes et marches militaires fascistes et qui parvenant à leurs oreilles ,brisent pensées et espoirs .Mais l 'espoir n 'est que illusion en cette période sombre ..Durant ce moment partagé lors de cette journée si particulière ils s'évaderont à leur manière oubliant les peurs pour se consacrer au moment présent .A l 'issue de cette parenthèse Gabriel sera arrêté ,alors que Antonietta retrouvera ses devoirs conjugaux ..Le cinéaste communique aux spectateurs le sentiment que tout est prison ,le pays ,le quartier ,les murs et signe là son plus grand message sur la représentation du mal dans toute sa splendeur .... Une oeuvre puissante et riche ...

 

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Tout amour véritable est indissoluble

25 Mai 2015, 21:28pm

Publié par Grégoire.

Mgr Jean-Paul Vesco : « Les divorcés remariés ne devraient plus être un sujet pour l’Eglise »

Mgr Jean-Paul Vesco : « Les divorcés remariés ne devraient plus être un sujet pour l’Eglise »

Dans son ouvrage « Tout amour véritable est indissoluble » (1), l’évêque d’Oran Mgr Jean-Paul Vesco, affirme que l’Église peut changer la discipline sur les divorcés remariés sans remettre en cause la doctrine de l’indissolubilité du mariage, mais au contraire pour l’honorer davantage.

Pourquoi avoir écrit un livre sur les divorcés remariés ? 

 Mgr Jean-Paul Vesco : La discipline de l’Église à l’égard des divorcés remariés me blesse et, à vrai dire, me révolte depuis longtemps en raison de la violence inutile qu’elle fait subir aux personnes concernées, sans aucune distinction de leur situation individuelle.

Je souffre aussi du mal que fait cette disposition à l’image de l’Église, car elle est de l’ordre du contre-témoignage. Il ne s’agit pas pour moi de remettre en cause l’indissolubilité dumariage sacramentel. Celui-ci est la plus haute concrétisation du projet de Dieu pour l’homme et la femme.

Je crois cependant que la doctrine classique sur le mariage autorise une autre discipline en cas de remariage. L’actuelle, qui prive ceux qui se remarient du sacrement de réconciliation et de l’eucharistie, n’est respectée par quasiment personne. Je connais très peu de parents, dont les enfants ont divorcé, qui prient pour qu’ils ne se remarient pas.

Certaines personnes, par fidélité au premier « oui » qu’elles ont prononcé, décident de ne pas se remarier. C’est très bien que l’Église encourage le choix du célibat parce qu’il représente un signe magnifique de l’indissolubilité de l’amour. Mais il relève de l’appel personnel et ne peut être la voie unique imposée de l’extérieur.

Entrer dans une nouvelle alliance après l’échec d’un premier mariage, ce n’est pas renoncer à l’appel à la sainteté de tout baptisé. On ne peut pas fermer toutes les portes après un premier mariage, sous peine d’absolutiser, voire d’idéologiser l’indissolubilité du mariage. Au nom de l’indissolubilité, l’Église n’a pas le pouvoir de demander de se séparer à des personnes qui ont scellé une deuxième­ alliance fidèle.

 Cela ne risque-t-il pas de décourager tous ceux qui cherchent à rester fidèles à leur première alliance ? 

 Mgr J.-P. V. : L’Église reconnaît, dans le n° 83 de Familiaris Consortio, qu’un mariage peut échouer, qu’il vaut mieux parfois rompre une alliance et que l’on peut être innocent dans cette rupture.

Elle dit aussi qu’il convient de distinguer les responsabilités mais elle ne tire pas les conséquences de ces distinctions. Et elle assimile à un adultère toute autre relation après le divorce. Pour moi, ces mots sont terribles. Une doctrine vraie ne peut pas entrer en contradiction avec la vérité des personnes.

 En prenant cette position entre les deux Synodes sur la famille, ne craignez-vous pas d’ajouter  à la confusion et de focaliser le débat sur la seule question des divorcés remariés ? 

 Mgr J.-P. V. : En réalité, ce livre n’aurait jamais dû être écrit car il y a longtemps que l’Église ne devrait plus traiter d’adultères des personnes qui sont fidèles depuis des années à une deuxième alliance, au nom du Christ.

Les divorcés remariés ne devraient plus être un sujet pour le Synode qui, effectivement, a de nombreux autres enjeux à aborder. Traitons-le rapidement et passons au reste.

 En tant qu’évêque, n’avez-vous pas peur de participer à une forme d’opposition dans l’Église ? 

 Mgr J.-P. V. : Ce dont j’ai peur, c’est d’être instrumentalisé par ceux qui jugent l’Église rétrograde. Or, je m’inscris totalement à l’intérieur de l’Église. Ce qui me révolte, c’est de la voir abîmée, caricaturée sur cette question-là.

Je me situe dans le débat ouvert par le pape François lui-même en envoyant un questionnaire à tous les baptisés. Au titre de la synodalité, j’apporte des éléments au débat. Le pape pose des questions, j’y réponds.

 Qu’attendez-vous du prochain Synode ? 

 Mgr J.-P. V. : J’aimerais que l’Église puisse donner aux ministres de laréconciliation l’autorisation de permettre à certains de faire face à leur passé, de regarder les raisons de la rupture, d’examiner leur responsabilité, afin de pouvoir demander pardon de cette brisure. Non pas un droit au pardon mais un droit à pouvoir demander pardon.

 En touchant à la discipline, ne remettez-vous pas en question la doctrine de l’Église ? 

 Mgr J.-P. V. : Personne ne remet en cause la doctrine de l’indissolubilité. Les personnes qui souffrent de ne pouvoir communier en souffrent précisément parce qu’elles y croient.

Mais l’indissolubilité ne peut être réduite au mariage sacramentel. Le sacrement est une consécration de l’indissolubilité d’un amour véritable entre l’homme et la femme. Cet amour est le signe d’une réalité plus haute, et il est infiniment fort et fragile.

Qu’on marque ce signe en disant qu’on ne se marie qu’une fois, très bien, mais qu’en revanche on ne permette pas l’accès au sacrement de réconciliation, alors c’est une doctrine qui devient écrasante et ce n’est pas juste. Or je crois qu’elle est juste. Donc c’est notre manière de la recevoir qui ne l’est pas.

Aussi je crois qu’on peut changer la discipline pour servir mieux la doctrine. Si quelque chose, dans mes propos, met en jeu l’essence de la foi, alors je me rétracterai et je demanderai pardon. Mais qu’on me l’explique car, aujourd’hui, je ne comprends pas.

 

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Van Gogh le suicidé de la société

25 Mai 2015, 08:40am

Publié par Grégoire.

Van Gogh le suicidé de la société

Une terrible sensibilité

 

Vincent van GoghPortrait de l'artiste© Courtesy National Gallery of Art, Washington

"Un fou Van Gogh ?
Que celui qui a su un jour regarder une face humaine regarde le portrait de Van Gogh par lui-même […].
Peinte par Van Gogh extra-lucide, cette figure de boucher roux, qui nous inspecte et nous épie, qui nous scrute d'un oeil torve aussi.
Je ne connais pas un seul psychiatre qui saurait scruter un visage d'homme avec une force aussi écrasante et en disséquer comme au tranchoir l'irréfragable psychologie".

