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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Heureux qui espère et qui dort

31 Janvier 2015, 07:33am

Publié par Fr Greg.

Heureux qui espère et qui dort

Je n’aime pas celui qui ne dort pas, dit Dieu.

Le sommeil est l’ami de l’homme.

Le sommeil est l’ami de Dieu.

Le sommeil est peut-être ma plus belle création.

Et moi-même je me suis reposé le septième jour.

Celui qui a le coeur pur, dort,

Et celui qui dort a le coeur pur.

C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant.

D’avoir comme un enfant cette force dans les jarrets.

Ces jarrets neufs, ces âmes neuves.

Et de recommencer tous les matins, toujours neuf,

Comme la jeune, comme la neuve Espérance.

Or on me dit qu il y a des hommes

Qui travaillent bien et qui dorment mal.

Qui ne dorment pas.

Quel manque de confiance en moi.

C’est presque plus grave que s’ils travaillaient mal mais dormaient bien.

Que s’ils ne travaillaient pas mais dormaient, car la paresse

N’est pas un plus grand péché que l’inquiétude

Et même c’est un moins grand péché que l’inquiétude.

Et que le désespoir et le manque de confiance en moi.

Je ne parle pas, dit Dieu, de ces hommes

Qui ne travaillent pas et qui ne dorment pas.

Ceux-là sont des pécheurs, c’est entendu.

C’est bien fait pour eux.

Des grands pécheurs.

Ils n’ont qu’à travailler.

Je parle de ceux qui travaillent et qui ne dorment pas.

Je les plains.

Je parle de ceux qui travaillent, et qui ainsi

En ceci suivent les commandement, les pauvres enfants

Et d’autre part n’ont pas le courage, n’ont pas la confiance, ne dorment pas.

Je les plains.

Je leur en veux.

Un peu.

Ils ne me font pas confiance.

Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point.

Innocents dans les bras de ma Providence.

Ils ont le courage de travailler.

Ils n’ont pas le courage de ne rien faire.

Ils ont la vertu de travailler.

Ils n’ont pas la vertu de ne rien faire.

De se détendre.

De se reposer.

De dormir.

Les malheureux ils ne savent pas ce qui est bon.

Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour.

Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit.

Comme si je n’étais pas capable d’en assurer le gouvernement pendant une nuit.

Celui qui ne dort pas est infidèle à l’Espérance.

 

Charles Péguy

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Personne n’est tout à fait libre de son temps

30 Janvier 2015, 07:50am

Publié par Fr Greg.

Personne n’est tout à fait libre de son temps

 

Cher petit merle, j’aurais voulu t’écrire à l’instant de ton apparition mais je ne suis maître de rien : le téléphone a sonné, puis j’ai dû sortir faire des courses. Personne n’est tout à fait libre de son temps, n’est-ce pas. Même les rois s’inclinent devant un traité à signer, une migraine, une messe obligatoire. On m’a dit que l’empereur du Japon, et plus encore son épouse, étaient les plus célèbres prisonniers du pays. Un entretien avec eux est minuté. S’il se prolonge d’une minute, les gardes qui se tiennent au fond de la salle d’audience, comme des soldats de plomb, font un pas en avant. Une minute de plus et ils avancent encore d’un cran. Les rois et les empereurs sont les poupées qu’un pays se fabrique pour dorer ses rêves. Parfois, las de jouer, il leur coupe la tête. Ta douceur, petit merle, cette manière si gracieuse de pencher ta tête légèrement de côté, était d’un roi qu’aucune étiquette n’empèse. 

Sans doute ne te reverrai-je jamais. Tu ne m’as pas vu – encore que je n’en sois pas très sûr. Vous les animaux, vous avez une singulière façon de voir – par vos nerfs, par vos muscles, votre dos, autant que par vos yeux. Tu venais d’atterrir de l’autre côté de la vitre, sur l’herbe du pré. Noir sur vert, et cette pâte orangée de ton bec, lumineuse comme une lampe Émile Gallé. Tiens, me suis-je dit en te voyant : du courrier. Un mot du ciel qui n’oublie pas ses égarés. Tu es resté dix secondes devant la fenêtre. C’était plus qu’il n’en fallait. Dieu faisait sa page d’écriture, une goutte d’encre noire tombait sur le pré. Tu étais cette tache noire avec un rien orangé, le grand prêtre de l’insouciance, porteur distrait de la très bonne nouvelle : la vie est à vivre sans crainte puisqu’elle est l’inespérée qui arrive, la très souple que rien ne brise. Dix secondes et tu as filé au ras de l’herbe jusque dans le bois, à l’autre bout de mes yeux. Le passage devant la fenêtre d’un ange en robe noire ne m’aurait pas mieux apaisé. 

Et maintenant il fait nuit. Je pense à toi. Comment dors-tu, à quoi rêves-tu ? Un jour, tu ne seras plus que calcaire. Le crâne des oiseaux est une toute petite chose sévère et émouvante. Quand par extraordinaire on en découvre un momifié sur un chemin, on voit quelque chose qui tient de la frêle relique du saint. Que seront devenus les chants qui passaient la petite porte de corne orange de ton bec ? Ils continueront de filer à l’infini, perdus dans le grand fleuve de l’air. Ta joie – insouciance –, petit merle, est passée de mes yeux à mon sang et de mon sang à ce papier qui me sert à t’écrire cette lettre. L’adresse ? Quelqu’un la trouvera, c’est sûr. Quelqu’un ou quelque chose te dira que j’ai écrit cette lettre pour toi. 

Adieu camarade. Je te souhaite la vie belle et aventureuse. Tes dix secondes ont résumé toute ma vie. 

Christian BOBIN, « La Grande Vie »

 

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Lumière d'un visage

29 Janvier 2015, 12:04pm

Publié par Fr Greg.

Lumière d'un visage

 

"Les larmes comme les sourires allument le visage et l'éclairent, comme si on nous avait donné un visage inachevé, et qu'il ne trouvait sa perfection dans cette vie que dans la violence pure d'une rencontre ou d'une perte. Dans la grande douceur brûlante des larmes ou du sourire. Tout cela hors langage et hors société. La vérité naît dans le ravinement des larmes ou dans le petit berceau des lèvres, car le sourire donne aux lèvres le dessin d'un tout petit berceau un peu tremblant. "

C . Bobin, La lumière du monde.

Lumière d'un visage

"Dans le moulin de ma solitude, vous entriez comme l'aurore, vous avanciez comme le feu. Vous alliez dans mon âme comme un fleuve en crue. Et vos rives inondaient toutes mes terres. Quand je rentrais en moi, je n'y retrouverais rien : là où tout était sombre, un grand soleil tournait. Là où tout était mort, une petite source dansait.
Une femme si menue qui prenait tant de place : je n'en revenais pas.
Il n'y a pas de connaissance en-dehors de l'Amour.
Il n'y a dans l'amour que de l'inconnaissable."