 





 

 

Le drame éclairé

Vincent van GoghLe fauteuil de Gauguin© Van Gogh Museum Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

"Un bougeoir sur une chaise, un fauteuil de paille verte tressée,
un livre sur le fauteuil, 
et voilà le drame éclairé.
Qui va entrer ?
Sera-ce Gauguin ou un autre fantôme ?"

 

 

Le drame qui couvait entre Van Gogh et Gauguin est sensible dans ce portrait métaphorique de l'ami venu le rejoindre à Arles le 23 octobre 1888. C'est au cours d'une crise nocturne survenue un mois plus tard que, d'après Gauguin seul témoin du drame, Van Gogh le menaça avec un rasoir puis se trancha le lobe de l'oreille gauche qu'il offrit à une prostituée. "L'atmosphère entre nous était devenue électrique", reconnut plus tard celui-ci.

L'ombre violette qui envahit le fauteuil représentait pour Artaud la ligne de démarcation entre les deux personnalités que tout opposait.

 

 

Le drame qui couvait entre Van Gogh et Gauguin est sensible dans ce portrait métaphorique de l'ami venu le rejoindre à Arles le 23 octobre 1888. C'est au cours d'une crise nocturne survenue un mois plus tard que, d'après Gauguin seul témoin du drame, Van Gogh le menaça avec un rasoir puis se trancha le lobe de l'oreille gauche qu'il offrit à une prostituée. "L'atmosphère entre nous était devenue électrique", reconnut plus tard celui-ci.

L'ombre violette qui envahit le fauteuil représentait pour Artaud la ligne de démarcation entre les deux personnalités que tout opposait.

 

L'envoûteur

 

Tableau
Vincent van GoghLe docteur Paul Gachet© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Gérard Blot

"Je pense pourtant plus que jamais que c'est au docteur Gachet, d'Auvers-sur-Oise, que Van Gogh a dû, ce jour-là, le jour où il s'est suicidé à Auvers-sur-Oise,
a dû, dis-je, de quitter la vie, -
car Van Gogh était une de ces natures d'une lucidité supérieure qui leur permet, en toutes constances, de voir plus loin, infiniment et dangereusement plus loin que le réel immédiat et apparent des faits".

 

 

Dans sa haine des médecins – des psychiatres en particulier – Artaud désigna le docteur Gachet (1828-1909) comme le principal responsable du suicide de Van Gogh. "L'envoûteur", dans un terrible besoin d'assouvir sa haine et sa jalousie du génie, l'aurait poussé à peindre jusqu'à épuisement.

Pendant les derniers mois de sa vie, Van Gogh considéra cependant Gachet comme un ami. Il trouvait son visage "doux et triste" si intéressant qu'il peignit son portrait à deux reprises.

Dans cette image moderne de la mélancolie, le caractère du modèle s'exprime davantage par la couleur que par la ressemblance.

 

De l'autre côté de la tombe

 

"Van Gogh a renoncé en peignant à raconter des histoires, mais le merveilleux est que ce peintre, qui n'est que peintre, […] fait venir devant nous, en avant de la toile fixe, l'énigme pure, la pure énigme de la fleur torturée, du paysage sabré, labouré et pressé de tous les côtés par son pinceau en ébriété.

[...]

 

Vincent van GoghArbres dans le jardin de l'hôpital Saint-Paul, Saint-Rémy-de-Provence© The Hammer Museum. Photo: Brian Forrest

Pourquoi les peintures de Van Gogh me donnent-elles ainsi l'impression d'être vues comme de l'autre côté de la tombe d'un monde où ses soleils en fin de compte auront été tout ce qui tourna et éclaira joyeusement ?
Car n'est-ce pas l'histoire entière de ce qu'on appela un jour l'âme qui vit et meurt dans ses paysages convulsionnaires et dans ses fleurs ?"

 

Le 8 mai 1889, Van Gogh quitta définitivement Arles pour s'installer à l'hospice Saint-Paul-de-Mausole à Saint-Rémy-de-Provence où il bénéficia d'un régime de semi-liberté jusqu'en mai 1890.

Lorsqu'il était trop faible pour peindre dans les alentours, le monastère roman qui abritait l'hôpital, et ses jardins lui servirent de motif. Ses vues de l'hôpital montrent une tension entre les lignes stables des bâtiments et l'aspect mouvementé de la végétation dans le parc.

 

 

 

Un convulsionnaire tranquille

 

Vincent van GoghAugustine Roulin© Collection Stedelijk Museum Amsterdam

"La peinture linéaire pure me rendait fou depuis longtemps lorsque j'ai rencontré Van Gogh qui peignait, non pas des lignes ou des formes, mais des choses de la nature inerte comme en pleines convulsions. [...]

 

Nul n'a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l'enfer.
Et j'aime mieux, pour sortir de l'enfer, les natures de ce convulsionnaire tranquille que les grouillantes compositions de Breughel le Vieux ou de Jérôme Bosch qui ne sont, en face de lui, que des artistes, là où Van Gogh n'est qu'un pauvre ignare appliqué à ne pas se tromper".

 

Il existe cinq versions du portrait d'Augustine Roulin, la femme du postier qui était l'ami de Vincent.

La première a été commencée peu avant la crise de folie du 23 décembre 1888 qui provoqua l'internement du peintre à Arles. Cette icône de la maternité – représentée sans enfant – tient à la main la cordelette d'un berceau placé hors-champ.

Derrière le personnage placide, les fleurs du papier peint tourbillonnent et semblent animées d'une vie autonome et inquiétante, comme un mauvais sort rôdant autour du bébé.

 

La couleur roturière

 

Vincent van GoghPaire de chaussures© Droits Réservés

"C'est ce qui me frappe le plus dans Van Gogh, le plus peintre de tous les peintres et qui, sans aller plus loin que ce qu'on appelle et qui est la peinture, sans sortir du tube, du pinceau, du cadrage du motif et de la toile pour recourir à l'anecdote, au récit, au drame, à l'action imagée, à la beauté intrinsèque du sujet ou de l'objet, est arrivé à passionner la nature et les objets de telle sorte que tel fabuleux conte d'Edgar Poe, d'Herman Melville, de Nathanaël Hawthorne, de Gérard de Nerval, d'Achim Arnim ou d'Hoffmann, n'en dit pas plus long sur le plan psychologique et dramatique que ses toiles de quatre sous,
ses toiles presque toutes, d'ailleurs, et comme par un fait exprès de médiocre dimension. […]
Car c'est bien cela tout Van Gogh, l'unique scrupule de la touche sourdement et pathétiquement appliquée. La couleur roturière des choses, mais si juste, si amoureusement juste qu'il n'y a pas de pierres précieuses qui puissent atteindre à sa rareté".

 

Artaud dessinateur

 

Antonin ArtaudAutoportrait© ADAGP, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

Artaud commença à pratiquer le dessin dès 1919, l'année des premières prescriptions de laudanum pour calmer ses douleurs errantes et ses angoisses. A partir de 1922, il réalisa des projets de décors et de costumes en rapport avec ses activités théâtrales.