Christian Bobin, Une petite robe de fête

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Excellent !

29 Janvier 2015, 07:08am

Publié par Fr Greg.

Excellent !
Excellent !

Billy Preston & Ray Charles

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Je crois à l'incroyable pureté de la douleur et de la joie d'un cœur.

28 Janvier 2015, 07:44am

Publié par Fr Greg.

Je crois à l'incroyable pureté de la douleur et de la joie d'un cœur.

Je crois à l'incroyable. Je crois à l'incroyable pureté de la douleur et de la joie d'un cœur.

Ce sont des choses extrêmement rares et d'une simplicité à  pleurer; J'ai vu sur le visage de mon père mourant un sourire comme un point de source. Un sourire « immortel » me renverrait aux statues des musées, mais dans ce sourire de mon père était maintenu comme une création du monde. C'est dans sa vie épuisée qu'il a dépensé tout l'or de son sourire en une seconde. Cette vérité souriante qui avait traversé sa vie et dont les ondes se sont non seulement maintenues mais même élargies bien après son recouvrement sous la terre, je crois qu'elle m'attend à la dernière heure. Ce à quoi je crois est toujours lié à un attachement et à une personne. Dans cette croyance, je soutiens quelque chose qui à son tour me soutient, et qui continue à vibrer bien après la disparition des êtres, comme cette lumière d'étoiles qui continue à nous parvenir quand elles sont mortes.

Je ne pourrai jamais plus rien offrir à ces personnes qui sont mortes, mais on continue à faire alliance. L'autre delà auquel je crois, je le vois ici et maintenant, car dans un sens c'est ici que tout a lieu. Cet au-delà avale le temps entier et le dépasse. Et qu'est-ce que cela change si on me prouve demain qu'il n'y a pas de résurrection et que le Christ n'est qu'un sage parmi tant d'autres, même s'il est le plus grand? Eh bien cela ne changerai pas ma vie ni ma manière de voir, parce que cette espérance est tellement collée à moi, elle fait tellement partie de moi, comme la couleur de mes yeux, que je ne pourrai l'enlever sans m'enlever en même temps le souffle et l'âme. Là je suis dans quelque chose de plus immuable que la pierre.

 

Ce sourire dont je vous parlais, pour aussi évanescent qu'il soit, est pour moi ineffaçable. Un des crimes de notre société, c'est d'avoir dénaturé jusqu'au sourire pour en faire un argument de commerce. Le sourire est une chose sacrée, comme tout ce qui répond par une réponse plus grande que la question. Moi qui suis entêté de solitude, je dis que le plus merveilleux de tout c'est le sourire.

C'est une des plus grandes finesses humaines. C'est presque un avant-goût de la vie d'après, comme une fleur de l'invisible. J'irai jusqu'à dire le plus beau des sourires ne peut surgir que sur un visage presque fermé, retiré (…) Un sourire peut être angélique ou faux, mais un vrai sourire, c'est le sourire de quelqu'un qui a tout trouvé: il n'y a plus ni calcul ni séduction..

 

                        Christian Bobin, La lumière du Monde.

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L'autre est une énigme

27 Janvier 2015, 08:05am

Publié par Fr Greg.

L'autre est une énigme

"Faire sans cesse l’effort de penser à qui est devant soi, lui porter une attention réelle, soutenue, ne pas oublier une seconde que celui ou celle avec qui tu parles vient d’ailleurs, que ses goûts, ses gestes, ses pensées ont été façonnés par une longue histoire, peuplée de beaucoup de choses et d’autres gens que tu ne connaîtras jamais. Te rappeler sans arrêt que celui ou celle que tu regardes ne te doit rien, n’est pas une partie de ton monde, il n’y a personne dans ton monde, pas même toi. 

 

Cet exercice mental – qui mobilise la pensée mais aussi l’imagination – est un peu austère, mais il te conduit à la plus grande jouissance qui soit : aimer celui ou celle qui est devant toi, l’aimer d’être ce qu’il est, une énigme – et non pas d’être ce que tu crois, ce que tu crains, ce que tu espères, ce que tu attends, ce que tu veux." 

 

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur.

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De neige et d’or

26 Janvier 2015, 07:59am

Publié par Fr Greg.

De neige et d’or

Cinq perce-neige dans un verre sur la table de ma mère : elle regarde leurs clochettes blanches et leurs pointes vert acide, comme depuis son entrée dans la maison de retraite elle regarde toutes choses - avec les yeux de l’âme. Retirée dans sa chambre, elle en contemple, pensive, les murs en feu. Le grand âge est un sacrement, l’entrée au ralenti d’un roi ou d’une reine dans la cathédrale de Reims. Dans le couloir brumeux de la maison de retraite, les souveraines en exil avancent à pas réfléchis vers la salle à manger. Hier, elles faisaient tourner la tête du soleil. Aujourd’hui, elles n’intéressent guère que les anges. « Le jour où je suis devenue aveugle, le mur de ma chambre s’est mis à grandir », dit l’une d’elles. Une autre, petite fille aux cheveux gris et aux lunettes noires cerclées d’argent, avoue sa terreur de sentir à chaque fin de jour la lumière s’en aller du ciel.

Toutes les vies sont précieuses et déchirantes - une minuscule plume de geai dans la paume d’un dieu enfant qui souffle dessus sans penser à mal. Il y avait dans ce lieu une densité atomique d’expériences vécues, et personne pour en extraire l’uranium de la vie éternelle. De la dernière marche qui mène au ciel, nous avons fait la marche d’un échafaud. Je suis parti avant la nuit. Devant l’établissement, un séminaire d’arbres réfléchissait sur la vie légère. Les anges ne sont jamais très loin des vieillards. Ce jour-là, à la maison, sur la toile cirée couvrant la table du salon, un pain doré et des fraises du marché voisinaient avec un livre de Dhôtel. L’éclatante affirmation du pain et la rougissante discrétion des fraises parlaient de la même chose que le livre. Ses phrases étaient de neige et d’or. Elles m’éblouissaient de s’adresser à l’enfance en moi plus qu’à ma raison.