 

Ses liens avec les surréalistes favorisèrent chez lui l'expression spontanée de l'esprit à la main par l'intermédiaire d'un crayon traçant des graphies complexes sur le papier.

 

En 1945, le docteur Ferdière, directeur de l'hôpital psychiatrique de Rodez et adepte de l'art thérapie, l'encouragea à s'exprimer sur des feuilles de format raisin. Les grands dessins tracés en couleurs à Rodez et les autoportraits réalisés à Paris à partir de 1946 témoignent, du processus d'auto-engendrement mis en place par Artaud pour retrouver l'unité fondamentale du corps et de l'esprit éclatée par la violence de la maladie et des électrochocs. Leur style discontinu manifeste la puissance de cette insurrection recréatrice.

 

Souffles projetés hors du corps, chorégraphie de formes errantes, apparitions, lignes mécaniques, certaines feuilles ressemblent à des danses macabres, d'autres à des grimoires d'alchimistes ; toutes dégagent la puissance d'un rituel magique à défaut d'une narration linéaire.

"Je suis aussi comme le pauvre Van Gogh, je ne pense plus, mais je dirige chaque jour de plus près de formidables ébullitions internes […]".

Les dessins d'Artaud, où lignes, signes et écriture sont devenus inséparables, composent un précipité dont le sens dépasse l'image.

 

Qu'est-ce que dessiner ?

 

Vincent van GoghLa Terrasse du café la nuit© Image courtesy Dallas Museum of Art

"Comment y arrive-t-on ?", s'interroge Artaud avec Van Gogh en pensant à ses propres dessins mais aussi à ceux de Vincent tracés d'un trait discontinu, avec des points, des hachures, des crêtes d'encre brune, des traits enroulés sur eux même, des taches d'aquarelle, pour maîtriser la forme, l'air, l'espace, exprimer sans l'enfermer un instant de vie.

 

 

"C'est l'action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible, qui semble se trouver entre ce que l'on sent et ce que l'on peut. Comment traverser ce mur, car il ne sert de rien d'y frapper fort, on doit miner ce mur et le traverser à la lime, lentement et avec patience à mon sens" (lettre de Vincent à Theo van Gogh, La Haye, 22 octobre 1882, citée par Artaud dans Van Gogh le suicidé de la société © Editions Gallimard, 1974)

 

 

L'orageuse lumière

 

Vincent van GoghChamp de blé avec des bleuets© Fondation Beyeler, Riehen/Basel, Beyeler collection

"Organiste d'une tempête arrêtée et qui rit dans la nature limpide, pacifiée entre deux tourmentes, mais qui, comme Van Gogh lui-même, cette nature, montre bien qu'elle est prête à lever le pied.
On peut, après l'avoir vue, tourner le dos à n'importe quelle toile peinte, elle n'a rien à nous dire de plus. L'orageuse lumière de la peinture de Van Gogh commence ses récitations sombres à l'heure même où on a cessé de la voir.
Rien que peintre, Van Gogh, et pas plus, 
pas de philosophie, de mystique, de rite, de psychurgie ou de liturgie,
pas d'histoire, de littérature ou de poésie,
[...] mais [...] pour comprendre un orage en nature, 
un ciel orageux,
une plaine en nature,
on ne pourra plus ne pas revenir à Van Gogh".

 

Pendant l'été 1890, Van Gogh peignit de nombreux tableaux représentant des champs de blé dans la plaine d'Auvers-sur-Oise. "Ce sont d'immenses étendues de blés sous des ciels troublés et je ne me suis pas gêné pour chercher à exprimer de la tristesse, de la solitude extrême", écrivait-il à son frère le 10 juillet 1890, quelques jours seulement avant son suicide.

 

Le paysages de convulsions fortes

 

Vincent Van GoghRoute de campagne en Provence de nuit© Kröller-Müller Museum

"En face d'une humanité de singe lâche et de chien mouillé, la peinture de Van Gogh aura été celle d'un temps où il n'y eut pas d'âme, pas d'esprit, pas de conscience, pas de pensée, rien que des éléments premiers tour à tour enchaînés et déchaînés.
Paysages de convulsions fortes, de traumatismes forcenés, comme d'un corps que la fièvre travaille pour l'amener à l'exacte santé. […]
Méfiez-vous des beaux paysages de Van Gogh tourbillonnants et pacifiques,
convulsés et pacifiés.
C'est la santé entre deux reprises de la fièvre chaude qui va passer.
C'est la fièvre entre deux reprises d'une insurrection de bonne santé.
Un jour la peinture de Van Gogh armée et de fièvre et de bonne santé,
reviendra pour jeter en l'air la poussière d'un monde en cage que son coeur ne pouvait plus supporter".

Ce paysage nocturne des environs de Saint-Rémy est probablement le dernier peint par Van Gogh pendant son séjour en Provence.
Les motifs éclairés par un mince croissant de lune obscurci par l'ombre de la terre et par une étoile aussi brillante qu'un soleil vibrent comme sous l'effet de forces cosmiques, traduites par des touches de couleurs fragmentées et tournoyantes.

 

Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société© Editions Gallimard, 1974

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Les prémisses d'évènements sont là, visibles et... alors?

24 Mai 2015, 13:21pm

Publié par Grégoire.

Les prémisses d'évènements sont là, visibles et... alors?

Quatre mois après les attentats de janvier, a-t-on tiré les enseignements nécessaires de cette tragédie?

Non, depuis les années 80, la France sous-estime la montée et la radicalisation de l'islam. L'affaire du voile de Creil en 1989 a été une première alerte, malheureusement ignorée. A l'époque déjà des intellectuels de gauche, comme Elisabeth Badinter, avaient dénoncé un abandon de la laïcité. Les élites ont préféré se couvrir les yeux plutôt que de prendre la mesure des conséquences désastreuses de l'abandon de notre modèle républicain. La chronologie récente des évènements en France est éloquente: En janvier 2006, un jeune homme du nom d'Ilan Halimi est enlevé, torturé et assassiné par le «gang des barbares», première manifestation d'un antisémitisme renaissant. Le 9 mars 2012, un jeune Français du nom de Mohammed Merah pénètre dans une école. Il tue un enseignant et ses deux enfants ainsi qu'une petite fille. Deux jours auparavant, il avait abattu des militaires revenus d'Afghanistan. Le 24 mai 2012, le Français Mehdi Nemmouche se rend au musée juif à Bruxelles. Il entre muni d'un revolver et tue quatre personnes… Il y aurait déjà dû y avoir un avant et un après Merah, un avant et un après Nemmouche. Nous n'avons pas fait notre révolution copernicienne. Les prémisses sont là. J'ai tenté d'alerter à travers des écrits et des conférences sur la gravité du phénomène de radicalisation de jeunes musulmans, pour certains récemment convertis. Mais on a parfois la terrible impression que les gens s'habituent aux violations des droits les plus fondamentaux. Il est intéressant de faire le parallèle avec la décennie noire en Algérie. Dans Gouverner au nom d'Allah, l'écrivain algérien Boualem Sansal rappelle qu'au début, personne ne prenait vraiment au sérieux le phénomène d'islamisation qui était vu comme une sorte de folklore sympathique. Lorsque les Algériens se sont réveillés, c'était le cauchemar. Le conflit a fait 300 000 morts (ndlr: les historiens avancent des chiffres compris entre 60 000 et 150 000 morts). Lorsque nous allons enfin nous réveiller, il sera trop tard.

Quel regard portez-vous sur le 11 janvier? N'y a-t-il pas eu ce jour-là une forme de réveil?

Ce n'est pas parce que 4 millions de personnes ont défilé dans les rues que les choses ont changé. Je ne comprends pas comment le 11 janvier la France a pu bomber le torse et prétendre s'être relevée? Lorsque 12 personnes meurent simplement à cause de leurs dessins et quatre autres parce qu'elles faisaient leurs courses dans une supérette cacher, c'est la preuve d'un terrible échec, le symbole absolu de notre déclin. Sommes-nous aveugles au point de ne pas avoir pris la mesure de la monstruosité des actes? Sommes-nous stupides d'avoir pensé qu'ils ne pourraient pas se reproduire? Nous n'avons toujours pas mesuré la gravité des évènements, le fait que nous sommes entrés en guerre. La violence ne cesse de progresser et j'entends que certains trouvent encore des excuses aux islamistes! Le titre d'un article sur le site de RFI n'était-il pas: «l'enfance malheureuse des frères Kouachi»? … Il faut arrêter la langue de bois. Aujourd'hui, on ne peut plus défendre la laïcité, critiquer ou même simplement évoquer l'islam, sans être taxé de racisme ou d'islamophobie par des mouvements de gauche. Tant qu'on ne prendra pas le recul nécessaire pour dénoncer certains comportements du prophète, on ne pourra arrêter le profond mouvement de régression que connaît le monde musulman depuis l'islam des lumières du XIe siècle. Au Yémen aujourd'hui, on vous explique que l'âge légal du mariage peut être abaissé à neuf ans car Mahomet a lui-même épousé une petite fille de six ans! Sur Youtube, Nada, une petite fille de 11ans que ses parents veulent marier de force lance un appel au monde occidental. En France, on ricane: «Cela concerne la péninsule arabique, pas nous!». Les Français ont tort de penser que ce qui se passe ailleurs ne les concerne pas. Les frères Kouachi sont allés s'entraîner au Yémen, Merah est allé au Pakistan.

Dans votre livre, Maudites, vous revenez sur votre enfance. Vous expliquez qu'à l'époque, habiter dans une cité est une chance, mais qu'aujourd'hui vous ne pourriez plus retourner dans votre quartier en portant une robe sans vous faire agresser. Comme expliquez-vous une telle régression?

Il faut rappeler que mes parents venaient d'Algérie où il n'y avait pas d'eau courante et pas de chauffage. Pour eux, habiter en HLM était un bonheur. Les grands ensembles, tant décriés aujourd'hui, représentaient un progrès social indéniable. Et puis, nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l'école a arrêté de jouer son rôle d'assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d'origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu'à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d'ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d'antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d'immigrés aspire à l'excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. On peut le voir aujourd'hui à travers la réforme du collège. Il y a également une part de responsabilité des parents. Les miens ne savaient ni lire ni écrire, mais m'ont inculqué l'amour de l'école. Ils me rappelaient, ainsi qu'à mes frères et sœurs, que nous avions la chance d'être nés en France et que nous avions la responsabilité de nous en sortir.

Diriez-vous que dans un certains quartiers, nous avons accepté une forme de «totalitarisme»?

Il n'y a pas que dans les cités. Dans mon livre, je fais le parallèle avec Stefan Zweig. L'écrivain avait fui son pays natal, l'Autriche, chassé par le nazisme, pour l'Angleterre puis le Brésil. Retraçant la chronologie des évènements de la fin du XIXe siècle jusqu'au début de la seconde guerre mondiale, il montre que le suicide européen était prévisible. Il regrette que les prémisses de la Shoah n'aient pas alerté les gouvernants: «Cela reste une loi inéluctable de l'histoire: elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque.» écrit-il. Ma crainte, pour ne pas dire ma peur, ma terreur est que les prémisses sont là et visibles, ils nous sautent même aux yeux et pourtant nous n'en tirons aucune conséquence.

Est-ce pour cela que vous avez décidé de quitter la France pour la Finlande?

J'ai passé toute ma vie à défendre les valeurs de la France. J'ai mis la HALDE (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) à feu et à sang pour défendre une petite crèche, Baby Loup, et à travers elle la laïcité. Mon frère est militaire, mon père harki s'est battu pour la France. Mais après les évènements du 11 janvier, je ne pouvais plus rester dans ce pays, c'était une question d'oxygène, de vie ou de mort. Mon père a eu sa famille égorgée par les terroristes du FLN et n'a jamais été remercié par la France pour son engagement auprès d'elle. D'avoir vu Charb abattu par des terroristes tout aussi sanguinaires, faute, pour notre République, d'avoir pris la mesure de la tyrannie des nouveaux terroristes de l'islamisme, et d'avoir été traînée ainsi dans la boue, je ressens la même trahison que celle vécue par papa. J'ai le sentiment d'avoir été rejetée, abandonnée par un pays entier. Je deviens à mon tour un harki.

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu'on a besoin de vous pour mener le combat?

Je suis une femme arabe de culture musulmane, je dénonce l'islamisme et on me le reproche. Une fois, deux fois, trois fois, sur tous les tons, j'ai essayé de dire, d'écrire la menace qui pèse sur nous. Personne n'a voulu m'écouter. On m'a récemment traité de «Dora l'exploratrice» parce que je suis allé au Pakistan et au Yémen pour rencontrer des femmes qui luttent et auxquels je rends hommage dans mon livre. Je ne supporte plus ce ricanement permanent. C'est un manque de respect pour ces jeunes filles qui sont des héroïnes. La gauche morale se fout du sort des Yézidis, de celui de jeunes filles pakistanaises. Elle préfère les intellectuels qui ont défendu Mao et les Khmers rouges tout en devisant sur la résistance au Flore... Dans ces conditions, je me sens libre de quitter le pays un temps pour me ressourcer un peu avec ma fille. Mais je continuerai à me battre de là où je serai.

Les dirigeants français ont-ils capitulé?

J'ai subi les foudres de mon premier ministre pour avoir dit qu'il n'y avait pas de «charia light». Mais je crois qu'on ne peut pas se contenter de critiquer les politiques. Manuel Valls a souvent été courageux sur la question de la laïcité. Malheureusement, il est contesté par sa base. Le monde culturel et intellectuel a également une lourde part de responsabilité. L'alliance rouge-verte symbolisé par le livre d'Edwy Plenel, Pour les musulmans, me gêne beaucoup. Heureusement, il y a quelques résistants comme par exemple Michel Onfray. Mais il se fait injurier lui aussi.