C’est l’enfance en nous qui réfléchit le mieux. Des forêts d’encre avec ici et là un chant d’oiseau. Depuis plusieurs semaines, Dhôtel comme un vagabond s’asseyait le soir au coin de mon lit et me racontait des histoires qui traversaient le noir, comme des étoiles s’approchant si près de mon visage que j’en sentais le souffle. J’écoutais, confiant, la voix qui ne me mentait sur rien et s’émerveillait de tout. J’arrivai à ce point du livre où, sur le pommeau en or de la canne d’un promeneur, se reflétaient toutes les fleurs d’un pré. Comme les perce-neige luisant dans les yeux noisette de ma mère, les fleurs brillant sur un fond d’or donnaient leur paix au monde. La journée avait été terrifiante et douce comme d’habitude. La nuit s’approfondissait tandis que je contemplais sur un pommeau en or les illuminations de la vie passagère. Sur la table de chevet de ma mère, les perce-neige donnaient au même instant leur lumière insomniaque. Il n’y a qu’une seule chose à savoir dans cette vie, c’est que nous n’y sommes jamais abandonnés.

Christian Bobin.

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Se faire silencieux, se rendre attentif, vivre, aimer...

25 Janvier 2015, 08:15am

Publié par Fr Greg.

Se faire silencieux, se rendre attentif, vivre, aimer...

 

La poésie est parole aimante, parole émerveillante,  parole enveloppée sur elle-même, pétales d’une voix tout autour d’un silence. Toujours en danger de n’être pas entendue. Toujours au bord du ridicule, comme sont toutes les paroles d’amour. On croit que la poésie est un agencement un peu maniéré de certains mots, une façon obscure de faire tinter un peu d’encre et de songe. Mais ce n’est pas ça. Ce n’est pas ça du tout.

La poésie, on ne l’écrit pas avec des mots. La matière première d’un poème, son or pur, son noyau d’ombre, ce n’est pas le langage mais la vie. On écrit d’abord avec sa vie, ce n’est qu’ensuite qu’on en vient aux mots. Ceux pour qui les mots sont premiers, ce sont les hommes de lettres, ceux qui, à force de ne croire qu’à la littérature, ne connaissent plus qu’elle. Ceux pour qui la vie est première bénie, ce sont les poètes. Ils ne se soucient pas de faire joli. Ils s’inquiètent d’abord de vivre, seulement de vivre. Se faire silencieux, se rendre attentif, vivre, aimer, écrire- ce sont des actes qui n’en font qu’un seul.

Si la poésie n’est pas la vie dans sa plus belle robe, dans sa plus franche intensité, alors ce n’est rien- un amas de petites encres, petits orgueils, petites souffrances, petites sciences. La poésie est une parole aimante : elle rassemble celui qui la prononce, elle le recueille dans la nudité de quelques mots. Ces mots- et avec eux le mystère d’une présence humaine- sont offerts à celui qui les entend, qui les reçoit.

La poésie dans ce sens, c’est la communion absolue d’une personne à une autre : un partage sans reste, un échange sans perte. On ne peut pas mentir en poésie. On ne peut dire que le vrai et seulement le vrai. Si on ment on sort de la poésie. Si belle soit la phrase qu’on écrit, si on ment on sort de la poésie pour choir dans le langage coutumier, dans le mensonge habituel, dans la vie ordinaire, morte.

Christian Bobin, « La merveille et l’obscur »

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La foi commence quand Dieu ne répond pas

25 Janvier 2015, 06:24am

Publié par Fr Greg.

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Frissons garantis !

24 Janvier 2015, 12:07pm

Publié par Fr Greg.

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SAPEURS (THE SOCIETY OF TASTEMAKERS AND ELEGANT PEOPLE IN BRAZZAVILLE), REPUBLIC OF CONGO

24 Janvier 2015, 07:58am

Publié par Fr Greg.

Les Sapeurs sont les membres de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (SAPE). Leurs tenues s’inspirent directement des dandys anglais, en plus coloré. Ces hommes n’ont pas forcément choisi le travail qui les fait vivre, ou la situation politique de leur pays. Mais ils n’ont pas renoncé à ce qu’ils veulent être. Pour mieux prôner le respect, l’affirmation de soi et la joie de vivre.

Les Sapeurs sont les membres de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (SAPE). Leurs tenues s’inspirent directement des dandys anglais, en plus coloré. Ces hommes n’ont pas forcément choisi le travail qui les fait vivre, ou la situation politique de leur pays. Mais ils n’ont pas renoncé à ce qu’ils veulent être. Pour mieux prôner le respect, l’affirmation de soi et la joie de vivre.

THE FABULOUS MEN OF SAPEURS (THE SOCIETY OF TASTEMAKERS AND ELEGANT PEOPLE IN BRAZZAVILLE), REPUBLIC OF CONGO
THE FABULOUS MEN OF SAPEURS (THE SOCIETY OF TASTEMAKERS AND ELEGANT PEOPLE IN BRAZZAVILLE), REPUBLIC OF CONGO
THE FABULOUS MEN OF SAPEURS (THE SOCIETY OF TASTEMAKERS AND ELEGANT PEOPLE IN BRAZZAVILLE), REPUBLIC OF CONGO
THE FABULOUS MEN OF SAPEURS (THE SOCIETY OF TASTEMAKERS AND ELEGANT PEOPLE IN BRAZZAVILLE), REPUBLIC OF CONGO
THE FABULOUS MEN OF SAPEURS (THE SOCIETY OF TASTEMAKERS AND ELEGANT PEOPLE IN BRAZZAVILLE), REPUBLIC OF CONGO
THE FABULOUS MEN OF SAPEURS (THE SOCIETY OF TASTEMAKERS AND ELEGANT PEOPLE IN BRAZZAVILLE), REPUBLIC OF CONGO

THE FABULOUS MEN OF SAPEURS (THE SOCIETY OF TASTEMAKERS AND ELEGANT PEOPLE IN BRAZZAVILLE), REPUBLIC OF CONGO

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Il meurt lentement celui qui ne voyage pas

23 Janvier 2015, 07:52am

Publié par Fr Greg.

Il meurt lentement celui qui ne voyage pas

"Il meurt lentement celui qui ne voyage pas,
Celui qui ne lit pas,
Celui qui n'écoute pas de musique,
Celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement 
Celui qui détruit son amour-propre,
Celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement 
Celui qui devient esclave de l'habitude
Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
Celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements 
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
Celui qui évite la passion
Et son tourbillon d'émotions
Celles qui redonnent la lumière dans les yeux
Et réparent les coeurs blessés.

Il meurt lentement
Celui qui ne change pas de cap lorsqu'il est malheureux 
au travail ou en amour,
Celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves, 
Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !
Risque-toi aujourd'hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d'être heureux ! "

Martha Medeiros

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Du minuscule et de l'imprévisible, 3e tournée parisienne!

22 Janvier 2015, 16:13pm

Publié par Fr Greg.

Espace Bremontier les 06-07 février 20h30, le 08 février 16h30.
Espace Bremontier les 06-07 février 20h30, le 08 février 16h30.

Espace Bremontier les 06-07 février 20h30, le 08 février 16h30.

"J'ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s'est rapproché pour voir ce qui se passait" Christian Bobin

 

Ce monologue se veut une redécouverte de la vocation humaine première: s'émerveiller de ce qui est vivant, un éloge de la vie lente et amoureuse qui veut se garder de tomber dans le mièvre, le fade ou le gentil, un ré-apprentissage à voir, s'arracher de cet empêchement de trop connaitre, à cette illusion ou l'on croit connaitre, un chant d’espérance humaine sur nos luttes banales, nos morts quotidiennes, sur la joie d'être vivant malgré la dureté du monde qui est parfois comme disait Robert d'Antelme un 'grand camp de concentration invisible'...

un rafraîchissement de la vie et du regard sur notre quotidien : comme "le baiser d'une lumière sur notre cœur gris »....

Du minuscule et de l'imprévisible, 3e tournée parisienne!

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Personne ne peut vivre une seconde sans espérer...

22 Janvier 2015, 07:20am

Publié par Fr Greg.

Personne ne peut vivre une seconde sans espérer...

L’ombre d’un oiseau m’est apparue il y a dix ans, en devanture du magasin d’un encadreur : un détail dans un tableau, un oiseau d’encre de Chine. Son envol tout de grâce et de nerfs a arrêté mes pas un jour comme celui-ci, un jour d’automne. Je suis immédiatement tombé amoureux de sa puissance d’arrachement et de la grande ouverture de ses ailes. Je suis entré chez l’encadreur, j’ai acheté le tableau. Chez moi je l’ai laissé au ras du sol, appuyé sur une pile de livres. Je n’ai jamais su mettre quelque chose sur un mur. Depuis que je suis dans cet appartement, même si dix ans ont passé, j’ai l’impression que je peux être appelé à en partir du jour au lendemain, alors à quoi bon s’installer ? J’ai gardé le papier peint que j’ai trouvé en entrant, un papier affreux, même dans les salles d’attente des dentistes on n’en voit plus comme ça, je l’ai laissé pour la même raison de négligence, pour cette gaieté de vivre comme si mourir devait être demain. La vie durable, la vie avec plan de carrière et traites sur vingt ans, je n’y crois pas. Je ne crois qu’à son contraire — l’éternité. Ce papier peint est donc seul, sans rien dessus, on dirait des taches de café sur le mur, passagèrement là depuis dix ans. Les adolescents sont les personnes qui mettent le plus de choses sur les murs. Des photos et des mots. C’est que l’adolescence est un temps où on est sans visage clair.

L’ancien visage princier d’enfance est fané, du moins on croit qu’il est fané et ça revient au même. Le nouveau visage, celui de l’homme ou de la femme qu’on sera, n’est pas encore disponible, et on n’est pas sûr d’en vouloir. Alors on cherche au dehors dans les revues, dans les photos d’acteurs, de chanteurs ou de sportifs, on essaie des visages comme on essaie des vêtements, aucun ne va, tant pis, on recommence, on déchire, on découpe, on finira bien par trouver. C’est une recherche qui prend un temps fou. C’est une recherche qui connaît de longs temps de repos. Un jour on quitte les parents, ou l’argent vient et on est adulte — c’est-à-dire on imite les adultes, ce qui fait qu’on en devient un. On ne colle plus d’affiches ni de phrases sur un mur, on accroche quelques reproductions de peintures. On croit ne plus chercher un visage, on le cherche encore sans savoir : quand on lit Shakespeare ou quand on contemple une couleur dans le ciel, c’est toujours avec l’espérance d’y trouver notre vrai visage. Quand on tombe amoureux c’est pareil, sauf que là on est au plus près de découvrir enfin la pureté de nos traits, là, sur le visage d’un autre. Ce qui nous incite à chercher c’est l’espérance et elle est inépuisable, même chez le plus désespéré des hommes.

Personne ne peut vivre une seconde sans espérer. Les philosophes qui prétendent le contraire, qui parlent de sagesse et ne font entendre que leur résignation à vivre une vie sans espérance, ces philosophes se mentent et nous mentent. Même celui qui va se pendre, dit Pascal, a l’espérance d’un mieux être : s’il accroche une corde à une poutre c’est parce que la pendaison est soudain devenue l’unique figure du bonheur. Celui qui médite de se pendre a la croyance qu’il va ainsi respirer mieux et il espère encore : l’espérance, dans l’âme, est au principe de la respiration comme de la nourriture. L’âme a, autant que le corps, besoin de respirer et de manger. La respiration de l’âme c’est la beauté, l’amour, la douceur, le silence, la solitude. La respiration de l’âme c’est la bonté. Et la parole. Dans la prime enfance tout rentre par la bouche. L’enfant en bas âge prend l’air, la parole, le pain, la terre, il prend tout ça avec ses doigts et il colle ses doigts contre sa bouche et il engloutit l’air, le pain, la terre. Et la parole. Il y a une immédiateté charnelle de la parole. Il y a une présence physique de l’âme, donnée par la parole quand elle est vraie.

Christian Bobin, l’épuisement.

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La France, un pays où l'on nous dit quoi penser. C'est ça la liberté ?

21 Janvier 2015, 12:19pm

Publié par Fr Greg.

La France, un pays où l'on nous dit quoi penser. C'est ça la liberté ?

Erri De Luca, 64 ans, écrivain, alpiniste, soutient depuis des années le combat des habitants de la vallée de Suse dans le Piémont, regroupés dans l'association NO-TAV, pour empêcher la construction de la ligne TGV Lyon-Turin. Au cœur du débat : la préservation de la vallée et le risque que des particules d'amiante soient diffusées suite au percement des tunnels. Un désastre environnemental pour un juteux marché mafieux. E de L se retrouve sur le banc des accusés pour incitation au sabotage. Son procès s’ouvrira à Turin le 28 janvier 2015. La plainte contre lui a été déposée par la société française en charge des travaux. Il risque entre un et cinq ans de prison. Dans un pamphlet "La parole contraire", Erri de Luca développe, par-delà l'enjeu écologique, une réflexion sur la liberté d'expression. Contre la conception pénale de la responsabilité, il élabore sa propre vision de la responsabilité morale et sociale de l’écrivain : « Son domaine est la parole, il a donc le devoir de protéger le droit de tous à exprimer leur propre voix ». Revendiquant avec force le droit à « la parole contraire », il réclame aussi le droit d’utiliser les mots dans un sens qui n’est pas celui que leur assigne la justice. Comme ce verbe « saboter », pour lequel il est poursuivi. « J’accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire. » François Hollande et Matteo Renzi étaient au premier rang du rassemblement en faveur de la liberté d'expression.