@Le Figaro.vox. ALEXANDRE DEVECCHIO

Jeannette Bougrab est une universitaire française devenue maître des requêtes au Conseil d'État, membre de l'UMP. Elle a été présidente de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) du 16 avril 2010 au 14 novembre 2010, date à laquelle elle est nommée au secrétariat d'État à la Jeunesse et à la Vie associative dans le gouvernement de François Fillon.

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L’art lave notre âme de la poussière du quotidien. Pablo Picasso

24 Mai 2015, 05:45am

Publié par Grégoire.

L’art lave notre âme de la poussière du quotidien. Pablo Picasso

J'écris dans l'espérance

de découvrir quelques phrases,

juste quelques phrases

qui soient assez claires et honnêtes

pour briller autant qu'une petite feuille d'arbre 

vernie par la lumière

et brossée par le vent.

J'écris dans ta lumière.

J'ai besoin de ta lumière pour écrire.

Christian Bobin, Le Christ aux coquelicots

 

 

Il n'y a qu'une manière aujourd'hui de parler de spiritualité, 

c'est de l'allier à l'humour, à la légèreté, à la poésie,

à une philosophie au pied vif.

Ce qui est lourd n'a pas d'avenir.

Christiane Singer

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L’humain est un visage en clairière, ouvert, fraternel, sensible...

23 Mai 2015, 05:36am

Publié par Grégoire.

L’humain est un visage en clairière, ouvert, fraternel, sensible...

 

Chère Julie Cadilhac,

Les questions que vous m’envoyez sont tombées sur mon crâne comme une grêle. J’ai d’abord pensé me mettre à l’abri sous un silence, puis je me suis dit qu’il était plus juste de vous écrire cette lettre inspirée par vos questions mais non captive d’elles.

Par où commencer. Par ceci peut-être : je ne sais pas pourquoi j’écris. Je sais juste que je ne peux faire autrement. Un premier mot lancé sur la page blanche – et c’est l’infini qui arrive à toute allure. J’ai une joie d’ogre à écrire. Le langage est un verre de cristal. J’aime le son qu’il rend lorsque je le heurte du bruit des doigts. Les mots sont la vibration heureuse du silence. Ecrire rafraîchit les atomes de l’air, ouvre le cœur comme au matin de Pâques. Pardonnez-moi de ne parler que par images. Je suis incapable de répondre raisonnablement à des questions sur cette manière d’écrire. Je ne peux pas, comprenez-le aller plus loin que la phrase imprimée : la commenter serait l’étouffer. Somme toute, je fais confiance au lecteur. Il en saura plus que moi, simplement en me lisant. Et peut-être découvrira-t-il aussi quelque chose de lui, dans le miroir du papier blanc.

Vous me dîtes que mon regard sur le monde est pessimiste. Je ne le crois pas. Le constat est simple et nous le faisons tous dans le secret de nos lassitudes : l’humain s’éloigne du monde à bas bruit. L’humain est comme une bête sauvage et douce, blessée par nos manières. Elle se tient de plus en plus à l’écart de nos terribles réjouissances – et elle a bien raison.

Ce que j’appelle l’humain est un visage en clairière, ouvert, fraternel, sensible. Ce visage est la seule preuve admissible de Dieu. Nos sociétés sont si possédées par le rien de l’argent et de la puissance, que le visage de l’humain – de Dieu aussi bien – baisse désormais les paupières. Une nuit monte de ces yeux baissés, qui ne veulent plus nous regarder. Est-ce du pessimisme que de parler ainsi ? Non, sûrement pas. Il n’y a qu’une seule chance de vivre, et c’est de regarder ce qui vient, en face. Ecrire est cet essai de voir ce qui existe, le terrible comme le doux. Parfois, quand on le regarde longtemps en silence, le terrible se met à fleurir. Les fleurs sont des propositions du néant. Oui, même le néant aspire à la lumière, au coloré et au clair.

Le bleu dont parle mon livre, est ce que je vois de plus réel dans le monde. Ce n’est pas une consolation. C’est la vérité maltraitée par nous : vivre est une splendeur. Les religions en parlent mal. Il faudrait revenir à la distinction du spirituel et du religieux. Elle est simple à exprimer : le spirituel c’est l’homme qui marche sur les eaux, sans même y penser. Le religieux c’est le même homme à qui on a coulé les deux pieds dans le béton.

Mais je reviens au monde : nos techniques ont supprimé le temps, en supprimant le temps, elles suppriment le cœur. Le cœur a besoin de de lenteur, de secret, d’attention, de patience – toutes matières qui sont aujourd’hui plus rares que l’or, et enfouies bien plus profondément. Les livres, certains livres, ressuscitent ce que le monde dans son inconscience allègre efface.

Les livres en papier et les lettres manuscrites ne sont pas du passé : ils sont l’avenir. Par eux la lumière concrète reviendra dans un monde que les écrans bleutés enténèbrent en douceur. Je ne sais qui lira cette lettre si vous la publiez. A cette personne sans visage connu – et pour que son visage s’éclaire, prenne forme et grâce, je recommanderai, la lecture des féeriques récits de Jean Grosjean. On peut dire de lui ce qu’il dit d’Abraham : sa science était de ne pas savoir.  Cette phrase n’est-elle pas une belle fin pour cette lettre ? Merci d’avoir eu la patience de me lire.

Amicalement, 

Christian Bobin

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Les hommes d’affaires sont des enfants avec des cartables en or.

22 Mai 2015, 05:30am

Publié par Grégoire.

Les hommes d’affaires sont des enfants avec des cartables en or.

 

J’étais perdu, comme souvent. Les chemins pour se perdre sont innombrables. Ils mènent tous à la clairière des visions. J’allais sur les Champs-Elysées. Les hommes d’affaires sont des enfants avec des cartables en or. Ils connaissent la poésie mieux que les poètes. Ils la connaissent pour la détruire au bas de leurs contrats et dans les entrailles de chacune de leurs décisions. Les vitrines rasées de près ne reflétaient que des têtes brillant d’une santé féroce. Un pauvre ou un simple d’esprit ne laissent aucune trace sur les miroirs des magasins de luxe. Je traversais avec ennui un courant d’air de vitres et de pavés. Et le miracle a éclaté : sur une centaine de mètres, trois mendiants. Le désespoir était leur routine. J’ai vu une passante réveiller chacun d’eux, serrer leur mains, leur parler. J’ai vu les visages fripés, maigres, cette chair lasse de survivre s’allumer comme une ampoule, donnant dix mille fois plus de lumière que les décorations de l’avenue à Noël. La parole qui ne veut ni convaincre ni changer quoi que ce soit rayonne comme un soleil.

La passante a disparu. Les trois visages continuaient de flamber. Ils étaient les bornes éclairées du divin plantées sur cent mètres. La lumière était montée à leurs yeux comme le vin dans un verre qu’on remplit. Sans le sentiment éphémère d’être perdu, je n’aurais rien vu de ce soubassement lumineux des ténèbres, de ces roses de feu qui fleurissent entre les lignes  de force du monde(…)

La vie n’est pas le monde. La vie est éternelle. Le monde passe et aurait depuis longtemps roulé aux abîmes si des porteurs ne le retenaient au bord du gouffre.