La justice turque bloque sur internet la Une du Charlie Hebdo du mercredi 14 janvier. Le premier ministre truc était au rassemblement en faveur de la liberté d’expression.

La Russie s'illustre pour la liberté de sa presse, cela est bien connu. Le chef de la diplomatie russe était au rassemblement en faveur de la liberté d'expression.

Le sang coule en Israël et Palestine, on s'y entretue depuis des décennies. Netanyahou et Abbas étaient au rassemblement en faveur de la liberté d'expression,  du vivre ensemble et contre la barbarie.

Les américains se sont illustrés en pratiquant la torture à Guantanamo. Les médias ne relayent pas les caricatures de Charlie Hebdo. Le ministre de la justice était au rassemblement en faveur de la liberté d'expression et contre la barbarie.

La suisse a voté contre les minarets. La présidente de la Confédération suisse Simonetta Sommaruga était présente au rassemblement en faveur de la liberté d'expression et du vivre ensemble. Etc, etc, etc.

Grâce à tous ces politiques pas cyniques pour deux sous :

On a bien compris que nos chères Valeurs et notre Sécurité étaient en de bonnes mains. On a bien compris que la barbarie c'était les autres, pas nous. On a bien compris qu'on était tous des Charlie, que cela nous plaise ou pas d'être Charlie. On a bien compris qu'on avait l'immense chance de vivre dans le pays de la liberté, que nous pouvions être fiers de notre nation, phare pour l'humanité ; ne voir aucun paradoxe dans le fait que le pays de la liberté ne nous laisse pas le choix de faire une lecture un peu différente que celle proposée par lesdits politiques pas cyniques et les médias pas du tout bêlant.

Afin de protéger la Liberté et d'assurer notre Sécurité, nos chefs, un pour tous et tous pour un, dans un élan d'union européenne sans précédent, vont traiter les infâmes barbares avec la plus grande fermeté (ça veut dire quoi exactement, on les as tués, on ne peut être plus ferme) et défendre nos "Martyrs" avec une détermination sans faille, mobilisant renseignement, police et armée, pour bouter l'ennemi de l'intérieur et de l'extérieur. Œil pour œil, dent pour dent.

Et parce qu'on est le pays des "Lumières" et de "l'exception culturelle",  on va faire de la pédagogie. Ah la pédagogie, que ferions-nous sans elle. Pauvres peuples que nous sommes, incapable de nous faire une opinion par nous-mêmes, incapable de "comprendre" les intentions louables de nos gouvernants, s'ils ne nous expliquent pas patiemment les tenants et aboutissants de leurs "programmes". Les enseignants vont être sommés d'instruire les jeunes esprits sur toutes les religions (c'est une bonne nouvelle à condition de revoir la formation des maîtres), les valeurs républicaines, la laïcité. On va ouvrir des zones de "débats" dans les quartiers sensibles. On va dé radicaliser les fanatiques dans les prisons par des programmes spécifiques. A la question posée par les enseignants, les associations de quartiers et les responsables pénitentiaires,  sur les moyens alloués à ces programmes miracle, je propose une participation volontaire obligatoire d'un peuple déjà exsangue via une augmentation de l'impôt (on a des valeurs et on veut être en sécurité, il faut savoir faire des sacrifices) ou un appel au don auprès des multinationales. Bref, deux axes de réponses dont le premier risque fort de conduire à une escalade de la violence, et le second à rester vœux pieux.

François Hollande a déclaré à l'Institut du Monde arabe que le radicalisme prenait sa source dans toutes les misères et les inégalités. Enfin une Vérité. Alors qu'est-ce qu'on attend pour interdire les paradis fiscaux, pour obliger Amazon, Ikéa, Total & co à payer leurs impôts et participer au bien-être commun au lieu d'engraisser leurs actionnaires. Qu'est-ce qu'on attend pour partager un peu moins inéquitablement les richesses ?

Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, il s'agit bien moins d'une guerre de civilisations et encore moins d'une guerre de religions, il s'agit d'une guerre des riches contre les pauvres et inversement. Le problème de la grande majorité des gens à l'heure actuelle, ce n'est pas les valeurs, ce sont les fins de mois !!!

Tous les discours de fermeté, de lutte implacable contre "l'axe du mal" ne font que mettre de l'huile sur le feu. L'après 11 septembre l'a bien montré. La souffrance dans le travail, le sentiment d'injustice, les fins de mois difficiles, l'avenir précaire, les risques de pandémie, bref, toute  l'angoisse accumulée dans les populations du monde entier est une grenade que les fausses réponses et une hypocrisie ostentatoire de nos gouvernants risque de dégoupiller .

A un moment où tous les peuples d'Europe souffrent chaque jour davantage des programmes d'austérité pour compenser les dettes d'état abyssales, alors que les banques sortent indemnes de la crise qu'elles ont créées et que les multinationales continuent à faire de super profits, il est peu probable que des moulinets verbaux sur la défense des valeurs et une course au renforcement du tout sécuritaire soient les réponses propres à calmer les esprits, unir une Europe multiforme, apaiser un monde globalisé.

http://blogs.mediapart.fr/

 

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On ne fait pas de reproches au vide...

21 Janvier 2015, 08:00am

Publié par Fr Greg.

On ne fait pas de reproches au vide...

« Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l’économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l’amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s’éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l’existence de Dieu : on ne s’adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Après, plus rien- l’arrachement du souffle, l’énergie qui déserte ce qui n’est plus que chair pourrissante. Cette dernière flambée de la parole fait du Christ mieux qu’un ange : notre frère angoissé et fragile ; « Mon dieu,  mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri qui s’en va exploser contre la gueule de marbre d’un Dieu muet, fait de celui qui le jette notre intime, le plus proche d’entre les proches : nous –mêmes quand la confiance s’en va de nous comme le sang par une veine coupée et que nous continuons à parler amoureusement à ce qui nous tue.

Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse.

Christian Bobin , « l’Homme Joie »

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Le fanatisme de la liberté d’expression ...

20 Janvier 2015, 16:28pm

Publié par Fr Greg.

Le fanatisme de la liberté d’expression ...

A Mulhouse, un professeur d’arts plastiques vient d’être suspendu quatre mois pour avoir présenté « sans discernement » des caricatures de Charlie Hebdo devant sa classe de 4e, le 8 janvier, dans un collège classé en zone d’éducation prioritaire. Une de ces caricatures de Mahomet présentait le prophète nu : « vous devez regarder ça » aurait déclaré l’enseignant. A un élève qui faisait part de sa gêne, il aurait répondu : « Je suis le chef de mon cours, c’est moi le maître ici… Tu peux sortir ta kalachnikov!»

Une vingtaine d’adolescents se sont plaints auprès du chef d’établissement ; les parents menaçant de manifester, le rectorat a décidé de suspendre le professeur et de lancer une enquête administrative. « Il faut défendre les valeurs républicaines. De nombreux professeurs l’ont fait en montrant des caricatures et des dessins. Mais cela doit se faire dans une démarche pédagogique », expliqua le recteur d’académie. Des syndicats d’enseignants soutiennent leur collègue, demandant l’annulation de cette  » suspension totalement arbitraire » décidée « sur la seule foi de témoignages d’élèves ». Ils dénoncent le double discours de l’éducation nationale qui engage les professeurs à ouvrir le débat… mais ne les soutient pas quand l’affaire tourne mal.

Voilà qui montre les paradoxes d’une société multiculturelle qui veut tout, en même temps. Il n’est pas anodin que ce soit un professeur d’art plastique qui jette de l’huile sur le feu : l’AC, l’art officiel et financier, est depuis longtemps passé maître dans l’art de provoquer et de pousser à bout ces cibles : c’est leur indignation qui attire les médias, faiseurs de réputations et de cotes.

Face à des sujets tabous comme le blasphème, les médias anglo-saxons sont beaucoup plus timorés ou respectueux, comme on voudra, que la presse française. En France, et c’est heureux, le blasphème n’est pas un délit mais faut-il glisser, comme s’il n’y avait aucune réflexion à mener, au « droit au blasphème »? Se comporter comme si la liberté d’expression était une divinité forcément bénéfique dont l’abus ne saurait être nuisible ? Réfléchissons. Si cette liberté devait dériver en droit (pour ne pas dire en devoir) de délirer tout haut, en public, de dire et faire n’importe quoi, du moment qu’on invoque ce prétexte (ce à quoi l’AC tend à nous accoutumer), ce serait la mort de la liberté de penser car plus aucune idée ne serait compréhensible dans un brouhaha général ; les idées les plus folles, vociférées le plus fort, l’emporteraient sur les pensées nuancées et approfondies. C’est triste à dire pour ceux qui veulent jouir sans entraves mais c’est comme les impôts : trop de liberté d’expression tue la liberté d’expression.

Ordinairement, l’AC est chargé d’organiser ce tapage afin que l’expression de pensées dissidentes soient noyées dans la masse. Ironie du sort, l’attitude libertariste rejoint l’ultralibéralisme financier du «laisser faire, laisser passer », « dérégulez tout, la main invisible du marché arrangera ça »…

Un usage désinvolte, voire, et c’est peut-être le cas ici, une forme de jusqu’au-boutisme de la liberté d’expression oblige l’autre à voir et entendre ; on cherche à le contraindre en le confrontant avec ce qui est impensable pour lui. Il y a alors une grande probabilité pour que la bonne intention première (initier le jeune à nos libertés) soit contreproductive. Autrement dit, la liberté d’expression ne dispense pas d’une pédagogie préalable, sinon nous allons droit à la guerre de tous contre tous.

Des siècles de culture de l’image ont appris aux occidentaux (comme aux extrêmes orientaux et à l’Inde) qu’une image n’est pas ce qu’elle représente, or il suffit qu’un dessinateur croque un petit bonhomme en turban et qu’il écrive dessous ou dise « c’est Mahomet »….pour qu’un fondamentaliste le croit et s’imagine dur comme fer que, ce qu’on fait ou dit du dessin, est fait ou dit du modèle. Le fanatisme religieux rejoint le nominalisme de l’AC, pour lequel il suffit qu’un artiste (et une institution qui valide) disent de n’importe quoi « c’est de l’art » pour que cela soit. Les bigots de l’AC suivent, affirmer le contraire valait, il y a peu, lynchage médiatique.

Assurer, et la formule est belle, que notre liberté d’expression s’arrête où commence l’expression de la haine de l’autre, est malgré tout un peu court. Car qui va déterminer où commence la haine, quand un banal dessin pour l’un est une injure violente pour l’autre ? Une société multiculturelle qui a refusé son modèle traditionnel, l’assimilation, ne peut s’étonner de récolter le communautarisme ; par conséquent le « vivre ensemble » va supposer, non la satisfaction des pulsions libertaires, mais de réfléchir à une éthique. S’y emploient des philosophes comme Chantal Delsol à propos de la notion de « décence », ou le dessinateur Philippe Geluck. Celui-ci a perdu des amis le 7 janvier, il sait que Charlie est sous titré « journal irresponsable », mais il aurait préféré un dessin de Tignous, plus pédagogique, plutôt que la « une » actuelle qui déchaîne la mort, au Niger en particulier. La « une » pose problème car elle est visible sur la voie publique, censée être neutre en raison de la laïcité. Au contraire du reste du journal qui, lui, ne peut choquer que ceux qui veulent l’être, en l’achetant.

Souvenons nous de cette phrase prêtée à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire »». Le vrai combattant de la liberté d’expression commence d’abord par reconnaître à l’adversaire le droit de parler aussi. La tolérance est étymologiquement un mot qui signifie souffrir : pâtir d’entendre des opinions différentes des siennes. Contrairement à ce que les médias du système laissent entendre, une société de tolérance n’est pas une société « confortable », car il faut en permanence souffrir les différences et les arbitrer, donc faire l’effort de réfléchir.

Christine Sourgins.

http://www.sourgins.fr/

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Il y a des âmes dans lesquelles Dieu vit sans qu’elles s’en aperçoivent

20 Janvier 2015, 08:11am

Publié par Fr Greg.

Il y a des âmes dans lesquelles Dieu vit sans qu’elles s’en aperçoivent

Le monde où nous vivons est enchanté par l’amour et sans cet enchantement nous n’y séjournerions pas une seconde. Nous sommes jetés dès notre naissance dans un réduit où nous ne pourrions que dépérir, s’il n’y avait la lucarne du cœur donnant sur le ciel. Il n’a que le cœur de réel dans cette vie, alors pourquoi nous entêtons-nous à rêver d’autre chose ? Les vagues sentimentalités par lesquelles les hommes se réchauffent les uns aux autres sont comme les brindilles qui servent à allumer le feu : cela brûle et meurt aussitôt. La flambée qui donnait au visage de cette femme et de son ami le rouge et or d’une peinture de Georges de La  Tour se nourrissait d’un aliment bien plus beau. Dieu se promenait émerveillé dans leurs paroles comme un paysan dans son champ. Si Dieu n’est pas dans nos histoires d’amour, alors nos histoires ternissent, s’effritent et s’effondrent. Il n’est pas essentiel que Dieu soit nommé. Il n’est même pas indispensable que son nom soit connu de ceux qui s’aiment : il suffit qu’ils se soient rencontrés dans le ciel, sur cette terre.