Christian Bobin, La grande vie

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De la lenteur, de la passion, qui entre dans le sang...

21 Mai 2015, 06:00am

Publié par Grégoire.

De la lenteur, de la passion, qui entre dans le sang...

« Je sais que la Nature seule importe : la Nature et le Temps. En regardant la Nature avec patience, on finit par trouver la Vérité. Dans les écoles on ne trouve que deux ou trois recettes qui se transmettent de génération en génération.

Il faut donc se mettre devant la Nature, devant son mystère. Il faut, pour la pénétrer, donner sa vie ou une grande partie de sa vie. Ainsi, ce que l’on apprend d’elle on le retient, car on le fait sien. Et si l’on comprend quelque chose, c’est un don créateur que la nature s’est laissé ravir. Les observations faites devant la nature sont votre création, création au regard de l’impuissance générale et non de la Nature elle-même. Puis, si vous faites d’autres observations, c’est le secret même de la nature que vous découvrez à nouveau. 

Mais il est nécessaire pour cela d’être lent, de se tromper, de revenir ensuite sur le sujet de son étude, de même qu’il faut battre et rebattre le fer pour qu’il soit fort.

On ne gagnerait rien à comprendre du premier coup, car à chaque étape de l’art il faudrait recommencer son travail. Pour qu’il entre dans l’habitude de votre cerveau et qu’il devienne le secret de votre art, il faut s’assimiler longuement le secret de la nature. Ce n’est pas tout que la tête comprenne. Il faut en quelque sorte que tout le corps s’en nourrisse, il faut que cela entre dans le sang. C’est ce que l’on peut appeler la passion, l’amour éperdu de son art. Tout ce qui se fait trop vite ne peut pas être profondément compris, car il y a de la passion dans l’entière compréhension et la passion n’est pas une chose qui vous traverse mais une chose qui vous habite, qui vous possède.

Il faut pour cette étude une incroyable patience -il faut aussi de l’intelligence, c’est-à-dire la volonté de comprendre- et il faut de la pauvreté, car la pauvreté contient la solitude et par là elle défend l’homme contre toute dissipation, et le garde de son milieu.

Auguste Rodin, « Eclairs de pensées »

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Fausse croyance, une idéologie meurtrière...

20 Mai 2015, 06:25am

Publié par Grégoire.

Fausse croyance, une idéologie meurtrière...

La foi serait-elle ce qui permet d’être vraiment au monde sans se perdre soi ?

Oui, c’est ça. C’est le contraire d’une adaptation. Quelqu’un qui est adapté à son milieu, c’est quelqu’un qui est en train de disparaître. La convention mange la plupart des vies comme une petite souris à petites dents et, au bout du compte, c’est la vie entière qui peut être mangée comme un gruyère. Ça se passe petit à petit : dans des politesses, dans la croyance qu’il y a des choses qui ne se font pas, dans la croyance qu’il existe des modèles pour vivre ou pour écrire. J’ai parfois été peiné de voir des gens qui avaient une pleine possession de leur talent à l’oral et qui, lorsqu’ils se mettaient à l’écriture, perdaient leur fraîcheur et leur intelligence parce qu’ils étaient en état de révérence par rapport à cette écriture. Ils pensaient qu’il fallait que leurs livres ressemblent aux précédents, à ce qui se fait couramment. Toute leur lueur disparaissait alors. 

 

Aujourd’hui, tout le monde invoque Dieu pour justifier des actes terribles. Qu’en pensez-vous ?

J’ai l’impression que les peuples se lancent Dieu au visage comme des enfants se jettent des cailloux. D’un côté comme de l’autre, leur Dieu est aussi raide, aussi dur et menaçant qu’une pierre. A vrai dire, c’est plutôt leur croyance mortifère en eux-mêmes, c’est leur force qu’ils adorent et qu’ils balancent à la face de l’autre… Peut-être que Dieu s’amuse : au point d’étouffement où l’on en était, il lui fallait peut-être faire arriver des choses nouvelles entre les uns, repus et stupides, et les autres, affamés et remplis de ressentiment. " Seule la terreur vous rendra intelligent ", dit le prophète Isaïe dans la Bible… Il est également possible que même cela ne suffise plus à nous réveiller. Alors, nos petites affaires reprendront : l’économique comme unique pensée, l’avidité, le narcissisme… Les affaires du monde, en somme.

Christian Bobin

 

 

 

 

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L'amour nous enlève tout sans nous sauver de rien

19 Mai 2015, 06:49am

Publié par Grégoire.

L'amour nous enlève tout sans nous sauver de rien

 

Vous demandez si l'amour rend heureuse ;
Il le promet, croyez-le, fût-ce un jour.
Ah ! pour un jour d'existence amoureuse,
Qui ne mourrait ? La vie est dans l'amour.

Quand je vivais tendre et craintive amante,
Avec ses feux je peignais ses douleurs :
Sur son portrait j'ai versé tant de pleurs,
Que cette image en paraît moins charmante.

Si le sourire, éclair inattendu,
Brille parfois au milieu de mes larmes,
C'était l'amour ; c'était lui, mais sans armes ;
C'était le ciel... qu'avec lui j'ai perdu.

Sans lui, le coeur est un foyer sans flamme ;
Il brûle tout, ce doux empoisonneur.
J'ai dit bien vrai comme il déchire une âme :
Demandez-donc s'il donne le bonheur !

Vous le saurez : oui, quoi qu'il en puisse être,
De gré, de force, amour sera le maître ;
Et, dans sa fièvre alors lente à guérir,
vous souffrirez, ou vous ferez souffrir.

Dès qu'on l'a vu, son absence est affreuse ;
Dès qu'il revient, on tremble nuit et jour ;
Souvent enfin la mort est dans l'amour ;
Et cependant... oui, l'amour rend heureuse !

 

Marceline Desbordes Valmore

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Le lundi: un Luchini et ça repart !

18 Mai 2015, 09:59am

Publié par Grégoire.

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La vie, la vulnérabilité.

18 Mai 2015, 06:03am

Publié par Grégoire.

La vie, la vulnérabilité.

« On ne vit pas quand on est intouchable. La vie, c’est la vulnérabilité.

L’éternel est un présent qui respire, qui contient la vie, le temps d’un souffle.

J’ai remarqué au cours d’une vie que tout se tresse par nos rencontres, nos coups de cœur. Rendons grâce à l’imprévu, à la spontanéité.

Je n’ai rien évité : la route, les trains, les avions, la fatigue les départs, les passions, la lumière du matin, le désir de l’autre : la vie. »

Edouard Boubat

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Les grands artistes fixent le soleil comme les aigles

17 Mai 2015, 06:30am

Publié par Grégoire.

 Les grands artistes fixent le soleil comme les aigles
 Les grands artistes fixent le soleil comme les aigles

Le sentiment de la Nature est un patrimoine commun à tous les hommes. Beaucoup le laissent en jachère, ignorant sa valeur morale et même sa valeur matérielle, car l’art est un extraordinaire créateur de richesse. Il est réservé aux artistes de montrer l’étendue infinie de jouissances encore inconnues au grand nombre.

Ainsi, la Nature est un bonheur offert par les dieux à tous les êtres pensants, même aux simples. J’ai entendu quelquefois des paysans de la montagne que j’habite, et qui n’ont certes aucune éducation d’art, parler des spectacles de la Nature, ou mieux des liens qui les attachent à la terre, en des termes d’une véritable éloquence dans leur naïveté émue.

On augmenterait singulièrement le nombre si restreint des joies humaines si, faisant oublier pour quelques instants, les tristesses ou les souffrances dans les alanguissements des âmes détendues, on apprenait aux hommes à regarder la beauté des aurores, l’éclat des soleils couchants, à goûter le charme des fleurs et des verdures, à comprendre la splendeur de la lumière, à suivre la marche de la vie naissante, déclinante, mourante, renaissante, aussi bien que la douceur du rêve et même des illusions ; en leur apprenant, enfin, à observer la nature, dans ses transformations, dans son éternité, et cette ambiance de beauté dans laquelle se meut l’être agissant et conscient.

On embellirait ainsi le pénible, rude, si court et pourtant si long, si difficile et si mouvant passage qui sépare le mystère de l’origine du mystère de la destinée (…)

Il y a la vérité de toujours, la vérité éternelle, comme la nature qui la renferme et dont elle émane ; découverte par le génie de l’homme, dite par lui sous tous les modes de la pensée, elle traverse les siècles. Etoile parfois obscurcie par les ombres nocturnes, son éclat persistant scintille et montre la route des cieux. Les grands artistes fixent le soleil comme les aigles et donnent à l’Humanité souffrante la joie consolante de la vision de la Beauté.

Henri Dujardin-Beaumetz, Ecrits et entretiens

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J’arrive où je suis étranger

16 Mai 2015, 06:28am

Publié par Grégoire.

J’arrive où je suis étranger

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Aragon

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La poésie

15 Mai 2015, 06:25am

Publié par Grégoire.

La poésie

Si la poésie existe, elle ne sert à rien, elle le sait, cela l'arrange, car elle déteste le statut des vainqueurs, leurs monuments d'airain, leurs grands noms dans l'histoire, leurs plaques en avenues. La poésie aime les sentiers perdus, les chemins de traverse, la poésie est nomade, elle ne sédentarise pas ses idées, elle les sculpte au jour le jour comme un enfant fait d'un morceau d'écorce le plus beau et le plus libre des voiliers ... / ... 

Jean-Marc Le Bihan

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Si je pouvais de nouveau vivre ma vie,

14 Mai 2015, 06:21am

Publié par Grégoire.

Si je pouvais de nouveau vivre ma vie,

Si je pouvais de nouveau vivre ma vie,
dans la prochaine je tâcherais de commettre plus d’erreurs.
Je ne chercherais pas à être aussi parfait, je me relaxerais plus.
Je serais plus bête que je ne l’ai été,
en fait je prendrais très peu de choses au sérieux.
Je mènerais une vie moins hygiénique.
Je courrais plus de risques,
je voyagerais plus,
je contemplerais plus de crépuscules,
j’escaladerais plus de montagnes, je nagerais dans plus de rivières.
J’irais dans plus de lieux où je ne suis jamais allé,
je mangerais plus de crèmes glacées et moins de fèves,
j’aurais plus de problèmes réels et moins d’imaginaires.

J’ai été, moi, l’une de ces personnes qui vivent sagement
et pleinement chaque minute de leur vie ;
bien sûr, j’ai eu des moments de joie.
Mais si je pouvais revenir en arrière, j’essaierais
de n’avoir que de bons moments.

Au cas où vous ne le sauriez pas, c’est de cela qu’est faite la vie,
seulement de moments ; ne laisse pas le présent t’échapper.

J’étais, moi, de ceux qui jamais
ne se déplacent sans un thermomètre,
un bol d’eau chaude,
un parapluie et un parachute ;
si je pouvais revivre ma vie, je voyagerais plus léger.

Si je pouvais revivre ma vie
je commencerais d’aller pieds nus au début
du printemps
et pieds nus je continuerais jusqu’au bout de l’automne.
Je ferais plus de tours de manège,
je contemplerais plus d’aurores,
et je jouerais avec plus d’enfants,
si j’avais encore une fois la vie devant moi.

Mais voyez-vous, j’ai 85 ans…
et je sais que je me meurs.

Instants, Jose Luis Borgès

Si je pouvais de nouveau vivre ma vie,
dans la prochaine je tâcherais de commettre plus d’erreurs.
Je ne chercherais pas à être aussi parfait, je me relaxerais plus.
Je serais plus bête que je ne l’ai été,
en fait je prendrais très peu de choses au sérieux.
Je mènerais une vie moins hygiénique.
Je courrais plus de risques,
je voyagerais plus,
je contemplerais plus de crépuscules,
j’escaladerais plus de montagnes, je nagerais dans plus de rivières.
J’irais dans plus de lieux où je ne suis jamais allé,
je mangerais plus de crèmes glacées et moins de fèves,
j’aurais plus de problèmes réels et moins d’imaginaires.

J’ai été, moi, l’une de ces personnes qui vivent sagement
et pleinement chaque minute de leur vie ;
bien sûr, j’ai eu des moments de joie.
Mais si je pouvais revenir en arrière,

j’essaierais de n’avoir que de bons moments.

Au cas où vous ne le sauriez pas, c’est de cela qu’est faite la vie,
seulement de moments ; ne laisse pas le présent t’échapper.

J’étais, moi, de ceux qui jamais
ne se déplacent sans un thermomètre,
un bol d’eau chaude,
un parapluie et un parachute ;
si je pouvais revivre ma vie, je voyagerais plus léger.

Si je pouvais revivre ma vie
je commencerais d’aller pieds nus au début
du printemps
et pieds nus je continuerais jusqu’au bout de l’automne.
Je ferais plus de tours de manège,
je contemplerais plus d’aurores,
et je jouerais avec plus d’enfants,
si j’avais encore une fois la vie devant moi.

Mais voyez-vous, j’ai 85 ans…
et je sais que je me meurs.

Instants, Jose Luis Borgès

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Un regard humain

13 Mai 2015, 06:20am

Publié par Grégoire.

Un regard humain

Le monde est terrible, ces temps-ci. Beaucoup y trouvent juste de quoi survivre et il faudra bien qu’un jour les puissants payent pour ce qu’ils font aux faibles. Une vengeance ? Non, surtout pas de vengeance. Plutôt la joie convalescente d’une vie où plus personne ne sera considéré en fonction de sa place dans la société. Regard devant regard. Parole devant parole. Et c’est tout. Et rien d’autre. Et comme les puissants ne lâcheront jamais rien, il faudra le leur prendre. Leur prendre quoi, leur argent ? Non, l’argent signe leur maladie. L’argent est leur maladie. Il faudra leur arracher ce dont ils sont le plus avares : un regard délivré de tout mépris. Un regard humain, simplement. Ce « simplement » est complexe. C’est à cela que je pense aujourd’hui devant la page où je m’apprête à noter de petites choses – un ciel bleu pâle avec des restes de gris, des arbres roux, des lumières à foison, un léger vent doux. Mais les petites choses ne sont peut-être pas si petites. Cela se voit en peinture : une nature morte – des fruits sur la table – vibre parfois des bruits du monde alentour, elle entre en lutte avec cette rumeur infernale pour imposer sa note pure. Ses armes, ce sont des fruits peints et une table peinte. La beauté est une manière de résister au monde, de tenir devant lui et d’opposer à sa fureur une patience active. Mes fruits et ma table, ce sont les mots.