 Il y a des âmes dans lesquelles Dieu vit sans qu’elles s’en aperçoivent. Rien ne laisse deviner cette présence surnaturelle, sinon le grand naturel qu’elle inspire aux gestes et aux paroles de ceux qu’elle habite.

 

Christian Bobin, « Ressusciter »

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Pérégrinations d'un cherchant-Dieu...

19 Janvier 2015, 14:28pm

Publié par Fr Greg.

« Si nous considérons notre vie dans son rapport au monde, il nous faut résister à ce qu’on prétend faire de nous, refuser tout ce qui se présente – rôle, identités, fonctions- et surtout ne jamais rien céder quant à notre solitude et à notre silence. Si nous considérons notre vie dans son rapport à l’éternel, il nous faut lâcher prise et accueillir ce qui vient, sans rien garder en propre. D’un côté tout rejeter, de l’autre consentir à tout : ce double mouvement ne peut être réalisé que dans l’amour où le monde s’éloigne en même temps que l’éternel s’approche, silencieux et solitaire »

Christian Bobin. 

142 pages, 15 euros, à commander sur http://www.bibliocratie.com/produit/peregrinations-dun-cherchant-dieu/

142 pages, 15 euros, à commander sur http://www.bibliocratie.com/produit/peregrinations-dun-cherchant-dieu/

Essai mélant réflexion philosophique, historique, expérience vécue, poésie...

Ce sont les lecteurs qui financent l'édition du livre.

En cas de succès de la souscription (50 acheteurs), chaque souscripteur reçoit autant d’exemplaires que commandés. En cas d’échec, les souscripteurs sont intégralement remboursés.

142 pages, 15 euros. à commander sur http://www.bibliocratie.com/produit/peregrinations-dun-cherchant-dieu/

 

 

Extraits: 

 

Il fait noir ici.

Cuba est à 9h00 d’avion de Paris. Plus grande île des Caraïbes, elle suscita l’extase de Christophe Colomb lorsqu’il y accosta en octobre 1492.

La descente d’avion est plus décevante : une chaleur moite, poisseuse vous pénètre sans demander de permission. Puis vient l’accueil castriste. 1h30 d’attente pour passer l’immigration alors que je suis sorti avec le premier tiers de l’avion. Pendant ce temps, mon habit religieux a alerté la sécurité politique. J’ai droit à plusieurs agents qui, les uns après les autres, viennent vérifier mes papiers : passeport, visa, billet de retour, assurance de rapatriement, adresse à Cuba, raisons du voyage… Je leur réponds avec le plus grand des sourires, comme une star vers laquelle se précipitent des paparazzi. Derrière leur stoïcisme de façade, je sens que cela les énerve. Ils voudraient par leurs passages successifs susciter mon inquiétude. C’est l’inverse qui se passe. Et, sans tomber dans l’excès –je ne sais pas de quoi ils sont capables- je pousse mon imprudence en prenant un malin plaisir à leur faire sentir mon haleine chargée du vin rouge qui m’a aidé à dormir dans l’avion. 

J’essaye de respecter chaque homme, quelle que soit sa fonction. Mais je ne supporte pas la race de ceux qui en usent pour faire sentir leur pouvoir et susciter la peur. Comme des roquets. Vous savez, ces chiens qui mordent de préférence des enfants ou des vieillards, ceux qui ne peuvent jamais se défendre. Aucune noblesse. En plus ceux-là sont cocos. Des fascistes de gauche. Une fin de race qui n’en finit pas de mourir. Je me promets de prier pour son éradication de la planète. (...)

 

 

Une mère.

Je rencontre à plusieurs reprises une métis aux yeux d’amandes, d’un vert lézard. Elle a deux enfants. Ils n’ont visiblement pas hérité de leur mère, et le père ne doit pas être de la famille des lézards. La fatigue du quotidien marque son visage. C’est étonnant comme le long travail de mère peut faire ressortir une bonté personnelle en rabotant des pans de beauté trop plastiques. Les visages trop faciles de couverture de magazine me glacent toujours. C’est comme ces maisons sans vie où il n’y a rien de travers, aucune poussière ou jouet d’enfant qui traîne. Des avant-goûts de cimetière. On s’y conduit comme devant une tombe : silence total. Si on reste muet devant les morts, c’est qu’ils sont comme une explosion trop proche qui pulvérise tout et nous laisse sourds ; mais on reste muet devant ces visages qui vous explosent aux yeux leur suffisance ! Elle, c’est tout autre. Son visage vous perce l’âme. Sans aucune parole échangée, on entend son regard qui vous écoute. D’une attention totale. Il y a un repos auprès d’elle. Comme si on échappait alors à la moiteur ambiante, au (...)

 

Ennui.

S’il y a quelque chose qui marque franchement la vie cubaine c’est bien l’ennui. Aucun moyen d’y échapper. Pas de distraction. Pas de Google, de texto à envoyer, de jeux vidéo en ligne, de réunions de travail, de sport, de ballade. Rien à faire ! Pas même de conversation mondaine ou de ragot. « Il n’y a rien à faire » crie le silence des cubains assis les dimanches ou le soir, quand les heures semblent alors se rallonger et ne plus finir. L’ennui est une pesanteur qui rajoute à la chaleur. Sa fuite : interdite ! Ce poids de l’ennui semble presque une norme décidé par l’état, soutenue par le climat et maintenue par la pauvreté qui affiche elle une joyeuse bonne santé. Cette lourdeur dévore tout et accouche d’une tristesse nonchalante. « Le monde est dévoré par l’ennui. C’est une espèce de poussière. Vous allez et venez sans la voir, vous la respirez, vous la mangez, vous la buvez, et elle est si fine, si ténue qu’elle ne craque même pas sous la dent. Mais que vous vous arrêtiez une seconde, la voilà qui recouvre votre visage, vos mains. Vous devez vous agiter (...) 

 

Grégoire Plus.

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Le tour de la planète-surf en drone

19 Janvier 2015, 11:26am

Publié par Fr Greg.

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Pourquoi regarder sans respirer ?

19 Janvier 2015, 07:43am

Publié par Fr Greg.