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur

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Rodolphe Burger, un phénomène...

12 Mai 2015, 06:00am

Publié par Grégoire.

Rodolphe Burger, un phénomène...
Rodolphe Burger, un phénomène...

 

« La musique, le son en général, ce n'est peut-être que cela, de part en part : une mise en circulation, ad libitum. Ça circule entre les musiciens, entre les musiciens et le public, à la vitesse de l'électricité qui parcourt nos veines. » R. Burger

A force d'arpenter les chemins du son, le chanteur-guitariste Rodolphe Burger est aujourd'hui l'un des grands voyageurs du rock français, et l'un des plus prolifiques. Son univers musical, nourri des expériences les plus diverses, entretenu par des rencontres à première vue improbables, s'apparente à une galaxie en constante expansion. Entre rock mutant, boucles de mélancolie obsessionnelles, effluves de jazz, électronique acide ou lunaire et poésie contemporaine, impossible de ranger son œuvre dans une seule boîte. Et ça tombe bien : Rodolphe ne veut pas de ça. En bon globe-trotter, il a choisi l'itinéraire bis, empruntant sans relâche les sentiers de traverse : le but du voyage n'est jamais la destination, mais le voyage lui-même. « I'm a passenger, and I ride and I ride... » : pas un hasard si Rodolphe a fait siennes les paroles de la chanson d'Iggy Pop, maintes fois reprise par lui...

Né en 1957 à Colmar, Rodolphe Burger joue du rock dès son plus jeune âge. Après être devenu professeur de philosophie au début des années 80, il reprend le fil de la musique électrique au sein du collectif Dernière Bande, matrice du groupe-culte Kat Onoma dont Rodolphe est le maître d'œuvre, au chant et à la guitare radioactive. De 1986 à sa séparation dix-huit ans plus tard, ce fleuron du rock français cultive sur sept albums une musique obsédante, subtilement imprégnée de blues tendu, de jazz en clair-obscur, de folk urbain et de post-punk ombrageux. Entre os et muscle, entre chien et loup. Une musique racée, définitivement.

Concert solo chant/guitare

Rodolphe Burger, chanteur à la voix profonde, guitariste voyageur, rocker penseur revient à Mons fêter la 10ème de City Sonic. Après avoir revisité récemment le meilleur du Velvet Underground en live et sur disque, l'ex leader de Katonoma sera sur scène cette fois en solo, toujours aussi charismatique et énergétique.

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Un rien décide de tout...

11 Mai 2015, 06:03am

Publié par Grégoire.

Un rien décide de tout...

"Quelques mots pleins d'ombre peuvent changer une vie. Un rien peut vous donner à votre vie, un rien peut vous en enlever. Un rien décide de tout.
[François] traîne. Il passe le temps. Quoi d'autre. La guerre ne le tente plus, le commerce ne l'attire pas. Or ce sont là les deux activités principales de l'homme sur terre, deux manières sûres d étendre son nom bien au delà de soi. Tuer sans être tué, gagner sans perdre: ces deux occupations dominent la vie. Le lien amoureux n'en est qu'une variante. Le lien amoureux est lien de guerre et de commerce entre les sexes. Ou plus exactement; il n'y a pas de lien amoureux parce qu'il n y a pas d'amour. Il n'y a pas d'amour parce que il n'y a que de l'amertume - amertume de n'être pas tout au monde (...).
Et lui François ne dit plus rien. Il chante toujours. Il chante de plus en plus.(...) il espère à présent une jouissance plus grande que celle d 'être jeune et adoré sur terre. Les semaines passent. Les fêtes se suivent et se ressemblent. Il s' en mêle encore mais, comme on dit, il n y est plus. On peut très bien faire une chose sans y être. On peut même passer le clair de sa vie, parler, travailler, aimer, sans y être jamais. 
Enfin un jour, un tendre jour de l'été 1205, il fait préparer un banquet plus somptueux encore qu' à l'ordinaire, enchanté, fastueux- le dernier du genre. Ainsi se sépare-t-il des siens, dans les nuées d'une fête, tournant vers eux son visage le plus clair, le corps déjà plus qu'à demi engagé dans la nuit.
Il ne déserte pas les noces pour se couvrir de cendres. Il ne va pas de la rosée des corps de jeunes filles à la pluie des gargouilles de cathédrales. Ce n'est pas du monde qu'il sort, c'est de lui.
Il va là où le chant ne manque jamais de souffle, là où le monde n'est plus qu une seule note élémentaire tenue infiniment, une seule corde de lumière vibrant éternellement en tout, partout."
Christian Bobin, 
Le Très-Bas .

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L’amour est un roi sans puissance, nu, faible, pauvre...

10 Mai 2015, 06:30am

Publié par Grégoire.

Dieu est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils en ont souvent une représentation très imaginative (souvent véhiculée par des 'croyants' crispés dans leur auto-satisfaction); on trouve ainsi à son propos toutes les idoles possibles: "Le tout-puissant, le moralisant, le juge, le puritain, l'incolore, l'inodore et sans passions, le liturgico-maniaque, le très-loin caché dans les cieux, l'indifférent..."

Dieu est devenu presque insupportable pour la plupart des gens car ils en ont souvent une représentation très imaginative (souvent véhiculée par des 'croyants' crispés dans leur auto-satisfaction); on trouve ainsi à son propos toutes les idoles possibles: "Le tout-puissant, le moralisant, le juge, le puritain, l'incolore, l'inodore et sans passions, le liturgico-maniaque, le très-loin caché dans les cieux, l'indifférent..."

" Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre. C’est peut-être le seul homme qui ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l’amour et de la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la désaffection et de la désaffection à la mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de l’indifférence une vertu.

Un jour il crie, un autre jour il pleure. Il traverse tout le registre de l’humain, la grande gamme émotive, si radicalement homme qu’il touche au dieu par les racines. Il est doux et abrupt. Il brise, il brûle et il réconforte. La bonté est en lui comme une matière chimiquement pure, un diamant. Son esprit est légèrement absent, et ce rien d’absence est sa manière d’être attentif à tout. 

Il dit qu’il est la vérité. C’est la parole qui est la plus humble qui soit. L’orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence.

Rien n’est présent que l’amour. La vérité, il l’est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde. Que des millions d’hommes se soient nourris de son nom, qu’ils aient peint son visage avec de l’or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie: sa parole n’est vraie que d’être désarmée. Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre---mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour.

Telle est la figure du plus grand roi d’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait l’entendre. Le monde n’entend que là où il y a un peu de bruit et de puissance. L’amour est un roi sans puissance, dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.

Christian Bobin, l'homme qui marche.

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