Pourquoi regarder sans respirer ?

Pourquoi errer, sans se fixer,

Pourquoi regarder sans respirer ?

Tu dois savoir qu’une seule âme

Pour deux est fortement soudée.

Je te consolerai, je te consolerai

Comme personne n’a rêvé de l’être,

Et si tu m’offenses d’un mot violent,

C’est toi qui souffriras.

Anna Akhmatova,1922, St Petersbourg.

 

 

… Personne n’est venu à ma rencontre,

Sur les marches, une lanterne à la main.

Dans la clarté brumeuse de la lune,

Je suis entrée, la maison était

Silencieuse. Sous une lampe verte,

Avec un sourire lugubre, l’ami

A dit tout bas : « Cendrillon,

Que ta voix est étrange… »

Dans la cheminée, le feu s’éteint ;

Le chant du grillon nous fait languir.

Quelqu’un, comme en souvenir,

A emporté mon soulier blanc,

Il m’a donné trois œillets

Sans même lever les yeux.

Où est-ce que je peux vous

Cacher, preuves très douces ?

Il est amer de penser

Que le moment est proche,

Très proche, où il va essayer

À d’autres mon soulier blanc.

1913

Requiem et autres poèmes 1909-1963, Anna Akhmatova

 

 

Comme une pierre blanche au fond d’un puits 

Sommeille en moi un souvenir. 

Je ne peux, je ne veux pas lutter : 

Il est fête, il est douleur. 

Qui plongera dans mes yeux 

Aussitôt le verra, je crois, 

Et deviendra plus sombre, plus songeur 

Que s’il écoute une histoire triste. 

Je sais que les dieux ont changé 

Des hommes en choses sans tuer leur conscience, 

Pour que vivent à jamais de merveilleux chagrins. 

Ta métamorphose dans ma mémoire !   

L’un va tout droit,  

L’autre tourne en rond, 

Attend le retour à la maison du père, 

Attend l’amie du temps passé. 

Mais moi je vais – derrière moi le malheur, 

Ni droit ni de travers, 

Vers nulle part et vers jamais, 

Comme les trains qui déraillent. 

  Anna Akhmatova,1940.

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Noël, c'est Dieu qui vient nous rendre la vie impossible...

18 Janvier 2015, 11:00am

Publié par Fr Greg.

Noël, c'est Dieu qui vient nous rendre la vie impossible...

"J'éprouve de la méfiance vis-à-vis d'un imaginaire un peu trop chaleureux, romantique, "sucré". Noël n'est pas une jolie histoire, un joli rêve.

A Noël, je vois venir à ma rencontre un nouveau-né qui, déjà, est mon maître. Un enfant qui va me donner à manger comme on donne à manger à un nourrisson. Un enfant qui va m'apprendre des vérités élémentaires et pourtant tellement essentielles.

Il va m'apprendre que d'un côté il y a les stratégies, les calculs, la force la puissance, l'argent, la jalousie. Et que, de l'autre, il y a l'attention à l'autre, l'oubli de soi, le don, l'ouverture, la bonté.

A Noël arrive un enfant qui va nous rendre la vie impossible, mais sans cet impossible, il n'y a rien."

Christian Bobin. croire.com

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Flux de lumière...

18 Janvier 2015, 07:40am

Publié par Fr Greg.

Flux de lumière...

" Petit arbre frémissant de lumière, te voir me donne le même cœur que de voir la bien-aimée dans sa robe de quatre sous.

 

Légèreté de l’oiseau qui n’a pas besoin pour chanter de posséder la forêt, pas même un seul arbre.

 

Il faudrait accomplir toutes choses et même les plus ordinaires, surtout les plus ordinaires –ouvrir une porte, écrire une lettre, tendre une main—avec le plus grand soin et l’attention la plus vive, comme si le sort du monde et le cours des étoiles en dépendaient, et d’ailleurs il est vrai que le sort du monde et le cours des étoiles en dépendent.

 

Flux de lumière passante, onde de lumière vivante, beauté de ces lumières qui vont au fond du ciel comme en surface des eaux, énigme de cette beauté impassible, indifférente à notre sort : je n’ai jamais vu autant de splendeur dans le ciel de Pologne, à quelques mètres du camp de concentration de Treblinka. "

 

Christian Bobin, l’éloignement du monde.

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Seule solution à nos maux: être des Fauves !

17 Janvier 2015, 11:01am

Publié par Fr Greg.

Seule solution à nos maux: être des Fauves !

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« Ce sont nos enfants qui ont tué nos enfants »

17 Janvier 2015, 07:28am

Publié par Fr Greg.

« Ce sont nos enfants qui ont tué nos enfants »

Ces gens qui cèdent à l’ignominie, qui ont le cœur injecté d’un mauvais sang, font partie de notre humanité. Nous en sommes responsables. Chacun de nous a contribué à les fabriquer.

L’erreur, c’est de dire : « Nous sommes le bien » ; « ils sont le mal ». Car s’ils sont le mal absolu, nous les excluons de l’humanité et ils nous lavent de tout. Or l’inhumain est le propre de l’humain.

J’ai une peine immense pour ceux ont été tués, mais il n’y a pas une ligne infranchissable entre les victimes et les bourreaux. C’est la même humanité qui souffre, comme un corps commun. Ces gestes inqualifiables sont nés sur un humus terrifiant d’abandon, de détresse matérielle, spirituelle, mentale.

Ces extrémistes ont cherché la force, la puissance dans les textes saints, car elle y est présente. Mais ils commettent une faute majeure de lecture : c’est cela l’intégrisme, une lecture mortifère, rigide des textes. Une religion n’a de sens vivant qu’à épouser la vie. L’intégrisme est une maladie de l’esprit, une pétrification. Tous les intégrismes sont détestables.

Nous pouvons rester unis dans le calme, la parole, la tentative de comprendre – sans le justifier - l’incompréhensible. Une fois la vague immense d’émotion passée, il va bien falloir réfléchir sur la manière dont nous vivons tous. Pourquoi avoir mis notre cœur à des milliers de kilomètres de nous ? Pourquoi avons-nous tout abandonné à l’argent ? Comment s’étonner que certains qui ne peuvent accéder à la richesse deviennent des fous furieux ?

La vague de personnes qui a manifesté pacifiquement montre qu’une autre société peut exister. Le divertissement a laissé la place à la gravité. La vie pendant les heures dures retend la psyché humaine. Un chrétien doit lutter contre ce que promeut la société actuelle : l’argent, le spectaculaire comme le fait le pape aujourd’hui. Une autre vie est possible.

Christian Bobin, 15 Janvier 2015, Pélerin.com

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